- il y a 9 heures
Pétrole et pouvoir sont liés. En tant que principale source d'énergie, l'or noir décide de la croissance et de la récession, de la consommation, de la pauvreté et de la guerre. En 1973, alors que l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) diminue ses livraisons pour sanctionner son ingérence dans la guerre arabo-israélienne, l'Occident prend conscience du poids de cette matière première, levier géopolitique capable d'inverser les rapports de pouvoir en l'espace d'une nuit. Année de Production :
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00:01La plus précieuse des matières premières a entamé sa marche triomphale en 1859 dans l'état de Pennsylvanie.
00:08Ce qui s'apparentait d'abord à une ruée vers l'or s'est transformé en une course mondiale pour
00:13accéder aux elephant fields, au plus grand champ pétrolifère de la planète.
00:18Les Américains possédaient la technologie et l'argent, les Saoudiens avaient le pétrole.
00:23Dès que des intérêts nationaux sont en jeu, a fortiori quand il s'agit d'une ressource stratégique comme le
00:29pétrole, les gouvernements de tous bords politiques oublient leurs principes moraux et leurs idéologies.
00:36Dès les années 1970, les chercheurs étaient conscients du danger des gaz à effet de serre.
00:42Le pétrole est devenu le moteur de l'économie mondiale. Va-t-il à présent sceller notre destin ?
01:07Le dimanche 25 novembre 1973 et les trois dimanches suivants, il est interdit de circuler en voiture sur tout le
01:15territoire ouest allemand.
01:16Une première dans l'histoire du pays.
01:19De même que pour la première fois depuis la fin de la guerre, l'essence est rationnée.
01:31Certaines stations-services allemandes et britanniques sont en rupture de stock.
01:35En France, les prix explosent.
01:38Ici aussi, on craint de manquer de pétrole.
01:41Les gens font tous des réserves, comme si on était à l'aube d'une troisième guerre mondiale.
01:49En Allemagne, entre octobre et décembre 1973, il y a eu 20% de plein d'essence en plus.
01:55Une grande partie a été stockée dans des réservoirs inflammables, quelque part dans les maisons.
02:01150 000 tonnes rien qu'en novembre.
02:04Et pareil pour le mazout.
02:05Les ventes ont augmenté de 30% par rapport à la normale.
02:08Au total, 16 millions de tonnes de mazout léger ont été entreposées dans les citernes des caves allemandes pour pouvoir
02:15se chauffer à fond jusqu'au mois de mars.
02:19Mais l'Europe n'est pas le seul continent en état d'urgence.
02:22Aux États-Unis, des files d'attente se forment aux stations-essence.
02:26Beaucoup d'Américains prennent conscience que leurs champs pétrolifères ne suffisent plus à couvrir leurs propres besoins.
02:33C'est la conséquence d'un conflit qui s'est embrasé quelques semaines plus tôt dans une autre région du
02:38monde.
02:50Le 6 octobre 1973, des troupes égyptiennes et syriennes attaquent Israël.
02:56Cela arrive le jour même où les juifs du monde entier célèbrent Yom Kippour, la fête la plus importante dans
03:02la religion juive.
03:03L'offensive prend les israéliens par surprise.
03:07Les arabes ont mis à exécution leur menace de jeter Israël à la mer.
03:12Grâce à l'approvisionnement en armes américaines, l'État hébreu parvient in extremis à éviter une défaite militaire.
03:19Mais le soutien des États-Unis a un prix.
03:25Quelques jours seulement après les livraisons d'armements américains, les pays pétroliers arabes réduisent leurs exportations.
03:32Du jour au lendemain, le prix du baril augmente de 70%.
03:36Le pétrole est devenu une arme politique et ses effets sont potentiellement redoutables pour l'Occident.
03:42Plus de 60% des réserves connues à l'époque se trouvent dans le monde arabe.
03:49Les nouveaux maîtres de l'or noir ne sont plus uniquement les pompistes de l'Occident.
03:53Ils forment une élite éduquée et sûre d'elle, affichant une attitude tout autre que celle de leurs prédécesseurs.
04:12Les livraisons de pétrole aux alliés d'Israël, comme l'Allemagne, sont réduites à partir du 5 novembre 1973.
04:20Une baisse qui peut atteindre 20%.
04:22Le prix de l'essence et du mazout flambent.
04:25Ils passent de 12 à 70 pféniques le litre.
04:28Les pays arabes exportateurs jugent le moment idéal pour prendre cette mesure.
04:32L'hiver, la consommation d'énergie fossile augmente à cause du chauffage.
04:42Une réduction de l'approvisionnement ne peut donc pas tomber plus mal.
04:46Il y a aussi un facteur psychologique.
04:53A savoir qu'à l'époque, les noms comme Arabie Saoudite ou Koweït sont entrés dans la carte mentale des
04:59Européens de l'Ouest.
05:02Alors qu'avant le choc pétrolier, ils ne connaissaient sans doute même pas l'existence de ces pays.
05:11Pour la première fois, ce sont les exportateurs de pétrole qui mènent le jeu.
05:15Le ministre du pétrole saoudien ne mâche pas ces mots.
05:21L'erreur d'une source très rapide d'énergie est de l'Energie.
05:25Et c'est une nouvelle éreur.
05:28Les journalistes trouvent un terme pour désigner les nouvelles règles en vigueur dans l'industrie pétrolière.
05:33Le chantage.
05:35Cela reflète le sentiment de nombreux Européens de l'Ouest
05:38qui prennent soudain conscience de leur dépendance à la politique des princes arabes.
05:42L'image de pays pétroliers cupides arrange bien certains dirigeants occidentaux.
05:47Car le véritable problème est délicat à expliquer.
05:51En réalité, la pénurie de pétrole tient moins à la baisse des exportations en provenance du Proche-Orient
05:57qu'à la hausse drastique de la consommation dans les pays industrialisés.
06:06En Occident, les besoins sont passés de 19 millions de barils par jour au début des années 1960
06:12à 44 millions en 1972.
06:15Une augmentation colossale, notamment aux États-Unis.
06:19Les Américains, qui représentent 6% de la population mondiale,
06:22consomment plus de 30% de toute l'énergie et plus de la moitié de l'essence produite sur Terre.
06:28Par exemple, une grosse voiture américaine brûle environ 10 litres pour 57 kilomètres.
06:33Avec la même quantité de carburant,
06:36de nombreux modèles européens parcourent près de deux fois cette distance.
06:50Ce qui inquiète tout particulièrement les Américains,
06:53c'est que le pays a atteint son pic de production en 1970
06:56avec 11 millions de barils par jour.
06:59Même au Texas, la quantité de bruit extraite diminuera par la suite.
07:14En 1973, le président Nixon s'adresse à tous les Américains
07:18dans un discours télévisé.
07:20Nous consommons maintenant plus d'énergie que nous produisons.
07:25Un an et demi, j'ai envoyé au Congrès
07:27le premier message présidentiel dévoté à la question de l'énergie.
07:32Je vais bientôt présenter un nouveau message de énergie et de plus compréhensif
07:36qui contient de nombreuses initiatives de l'énergie
07:41pour assurer les nécessaires nécessaires de l'énergie
07:44à des coûts économiques et environnementaux.
07:49Le gouvernement américain commande un film
07:51pour inciter la population à changer de mode de vie.
08:18L'industrie automobile américaine
08:20est alors appelée à doubler les performances des moteurs en 10 ans.
08:25Concrètement, cela signifie que leur consommation de carburant
08:28doit passer de 19 à 11 litres pour 100 kilomètres.
08:34En France aussi, on réagit face à la forte consommation de pétrole.
08:38La plupart des mines de charbon ont fermé
08:40en raison de leurs coûts de production trop élevés
08:42et depuis les années 1960, le pays est encore plus dépendant du pétrole que l'Allemagne de l'Ouest.
08:49Il faut faire des économies d'énergie.
08:52Les publicités lumineuses sont interdites et les programmes de la télévision publique s'arrêtent à 23 heures.
08:58Mais le changement le plus important réside dans l'exploitation d'une nouvelle ressource énergétique.
09:03Notre grande chance, c'est l'énergie électrique de régime nucléaire.
09:08Parce que nous avons une bonne expérience dans tout cela.
09:11Nous l'avons depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale
09:13et nous avons développé toutes les activités nucléaires, civiles et militaires,
09:17depuis une douzaine d'années, comme vous le savez.
09:19Et puis aussi parce que maintenant, nous avons la volonté de le faire
09:24car nous croyons que c'est ça, c'est cela la solution à nos besoins.
09:27Et nous avons pris aujourd'hui même une décision très importante.
09:33Entre 1974 et 1989, la France construit 56 réacteurs nucléaires.
09:40Et ce n'est que le début.
09:41Si en 1973, l'énergie atomique ne représente que 8% de la production d'électricité nationale,
09:48sa proportion atteint 72% en 2019, soit la part la plus élevée au monde.
09:55Là encore, une conséquence du choc pétrolier.
10:03Cela a obligé les pays les plus énergivores à diversifier leurs sources d'approvisionnement
10:08et à réduire leur consommation de pétrole.
10:13Avec le recul, on peut dire qu'en 1973,
10:18on a raté l'occasion de changer de modèle de développement
10:21et de sortir des énergies fossiles.
10:24A commencer par le pétrole.
10:25Petrolume.
10:26Petrolume.
10:27America's first solar home provides a practical demonstration of harnessing sun power.
10:35Trapped by glass rooftop collectors,
10:37solar heat warms a film of water which transfers its heat to chemicals
10:40which pass on the warmth to a hot water radiator system.
10:58Dans les années 1950 déjà, on expérimente l'énergie solaire.
11:03Après 1973, de nombreux pays industrialisés commencent à investir dans la production de ressources durables.
11:10La crise pétrolière est à la fois une onde de choc et une opportunité de changement.
11:18Elle aurait peut-être eu un impact plus fort si elle avait duré plus longtemps.
11:22Mais avant même de donner une chance aux énergies renouvelables, on ferme la plupart des installations et on abandonne les
11:28programmes de recherche.
11:30Car dès le printemps 1974, l'horizon s'éclaircit sur le front du pétrole.
11:38Si l'Arabie saoudite a largement contribué au boycott, elle rouvre à présent les vannes.
11:43Le conflit au Proche-Orient se détend.
11:46Il faut dire que les enjeux financiers sont de taille.
11:49L'Arabie saoudite tire la quasi-totalité de ses revenus de l'or noir.
11:53Elle a donc tout intérêt à rétablir de bonnes relations avec les pays occidentaux.
12:21L'OPEP, l'Organisation des pays exportateurs de pétrole, a remporté sa première épreuve de force avec les pays occidentaux.
12:28L'Or noir coule de nouveau à flot, mais il est plus cher.
12:31Pour les pays producteurs, c'est le début d'un âge d'or.
12:37En 1973, on a dit qu'il s'agissait du plus grand transfert de richesse qui ne se soit jamais
12:42produit dans le monde en si peu de temps.
12:47Les dollars sont passés des plus gros consommateurs de pétrole, Etats-Unis, Europe de l'Ouest et Japon, aux pays
12:54exportateurs de pétrole.
13:00Pour la première fois de leur histoire, certains de ces États étaient en mesure de construire des infrastructures.
13:09Les revenus des pays exportateurs passent de 23 milliards de dollars en 1972 à 140 milliards en 1977.
13:17Ils amassent tellement d'argent sur leur compte que les experts craignent un manque de liquidité
13:22et par voie de conséquence, un effondrement du cycle économique mondial.
13:27Cette peur est infondée.
13:29Les nouveaux maîtres du pétrole dépensent sans compter.
13:32Ils investissent dans les infrastructures, les administrations et la modernisation de leur pays,
13:37mais aussi dans l'immobilier et l'armement.
13:40Les membres de l'OPEP accomplissent ce que personne ne croyait possible.
13:44En 4 ans, ils dépensent encore plus qu'ils ne gagnent.
13:51L'OPEP a besoin de l'argent de l'Occident et l'Occident a besoin du pétrole de l'OPEP.
13:56Les dirigeants arabes sont courtisés et les grands groupes pétroliers se remplissent les poches.
14:027 d'entre eux dominent le marché mondial.
14:04BP, Shell, Exxon, Gulf, Mobil, Chevron et Texaco.
14:11Ils extraient, transportent, raffinent et vendent.
14:15Ni les pays producteurs de pétrole ni les clients ne peuvent les contourner.
14:21Mais la forte demande bouleverse le secteur dans les années 1970.
14:26Aux quatre coins de la planète, on consomme toujours plus vite diverses quantités de pétrole,
14:31cela génère ce qu'on appelle un marché au comptant.
14:34Les négociants achètent désormais à tout moment et à qui ils veulent.
14:39Ils réagissent immédiatement aux évolutions qui se produisent chaque jour, voire chaque heure, sur le marché.
14:46Si Internet n'existe pas encore, il y a le Télex.
14:50A l'époque, il n'en faut guère plus pour prendre part au commerce pétrolier.
14:55L'un des acteurs de ce marché au comptant devient le roi du pétrole.
14:59Son credo ? N'obéir qu'à une seule morale, celle du marché.
15:04Les soubresauts de la politique mondiale ne l'intéressent pas.
15:07Cet homme d'affaires américain prospère est pourtant méprisé par son gouvernement.
15:12Son nom ?
15:13Mark Rich.
15:18Mark Rich a continué à acheter et vendre du pétrole iranien,
15:21alors que les Iraniens occupaient l'ambassade américaine et détenaient des otages.
15:27C'était la plus grande humiliation que les Américains avaient essuyée depuis des décennies.
15:31Et lui, en tant que citoyen américain, il vendait du pétrole iranien, malgré l'embargo sur le pays.
15:38Il est devenu « personal un grata » aux Etats-Unis.
15:41On ne lui a jamais pardonné de faire du commerce avec l'ennemi de la nation.
15:51L'opinion publique est indignée.
15:53Mais en coulisses, les décideurs américains savent très bien que leur principal allié au Proche-Orient, Israël,
15:59est dépendant du pétrole de Mark Rich.
16:05L'Iran était pratiquement en guerre contre Israël.
16:08Et l'ayatollah menaçait sans cesse de détruire l'unité sioniste.
16:15Ce qui est fou, c'est qu'en même temps, les Mollahs vendaient leur pétrole à l'homme d'affaires
16:19juif américain, Mark Rich,
16:22qui le livrait ensuite à leur ennemi juré, Israël.
16:27Mais le plus incroyable, c'est que ce même Mark Rich m'a confié que toutes les parties concernées étaient
16:33au courant.
16:36Les Iraniens savaient que le pétrole allait directement à Israël, et Israël savait qu'il venait d'Iran.
16:41Tout le monde était d'accord, en secret bien sûr.
16:46Pourquoi ? L'Iran voulait vendre du pétrole parce qu'il lui fallait de l'argent,
16:50et Israël avait impérativement besoin de pétrole, peu importait sa provenance.
16:58Aujourd'hui, presque plus personne ne connaît l'histoire de la connexion pétrolière israélo-iranienne.
17:04Dix ans avant que les deux pays ne deviennent ennemis, le pétrole iranien est transporté par bateau jusqu'à Elat,
17:10en Israël,
17:11en passant par le golfe Persique et la mer Rouge.
17:14Il emprunte ensuite un pipeline de 250 kilomètres jusqu'au port pétrolier israélien d'Ashkelon, sur la Méditerranée.
17:21« Officiellement, l'Iran et Israël n'ont pas de relations diplomatiques.
17:27Officiellement, l'Iran boycotte Israël.
17:30Mais en coulisses, le chat fournit des millions de tonnes de pétrole à l'État hébreu. »
17:39Le pipeline est une joint venture détenue à part égale par Israël et l'Iran.
17:44En 1969, dix millions de tonnes de pétrole iranien sont ainsi acheminées vers Israël.
17:51Mais à l'époque déjà, l'Iran doit ménager les musulmans qui voient en Israël un adversaire.
17:57Dès le début, les transactions pétrolières entre les deux pays sont donc secrètes.
18:02Pour mener ces opérations sans faire de bruit, les deux parties ont besoin d'un intermédiaire discret,
18:08quelqu'un comme Mark Rich.
18:13Les affaires marchent tellement bien qu'Israël peut même revendre le pétrole iranien.
18:18Là encore, Mark Rich tire les ficelles dans l'ombre.
18:23« Mark Rich réceptionnait le pétrole à Ashkelon sur la côte méditerranéenne israélienne
18:29et l'envoyait en Espagne via la Roumanie. »
18:32La Roumanie est le seul pays du bloc communiste à ne pas avoir rompu ses relations avec Israël.
18:37Mais le pétrolier n'y décharge pas sa cargaison.
18:40L'itinéraire emprunté n'est qu'une couverture.
18:43La véritable destination est l'Espagne.
18:47« Le dictateur fasciste espagnol Franco n'avait pas de relation avec Israël et ne voulait pas en avoir.
18:54Seulement, il avait besoin de pétrole.
18:56Il lui en fallait le plus possible, même s'il venait de l'État hébreu.
19:00Peu lui importait qu'il provienne d'Israël, mais il n'a jamais voulu le reconnaître publiquement.
19:05D'où ce détour par la Roumanie. »
19:10Cet accord marque le début de l'ascension fulgurante de Mark Rich dans l'industrie pétrolière.
19:16Sa spécialité est de mettre en contact des partenaires qui, officiellement, ne veulent rien avoir à faire ensemble.
19:24Après la guerre du Kippour et l'embargo, le prix du baril est multiplié par 4 et le pétrole plus
19:30convoité que jamais.
19:33« Ça a été une période bénie pour Mark Rich.
19:37Alors que les compagnies pétrolières occidentales étaient à sec, lui, il nageait littéralement dans le pétrole, grâce à ses bonnes
19:44relations avec l'Iran. »
19:48L'homme d'affaires indépendant continue à être approvisionné par l'Iran.
19:52Les Mollahs ont besoin de lui car leur pays ne dispose pas de canaux de distribution.
19:57Mark Rich achète et vend du pétrole dans le monde entier.
20:01Il traite avec Fidel Castro à Cuba et les Sandinistes au Nicaragua.
20:06Il vend du brut iranien, équatorien, vénézuélien, nigérien ou soviétique à l'Espagne, la Turquie ou l'Italie, mais aussi
20:15au ministère américain de la Défense.
20:18« Il fournissait du pétrole au régime cubain et aux Sandinistes.
20:23Pour ces derniers, il était même sans doute plus important que le mouvement de solidarité qui les soutenait en Occident.
20:29Lui, le capitaliste pur et dur, aidait les révolutionnaires marxistes.
20:36Quelle ironie de l'histoire ! »
20:41Mark Rich révolutionne le commerce du pétrole et pose les bases du marché au comptant,
20:46qui offre une certaine souplesse en période de pénurie.
20:53Son entreprise installée dans la ville pittoresque de Zoug, près de Zurich,
20:57engrange plus d'un milliard de dollars en 1974.
21:01À la fin des années 70, Mark Rich possède 30 bureaux sur tous les continents.
21:07Son principal partenaire commercial reste l'Iran, à qui il achète en moyenne 200 000 barils par jour.
21:16Mais voilà que la révolution islamique déferle sur le pays.
21:20Le Shah Reza Pahlavi est destitué.
21:23L'ayatollah Khomeini revient de son exil.
21:26Le 4 novembre 1979, des centaines d'Iraniens attaquent l'ambassade américaine à Téhéran
21:32et prennent en otage 52 employés.
21:36Impuissants, les États-Unis voient leur drapeau brûler.
21:39L'affaire des otages est sans doute le pire affront qu'ils aient subi jusque-là.
22:04Le président Carter inflige toute une série de sanctions politiques et économiques.
22:11Mais cela n'impressionne guère Mark Rich, qui bénéficie de la neutralité helvétique.
22:17Sa position était la suivante.
22:20Son entreprise, basée à Zoug, était soumise aux lois suisses et non pas américaines.
22:28C'est donc en toute légalité qu'ils pouvaient acheter du pétrole à l'Iran.
22:35Les Israéliens continuent eux aussi à acheter du pétrole iranien.
22:39À présent, Mark Rich les livre avec des navires citernes.
22:46Je crois qu'on peut dire sans exagérer que Mark Rich était vital pour Israël.
22:52Officiellement, l'ayatollah parlait d'éliminer Israël.
22:55Mais dès qu'il était question de devises, de pouvoir et de pétrole,
22:59la doctrine pure, l'idéologie passait au second plan.
23:03L'essentiel était de pouvoir vendre le pétrole.
23:09Il ne peut y avoir plus grand paradoxe.
23:12C'est le triomphe du marché sur l'idéologie.
23:15Les Etats-Unis annoncent toutefois des représailles
23:17contre l'attaque de leur ambassade et la prise en otage de leurs ressortissants.
23:22Mark Rich est accusé de commerce avec l'ennemi.
23:24Le FBI le place sur la liste des personnes les plus recherchées.
23:30Mais il vit en Suisse, qui fait prévaloir son autonomie juridique et ne l'extrade pas.
23:37En 1985, deux agents américains tentent d'enlever Mark Rich en Suisse.
23:43Bien sûr, c'est parfaitement illégal selon la loi helvétique.
23:48Ils se rendent à Zug, ils connaissent même l'angle de pente de la rue.
23:53Ils pensent qu'un hélicoptère va pouvoir atterrir et s'apprêtent à capturer Mark Rich.
23:59Mais voilà que deux hommes en civil arrivent et leur demandent leur papier.
24:05À ce moment-là, les agents américains réalisent qu'ils ont été démasqués.
24:11Les deux hommes sont des policiers fédéraux suisses
24:13et ils leur font clairement comprendre qu'ils seront arrêtés s'ils ne quittent pas la Suisse immédiatement.
24:23Le FBI n'abandonne pas la partie pour autant.
24:26Le négociant en pétrole est un ennemi de l'État américain et un des criminels les plus recherchés.
24:31Comme dans un roman d'espionnage, on assiste à un jeu du chat et de la souris.
24:35Un jeu auquel Mark Rich risque gros.
24:41Les États-Unis ont essayé à plusieurs reprises de faire sortir Mark Rich de Suisse
24:45ou de l'arrêter dans d'autres pays, notamment en Angleterre, en Jamaïque et en Russie.
24:51Mais Mark Rich m'a confié qu'il était toujours très vigilant.
24:55Il faisait attention.
24:57Il ne prenait jamais d'avion de ligne.
24:59Il voyageait toujours dans des jets privés qu'il réservait à la dernière minute.
25:03Il s'enregistrait à l'hôtel sous un faux nom.
25:07Et puis, chose très importante, son chef de sécurité personnelle était un ancien agent du Mossad,
25:14les services secrets israéliens.
25:15Il organisait minutieusement tous ses projets et ses voyages.
25:21De plus, Mark Rich avait bien évidemment les moyens d'engager plusieurs gardes du corps.
25:28Il pouvait se payer la protection dont il avait besoin.
25:33Un agent américain qui a été à ses trousses pendant 17 ans m'a dit un jour
25:37que c'était comme s'il avait eu affaire à un homme d'État.
25:42Les États-Unis tentent également de capturer Mark Rich au moyen de l'argent.
25:47La radio Voice of America diffuse régulièrement un message
25:50qui promet 750 000 dollars à celui qui le prendra.
25:54Tout cela ne sert à rien.
25:56La justice américaine le traquera pendant 17 ans, l'homme restera insaisissable.
26:01Mais aux États-Unis, il ne se débarrassera jamais de son image dénommée publique.
26:08Malgré tous ces obstacles, il continue à développer ses activités.
26:12En 1990, 7 ans après sa mise en examen,
26:16son entreprise est implantée dans 128 pays et emploie 1 200 salariés.
26:21Il achète et vend 1 500 000 barils de pétrole par jour,
26:24soit plus que la quantité produite par un pays de l'OPEP comme le Koweït.
26:30En 1993, Mark Rich vend les dernières parts de son entreprise,
26:34la Mark Rich & Co AG,
26:36qui devient la société suisse Glencore,
26:39aujourd'hui le plus grand groupe de négoces de matières premières au monde.
26:44L'histoire de Mark Rich montre la double morale qui prévaut en politique.
26:49Dès que des intérêts nationaux sont en jeu,
26:51a fortiori quand il s'agit d'une ressource stratégique comme le pétrole,
26:55les gouvernements de tous bords politiques oublient leurs principes moraux et leurs idéologies.
27:00Il n'y a plus que leurs intérêts qui comptent.
27:04L'or noir provoque un étonnant revirement dans la politique énergétique du gouvernement britannique.
27:09Depuis des décennies, la Grande-Bretagne est en bisbille avec les pays producteurs de pétrole
27:14à cause des prix élevés qu'ils pratiquent.
27:17Au milieu des années 1970, tout bascule.
27:20Le Premier ministre Harold Wilson caresse même l'idée d'une présidence britannique au sein de l'OPEP.
27:27Que s'est-il passé ?
27:31Les premiers sondages en mer du Nord ont été réalisés bien avant le choc pétrolier.
27:36Depuis les années 1960, des entreprises américaines y prospectent du pétrole.
27:41Après de longs efforts infructueux, elles s'apprêtent à abandonner ces recherches coûteuses.
27:47Mais puisque la plateforme offshore est installée et payée,
27:50elles font une dernière tentative en 1969.
27:53À 3000 mètres de profondeur, un échantillon est prélevé.
27:56Il a un éclat doré, signe de la présence du précieux liquide.
28:05Après cette découverte, les compagnies affluent en Norvège et en Grande-Bretagne.
28:10Un an plus tard, BP, puis Shell et Exxon trouvent du pétrole.
28:16L'un des gisements à explorer est le Brent, à environ 180 kilomètres au nord-est des îles Shetland.
28:22Les premiers sondages laissent penser qu'il s'agit d'un important réservoir de pétrole.
28:28Cela provoque une véritable ruée vers l'or noir.
28:31La perspective d'extraire du pétrole dans un pays qui n'augmente pas les prix de façon arbitraire,
28:36ne menace pas d'imposer des quotas et ne déclenche pas de révolution, est stimulante.
28:41Même si le forage en mer du Nord coûte dix fois plus cher que la production de l'Arab Light,
28:46le brut de référence au Moyen-Orient.
28:50Les investissements sont étroitement liés au prix du pétrole.
28:57Lorsque celui-ci augmente, de nombreux investissements qui n'étaient pas rentables jusque-là le deviennent.
29:06C'est ce qui s'est passé en 1973.
29:10Avec la hausse du prix du baril, il est devenu économiquement plus intéressant de prospecter en mer du Nord.
29:19Mais la mer du Nord est dangereuse, financièrement et physiquement.
29:23Il faut creuser bien plus en profondeur.
29:26La météo est impitoyable et change en quelques minutes.
29:29Des vagues de plus de 20 mètres peuvent s'abattre sur les plateformes et les navires de ravitaillement.
29:33Et en cas de tempête, les vents soufflent à plus de 120 km heure.
29:40Malgré tous ces inconvénients, l'extraction d'hydrocarbures à grande échelle démarre.
29:44Six ans après la découverte du premier gisement, le 18 juin 1975, le Royaume-Uni raffine pour la première fois
29:52son pétrole.
30:06Tout porte à croire que la Grande-Bretagne va bientôt nager dans le pétrole.
30:10Le Brent produit à lui seul 500 000 barils par jour.
30:14Qui pourrait encore vouloir une baisse du prix du brut ?
30:35Du jour au lendemain, Aberdeen devient la capitale européenne du pétrole offshore.
30:39Le port écossais s'enrichit.
30:51A la fin des années 1990, le boom est terminé.
30:55En 1999, les plateformes de la mer du Nord ne produisent plus qu'environ 6 millions de barils par jour.
31:02Et en 2017, 2 millions seulement.
31:06Désormais, on démonte les installations.
31:09Avec la baisse des prix, le forage offshore n'est plus rentable.
31:12Mais au début des années 1980, le pétrole de la mer du Nord a un impact colossal.
31:19La suprématie de l'OPEP commence à s'effriter.
31:22Les États membres sont inquiets.
31:23L'OPEP a pris une décision qu'elle n'avait encore jamais prise.
31:30Elle a instauré un système de quotas pour soutenir le cours du pétrole.
31:35Le problème était que l'Arabie saoudite, le membre clé du cartel qui jouait le rôle d'arbitre,
31:40pour défendre ses propres intérêts,
31:42a réduit sa production de 10 millions de barils par jour en 1982
31:49à 2 millions en 1985, afin de stabiliser les prix.
31:55L'OPEP impose un quota de production faible à tous ses États membres.
31:59Mais hormis l'Arabie saoudite, ils ne peuvent pas suivre,
32:02car un tel contingent ne leur permet plus de réaliser des bénéfices.
32:06Le quota n'est donc pas respecté à la lettre.
32:12Le chaos qui régnait au sein de l'organisation a pris une tournure absurde.
32:18En 1984, l'OPEP a chargé une agence internationale de la contrôler elle-même.
32:23Les chiffres de production de chaque État membre
32:25devaient être rigoureusement vérifiés à partir des comptes,
32:29des factures et des documents d'exportation.
32:31Mais la mission a échoué,
32:33parce que les inspecteurs n'ont pas eu accès aux bureaux et sites de production.
32:37Certains pays leur ont même refusé l'entrée sur leur territoire.
32:43L'OPEP ne peut pas endiguer la chute des prix.
32:46Si un baril de brut coûte encore plus de 39 dollars en avril 1980,
32:50il vaut moins de 10 dollars en 1986,
32:53soit une réduction de 74%.
32:55Pour l'OPEP, c'est une situation inédite.
33:05Pour la plupart des habitants des pays occidentaux,
33:07en revanche, la baisse du cours du pétrole est une bonne nouvelle.
33:11On peut de nouveau filer à toute vitesse sur les autoroutes et dans les airs.
33:18A l'époque, la question des combustibles fossiles et de leurs effets néfastes sur le climat
33:23n'intéressait qu'une poignée de spécialistes.
33:26Le terme réchauffement climatique n'existait pas encore.
33:29Non seulement on considérait que le pétrole était moins dangereux et moins sale,
33:33mais on voyait aussi les grands avantages qu'il présentait.
33:35Il permettait de soulager les tâches pénibles et offrait une formidable mobilité.
33:40Les gens s'étaient habitués à un approvisionnement abondant en pétrole.
33:44C'était quelque chose que personne ne remettait en question.
33:46Et aujourd'hui encore, ça semble aller de soi.
33:51Parmi les produits issus de la pétrochimie figurent les détergents,
33:56les médicaments,
33:58les casques de vélo,
33:59les cosmétiques,
34:01le stylo
34:02et le frisbee.
34:04On peut citer également les terrains de football synthétiques
34:09et bien sûr,
34:10les jouets en plastique.
34:12On paie avec du pétrole,
34:14pas de carte de crédit sans plastique.
34:17Même le monde informatique n'y échappe pas.
34:19Clavier, écran, smartphone, tablette,
34:23tout est fabriqué à base d'hydrocarbures.
34:26Si la révolution numérique commence dans les années 1980,
34:29c'est précisément parce que le prix du pétrole est stable,
34:32une condition indispensable à la construction d'ordinateurs bon marché.
34:36Et le prix du baril ne cesse de diminuer.
34:40Cela s'explique entre autres
34:41par une plus grande conscience écologique de l'opinion publique.
34:45Les marées noires ternissent l'image du pétrole.
34:48L'heure est aux économies d'énergie.
34:50La demande d'hydrocarbures,
34:51qui augmentait sans cesse jusque-là,
34:53stagne.
34:57Si le fléchissement des prix n'entraîne qu'un petit creux
35:00dans la croissance de pays comme l'Arabie saoudite,
35:02d'autres États sont menacés dans leur existence même.
35:10À la fin des années 1980,
35:12le plus grand pays du monde s'enfonce toujours plus dans l'abîme.
35:16À l'extérieur,
35:18l'Union soviétique démontre sa puissance,
35:20mais une crise majeure secoue son économie
35:23et la chute du cours du pétrole ne fait qu'aggraver la situation.
35:31Le budget de l'État soviétique
35:32est très dépendant des exportations de pétrole.
35:35Pour assurer sa survie,
35:37l'immense empire a besoin de 15 à 17 milliards de dollars par an.
35:42La baisse du prix du brut
35:44inflige des milliards de pertes à l'URSS.
35:50Vladimir Poutine aime dire
35:52que la perestroïka a été le coup de grâce
35:54pour le bloc communiste.
35:55Mais l'effondrement du cours du pétrole
35:57y est aussi pour beaucoup.
36:03Au milieu des années 1980,
36:05pour la première fois,
36:07on ne pouvait plus masquer
36:08les maux de l'économie soviétique.
36:11Il y avait une pénurie
36:12de produits alimentaires.
36:14Des files d'attente se formaient
36:15devant les magasins et les boulangeries.
36:18Soudain,
36:19les gens se rendaient compte
36:21que ce que leur régime leur avait raconté jusque-là,
36:24à savoir que l'URSS était le meilleur pays au monde
36:26et que le socialisme allait résoudre tous les problèmes,
36:30que tout cela n'était pas vrai.
36:32Le régime ne pouvait plus balayer
36:34d'un revers de la main ces difficultés
36:36qui étaient dues en partie
36:37à la chute du prix du pétrole.
36:39Il ne pouvait plus acheter de la nourriture à l'étranger
36:42pour remédier temporairement à la pénurie.
36:44Il fallait engager des réformes.
36:47La population entière voyait bien ce qui se passait.
36:50Les gens faisaient la queue des heures
36:52pour acheter une miche de pain.
36:55Ce n'était pas digne d'une superpuissance.
37:02Au début des années 1990,
37:04l'URSS implose,
37:05avec toutes les conséquences économiques et politiques
37:07que cela implique.
37:09Le mur de Berlin serait-il tombé
37:11sans la crise pétrolière soviétique ?
37:13Beaucoup d'historiens en doutent.
37:21Et aujourd'hui ?
37:22La Russie est chroniquement dépendante
37:24des ressources fossiles.
37:26Près des deux tiers de ses exportations
37:28et 40% de ses recettes publiques
37:30proviennent du pétrole,
37:31du gaz et du charbon.
37:33Et jusqu'ici,
37:34le président Poutine ne donne pas l'impression
37:36de vouloir restructurer l'économie.
37:41C'est la même situation
37:42que Sourbatchev.
37:44Le pays devrait entreprendre
37:46des remaniements.
37:48Poutine a été assez malin.
37:50Il a créé un important fonds souverain
37:52qui s'élève à des centaines de milliards
37:54et en période de crise comme maintenant,
37:57il peut puiser dedans.
37:59Mais là encore,
38:00c'est une solution provisoire
38:02et si le prix du pétrole reste bas,
38:04il faudra une fois encore réformer.
38:07Poutine n'aime pas réformer.
38:09Poutine n'aime pas réformer
38:10parce que c'est impopulaire,
38:11que ça l'oblige à restructurer,
38:13que ça nuit à certains groupes d'intérêts
38:15et que ça implique la refonte
38:17du système entier.
38:21Vladimir Poutine ne prépare pas
38:23l'avenir économique du pays.
38:25Il compte uniquement sur le fait
38:26que le changement climatique
38:27va libérer des matières premières
38:28au pôle Nord.
38:29Il a besoin de nouveaux champs pétrolifères.
38:32En développant massivement
38:34sa flotte de brise-glaces,
38:35la Russie envoie un signal clair
38:37à Washington, à Pékin
38:38et aux autres capitales.
38:40Le pays dont le littoral arctique
38:42s'étend de la frontière norvégienne
38:44au Pacifique
38:45veut profiter au maximum
38:46de sa situation géographique,
38:48tant sur le plan politique
38:49que sur le plan économique.
38:56Le nord du cercle polaire
38:58renferme 13% des gisements potentiels
39:01de pétrole du globe.
39:03Vladimir Poutine déclare en 2012
39:04les champs offshore,
39:07en particulier dans l'Arctique,
39:08constituent notre réserve stratégique
39:10pour le 21e siècle.
39:15Le pétrole est ainsi une réserve,
39:18voire une arme stratégique.
39:20Là encore,
39:22c'est une situation qui n'est pas nouvelle.
39:24En 1990, déjà,
39:26un homme se voit comme le futur maître du pétrole
39:29et le leader du monde arabe,
39:31Saddam Hussein.
39:36Le matin du 2 août 1990,
39:39100 000 soldats irakiens envahissent le Koweït.
39:41Saddam Hussein a un objectif clair,
39:44prendre possession des puits de pétrole Koweïtien.
39:47La longue guerre contre l'Iran
39:49a pris fin deux ans plus tôt.
39:51Elle a affaibli financièrement l'Irak.
39:58Après l'attaque,
39:59le contrôle des gisements irakiens et koweïtiens
40:02garantit 20% des réserves mondiales
40:04à Saddam Hussein.
40:06Aux États-Unis,
40:07en Europe de l'Ouest et au Japon,
40:08on tire la sonnette d'alarme.
40:10La prochaine cible de Saddam Hussein
40:12sera-t-elle l'Arabie saoudite ?
40:18Les Américains envoient rapidement
40:19des troupes dans le Golfe,
40:21car l'accord passé en 1950 avec Truman
40:23et qui garantit la protection
40:25de l'Arabie saoudite tient toujours.
40:27Le président George Bush
40:28impose une intervention militaire
40:30à son pays et ses alliés.
40:31Les stakes sont hauts.
40:33L'Irak est déjà un pays
40:35riche et puissant
40:36de l'Oil,
40:38qui possède la seconde
40:39largeur de l'Oil
40:41et des milliers de hommes
40:43et des milliers d'un des hommes.
40:45C'est le plus largeur
40:46de l'Oil du monde.
40:49Notre pays
40:51importe
40:52presque la plupart de l'Oil
40:53qu'il consume
40:53et peut face
40:55une major threat
40:56à son économiques
40:57de l'indépendance.
40:58La plupart du monde
40:59est encore plus
41:00dépendant
41:01de l'Oil importe
41:07Le dirigeant irakien
41:08n'essaie même pas
41:09de contredire
41:09les arguments
41:10de George Bush.
41:11Il veut devenir
41:12le premier producteur
41:13de pétrole
41:14de la planète
41:14pour faire de son pays
41:16une grande puissance
41:17et entrer dans l'histoire
41:18en tant que leader
41:19du monde islamique.
41:25Malgré les nouvelles règles
41:26qui régissent
41:27le commerce pétrolier
41:28et la capacité
41:29à éviter les pénuries,
41:30malgré la fin
41:31de la guerre froide
41:32et l'entente retrouvée
41:33entre l'OPEP
41:33et l'Occident,
41:34le pétrole revient
41:35soudain sur le devant
41:36de la scène internationale.
41:37Il se révèle
41:38un élément clé
41:39dans les jeux
41:40de pouvoir économique
41:41et politique.
41:42En septembre 1990,
41:45lorsque Saddam Hussein
41:46menace de détruire
41:47les sites de production
41:48saoudiens,
41:49le prix du baril
41:50est multiplié
41:51par plus de deux.
41:54Quatre mois plus tard,
41:56le 17 janvier 1991,
41:58la plus grande offensive
41:59aérienne de l'histoire
42:00est lancée.
42:01700 avions
42:02de la coalition
42:03anti-Saddam Hussein
42:04attaquent l'Irak.
42:06Des éclairs sillonnent
42:07en permanence le ciel.
42:08Les caméras zoomen
42:09sur les bunkers.
42:10Les images aériennes,
42:12les viseurs des bombardiers
42:13et les explosions
42:14envahissent les écrans
42:15de télévision.
42:16La guerre du Koweït
42:17de 1991
42:18est le premier conflit
42:20que l'on peut suivre
42:20en direct et en couleur
42:22sur la chaîne
42:22d'information américaine
42:23CNN.
42:29La riposte de la coalition
42:31est suivie des faits.
42:32Quelques heures
42:33après le raid,
42:34le prix du pétrole
42:34baisse de nouveau.
42:36Il passe à 40 dollars,
42:37puis à 30
42:38et enfin à 20 dollars
42:40le même jour.
42:41Personne ne croit
42:42à une victoire
42:42de Saddam Hussein
42:43ni à une pénurie
42:45de pétrole.
42:46Dès le début de la guerre,
42:47il a ainsi perdu
42:48sa plus grande bataille.
42:50En dépit des puits
42:51de forage en feu,
42:52le pétrole n'est pas
42:53devenu l'arme
42:54de Saddam Hussein
42:55et son cours reste bas.
42:58Jusqu'à l'arrivée
42:59de nouveaux acteurs
43:00sur la scène internationale
43:01au début de ce millénaire.
43:04La Chine est devenue
43:05une superpuissance économique
43:06et c'est désormais
43:07le deuxième plus gros
43:08consommateur de pétrole
43:10derrière les Etats-Unis.
43:11Les Chinois sont bien
43:12décidés à rattraper
43:13leur retard.
43:14Ils veulent des voitures
43:15modernes,
43:16des logements spacieux
43:17et de gros climatiseurs.
43:18Pour cela,
43:19ils ont besoin
43:20d'énormes quantités
43:20d'énergie.
43:22Dans les années 90,
43:23la Chine consommait
43:24autant de pétrole
43:24que l'Allemagne.
43:25Aujourd'hui,
43:26elle en consomme
43:27presque cinq fois plus
43:28et d'ici peu,
43:29elle dépassera
43:29l'Union européenne.
43:32En juin 2008,
43:33le prix du baril de brut
43:35monte à 140 dollars,
43:36la plus haute moyenne
43:38mensuelle jamais enregistrée.
43:40Mais la ruée
43:41vers l'or noir
43:41prend fin.
43:43Une technique
43:44d'extraction controversée
43:45devient pour la première
43:46fois rentable
43:47la fracturation hydraulique.
43:51Le premier boom
43:52du pétrole de schiste
43:53commence en 2008.
43:55Cinq ans plus tard,
43:56en 2013,
43:58les Américains
43:58extraient plus de pétrole
44:00qu'ils ne l'ont jamais fait
44:01dans leur histoire.
44:02La production grimpe
44:03à 1,1 million
44:04de barils par jour,
44:05soit une hausse
44:06de 13,5%.
44:07Et tout cela
44:08grâce à la fracturation hydraulique.
44:11Dix ans plus tôt,
44:11ils pensaient encore
44:12que leur réserve de pétrole
44:13serait bientôt épuisée.
44:14Mais à présent,
44:16les Etats-Unis
44:17produisent plus de
44:1811 millions de barils
44:19par jour,
44:20dont 3 millions
44:20rien qu'au Texas.
44:23En 2015,
44:24pour la première fois
44:25en 40 ans,
44:26les Etats-Unis
44:27exportent à nouveau
44:28du pétrole.
44:29L'industrie pétrochimique
44:31est florissante.
44:32Mais la fracturation hydraulique
44:34suscite de vives polémiques.
44:36Il faut creuser un puits
44:37à plusieurs kilomètres
44:38de profondeur
44:39avant de poursuivre
44:40le forage à l'horizontale.
44:43Dans la technique
44:44du forage horizontal,
44:45un mélange d'eau,
44:47de sable quartz
44:47ou de billes
44:48de céramique
44:49et de substances chimiques
44:50est soumis
44:51à une pression
44:51pouvant atteindre
44:521000 bar.
44:53Cette pression
44:54fait éclater la roche,
44:55ce qui permet au pétrole
44:56ou au gaz
44:57qu'elle contient
44:57de remonter à la surface.
44:59Grâce à des corps solides
45:00et à des produits chimiques,
45:01on maintient
45:02les fissures obtenues ouvertes.
45:03Le problème,
45:04c'est que 17
45:05de ces substances chimiques
45:07sont considérées
45:07par l'Agence fédérale
45:08de protection
45:09de l'environnement
45:10comme dangereuses pour l'eau.
45:1138 autres substances
45:12sont qualifiées
45:13de toxiques
45:14pour la santé humaine.
45:15Et si le liquide
45:16de fracturation
45:16entre en contact
45:17avec les nappes phréatiques,
45:19ça provoque
45:19des dégâts irréversibles.
45:23Et les Etats-Unis
45:25ne restent pas là.
45:26Ils ont recours
45:27à une autre technique,
45:28elle aussi très controversée,
45:29la production de pétrole
45:31à partir de sable bitumeux.
45:33Une activité
45:34qui transforme
45:35des régions entières
45:36en désert.
45:37Contrairement
45:38à son prédécesseur,
45:39Barack Obama,
45:40le président Donald Trump
45:41mise beaucoup
45:42sur ces nouvelles méthodes.
45:44En 2020,
45:45il attaque son concurrent
45:46Joe Biden
45:46sur la question du pétrole.
46:12Trump favorise
46:13l'essor
46:13de nouvelles techniques
46:14d'extraction
46:15en accordant des concessions
46:17dans des zones naturelles
46:18protégées
46:18et en supprimant
46:19la réglementation
46:20sur la fracturation hydraulique
46:22édictée par Obama.
46:23Rien d'étonnant à cela
46:25puisqu'il a déclaré
46:26que le réchauffement climatique
46:27était une invention
46:28des Chinois.
46:32Aux Etats-Unis,
46:3410 millions d'Américains
46:35ont un emploi
46:35lié au pétrole,
46:36des banquiers
46:37aux métallurgistes.
46:38Trump était président
46:39mais aussi homme d'affaires
46:41et il avait investi
46:42dans des compagnies
46:42pétrolières américaines.
46:43Il a sabordé
46:44l'Agence fédérale
46:45de protection
46:46de l'environnement
46:47pour maintenir
46:48l'industrie pétrolière en vie.
46:51En 2018,
46:52au Texas,
46:53grâce aux subventions publiques
46:55et malgré le coût
46:56de la fracturation hydraulique,
46:57près de 500 d'ERIC
46:59extrait du pétrole
47:00et du gaz
47:00sur plus de 194 000 km².
47:08En 2019,
47:09160 ans après la découverte
47:11du premier gisement
47:12en Pennsylvanie,
47:13les progrès technologiques
47:15permettent aux Etats-Unis
47:16de redevenir
47:16le premier producteur
47:18de pétrole au monde
47:18devant la Russie
47:20et l'Arabie saoudite
47:21et aussi le plus grand
47:23exportateur de pétrole.
47:25L'Amérique renoue ainsi
47:26avec l'époque de Rockefeller.
47:34Sur ce point,
47:35le prix joue un rôle clé.
47:36Le baril coûte désormais
47:38plus de 70 dollars.
47:40Un système éprouvé
47:41ressurgit.
47:42Une forte demande,
47:43une hausse des prix
47:44et des défenseurs
47:45de l'environnement
47:46entravés par la loi.
47:49Qu'est-ce qui pourrait
47:50encore faire obstacle ?
47:56La pandémie de Covid
47:58remet en cause
47:59les anciens modèles.
48:02Début 2020,
48:04plus aucune grande puissance
48:05économique n'a besoin
48:06de pétrole.
48:07Tout est à l'arrêt.
48:10Bien qu'extraordinairement
48:12bon marché,
48:12le pétrole ne trouve pas
48:14preneur.
48:15Le cours du baril
48:16atteint son taux historique
48:18le plus bas.
48:18Les négociants doivent
48:20mettre la main à la poche
48:21pour se débarrasser
48:21de leurs stocks.
48:25Les pétroliers ne peuvent
48:27plus décharger
48:27leur cargaison
48:28car tous les entrepôts
48:29sont pleins à craquer.
48:33Bien sûr,
48:34l'économie mondiale
48:35va redémarrer
48:35et la demande en pétrole
48:37va de nouveau augmenter.
48:40Mais il semblerait
48:41que cette rupture
48:41arrive à un moment
48:42où l'humanité
48:43se trouve à un tournant.
48:47Pour la préservation
48:49du climat
48:49et la survie
48:50de l'humanité,
48:51il est indispensable
48:52de repenser
48:52l'approvisionnement énergétique.
48:54Le pétrole,
48:55le gaz et le charbon
48:56sont nocifs
48:57pour le climat.
48:58Leur extraction
48:59et leur combustion
48:59libèrent du méthane
49:00et du dioxyde de charbon
49:02qui représentent
49:03environ 72%
49:04des gaz à effet de serre.
49:05Lutter contre
49:06le réchauffement climatique,
49:08c'est aussi combattre
49:09la toute puissante
49:10industrie pétrolière
49:11qui dispose
49:12d'énormes moyens financiers.
49:14Elle est défendue
49:15par l'un des lobbies
49:16les plus influents au monde
49:17et elle a longtemps
49:18tout mis en œuvre
49:19pour que la peur
49:20du dérèglement climatique
49:21ne menace pas ses bénéfices.
49:24Shell était déjà
49:25parfaitement conscient
49:26du danger
49:26des gaz à effet de serre
49:27au milieu des années 1980.
49:31Vers 1984,
49:33le groupe a chargé
49:34six de ses chercheurs
49:35de se pencher
49:36sur le sujet.
49:37Et en 1988,
49:40ces six experts
49:41ont remis
49:41un rapport volumineux
49:42qui était
49:43on ne peut plus clair.
49:48Les chercheurs expliquent
49:49sans l'ombre d'un doute
49:50que le dioxyde de carbone
49:52libéré par la combustion
49:53d'énergie fossile
49:54va réchauffer la planète.
49:56Pas du vivant
49:57des décideurs actuels,
49:58précise-t-il,
49:59mais sans doute
50:00de celui de leurs enfants
50:01et petits-enfants,
50:02c'est-à-dire aujourd'hui.
50:10A l'époque,
50:12l'industrie pétrolière
50:14aurait pu rendre
50:14ses connaissances publiques
50:15pour éveiller les consciences.
50:18Si elle y avait consenti,
50:21nous serions aujourd'hui
50:22dans une situation
50:22totalement différente.
50:26Mais les compagnies pétrolières
50:29ont décidé
50:30de faire
50:30exactement le contraire.
50:33Elles ont gardé
50:34leurs connaissances secrètes
50:35et ont même
50:37saboté la recherche
50:38sur le climat.
50:44Elles ont créé
50:45une organisation,
50:46la Global Climate Coalition,
50:50qui avait pour mission
50:51de semer le doute
50:52sur la véracité
50:53des études
50:54sur le climat.
51:01Aujourd'hui,
51:02les compagnies pétrolières
51:03ne remettent plus en question
51:04le changement climatique.
51:06Même si une sortie du pétrole
51:08serait pour elles
51:08un cauchemar financier,
51:10il n'y a pas d'alternative.
51:12Aussi effroyable soit-elle,
51:14la pandémie
51:15pourrait bien faire évoluer
51:16les mentalités.
51:17En 2020,
51:19la situation économique
51:20s'est dégradée
51:21alors que l'état
51:21de la planète
51:22s'est amélioré.
51:23on peut douter
51:24que l'industrie pétrolière
51:25retrouve le chemin
51:26de la croissance
51:27après la crise sanitaire.
51:33Depuis la découverte
51:34du premier gisement,
51:36le pétrole influe
51:37sur le cours
51:37de la politique
51:38et de l'économie mondiale.
51:40Guerre, essor,
51:41défaites,
51:42consommation,
51:43pauvreté,
51:44le précieux liquide
51:45a marqué
51:45l'ère industrielle moderne.
51:47Il a fait naître
51:48d'étranges alliances,
51:49des partenaires
51:50sont devenus ennemis
51:51et des rivaux
51:52amis.
51:54Le pétrole
51:55écrit l'histoire
51:55depuis 160 ans.
51:57Reste à savoir
51:58à quelle vitesse
51:59nous parviendrons
52:00à nous passer
52:00de l'or noir,
52:02sachant que notre avenir
52:03même en dépend.
52:04de l'or noir.
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