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  • il y a 11 heures
Dans son édito du 16/03/2026, Mathieu Bock-Côté revient sur [thématique de l'édito]

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Transcription
00:00Alors, à tous ceux qui annonçaient une forme de vague possible RN, vous savez, avant chaque élection, on annonce toujours
00:06que le RN va avoir des scores comme jamais, va faire une vague.
00:09Finalement, il y a toujours un écart entre les prophéties des uns et le constat électoral, mais le RN a
00:14réussi, cela dit, son implantation sur le territoire.
00:18Donc, on est désormais avec un parti qui a un véritable ancrage territorial. Cela dit, il faut distinguer les catégories
00:23de l'ancrage territorial.
00:24Dans les grandes villes, vous l'avez dit, le RN est à peu près absent. Il ne réussit pas à
00:28franchir le cap du 10 %.
00:30La sociologie des grandes villes est fondamentalement réfractaire à l'électorat du camp national, mais dès lors, il ne peut
00:36pas s'y retrouver.
00:38Il y a des conséquences, soit dit, c'est en passant pratique à cela. Dans les grandes villes, ça veut
00:41donc dire qu'on rencontre très rarement au quotidien, dans nos interactions quotidiennes,
00:45des gens qui, quand on va de la partie au bloc central à la gauche, des gens qui ne pensent
00:49pas comme nous.
00:50C'est-à-dire que dans les grandes villes, vous avez de bonnes chances de ne jamais croiser, dans vos
00:54interactions sociales et mondaines et sociales,
00:56un électeur RN, un électeur reconquête. Reconquête peut-être un peu plus selon les villes, mais donc, point de départ.
01:02Deuxième élément, là où la droite nationale perce dans les villes, c'est moins dans sa version RN que dans
01:08sa version droite bourgeoise ou droite identitaire décomplexée.
01:13Donc, deux exemples, à Nice, on l'a dit, avec Éric Ciotti, et à Paris, quoi qu'on en dise,
01:18avec le score de Sarah Knafo,
01:20qui fait plus de 10 %, le RN n'atteignait pas de tels objectifs ici.
01:24Donc, peu importe les attentes que pouvait avoir Mme Knafo, en haut de 10 %, c'est un succès pour
01:29elle.
01:29Mais ce n'est pas le RN, c'est la branche identitaire conservatrice libérale de la droite qui réussit à
01:35percer dans les grandes villes.
01:36Alors, où perce le RN, cela dit? On le sait, c'est deux zones d'implantation historiques, le RN du
01:42Nord avec le fonds Vrier, le RN du Sud.
01:46Donc, il y a une véritable implantation et des villes sont désormais basculées durablement, d'autres basculent aussi ailleurs sur
01:51le territoire.
01:52Et on note, parce que tout le monde l'a dit, que là où le RN a réussi à gagner
01:56les municipalités, il réussit généralement à les conserver.
01:58Donc, ça, ça ne veut pas dire qu'ils ont une gestion exemplaire, remarquable, géniale, ça veut juste dire qu
02:02'on n'est pas devant des fascistes ou des nazis.
02:04Manifestement, on n'était pas devant des fascistes. Louis Alliot, quoi qu'on en pense, n'est pas le début
02:07d'un quart de huitième de fasciste.
02:09C'est comme ça. On peut ne pas l'aimer, mais on peut exclure l'argument fasciste pour parler de
02:12Louis Alliot.
02:13Une fois que c'est dit, la droite classique, donc j'ai parlé du RN, la droite classique.
02:18Elle espérait, en fait, parce que la droite classique, vous savez, elle s'autonome droite de gouvernement.
02:22Elle gouverne plus grand-chose depuis longtemps, mais elle préfère se dire droite de gouvernement, c'est une forme de
02:26titre prestigieux.
02:27Les gens qui s'inventent des titres de noblesse, ça existait autrefois, mais droite de gouvernement, c'est une forme
02:31de titre de noblesse venue d'hier,
02:32qui ne veut plus rien dire dans le monde d'aujourd'hui.
02:34Elle espérait gagner Paris. On constate, je pense, durablement, on peut constater que Paris va être une ville de gauche.
02:39Je ne sais pas ce qu'il va en être dans 50 ans, mais Paris est désormais à gauche et
02:43la candidature d'Atti était probablement le dernier spasme de la droite classique à Paris.
02:49Lyon aussi. Par ailleurs, alors qu'on pensait que ce serait un triomphe pour le candidat Holla, c'est finalement,
02:55bon, ça se passe autrement.
02:58Là où la droite classique réussit à se maintenir, c'est dans les villes moyennes, comme on dit.
03:01Les villes moyennes, pourquoi? On pourrait presque dire qu'il y a un contraste des attentes par rapport à la
03:05politique entre la gauche et la droite.
03:07La gauche, je le disais, traite la politique municipale sur le mode de la politique laboratoire aujourd'hui.
03:12C'est le lieu où on pense le nouveau projet de société.
03:14C'est le lieu où on applique concrètement l'écologisme, le néo-féminisme, le multiculturalisme, le vivre-ensemble-isme, tout
03:22ça ensemble.
03:22La ville est transformée en laboratoire politique et idéologique aujourd'hui, mais avec les conséquences qui ne sont pas toujours
03:29heureuses.
03:30Ce qui fait d'ailleurs que bien des gens, je le disais les familles, mais pas que les gens qui
03:33sont soucieux de sécurité, quittent les villes de plus en plus.
03:37Donc la droite, elle, pense le municipal non pas sur le mode du laboratoire, elle le pense sur le mode
03:41du quotidien.
03:43Donc les attentes à droite en matière de politique municipale sont beaucoup plus faibles.
03:47C'est généralement la propreté, c'est la sécurité, c'est la possibilité de circuler librement avec sa bagnole sans
03:52avoir l'impression de défier les chevaliers de l'armée verte.
03:55C'est avoir la possibilité finalement d'avoir une existence quotidienne relativement tranquille.
04:00On pourrait dire que la France qui, aujourd'hui, il y a des gens qui ont toujours habité dans les
04:04petites villes, les villes moyennes,
04:05mais une partie de cette France-là est une France en exil aujourd'hui, une France qui en quelque sorte
04:09a quitté l'expérience des grandes villes
04:11où ils étaient les cobayes d'un projet idéologique bizarre, et ils se retrouvent dans ces petites villes.
04:15Et généralement, ils ont tendance à voter à droite dans ces petites villes.
04:19Vous avez dans votre premier édito, Mathieu, parlé des déterminants identitaires de la politique.
04:23Quels sont les déterminants identitaires qui expliquent aujourd'hui le vote RN et plus largement le vote de la droite
04:29au municipal?
04:30Alors, on fait le flash info avant?
04:32Allez, vous avez 40 secondes, vous pouvez commencer.
04:34Formidable, j'adore ça.
04:36Alors, je vais commencer en disant simplement la chose suivante.
04:39Il faut cesser cette grille de lecture, souvent des sondages, d'une certaine sociologie politique,
04:44qu'il n'y a que les déterminants sociaux qui comptent dans l'analyse du vote.
04:48En déterminants socio-économiques, il faut rappeler que partout en Occident, et la France ne fait pas exception aussi,
04:52il y a les déterminants religieux, ethniques, linguistiques, sociaux aussi, économiques.
04:57Donc, tous ces déterminants identitaires, on dit, comptent dans l'analyse du vote.
05:00Les déterminants identitaires du vote.
05:02Alors, par exemple, aux États-Unis, on pense que la sociologie électorale s'intéresse à l'ethnicité et à la
05:08religion
05:08pour comprendre de quelle manière tel groupe a de bonnes chances de voter ou non.
05:12Même chose au Royaume-Uni, au Canada, c'est l'ethnicité et la langue.
05:17Alors, on me dit, ah oui, c'est un autre monde.
05:18Non, le fait que c'est partout en Occident, c'est comme ça.
05:20C'est simplement qu'on considère que ces catégories d'analyse sociologique utiles,
05:25sur le plan descriptif, je ne suis pas sur le plan moral, je ne veux pas qu'il faut faire
05:28des politiques à partir de ça,
05:29mais sur le plan de l'analyse, on considère souvent, une partie de la sociologie électorale en France
05:33considère que ce sont des catégories illégitimes d'analyse.
05:36Dans les faits, qu'est-ce qu'on voit partout dans le monde occidental,
05:38avec les mouvements migratoires que nous connaissons aujourd'hui,
05:41les populations issues de l'immigration ont tendance à voter pour le parti de gauche
05:45qui a généralement opéré le tournant multiculturaliste.
05:48Quelquefois, par ailleurs, des partis directement issus de l'immigration,
05:50donc on le voit au Royaume-Uni notamment, avec des partis qui sont sur le mode islamiste.
05:55Et les populations dites de souche, je ne sais pas comment les nommer autrement,
05:58mais vous voyez à peu près ce à quoi je ferais, et plus assimilés.
06:01Les deux souches, dis-je, et assimilés, ont tendance à voter pour des partis nationaux,
06:06soit conservateurs, soit populistes, mais ont tendance à voter pour eux.
06:09Et je dirais que même nos amis tendance printemps républicains qui parlent
06:12« Non, non, non, on croit au vote universaliste, on croit au vote universaliste. »
06:15Le vote universaliste est un vote identitaire comme un autre.
06:18C'est le vote d'une certaine bourgeoisie qui a les moyens de se dérober
06:21des conséquences des modèles de société qu'ils imposent aux autres.
06:24Donc finalement, je dirais que tous les votes aujourd'hui sont identitaires,
06:27quels qu'ils soient, en bien ou en mal.
06:29Tous les votes sont communautaristes en quelque sorte,
06:31sauf qu'il y a quelquefois des communautaristes qui sont l'expression
06:34d'un sentiment de détresse d'un peuple dépossédé qui est chez lui depuis toujours,
06:37et quelquefois, il y a des communautarismes conquérants qui existent aussi aujourd'hui.
06:41J'en ai parlé en premier édito.
06:43Et par ailleurs, je dirais que ces élections auront une portée historique, je crois.
06:46Ce sont des élections où on aura enregistré pour la première fois,
06:49très clairement, de manière très visible, très lisible,
06:53justement la partition ethno-culturelle dont s'inquiétait François Hollande avec raison.
06:57Mais cette partition ethno-culturelle, qui a des conséquences politiques visibles
07:01dans la composition de la carte électorale,
07:03dans la composition demain de l'élection de 2027,
07:05il y a un tournant aujourd'hui, elle s'est rendue visible
07:08sur le plan des résultats électoraux des uns et des autres.
07:11Et je ne crois pas, si la tendance se maintient,
07:13je ne crois pas que ça va aller en sens inverse.
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