00:00Alors, premier élément, depuis 1974, sauf en 1981, il y a toujours eu une Le Pen ou un Le Pen à la présidentielle, la manifeste. Enfin, si la tendance se maintient, il n'y en aura pas.
00:11Ce que je dis, effectivement, vous l'avez bien noté, hier, au moment où il n'y a pas d'exécution provisoire, on se dit, bon, mais donc, le terrain est libre, elle peut se présenter,
00:21et on comprend, au terme de quelques heures et de la journée, que dans les faits, le scénario le plus probable, c'est qu'elle ne puisse pas se présenter.
00:28Elle-même dit qu'elle sera probablement empêchée. Alors, à certains égards, les juges confirment ici leur pouvoir sur la démocratie française.
00:37C'est le point d'aboutissement de ce que certains ont appelé le coup d'État des juges. C'est le point d'aboutissement du gouvernement des juges.
00:43Autrement dit, une instance supérieure sélectionne les candidats en fonction de leur légitimité, à partir d'un appareil juridique qui permet de les exclure s'il le faut.
00:52Alors, je pense qu'on doit voir dans cette exclusion anticipée le point d'aboutissement d'un système qui se referme sur Marine Le Pen.
01:00Parce qu'à l'échelle de l'histoire, ce n'est pas simplement une condamnation. C'est tout un système mis en place pour filtrer les candidats et qui se confirme aujourd'hui.
01:08Point de départ, le rôle central du Parlement européen là-dedans.
01:10Le Parlement européen, on finit par le comprendre, ce n'est pas seulement un Parlement comme les autres.
01:14C'est un Parlement avec des moyens immenses, mais absolument incroyables, qui distribue beaucoup d'argent aux partis politiques, qui distribue beaucoup d'argent aux députés, surtout aux députés d'ailleurs,
01:25mais à une condition, qu'ils soient utilisés de telle manière à transformer les députés, les politiques et leurs assistants en fonctionnaires ou quasi-fonctionnaires du Parlement européen.
01:35J'ai eu l'occasion d'en parler avec des députés soit à l'Assemblée nationale, soit au Parlement européen.
01:38Au Parlement européen, vous avez des moyens, mais infiniment plus grands que ceux de l'Assemblée nationale, alors que théoriquement, c'est à l'Assemblée nationale que seront les lois de la nation.
01:46Donc, on est dans un système qui gave d'argent toute une classe politique, mais qui, en échange, consacre leur domestication, les empêche de faire de la politique, les transforme en technocrates.
01:58Et qu'est-ce qui est au cœur de ce procès, quoi qu'on en dise, c'est qu'on est devant des députés, on est devant des partis qui ont voulu faire de la politique là où, normalement, on fait de la politique.
02:05Mais le système qui était mis en place permettait de les neutraliser à terme. Premier élément.
02:11Deuxième élément, quand je parle de la toute-puissance des juges, c'est qu'ils ont, avec le type de condamnation qu'ils font, le moyen de marquer les esprits.
02:20Demandez au commun et mortel pourquoi Marine Le Pen est-elle condamnée.
02:23Le commun et mortel, écoutant ce qu'il dit à la radio, en regardant la télé, se dit probablement que c'est une femme corrompue, que c'est une femme qui a détourné de l'argent à son avantage.
02:32Voilà quelqu'un qui se serait enrichi en politique. Mais c'est pas de ça du tout dont on parle.
02:37On parle d'une querelle entre le RN dans les circonstances et le Parlement européen sur l'utilisation des moyens alloués aux partis en fonction des besoins politiques fixés par les partis.
02:48Donc c'est une querelle sur l'allocation des ressources qui est présentée par le Parlement européen comme un détournement de fonds publics.
02:56Donc il faut comprendre que, et là, le mot qui s'impose, c'est fraude. Donc demander le commun et mortel pensent qu'on est devant une bande de fraudeurs, alors qu'on est devant une querelle sur le sens des institutions.
03:05De la même manière, on est devant la conséquence de ces fameuses lois sur la transparence et l'intégrité éthique.
03:11Charlotte nous a souvent dit, avec raison, que ces lois-là, les parlementaires eux-mêmes les ont votées, ou à tout le monde les ont laissées passer.
03:16Il ne faut pas l'oublier. Donc au nom de la grande quête de la purification éthique de la politique, on a assisté, c'était la conséquence prévisible, à une forme de vie politique de plus en plus technocratique, sous le contrôle des juges, sous le contrôle des surveillants.
03:30Donc les politiques, depuis quoi, 30 ans, se sont ligotées les mains et aujourd'hui se demandent pourquoi ils ne peuvent plus bouger.
03:36Ils se sont tranchés les bras et se demandent pourquoi ils sont manchots.
03:39Ça, de ce point de vue, c'est une classe politique qui paie le prix de son culte de l'intégrité éthique.
03:44Cette prise de pouvoir par les juges, elle porte un nom, on l'a souvent dit, c'est État de droit.
03:48Et vous aurez noté que la notion d'État de droit aujourd'hui est une notion totémisée.
03:51Rappelez-vous quand Bruno Retailleau, à l'époque où il était au cœur du jeu, Bruno Retailleau questionne un jour l'État de droit.
03:57Et on lui dit, vous n'avez pas le droit de faire ça, il est obligé de rétro-pédaler immédiatement en disant État du droit, État du droit,
04:03comme s'il avait prononcé un mot qu'on n'a pas le droit de prononcer de manière critique.
04:07Ensuite, le système médiatique, j'ajoute une chose là-dedans, crée un récit, qui est un récit d'expulsion de Marine Le Pen.
04:15Nous nous y préparons mentalement.
04:18Ensuite, certains diront, Marine Le Pen a cherché à jouer selon les règles du système.
04:21Elle a cherché, en fait, un parti d'opposition, qui était traité comme un parti paria,
04:26a cherché à jouer selon les règles du système en cela et en bien d'autres domaines.
04:29Les lois sur les propos haineux, les lois sur la désinformation, la loi dont on parle tout récemment sur le contrôle des réseaux sociaux.
04:33On peut se demander dans quelle mesure un parti d'opposition a avantage à toujours donner des gages au système qui a l'intention de le persécuter.
04:42Ça, c'est une question qu'on pourra se poser au terme de cela.
04:44Mais quel est le résultat pour, sur le plan politique, pour la présidentielle qui vient, dans un an et quelques?
04:49Premier élément, c'est la mise à l'écart d'une personnalité d'exception.
04:52On peut penser ce qu'on veut de Marine Le Pen, l'apprécier, ne pas l'apprécier, manifestement après son débat de 2017.
04:58Sa renaissance ensuite, on est devant quelqu'un qui, manifestement, avait une épaisseur politique qui manque souvent aujourd'hui,
05:04aux technocrates interchangeables qui sont dans la classe politique.
05:06On est devant quelqu'un qui est une vraie figure politique, qui a créé un lien très particulier avec les Français.
05:12Mais ce lien est sacrifié, elle ne sera pas candidate probablement.
05:16Elle aura transformé en profondeur le camp national, en lui donnant un nouveau programme,
05:19moins national, libéral ou conservateur comme autrefois, qu'une forme de républicanisme social.
05:24On pourrait dire de manière un peu amusée que Marine Le Pen, c'est la véritable héritière du chevénementisme dans la vie politique française d'aujourd'hui.
05:31Elle a proposé une nouvelle synthèse gauche-droite républicaine.
05:34Cette synthèse pourra-t-elle lui survivre ? On se posera la question.
05:38Ce qui est certain, c'est que si Jordan Bardella prend le relais, ce ne sera pas qu'un changement de personnage, ce sera aussi un changement de ligne.
05:43Vous disiez, la famille Le Pen a participé à l'élection présidentielle de 1974 à 2022, à l'exception de 1981.
05:52Que représente son élimination de la course présidentielle ?
05:56Je pense que le premier enjeu, c'est le nom Le Pen.
05:58C'est-à-dire que c'est un nom qui est chargé, c'est un nom qui est connu à travers le monde aujourd'hui.
06:02Longtemps, c'était le nom du diable de la République.
06:04Il suffisait de dire Le Pen pour faire peur aux enfants.
06:07On connaissait la méthode.
06:08Le Penisation, rappelez-vous ce terme.
06:10Autrement dit, vous étiez contaminé.
06:12Les effets de contamination des idées à la manière d'une nouvelle peste politique.
06:16Dans les faits, la signification du nom Le Pen a un peu changé depuis la mort de Jean-Marie Le Pen, en l'en passé, vous l'aurez noté.
06:22Tous condamnent avec raison les propos, les fameux dérapages qui lui ont donné mauvaise réputation.
06:27Mais plusieurs se disent, mais est-ce qu'il s'était complètement trompé sur l'immigration ?
06:31Est-ce qu'il n'a pas eu raison avant d'autres sur l'immigration ?
06:34Donc, on lui reconnaît désormais une forme de pression sur une question fondamentale.
06:38De même, Marion Maréchal, qui vient de publier un livre, « Si tu te sens Le Pen », réhabilite aussi le nom maudit.
06:44Elle dit, non, je le brandis.
06:46J'en fais une référence.
06:47Autrement dit, je m'en réclame.
06:48Puis, même au-delà de la question migratoire.
06:51Donc, ça devient pour certains un nom positif.
06:54Ne l'oublions pas.
06:54Et pas simplement dans le petit milieu des derniers fidèles.
06:58Donc, la question qu'on se posera, puisqu'il y a en plus réconciliation entre Jordan Bardella et Marion Maréchal,
07:03on peut s'attendre à ce que le nom Le Pen poursuive sa carrière politique au moment de la présidence présidentielle.
07:08Et dans un changement de fonction.
07:09Parce que que représente Marion Maréchal là-dedans ?
07:11Elle représente, un, la dimension plus conservatrice et identitaire du camp national.
07:15Le côté international conservatrice, avec les liens avec l'Italie notamment.
07:19La volonté aussi.
07:20Ça, c'est un changement du grand-père à la petite-fille.
07:22D'un côté, il y avait la fonction tribunicienne, l'opposition incarnée au système.
07:26De l'autre côté, vous avez des gens qui veulent exercer le pouvoir, qui croient à la prochaine étape.
07:31Donc, le nom Le Pen va peut-être s'inviter dans la présidentielle néanmoins autrement.
07:35Vous avez parlé des mérites peut-être reconnus à Jean-Marie Le Pen de la lucidité que certains lui prêtent sur l'immigration.
07:41Mathieu, n'est-elle pas en partie confirmée par cette gauche qui porte fièrement l'étendard du grand remplacement aujourd'hui ?
07:46Ah bien là, on est pris dans une situation bizarre où M. Mélenchon se réclame du grand remplacement.
07:51En Espagne, une eurodéputée de Podemos, gauche radicale, dit « j'espère que la théorie du remplacement se réalisera ».
07:58Et elle demande aux immigrés de balayer en fait l'Espagne pour pouvoir se délivrer d'Espagnols dits de souches qui seraient des fascistes et des racistes.
08:08En Grande-Bretagne, et Marc va en parler dans un instant, il y a des politiques publiques pour multiculturaliser de force la campagne.
08:13Les régions qui seraient insuffisamment soumises à l'immigration doivent être transformées.
08:18Est-ce que de ce point de vue, je terminerai la suite, la notion de population de souches ne retrouve pas une certaine légitimité comme certains le disaient ?
08:23Vous savez, on a parlé la semaine dernière du livre « Celui par qui la peste arrive en » le livre sur Renaud Camus dont on parle beaucoup, tout le monde en parle.
08:30J'ai fait un test que certains ont suggéré en librairie parce que je vois partout le livre sur Renaud Camus.
08:35J'ai demandé à plusieurs libraires, est-ce que je pourrais aussi avoir le livre de Renaud Camus pour savoir les livres du personnage dont on parle ?
08:41Chaque fois, on va regarder en me disant « Mais qui est ce petit emmerdeur qui décide de nous poser de telles questions ? »
08:45Il se pourrait que tout cela soit lié.
08:46Merci.
Commentaires