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  • il y a 9 heures
Le Grand portrait de Sonia Devillers est Claire-Marie Le Guay, pianiste française réputée, de celles qui jouent dans le monde entier. Son dernier disque, "Écoutez la lumière", s'attaque à Jean-Sebastian Bach. Plus d'info : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/le-grand-portrait/le-grand-portrait-du-lundi-16-mars-2026-1858183

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Transcription
00:00France Inter
00:03La Grande Matinale
00:06Sonia de Villers
00:09Claire Marie Legay est une pianiste française réputée, de celle qui joue dans le monde entier.
00:15A 4 ans, figurez-vous, elle posait déjà ses doigts sur le clavier.
00:19J'essaye d'imaginer l'enfant, toute petite, face à l'immense instrument.
00:24La fillette est devenue femme, mais le piano est resté plus grand que la pianiste.
00:30Elle est comme ça, Claire Marie Legay.
00:33Elle s'attaque à des immensités, des monuments de difficultés comme Liszt ou Schumann.
00:39Et maintenant, à Dieu le Père, j'ai nommé Jean-Sébastien Bach.
00:44Vous allez me dire, j'exagère.
00:46Pas du tout.
00:47Elle a intitulé son disque « Écouter la lumière ».
00:50Comme si « Écouter Bach », c'était attendre un appel vers l'au-delà.
00:55Et pourquoi pas, portrait numéro 106.
01:27Sous-titrage Société Radio-Canada
01:30Bonjour Claire-Marie Legay.
01:32Bonjour Sonia de Villers.
01:34Vous avez toujours cette petite voix intérieure qui vous guide et qui vous dit « Soigne tes débuts ».
01:38Oui. Et les fins aussi.
01:41Alors, qu'est-ce que vous ressentez quand vous écoutez ce morceau que vous avez choisi de placer au début
01:48du disque ?
01:49Alors, une joie profonde, en fait, c'est aussi un morceau qui a marqué mon enfance.
01:53Ah bon ?
01:53J'ai écouté ce concerto, en fait.
01:56Au départ, c'est un concerto écrit par Vivaldi pour 4 violons, puis transcrit par Bach pour 4 claviers,
02:01et transcrit par Florian Noach, un formidable pianiste, un jeune pianiste qui a une trentaine d'années,
02:07qui a fait cette version pour piano seul et qui, du coup, m'a donné la chance extraordinaire
02:12de pouvoir être seule et jouer cette œuvre que j'aime tant et qui est vivifiante et qui nous met
02:17en joie pour la journée.
02:19Écoutez la lumière. C'est donc ce nouveau disque que vous consacrez à Jean-Sébastien Bach.
02:24C'est un parcours très intime dans Jean-Sébastien Bach.
02:26Ce n'est pas une œuvre complète. Ce sont des choix, parfois étonnants.
02:30Comme je suis de nature nerveuse, impatiente, etc., j'ai choisi des morceaux rapides.
02:36Vous ne choisissez que des morceaux lents chez Jean-Sébastien Bach.
02:40Et puis, vous donnez aussi de la chair à Jean-Sébastien Bach, avec Éric Orsena,
02:45le plus filou et le plus généreux de tous nos académiciens.
02:49Vous êtes tous les deux sur scène et vous racontez la vie de Bach dans un livre qui s'appelle
02:52« Que la joie demeure ». C'était des conférences au départ.
02:55C'est devenu un livre qui paraît le 2 avril chez Albin Michel.
03:00Quatre filles chez les Leguets, quatre filles qui jouent de la musique.
03:03Mais pourquoi jouent-elles toutes de la musique ?
03:05Alors, grâce à notre mère, qui est une grande amoureuse de musique,
03:11mélomane au sens le plus profond du terme,
03:15et qui tenait à ce que la musique fasse partie de la famille,
03:18fasse partie de notre vie, de notre éducation aussi.
03:20Mais au-delà de ça, de la vie de cet appartement parisien,
03:25qui résonnait dans tous les sens.
03:26Oui, vous racontez d'ailleurs que tout ça, comment dire,
03:30c'est les voisins qui en ont payé le prix.
03:32Un peu, oui, je les remercie beaucoup d'ailleurs.
03:35Une grande pensée pour eux.
03:38Mais c'était une...
03:39Mais c'est drôle parce que votre mère est orthophoniste.
03:41Et le travail d'un orthophoniste, c'est de remettre droit les mots,
03:45de remettre droit la parole, de remettre droit le langage,
03:48lorsque le langage est perturbé.
03:49Et ce sont vos mots, les notes ?
03:53Oui, absolument.
03:55Et je dirais que les notes vont au-delà des mots.
03:58Et c'est ça qui est très beau.
03:59D'abord, chacun peut y mettre sur la musique les pensées,
04:04les émotions, les souvenirs qui lui sont propres.
04:07Chaque personne peut choisir justement le sens de la musique.
04:10Et puis la musique dit ce que les mots ne peuvent pas dire.
04:14Elle va plus loin que les mots.
04:16Donc c'est parce que vous êtes empêchée de parler que vous jouez ?
04:19C'est parce que ça me permet de dire plein de choses au contraire.
04:22Ça me permet de révéler plein de secrets.
04:24Vous êtes la petite dernière chez les Leguets.
04:28À quel moment est-ce que vous rattrapez les autres ?
04:31Je veux dire de point de vue musical.
04:33Je ne les rattraperai jamais.
04:34Une petite dernière est-ce une petite dernière ?
04:36C'est vrai ?
04:36Oui, bien sûr.
04:37Parce que les autres sont devenues des musiciennes professionnelles ?
04:40Alors deux d'entre elles sont musiciennes professionnelles
04:42et une autre continue à aimer la musique tout en étant ingénieure.
04:45Et à quel âge au conservatoire on vous désigne
04:48comme beaucoup plus qu'une petite fille appliquée du quartier ?
04:51À quel âge on décèle quelque chose qui fera de vous la concertiste que vous êtes devenue ?
04:56Alors je dirais qu'il y a deux étapes.
04:58D'abord je suis entrée au conservatoire de Paris à 14 ans,
05:00ce qui est l'équivalent d'une école supérieure.
05:03Et ensuite, il y a eu, ce n'était pas encore licence master,
05:06mais pour l'équivalent de l'entrée en master, il n'y avait qu'une place.
05:09Il y avait énormément de candidats.
05:11Il n'y avait qu'une place et j'ai eu cette place.
05:12Et donc je pense que plutôt que, voilà,
05:14il y a eu un déclic à ce moment-là où on s'est dit
05:16« Ah oui, quand même ! Elle occupe une place particulière ! »
05:48Dans ce texte que vous publiez avec Eric Orsetto,
05:50vous dites quelque chose de très beau.
05:52Vous dites que vous ne pouvez pas entrer en scène
05:54avec votre instrument à la main comme le ferait une violoniste,
05:57que vous le regardez depuis les coulisses du théâtre
06:01et puis que vous allez vers lui.
06:04Oui, c'est toujours un moment très très très particulier.
06:06Vous savez, on est dans ce qu'on appelle effectivement les coulisses
06:09et puis le piano est déjà éclairé.
06:11En fait, il est sur scène et il attend.
06:14Lui est déjà en présence du public.
06:16Et le public est là et il y a ce rendez-vous magnifique du concert.
06:19Et petit à petit, le musicien va entrer sur scène.
06:23Et aller rejoindre le piano, c'est déjà le début du concert pour moi.
06:27Le piano, je pense que pour les pianistes, c'est une personne.
06:31C'est une rencontre.
06:32Quand on arrive sur scène, on ne sait pas sur quel instrument on va jouer.
06:35Et à chaque fois, il y a cette rencontre avec le public,
06:38cette rencontre avec le piano.
06:39Et il est vraiment là pour faire le lien entre nous.
06:42Et c'est un corps à corps ?
06:43Et c'est un corps à corps.
06:44Absolument.
06:45C'est un corps à corps, à la fois, parfois une bataille,
06:48parfois un embrassement, comme on dit, quand on prend dans les bras.
06:54Parfois une confidence.
06:55Et on passe par toutes sortes de façons de parler à travers le piano.
07:00Et alors, ce qui est joli, c'est que dans ces conférences que vous faites avec Eric Orsena,
07:04vous redonnez un corps à Jean-Sébastien Bach,
07:07qui est le père absolu.
07:09Quand je disais que c'était Dieu le père.
07:11J'ai raison quand je dis que c'est Dieu le père ?
07:13Oui, absolument.
07:14Ah oui ?
07:15C'est le père de la musique occidentale.
07:19C'est celui à qui on doit tant.
07:22Voilà.
07:23Et puis en plus, vous dites que c'est l'école de la rigueur et de la maîtrise.
07:25Et alors, je découvre que donc, il y a une blague de pianiste.
07:29Et la blague de pianiste, c'est passe ton bac d'abord.
07:31Bac B-A-C-H.
07:34Voilà, c'est ça.
07:34C'est vraiment le...
07:35On commence par apprendre les œuvres de Bac.
07:37C'est vraiment le fondement pour plein de raisons.
07:41Alors, votre premier Bac, vous ?
07:43Mon premier Bac, c'est une invention.
07:45L'invention, c'est une petite pièce courte qu'il a écrite,
07:48notamment pour les amateurs.
07:50Parce que Bac avait cette générosité de vouloir aussi apporter quelque chose à l'éducation musicale.
07:55Toute sa vie, il va enseigner, transmettre, donner.
07:58Et il écrit ses inventions pour aider les amateurs à progresser,
08:03à faire monter le niveau instrumental des amateurs de musique.
08:06Et quand je dis que vous lui redonnez un corps,
08:09c'est-à-dire que d'un côté, vous vous enfermez à Saint-Omer
08:12et puis vous gravissez lentement cet Everest qui est d'enregistrer Bac,
08:18seul à seul, face à son clavier et face à ses partitions.
08:22Et puis vous allez sur scène et puis vous racontez avec Eric Orsena
08:25que Bac a été un grand amoureux, que Bac a eu 20 enfants,
08:30même s'ils n'ont pas tous survécu, que Bac aimait la bière, que Bac aimait le café.
08:35Il fumait la pipe, voilà.
08:36Oui, un être de chair, profondément de chair.
08:40Profondément de chair et profondément tourné aussi vers Dieu.
08:43C'est-à-dire qu'il y a chez lui l'amour de la vie, l'amour des femmes.
08:49Vous le disiez tout à l'heure, il se marie deux fois et deux fois par amour.
08:53Ce qui ne se faisait franchement pas tellement à l'époque,
08:55d'autant plus la deuxième fois, en fait,
08:57après avoir perdu sa femme de façon très brutale et tragique,
09:00il choisit l'amour.
09:01C'est la fameuse Anna Magdalena ?
09:04Absolument, il aurait pu choisir quelqu'un qui s'occupe de la maison et des enfants.
09:07Non, il choisit une cantatrice, il choisit quelqu'un qui l'émeut.
09:11Et ça, c'est très très beau.
09:13Et puis c'est quelqu'un qui consacre sa vie au travail.
09:16Il travaille le jour, il travaille la nuit.
09:18Il copie les œuvres de ses contemporains pour apprendre.
09:21Il est autodidacte, il traverse toutes sortes d'épreuves.
09:24Le deuil est très très très très présent.
09:27Alors à cette époque, on a du mal à imaginer
09:29comment c'est possible d'avoir tant d'enfants et de perdre tant d'enfants.
09:33Enfin moi, c'est inimaginable pour moi.
09:35C'est entièrement traversé par la vie et par la mort.
09:39C'est entièrement traversé par la mort.
10:09C'est entièrement traversé par la mort.
10:16Claire-Marie Leguer raconte comment elle travaille Jean-Sébastien Bach.
10:20Et pour enregistrer ce qu'on entend là, est-ce qu'il faut commencer par tuer Glenn Gould ?
10:28Comment on fait pour enregistrer ça ?
10:30Je raconte pour ceux qui ne connaissent pas, Glenn Gould, immense pianiste canadien,
10:35qui a consacré presque toute sa vie à Bach, presque toute sa vie à des préludes des fugues et des
10:42variations Goldberg
10:43et qui a produit deux enregistrements des variations de Goldberg par exemple,
10:47qui passent pour être des monuments planétaires, des enregistrements indépassables.
10:53Alors comment on fait en 2025 Claire-Marie Leguer pour dire « moi j'y vais » ?
10:58Alors c'est une vraie question, c'est une vraie grande question.
11:02D'autant plus que quand j'étais petite, j'avais l'impression qu'en fait, il n'y avait que
11:06Gould pour jouer Bach.
11:07C'était pas possible de faire autrement.
11:09Et ça a demandé du temps bien sûr.
11:12Le fait de lire des grands biographes comme Gilles Cantagrel, comme Marc Vidal m'ont beaucoup aidé aussi.
11:19Des biographes de Bach, pardon.
11:22Notamment Marc Vidal qui insiste sur le fait que Bach aimait l'expression.
11:27Et donc, petit à petit, avec toutes sortes de choses comme l'autre grand biographe Gilles Cantagrel
11:35qui met tant en avant l'humanité de Bach,
11:39et bien petit à petit, j'ai réussi à oser me frayer un chemin.
11:42Parce qu'il faut oser.
11:42Oui, il faut oser, bien sûr qu'il faut oser.
11:46Et puis au bout d'un moment, quand on ose, et bien qu'on se met à aimer de plus
11:50en plus, de plus en plus, de plus en plus,
11:52on ose finalement se sentir aussi un peu, comment dire, un peu chez soi.
11:58Et puis de plus en plus, et puis vient le moment où on a envie de le partager,
12:02on a envie de faire connaître ce beau, ce grand, cette lumière,
12:08de porter cette élévation que nous offre Bach dans chacune de ses notes.
12:14Alors, je fais une infidélité à Bach, je fais écouter Franz Liszt.
12:18Je voudrais que vous nous expliquiez ce que c'est que les mains d'un pianiste.
12:21Et alors, évidemment, vous allez vous attaquer à Bach, vous allez vous attaquer à Glengould,
12:25vous allez vous attaquer à Franz Liszt.
12:28Franz Liszt, c'est le dingo du 19e siècle.
12:30C'est le pianiste fou furieux qui assomme littéralement le public de notes
12:36avec une amplitude, une dextérité.
12:39Il joue vite, il joue fort.
12:40Il y a des facteurs de piano qui sont obligés d'inventer des brevets techniques
12:44pour suivre ce fou furieux.
12:46On écoute à peu près ce que ça donne.
12:48Jouez par vous.
13:07C'est difficile ?
13:09Oui et non.
13:11Comment ça ?
13:12Mais c'est de l'amour.
13:14Alors, est-ce que l'amour est difficile ?
13:16Oui et non.
13:18C'est une musique passionnée, c'est une musique qui se donne.
13:22Vous parliez de la facture instrumentale, qui se donne tellement aussi par le corps,
13:27par la puissance que Liszt détruisait les pianos.
13:29Les pianos ne lui résistaient pas.
13:30À l'époque, ils étaient seulement en bois.
13:32Et c'est grâce à Liszt qu'on a les pianos modernes avec les cadres en front.
13:35Mais c'est génial !
13:36C'est exactement comme Jimi Hendrix qui détruit sa guitare à la fin d'un concert.
13:40Mais c'était la première pop star.
13:42Il n'y avait pas Gagnini au violon et Liszt au piano.
13:44Et ce sont des personnages qui ont révolutionné l'histoire de la musique.
13:47Il a donné à peu près mille concerts, je crois, Liszt,
13:50alors que son contemporain Chopin détestait jouer en public.
13:53Oui et quand Liszt arrive quelque part dans une ville,
13:55il y a un jour de congé pour que le public puisse aller dans les rues
13:58acclamer son arrivée, l'acclamer sur son passage.
14:01C'est un phénomène.
14:03Et à la fin, le piano est mort.
14:05Et à la fin, le piano est détruit.
14:06Jusqu'à ce que les facteurs de piano,
14:08les fabricants de piano, les créateurs, les inventeurs de piano
14:11créent le cadre en fonte tel qu'on a aujourd'hui
14:14qui rend le piano plus puissant.
14:15Et il y avait un autre phénomène, c'est que jusque-là,
14:16vous parliez de Chopin tout à l'heure,
14:17les concerts avaient lieu dans des salons,
14:20notamment les salons parisiens.
14:22Et puis, en fait, Liszt attire tellement de public,
14:25il faut que les salles grandissent.
14:26Donc c'est fini les concerts dans les salons.
14:27Et les concerts, on crée des salles de concert
14:30pour pouvoir accueillir le public qui a envie d'écouter ce phénomène.
14:33Alors ces mains, est-ce que vous avez des mains de pianiste ?
14:35Est-ce qu'il y a des mains de pianiste ?
14:37Est-ce que quand vous étiez enfant, on vous a dit
14:39que vous aviez, vous, petite fille, des mains de pianiste ?
14:42Oui, on me l'a souvent dit.
14:43Alors j'ai des mains qui sont assez fortes, assez larges,
14:48qui sont pas du tout...
14:50Enfin, on a souvent l'image de mains très fines.
14:52Souvent, les personnes disent, mais vous n'avez pas des mains de pianiste.
14:55En fait, ce qui est le plus important, c'est l'écartement.
14:57C'est-à-dire, en fait, la base 10 en maths, au piano, c'est l'octave.
15:02Et donc, c'est pouvoir jouer de dos à dos.
15:04La gamme, c'est doremi, fa sol, la si do.
15:06C'est quand même important de pouvoir plaquer dodo.
15:09C'est-à-dire, c'est l'empreinte...
15:12On peut aussi...
15:14Il y a des extraordinaires pianistes, comme Maria Joao Pirech,
15:17comme Alicia de la Rocha, qui ont des petites mains,
15:19qui avaient des petites mains pour Alicia de la Rocha,
15:20qui malheureusement n'est plus là,
15:21et qui ont fait des merveilles avec ces petites mains.
15:23Mais disons qu'on est obligé d'adapter un peu un répertoire.
15:26On ne peut pas tout jouer quand on a des mains relativement petites.
15:30Mais il y a toutes sortes de mains de pianiste.
15:33Mais ce qui est beau, je pense,
15:34c'est qu'on travaille l'expression avec ses mains,
15:36comme un sculpteur qui va prendre la terre,
15:38ou comme un boulanger qui va façonner le pain.
15:41La pâte, pour faire le pain, le pianiste travaille le son.
15:45Alors, j'ai une dernière question avec Éric Orsena.
15:48Vous êtes allé, c'est une chance inouïe,
15:50vous avez pu voir la partition originale,
15:53le manuscrit des variations Goldberg,
15:56écrite de la main, puisque nous parlons de la main,
15:59de Jean-Sébastien Bach.
16:01Où est-ce qu'il est ce manuscrit ?
16:03À la Bibliote Nationale de France.
16:06Et là aussi, je crois que le plus important,
16:09c'est que ça nous relie à la vie.
16:11Tout d'un coup, il y a la trace de doigt de Bach.
16:12Voilà.
16:13Il y a cet être de chair qui était là.
16:16Ce n'est pas une chose abstraite.
16:17Ce n'est pas un compositeur inaccessible.
16:19Il y a une petite tâche.
16:20Et c'est la trace de doigt de Jean-Sébastien Bach.
16:24Et là, on a l'académicien Éric Orsena,
16:26et l'immense pianiste que vous êtes,
16:28qui fonde littéralement en larmes.
16:30Il y a une trace de doigt de Bach.
16:32Il est là, et en plus, il est tout près de nous,
16:36à Paris, en France.
16:38En fait, il y avait une tâche.
16:40Il a voulu effacer quelque chose du bout de son doigt, c'est ça ?
16:42Exactement.
16:43En fait, l'encre était précieuse,
16:44le papier coûtait très cher.
16:47Et quand on écrivait, on écrivait.
16:49On ne pouvait pas effacer.
16:50L'encre était là.
16:51Et donc, le seul moyen pour pouvoir réécrire par-dessus,
16:54ce qui servait d'effaceur,
16:55c'était de prendre le doigt et d'écraser un peu l'encre.
16:58Ce qui laisse une trace,
17:01voilà,
17:02sur laquelle,
17:03comment dire,
17:04qui atténue la densité de l'encre,
17:06et sur laquelle on pouvait réécrire.
17:07Voilà.
17:08Et donc, c'est évidemment le doigt de Dieu qui touche à dents.
17:10Là, c'est le plafond de la chapelle Sixtine.
17:13Vous êtes complètement mystiques, tous.
17:16Je vous remercie infiniment de cette leçon de musique
17:19que vous nous offrez ce matin.
17:21Écoutez La Lumière,
17:21c'est donc ce nouveau disque
17:23que vous consacrez à Jean-Sébastien Bach.
17:26Que la joie demeure,
17:27Vivre avec Bach sortira le 2 avril
17:29aux éditions Albain Michel.
17:30Je le dis parce que c'est une manière
17:31vraiment très grand public
17:33d'entrer dans Jean-Sébastien Bach.
17:35Ce n'est pas du tout un livre de spécialistes,
17:37mais vraiment pas du tout.
17:37C'est très généreux.
17:39Le 16 avril,
17:40vous serez avec Eric Orsena,
17:41Salle Gavaud,
17:42pour raconter Bach sur scène.
17:44S'il y a encore des places,
17:45Précipitez-vous,
17:46c'est à Paris.
17:47Et puis, c'est assez rigolo,
17:49demain et après-demain,
17:50c'est ça,
17:50et mercredi,
17:52vous serez avec François Bunel,
17:53l'homme de la grande librairie.
17:56Lui, il va lire des textes de Flaubert.
17:58Vous, vous allez jouer du Franz Liszt,
18:00du Schumann,
18:01de la musique romantique.
18:02Il y en aura une représentation
18:04à la grande scène du Chénet
18:05et puis une autre à la Garenne-Colombe.
18:07Merci infiniment.
18:09Merci beaucoup.
18:09On avait tellement besoin de musique ce matin.
18:11Merci.
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