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  • il y a 7 minutes
La secrétaire générale de la CGT demande au gouvernement de prendre des mesures pour contrer la hausse des prix de l'énergie depuis le début de la guerre au Moyen-Orient. Elle appelle aussi à respecter le 1er-Mai, seule journée chômée et payée de l'année.

Retrouvez « L'invité de 8h20 » sur France Inter et sur : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien

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Transcription
00:00L'invité du grand entretien en ce vendredi 1er mai est la secrétaire générale de la Confédération Générale du Travail.
00:07Bonjour Sophie Binet.
00:08Bonjour.
00:09Aux auditeurs, je vous rappelle que vous pouvez réagir et poser vos questions à Sophie Binet au 0145 24 7000
00:16ou sur l'application Radio France.
00:19350 rassemblements syndicaux à eau prévu aujourd'hui en France depuis 1947
00:25et la loi du 30 avril le 1er mai est donc un jour férié.
00:29Chômé est payé pour tous les salariés.
00:32Seuls les établissements et services dont l'activité est continue peuvent faire travailler leurs salariés.
00:37Ce jour, Chômé a été au cœur de débat ces dernières semaines pour éventuellement élargir l'autorisation de travail.
00:44On va y revenir Sophie Binet.
00:46Mais d'abord, vous serez évidemment dans la rue tout à l'heure en tête de cortège aux côtés d
00:50'autres syndicats
00:51et c'est à noter, on va en parler.
00:53Pour fêter le travail, de quoi le 1er mai est-il le symbole pour vous ?
00:58D'abord, le 1er mai, c'est la journée internationale de lutte des travailleurs et des travailleuses.
01:03Ce n'est pas la fête du travail.
01:05Je vous rappelle, la fête du travail, c'est Pétain qui l'a instaurée
01:08pour effacer justement cette journée internationale de lutte pour les droits des travailleurs et des travailleuses.
01:13Donc, de tout temps, le 1er mai, ça a été synonyme de bataille politique
01:19et je note que malheureusement, il y a beaucoup de députés aujourd'hui qui ont toujours des problèmes
01:26avec les droits des travailleurs et des travailleuses et qui veulent nous voler cette journée qui n'est pas comme
01:31les autres.
01:31Vous volez cette journée ?
01:33Oui, tout à fait, puisque la particularité du 1er mai, c'est d'être la seule journée chômée, fériée et
01:40obligatoirement rémunérée.
01:41Et ce n'est pas tombée du ciel.
01:42Je veux dédier cette journée de mobilisation à Maria Blondeau,
01:46une des neuf ouvriers et ouvrières qui a été assassinée le 1er mai 1891 à Fourmis,
01:53alors qu'elle était en grève pour exiger une réduction de son temps de travail.
01:57Dans la mine de Fourmis.
01:58Exactement. C'est important de le rappeler parce que tous les droits dont nous bénéficions aujourd'hui,
02:02ils ne sont pas tombés du ciel.
02:03Ils ont été gagnés grâce à des milliers de travailleurs et travailleuses qui ont lutté,
02:09parfois qui ont laissé leur vie.
02:10Et donc, en voulant nous voler le 1er mai, Gabriel Attal, Bardella Retailleau et tous leurs amis
02:17ont fait une insulte à cette histoire ouvrière et ont voulu s'asseoir sur tout cet héritage.
02:23C'est très choquant.
02:23Alors le drame de Fourmis, c'est l'un des grands moments de la lutte ouvrière
02:27et un massacre absolument sans nom contre des ouvriers.
02:31Ça fait maintenant donc près de 80 ans que cette journée internationale des travailleurs est chômée en France.
02:36Elle est plus encadrée que les autres jours fériés.
02:39Le 1er mai, j'ouvre les guillemets, est pour la France dans ses profondeurs, un Noël des ouvriers et des
02:45employés.
02:46Je referme les guillemets, je cite, et est-ce que vous êtes d'accord ?
02:49C'est une phrase du garde des Sceaux, le ministre de la Justice Gérald Darmanin, publiée cette semaine sur X.
02:54Un Noël des ouvriers et des employés.
02:56Nous, on ne croit pas au Père Noël et ce qu'on sait, c'est que nos droits, ils n
03:01'arrivent pas par magie, ils arrivent par la lutte et la mobilisation.
03:03C'est pour ça que le 1er mai est important et c'est pour ça que j'appelle toutes celles
03:06et ceux qui nous écoutent à venir manifester en nombre aujourd'hui
03:09parce qu'on a besoin de se faire entendre sur la vie chère pour exiger des augmentations de salaire, dénoncer
03:14les plans de licenciement.
03:15Il faut se mobiliser aujourd'hui.
03:17Mais ça ne peut pas devenir un jour férié comme un autre ?
03:20Non, mais surtout d'ailleurs, ce que veulent faire Gabriel Attal, Bruno Rotaillot et tant d'autres,
03:26ce n'est pas faire devenir le 1er mai comme un jour férié comme les autres,
03:29c'est surtout faire que le 1er mai devienne un dimanche comme les autres,
03:33sachant que le dimanche est déjà devenu un samedi comme les autres
03:36puisque Emmanuel Macron a libéralisé comme jamais les possibilités de travailler le dimanche.
03:41Et donc, avec l'expérience du dimanche, on sait exactement ce qui se passe.
03:45On nous parle de volontariat et de majoration au début,
03:48mais aujourd'hui, pour le travail du dimanche, il n'y a plus ni volontariat ni même de majoration.
03:53C'est ça qui risque de se passer pour le 1er mai.
03:55C'est pour ça que nous ne voulons pas toucher à sa spécificité.
03:58Alors le 10 avril dernier, c'était donc une proposition de loi qui arrivait à l'Assemblée
04:02pour élargir les dérogations au repos obligatoire de ce 1er mai.
04:08Le texte ciblait plusieurs secteurs, boulangers, fleuristes, épiceries, boucheries, établissements culturels.
04:13Un texte a été débattu en commission mixte paritaire pour accélérer la procédure.
04:18Les syndicats dont vous êtes ont dénoncé un coup de force.
04:21Le gouvernement a retiré le texte, il a reculé.
04:25Il a proposé que seuls les boulangers, artisanaux et les fleuristes puissent s'ouvrir sur la base du volontariat.
04:30Vous avez le sentiment d'avoir été entendu ou même ça, ça va trop loin ?
04:34Vous n'y croyez pas à cette idée de volontariat ?
04:37On a gagné une première victoire parce que ce texte était catastrophique
04:40puisqu'il permettait des ouvertures tous azimuts, la grande distribution, l'industrie agroalimentaire,
04:46les établissements culturels, les jardineries, les grainetteries, c'était du grand n'importe quoi.
04:50Donc ce texte, il faut qu'il soit enterré définitivement.
04:53Mais par contre, je ne comprends pas pourquoi le gouvernement met à l'ordre du jour un nouveau projet de
04:57loi.
04:57C'est un non-sens.
04:58Aujourd'hui, le problème des boulangers...
05:00Vous avez été soulagé par le discours de Sébastien Lecornu du Premier ministre ?
05:04Déjà, oui, c'était très important de ne pas convoquer cette commission mixte paritaire
05:08et de refuser ce passage en force.
05:10Mais maintenant, mettre à l'ordre du jour un nouveau projet de loi, c'est un non-sens.
05:14Le problème des boulangers, ce n'est pas d'ouvrir le 1er mai.
05:17Le problème des boulangers, c'est leur facture d'énergie qui explose,
05:21c'est le prix des matières premières et du blé qui augmente considérablement
05:24et c'est le dumping organisé par la grande distribution, les franchisés, les markets, etc.,
05:29qui les mettent en difficulté.
05:31Et puis, excusez-moi, il me semble que le pays est face à des enjeux majeurs.
05:36On n'a jamais traversé une crise énergétique aussi grave
05:39avec des baisses de salaire, des millions de travailleurs et de travailleuses
05:43qui sont obligées de choisir entre remplir leur frigo ou faire leur plein d'essence.
05:46Et les députés nous parlent de nous voler le 1er mai.
05:48Mais ce n'est pas mon sens complet.
05:49On va en parler de la question de l'énergie parce qu'elle est évidemment centrale.
05:53Mais vous avez le sentiment, et vous ne vous y êtes pas associé d'ailleurs,
05:57vous êtes, contrairement au syndicat Sud,
06:01de ceux qui n'ont pas accusé le Premier ministre d'abus de pouvoir
06:04quand il a dit qu'il fallait appliquer la loi avec souplesse aujourd'hui.
06:09Aucun salarié qui travaille aujourd'hui, fleuriste, boulanger, pâtissier,
06:12ne le fait volontairement d'après vous.
06:14Mais pourquoi alors ne pas vous être associé, par exemple, à Sud ?
06:19Mais c'est ce qu'on a fait, en fait, ce recours au Conseil d'État.
06:23La CGT en faisait partie, la fédération qui est concernée
06:26et qui organise les salariés de la boulangerie.
06:29Et donc ce recours au Conseil d'État a permis de forcer le gouvernement
06:33à retirer sa communication mensongère et qui était problématique.
06:36Ce n'est pas possible qu'un gouvernement dise et appelle à ne pas respecter la loi.
06:42Donc il ne faut pas qu'il ait évité les contrôles en attendant qu'une loi soit votée ?
06:46Mais ça n'a aucun sens, on est dans un état de droit.
06:49La loi aujourd'hui, elle est claire.
06:51Le 1er mai, les artisans peuvent ouvrir.
06:53La seule condition, c'est qu'ils n'ont pas le droit de faire travailler les salariés.
06:56Et donc la loi doit s'appliquer.
06:59Il y a déjà des millions de personnes qui sont obligées de travailler le 1er mai.
07:03Je tiens à leur rendre hommage parce que ce sont elles et eux qui garantissent la continuité du service public,
07:08la continuité de l'activité économique.
07:09Ça suffit, on n'a pas besoin de s'acheter des gâteaux ou des fleurs le 1er mai au-delà
07:15de ce qui est possible.
07:16On n'a pas besoin de s'acheter des gâteaux ou des fleurs, c'est étonnant comme formule 1 ?
07:20Non, c'est factuel.
07:23On peut un jour sur 365 ne pas consommer, outre ce qui est déjà permis par le fait que les
07:30artisans peuvent travailler.
07:31Mais alors allons au bout de votre logique, Sophie Binet.
07:33Ça fait 80 ans que cette loi s'applique et qu'elle ne pose pas problème.
07:37Pourquoi tout d'un coup est-ce qu'il faudrait la changer ?
07:39Mais est-ce qu'il faudra verbaliser les boulangers, les fleuristes ou les autres commerçants qui ouvriront malgré l'interdiction
07:44?
07:44Je rappelle que l'amende s'élève à 750 euros par salarié en cas d'infraction.
07:49Oui mais franchement, tout ça c'est parti d'une polémique politicienne qui a été montée de toute pièce.
07:54Je rappelle les origines de cette proposition de loi de la honte.
07:575 boulangers vendéens qui ont été verbalisés en 2024 parce que notamment ils faisaient travailler des mineurs quand même.
08:03Le 1er mai, donc ils ont eu un procès verbal de l'inspection du travail.
08:07L'inspection du travail leur a proposé un simple rappel à la loi, donc ça ne coûte rien.
08:11Ils ont refusé, c'est du coup parti en justice et au bout d'un an de procédure, ils n
08:15'ont même pas été condamnés.
08:17Donc aujourd'hui, il faut arrêter les délires.
08:20Il n'y a pas de condamnation violente et de sanctions graves qui existent.
08:26Et je rappelle que les inspecteurs et les inspectrices du travail, il y en a seulement 1600 sur tout le
08:31territoire français.
08:32C'est très insuffisant.
08:33C'est très insuffisant, c'est un énorme problème.
08:36Les inspecteurs et inspectrices du travail, je tiens à leur rendre hommage et j'aimerais d'ailleurs que tout le
08:41monde le fasse au lieu de les accuser de tous les maux et de les mettre en difficulté en organisant
08:46l'impunité patronale.
08:48Les inspecteurs et inspectrices du travail, c'est les vigies du respect de nos droits.
08:52Il y a aujourd'hui 4 millions de salariés qui vivent sur des territoires qui n'ont pas d'inspecteurs
08:57et inspectrices du travail.
08:58C'est ça que devrait faire le gouvernement, c'est augmenter les effectifs des inspecteurs du travail pour garantir l
09:03'effectivité du droit.
09:04Alors c'est intéressant parce que sur l'application Radio France, les auditeurs sont très partagés.
09:10Il y a par exemple Lou qui se demande pourquoi ce débat sur le 1er mai si ce n'est
09:14pour noyer le poisson.
09:15Oui, c'est un jour férié, chômé, il doit le rester.
09:17On a toujours trouvé du pain le 1er mai selon les conditions du code du travail.
09:22Et il y a Jean-Louis par exemple qui vous dit vous tolérez les boulangeries ouvertes le 1er mai pour
09:26des motifs d'ordre public.
09:28Mais pas les fleuristes.
09:29Où tracez-vous la ligne entre les services essentiels et non essentiels ?
09:34Sophie Binet.
09:34Et oui, mais en fait Jean-Louis a raison.
09:36Le problème c'est qu'une fois qu'on ouvre la boîte de Pandore, elle est où la limite ?
09:40On autorise les fleuristes artisanaux à ouvrir.
09:42Et bien pourquoi est-ce qu'on n'autorise pas les jardineries ?
09:45Pourquoi est-ce qu'on n'autorise pas les commerces de bouche ?
09:47Etc, etc.
09:47Donc c'est pour ça qu'il faut rester très clair sur la base de ce que dit la loi
09:52depuis 80 ans.
09:53Les seules entreprises qui sont autorisées à faire travailler leurs salariés,
09:58c'est celles qui ne peuvent pas arrêter leur activité pour la continuité des services publics
10:02ou pour des questions industrielles.
10:04Il y a des usines qu'on ne peut pas arrêter juste pour un jour.
10:05Mais est-ce que c'est un combat, j'allais dire, et je le dis de manière volontairement provocatrice,
10:10d'arrière-garde Sophie sur l'application toujours ?
10:13Elle dit qu'hier elle est allée faire son complément de course.
10:15Elle a vu que son monoprix, bon peu importe la marque, serait ouvert aujourd'hui de 9h à 20h
10:20avec uniquement les agents de sécurité et des caisses automatiques.
10:23Elle ne comprend pas pourquoi, mais c'est possible.
10:26Ben non, c'est interdit.
10:27C'est interdit.
10:28Les agents de sécurité sont des salariés et donc ils n'ont pas à travailler le 1er mai.
10:33Le 1er mai, c'est une journée de lutte.
10:36J'appelle d'ailleurs toutes celles et ceux qui nous écoutent à regarder sur la CGT.fr.
10:40Il y a la liste des 300 rassemblements qui seront organisés dans toute la France.
10:44Vous pouvez en trouver un près de chez vous.
10:46Tout le monde peut y participer, en famille, c'est extrêmement important.
10:50On a besoin de faire entendre nos revendications aujourd'hui, notamment en termes de salaire.
10:54Alors, il y a la question évidemment de l'énergie.
10:57Est-ce que vous demandez un blocage immédiat des prix du carburant ?
11:02On a débattu tout à l'heure avec Dominique Seux et Thomas Porchet de savoir si nous passerions l'été
11:07avec un gasoil à 2,50 euros à la pompe.
11:11C'est une inquiétude évidemment qui est liée à des questions géopolitiques.
11:16Mais vous demandez à l'État de bloquer les prix de l'énergie.
11:20Oui, tout à fait.
11:21C'est une mesure à mettre en place.
11:22Oui, tout à fait.
11:23Oui, bien sûr.
11:23Quoi qu'il en coûte.
11:24Quoi qu'il en coûte.
11:25En fait, c'est simple.
11:26Il n'en coûte rien.
11:27Puisque le blocage des prix du carburant, ça va permettre de bloquer les marges des producteurs et des distributeurs.
11:36Et c'est ça qui est important.
11:37Parce que ce qui est extrêmement choquant depuis le début de cette crise,
11:40c'est que chaque mois, on a des annonces toujours plus indécentes de profits de Total.
11:45Total vient d'annoncer ses profits hier.
11:47Ils sont encore plus élevés que ceux de 2022 qui étaient déjà inédits.
11:52C'est quand même une honte.
11:53Et donc, il faut bloquer ces prix pour mettre fin à ce phénomène de profiteur de guerre qui profite de
12:00la crise pour faire la culbute financière.
12:02Je refuse le total bashing, disait Sébastien Lecornu cette semaine quand il était interrogé au Sénat après la publication de
12:09ses bénéfices trimestriels de 5 milliards d'euros.
12:12C'est en hausse de 50% par rapport à la même période l'année dernière.
12:16Qu'est-ce que ça vous inspire ? Est-ce qu'il faut nationaliser Total Énergie ?
12:20Oui, nous pensons qu'il faut nationaliser Total Énergie parce que l'énergie, c'est un bien essentiel.
12:26On le voit aujourd'hui et ce n'est pas possible que ça soit renvoyé à la loi du marché
12:30pour la fixation des prix et la stratégie globale en matière de décarbonation et d'énergie.
12:36Ce qui ne suffit pas, il faut nationaliser et éventuellement établir un monopole de la distribution et de la production
12:43d'énergie en France.
12:44Oui, d'ailleurs Total était un groupe nationalisé et la France allait très bien quand Total était nationalisée.
12:50Mais la mesure à mettre en place immédiatement, c'est un blocage des prix, c'est simple à mettre en
12:54place, ça ne coûte rien.
12:56C'est ce qui a été fait pendant la guerre du Golfe en 1990.
12:59Contrairement à ce que dit le gouvernement, ça n'a pas généré de pénurie et ça a protégé le pouvoir
13:04d'achat des ménages, mais aussi la situation des entreprises.
13:07Il y a des entreprises qui commencent à être en difficulté aussi avec cette augmentation des prix de l'énergie.
13:10Alors à partir d'aujourd'hui, les prix du gaz en France vont augmenter de plus 15%, une hausse liée
13:15donc évidemment toujours au même conflit au Moyen-Orient,
13:18à l'augmentation des redevances pour l'entretien du réseau et de la taxe carbone.
13:22La France Insoumise a déposé une proposition de loi pour geler pendant trois mois les prix de l'énergie.
13:27Quelle est la position de la CGT ?
13:28Eh bien nous pensons qu'il faut bloquer les prix, bloquer les marges des producteurs de pétrole et de la
13:34grande distribution pour préserver le pouvoir d'achat.
13:38Le problème c'est que le gouvernement...
13:40Il faut en rester là ou est-ce qu'il faut même augmenter le SMIC par exemple, l'indexer sur
13:45l'inflation ?
13:46Bien sûr, ça c'est la deuxième mesure très importante à prendre, c'est d'augmenter les salaires.
13:51Parce que ce qu'on observe c'est que nos salaires n'ont toujours pas retrouvé leur niveau de 2020.
13:56On ne s'est toujours pas remis de la crise inflationniste de 2022 et aucune leçon n'a été tirée
14:02de ce qui s'est passé en 2022.
14:04En 2022, le gouvernement a refusé d'agir sur les profits et sur les salaires.
14:09Et le résultat c'est un déclassement généralisé du monde du travail avec un tassement salarial très important
14:14qui derrière a un impact négatif pour l'économie puisque moins de salaire c'est moins de consommation et aussi
14:19des difficultés économiques pour les entreprises.
14:21Mais donc ce que vous demandez au chef du gouvernement que tout le monde comprenne bien, c'est que les
14:24salaires soient indexés sur l'inflation, sur les prix ?
14:28Oui tout à fait. Là j'adresse aujourd'hui un courrier solennel au Premier ministre pour lui dire qu'il
14:33faut arrêter de faire l'autruche,
14:35il faut prendre des mesures d'ampleur parce que cette crise elle va s'inscrire dans la durée
14:40et que la première de ces mesures d'ampleur c'est d'augmenter les salaires.
14:43Il faut augmenter le SMIC immédiatement, de 5% immédiatement sans attendre l'augmentation automatique
14:52qui peut-être arrivera en juin ou en juillet mais on n'en est pas sûr, ça sera trop tard
14:55et ça sera insuffisant.
14:57Et ensuite l'autre mesure extrêmement importante c'est d'indexer tous les salaires sur les prix
15:01pour mettre fin à ce tassement salarial et à ce déclassement.
15:05Parce qu'en fait quand le SMIC augmente, les autres salaires ne suivent pas,
15:09le patronat refuse de jouer le jeu des négociations et donc on a de plus en plus de salariés
15:15qui sont enfermés sur des emplois au SMIC malgré des qualifications élevées, des années d'expérience, etc.
15:20C'est pas normal ça.
15:21D'après vous, il faut aussi du coup agir sur le point d'indice de la fonction publique
15:27et augmenter le salaire des fonctionnaires immédiatement.
15:30Oui, l'état employeur doit prendre ses responsabilités.
15:34Le salaire des fonctionnaires s'est effondré.
15:36Depuis 2020, il a décroché de 12% par rapport au SMIC.
15:41Et alors depuis 20 ans, c'est encore plus élevé le décrochage du salaire des fonctionnaires.
15:45Il y a une situation qui est catastrophique dans la fonction publique.
15:49Il faut augmenter les fonctionnaires qui sont parmi les moins bien payés des pays de l'OCDE.
15:55Alors il y a beaucoup de questions à vous poser.
15:57Il y a la question du pouvoir d'achat évidemment.
16:00Et puis il y a également des questions plus politiques et notamment le patronat dont on a dit qu'il
16:06se rapprochait du Rassemblement National,
16:08le parti de Jordan Bardella depuis deux ans.
16:11Ce sont des révélations de la cellule d'investigation de Radio France.
16:14Hier, rendez-vous avec le MEDEF, des patrons des secteurs de la défense ou de l'aéronautique.
16:20Et qu'est-ce qu'il y a des partis indésirables, des partis avec lesquels il ne faut pas dialoguer,
16:25Sophie Binet ?
16:26Oui.
16:27Oui.
16:27Pour la CGT, l'extrême droite ne sera jamais un parti comme les autres pour deux raisons.
16:32D'abord parce qu'ils sont en contradiction fondamentale avec les fondements de notre société démocratique aujourd'hui.
16:41Leur proposition de préférence nationale, elle remet en cause le droit du sol, l'égalité devant la loi qui fonde
16:48le pacte français depuis la Révolution française et même avant.
16:52Et ensuite parce que l'extrême droite est un danger pour la démocratie.
16:55On le voit partout dans le monde.
16:57Elle arrive malheureusement souvent au pouvoir par les urnes, mais elle ne rend pas le pouvoir et elle fait tout
17:02pour affaiblir les contre-pouvoirs.
17:03S'attaquer à la liberté de la presse, s'attaquer à l'audiovisuel public, on l'a vu très récemment,
17:08s'attaquer à l'indépendance des organisations syndicales, s'attaquer aux juges et donc dégrader considérablement la démocratie.
17:15Mais ça c'est la position de la secrétaire générale de la CGT.
17:19Un autre syndicat à force ouvrière a une position très différente puisque votre homologue de FO lui disait que solliciter
17:28les politiques permet de faire parler de nos problématiques au national.
17:31Je n'ai aucune difficulté, je le cite, à me rendre chez le RN ou le PCF.
17:37Le député RN Sébastien Chenu avait été reçu quelques jours plus tôt par un représentant du syndicat sur le site
17:43très emblématique de Stellantis de Valenciennes.
17:47Vous comprenez cette position ou pas ?
17:48Non, pas du tout.
17:49Non, pas du tout.
17:50Je trouve qu'elle est extrêmement grave.
17:52Je suis très en colère vis-à-vis du patronat qui pour la première fois depuis 1945 traite le RN
18:01et l'extrême droite comme un parti comme les autres.
18:04Et fait comme si la seule chose qui comptait c'était le programme économique.
18:07On a l'impression que pour le patronat l'argent n'a pas d'odeur quelque part.
18:12C'est sur cette logique-là que le patronat a collaboré en 1940 avec le régime de Vichy en choisissant
18:19la meilleure stratégie pour l'intérêt de ses affaires.
18:22Mais c'est extrêmement grave.
18:23Il y a des choses qui sont plus importantes que les enjeux économiques.
18:27C'est la question de nos valeurs démocratiques et de nos principes.
18:32Aujourd'hui, qu'est-ce qui vous unit ?
18:34On connaît l'histoire compliquée, l'histoire conflictuelle entre la CGT et la CFDT.
18:39Tout à l'heure, vous serez aux côtés de Marie-Lise Léon dans la rue pour défiler en tête de
18:44cortège.
18:45Qu'est-ce qui vous divise encore aujourd'hui ?
18:49On vous a souvent vu opposer.
18:52On se demande aujourd'hui ce qui vous réunit.
18:55Ce qui nous rassemble, c'est que d'abord on va être dans la rue aujourd'hui ensemble.
18:59C'est la quasi-totalité des organisations syndicales qui vont être rassemblées aujourd'hui.
19:02C'est très important.
19:04La CGT se bat toujours pour rassembler les organisations syndicales
19:08parce que c'est quand on est ensemble qu'on est plus fort et qu'on peut gagner.
19:12C'est un ingrédient de la victoire qui est très important.
19:15Donc je suis très contente qu'on soit rassemblés aujourd'hui.
19:18Et puis ensuite, oui, on a encore un certain nombre de désaccords, de débats.
19:22C'est d'ailleurs pour ça qu'il y a différentes organisations syndicales en France,
19:26notamment sur les stratégies syndicales, les stratégies de négociation,
19:31de construction du rapport de force, etc.
19:33Vous avez fait des études de philosophie.
19:35Vous citez souvent le philosophe André Gortz
19:37qui plaidait pour une civilisation du temps libéré.
19:41Aujourd'hui, c'est encore possible, tout simplement,
19:44à l'heure où les plateformes nous permettent de consommer à toute heure du jour et de la nuit.
19:47On parle d'ubérisation de la société.
19:49Tout est possible, disponible, pour peu qu'on en ait les moyens.
19:52C'est non seulement possible, mais indispensable.
19:55Parce qu'aujourd'hui, on est dans une perte de sens complète
19:59où on a l'impression que tout se vend, tout s'achète,
20:01y compris le 1er mai, puisque les macronistes ont dit
20:04que c'était une journée à fort potentiel commercial.
20:07Et donc, c'est pour ça qu'il fallait laisser ouvrir.
20:09Nous ne sommes pas là pour ça.
20:10On a un progrès technologique inédit avec le numérique et l'IA.
20:14Ce progrès technologique doit servir au progrès humain
20:16et donc à la réduction du temps de travail.
20:18Merci Sophie Lubinet, secrétaire générale de la CGT,
20:21d'avoir été l'invité de France Inter.
20:22Bon 1er mai.
20:23Merci.
20:24Et bonne journée.
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