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  • il y a 2 heures
Un parfum de rébellion enveloppe les territoires. À l'instar de la capitale, où un air prend au coeur. Celui de la Commune de Paris. Teinté d'espoir et de chagrin, le chant vient d'un temps où les gais rossignols et les merles moqueurs étaient tous en fête.Une expérience sociale inédite et brève, pendant laquelle le peuple a pris en main son destin. Ce souffle indomptable habite aussi le sud de la France. Chaque été, la vallée de la Roya accueille un festival au nom évocateur « Passeurs d'humanité ». Plusieurs jours de débats, d'échanges et de performances artistiques pour célébrer le mélange des cultures et la fraternité. Des principes chers à cette région, hérités de son passé et de sa géographie unique. Année de Production :

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00:00Générique
00:42C'est un air qui prend au cœur, un souffle qui a traversé l'histoire, un chant teinté d'espoir
00:50et de chagrin.
00:52Il nous vient d'un temps où les guerres au signol et les merles moqueurs étaient tous en fête.
00:58Cet air, c'est celui de la Commune de Paris.
01:02Une expérience sociale inédite et brève, pendant laquelle le peuple a pris en main son destin.
01:15Un nouveau monde se dessine alors.
01:18Égalité réelle entre les citoyens, démocratie participative, laïcité, droit des femmes, solidarité,
01:26des valeurs qui résonnent encore.
01:29Du 18 mars au 28 mai 1871, une république sociale tente d'exister.
01:36Longtemps absente de l'histoire officielle, elle est pour ses 150 ans commémorée sur les grilles de l'hôtel de
01:43ville.
01:44Une réhabilitation historique de cette période de rêve et d'insurrection.
01:49Dans la ville, les vestiges sont rares, il faut les chercher.
01:53Par exemple, ce pont de l'hôtel de ville incendié durant les combats, abandonné dans les jardins du Trocadéro.
02:00Mais son esprit, lui, est vivace, porté par toutes celles et ceux rêvant d'un autre monde, communard des temps
02:09modernes.
02:10C'est un esprit de liberté, de fraternité.
02:14Ça s'est passé aussi au printemps, on parle d'un droit au bonheur en fait.
02:17C'est ça la commune.
02:27Avec ses rues escarpées, ses vignes et ses guinguettes d'antan,
02:31la butte Montmartre nous plonge dans un décor d'un autre siècle.
02:35Quand elle était encore un bourg semi-rural, où s'entassaient les classes populaires,
02:41et qu'un petit moulin se tenait à la place de la basilique du Sacré-Cœur.
02:45En mars 1871, le peuple de Paris, éreinté par la guerre franco-prussienne qui vient de s'achever,
02:52vit la défaite comme une profonde humiliation.
02:55Il se sent trahi et refuse de reconnaître la légitimité de la jeune Troisième République.
03:02Craignant une insurrection, Adolphe Thiers, chef du pouvoir exécutif,
03:07veut désarmer les sédicieux et récupérer les canons entreposés sur les hauteurs.
03:14C'est ici, à la place actuelle du Sacré-Cœur, que tout commence.
03:20Lorsque les soldats sont au sommet de la butte, il y a un moment d'indécision.
03:24Les femmes se portent en première ligne, les exhortent à fraterniser,
03:28leur disent « tu ne peux pas tirer sur nous, tirerais-tu sur ta femme, ta sœur, ta mère ?
03:33»
03:33Et ça marche.
03:34Les soldats de l'armée régulière se mutinent, désobéissent aux ordres,
03:39mettent croissant l'air.
03:41La révolution a commencé, la commune a commencé,
03:44et les femmes étaient en première ligne.
03:47Partout, les mêmes scènes, à la fois de révolte et de fraternisation.
03:52Le gouvernement fuit à Versailles.
03:54La révolution surgit des pavés et se matérialise alors dans les barricades.
04:00Le 28 mars 1871, après des élections, la commune de Paris est proclamée.
04:07Le peuple rêve d'égalité réelle et d'une vie plus douce pour tous.
04:12Les femmes, sur la ligne de front lors de l'insurrection,
04:15sont les premières bénéficiaires du changement.
04:19Pendant 72 jours, isolées du reste de la France,
04:23les communards esquissent leur société idéale et inventent un nouvel ordre social.
04:32La commune promet une éducation gratuite, laïque, publique, obligatoire et s'appliquant aux filles comme aux garçons.
04:41La reconnaissance de l'union civile, ce qui était aussi une façon de s'opposer à l'église,
04:46mais en tout cas délivrait les femmes du poids du mariage légitime,
04:49ce qui permet aussi le divorce qui, à l'époque, n'est pas autorisé.
04:53Il est aussi prévu, par exemple, une égalité salariale,
04:58même si c'est compliqué à mettre en œuvre, mais en tout cas la question est posée.
05:02Si tout n'est pas mis en application,
05:05certaines de leurs idées sont à la base du progrès social en France
05:09et continuent, 150 ans plus tard, de raisonner dans l'actualité.
05:17En contrebas de la butte Montmartre, le quartier de la Goutte d'Or,
05:22il tient son nom de la couleur du vin blanc que ces vignes produisaient.
05:36L'église Saint-Bernard de la Chapelle, située en son cœur,
05:40est le théâtre de ce bouleversement social.
05:44Louise Michel, icône de la commune, y exhorte les foules.
05:51Elle ne s'est pas battue seulement pour une révolte sociale,
05:56ce qui est déjà quand même beaucoup, sociale et politique,
05:58mais elle a lié différents combats.
06:01Aujourd'hui, peut-être on parlerait d'intersectionnalité.
06:04Elle ne supporte pas les injustices subies par les ouvriers,
06:08qui sont pressurés comme des citrons par leur patron, comme elle dit.
06:11Les injustices subies par les femmes qui sont infériorisées par les hommes
06:17et ne supportent pas les exactions commises par les humains sur les animaux et les plantes.
06:24C'est-à-dire ce qu'on appelle l'écologie un peu, on dirait, rapidement aujourd'hui.
06:29Cette institutrice féministe est surnommée la Vierge Rouge
06:32parce qu'elle refuse de se marier, préférant dédier sa vie à la lutte.
06:36C'est une utopiste engagée à la création d'un monde nouveau.
06:40Elle dit, partout, le fort étrangle le faible.
06:44Et elle, elle va passer sa vie à défendre le faible, les faibles.
06:4930 ans avant la loi de 1905, la République sociale adopte comme première mesure
06:55la séparation de l'Église et de l'État.
06:58Des lieux de culte sont ainsi réquisitionnés.
07:01Certaines églises, qui présentent l'avantage d'être chauffées,
07:05se métamorphosent en ce que les communards appellent les clubs de la Révolution.
07:10À Paris, des dizaines de clubs apparaissent.
07:13Dans la journée, les gens pouvaient aller à la messe, pouvaient faire leur culte.
07:16Mais le soir, tout le monde venait, tous ceux qui pouvaient.
07:21Beaucoup de femmes, donc ce qui est rare,
07:24parce qu'habituellement ce sont les hommes qui participent au débat à l'extérieur,
07:28elles venaient en emmenant leurs enfants, donc ça piaillait pas mal,
07:30mais bon, voilà.
07:31Et un certain nombre de femmes prenaient la parole, dont Louise Michel.
07:36Construite entre 1858 et 1861 dans un style néo-gothique,
07:42avec un clocher et une flèche nichées à 60 mètres de haut,
07:46l'église Saint-Bernard de la Chapelle domine la goutte d'or.
07:53Son orgue, qui accompagne habituellement les cantiques,
07:57porte alors les chants révolutionnaires.
07:59Et elle se transforme, elle aussi, en assemblée du peuple.
08:06Ici, on débat, on propose, on décrète.
08:11Les citoyens ont même le pouvoir de révoquer les élus.
08:15C'est exactement la démocratie participative, comme il y en a eu très rarement dans l'histoire,
08:21et ça a eu lieu sur les bancs de cette église et dans plein d'endroits à Paris.
08:27Et ça, il faut s'en souvenir, parce que c'est quelque chose, je crois,
08:31qui doit marquer la connaissance de l'histoire de France.
08:34Après deux mois d'existence, l'expérience de la République sociale est réprimée dans le sang.
08:41Le 21 mai, les troupes de l'armée régulière, réfugiés à Versailles, entrent dans Paris.
08:48Pendant huit jours, les combats sont féroces.
08:51La semaine sanglante fait plusieurs milliers de morts.
08:55Aujourd'hui encore, les historiens sont divisés sur le nombre exact de victimes,
09:01tant du côté des Versaillais que des communards.
09:11À l'est de la ville, dans le 20e arrondissement, le Père Lachaise.
09:16C'est le plus grand et l'un des plus romantiques cimetières de Paris.
09:23Son parc s'étend sur 43 hectares.
09:27Ici repose une partie de l'histoire de France.
09:29Marcel Proust côtoie Edith Piaf, honoré de Balzac ou encore Eugène Delacroix.
09:43Mais pour les communards, les combats du Père Lachaise signent la fin de leur idéal.
09:48Le 27 mai, les dernières barricades cèdent et 200 communards, acculés, se réfugient alors dans le cimetière.
10:00Les dernières batailles se sont produites sur cet endroit où nous sommes actuellement,
10:07à savoir entre les tombes de Gérard de Nerval, qui est ici,
10:12et puis de Balzac.
10:15Ils savaient qu'ils n'avaient plus rien à perdre.
10:17Donc ils ont vraiment voulu se battre jusqu'à la dernière balle et même à la fin à l'arme
10:24blanche.
10:25Les communards faits prisonniers sont fusillés devant ce mur.
10:33Ils sont ensuite jetés dans une fosse ouverte à proximité.
10:37Dans les jours qui suivent, d'autres corps viennent les rejoindre.
10:41Cette parcelle prend alors le nom de Mur des Fédérés.
10:50Les survivants sont d'abord déportés en Nouvelle-Calédonie pour la plupart.
10:54C'est le cas de Louise Michel,
10:56qui rentre en France avec les communards amnistiés en 1880,
11:01après six ans de bagne.
11:05A leur retour, ils découvrent sur la butte Montmartre,
11:09à l'endroit même où a débuté la commune,
11:12une basilique du Sacré-Cœur en chantier.
11:15Sa construction, envisagée après la défaite de Sedan,
11:19est finalement votée en 1873,
11:22une façon d'expier les péchés des communards.
11:26A partir des années 1880,
11:28ce mur défédéré est devenu un lieu symbolique
11:34de mémoire de la commune.
11:37Et ensuite, tous les ans,
11:38il y a eu des hommages devant ce mur défédéré.
11:41C'est un des rares lieux physiques de commémoration de la commune.
11:44Nous sommes toujours à la fois des héritiers
11:46et nous sommes des passeurs.
11:48Donc on hérite des anciens
11:50et on essaye de transmettre aux générations qui viennent,
11:54de toute façon à ce qu'elles n'oublient pas.
11:56Face au mur défédéré,
11:58tel un dernier salut,
12:00la tombe de Jean-Baptiste Clément.
12:03Partisan de la première heure,
12:05chansonnier révolutionnaire,
12:08élu du 18e arrondissement au conseil de la commune,
12:11il lui offre son hymne,
12:14le temps des cerises,
12:16chanson d'amour politique et révolutionnaire.
12:27Composée en 1866,
12:30elle accompagne pendant ces 72 jours
12:32les espoirs des communards.
12:35Elle a été chantée parce que les gens étaient heureux
12:37pendant ce printemps de 1871,
12:39donc ils ont chanté cette chanson d'amour.
12:42Évidemment, après la commune,
12:44la cerise est devenue,
12:45la cerise rouge au sang,
12:48évidemment,
12:48devenue le symbole de la semaine sanglante.
12:55Plus au sud,
12:57la Butocaille,
12:58dans le 13e arrondissement.
13:04Avec ces petites maisons
13:06et ces rues pavées,
13:07cet ancien quartier ouvrier
13:09a su garder son âme de village.
13:12Même si ce n'est plus un quartier populaire,
13:14quelques lieux ont gardé
13:16un esprit de résistance.
13:18Le restaurant Le Temps des Cerises,
13:20géré par des communards
13:22des temps modernes,
13:23continue de faire vivre cet héritage.
13:26Ses membres se sont organisés en SCOP,
13:29une coopérative ouvrière.
13:31Un homme,
13:32une voix,
13:33pas de patron.
13:34Une mise en œuvre contemporaine
13:36et concrète
13:37des idées de la commune.
13:44C'est un vrai lieu de vie
13:46et pour certains,
13:47c'est carrément un bastion,
13:49c'est carrément un QG,
13:50un quartier général.
13:52C'est d'une manière ou d'une autre
13:53à toujours donner
13:56ce côté poétique,
13:58romantique
13:59de ce que c'est Paris.
14:00Paris la belle,
14:02Paris la rebelle.
14:06La commune de Paris n'est pas morte.
14:08Plus d'un siècle et demi après,
14:11cette révolution avortée
14:13inspire encore.
14:15Si son héritage politique
14:17continue de susciter la controverse,
14:20ses valeurs
14:21et ses combats humanistes
14:23donnent le la
14:24aux luttes d'aujourd'hui.
14:41C'est devenu le symbole
14:43de la vallée.
14:44Chaque été depuis 5 ans,
14:47la Roya accueille
14:48philosophes, historiens, artistes
14:50et sympathisants venus du monde entier
14:52pour un festival itinérant
14:53au nom évocateur,
14:55passeux d'humanité.
14:57Plusieurs jours de débats,
14:59d'échanges et de performances artistiques
15:01pour célébrer le mélange
15:02des cultures et la fraternité.
15:04Des principes chers à cette région,
15:06hérités de son passé
15:07et de sa géographie unique.
15:19Territoire rugueux et escarpé,
15:22avec ses gorges sauvages
15:23et ses versants vertigineux,
15:25la vallée de la Roya
15:26s'étend sur l'axe Nice-Turin
15:28le long des 59 kilomètres
15:30du fleuve du même nom.
15:32Située dans l'extrême sud-est
15:34de la côte d'Azur,
15:35elle a toujours été
15:36à la croisée des chemins.
15:39Entre mer et montagne,
15:41entre France et Italie.
15:44Et si chacun de ces pays frontaliers
15:46a tenté de s'en emparer,
15:48la Roya ne s'est jamais
15:49laissée dompter.
15:52La vallée de la Roya,
15:53c'est une vallée de passage,
15:54c'est une vallée de passeurs,
15:56c'est une vallée qui fait le lien.
15:58C'est une vallée de va-et-vient,
15:59c'est une vallée de mobilité,
16:00de solidarité.
16:12A 300 mètres d'altitude,
16:15Braille-sur-Roya
16:16est l'un des grands carrefours
16:17des Alpes du Sud
16:18depuis près d'un millénaire.
16:22Nous sommes à l'endroit
16:25le plus court possible
16:26pour rejoindre la Méditerranée
16:28et le Piedmont.
16:29Depuis, on va dire,
16:31l'époque romaine
16:32et même avant,
16:33c'est un lieu de passage traditionnel.
16:37Au début du Moyen-Âge,
16:39l'un des grands enjeux
16:40est l'accès au sel,
16:42recherché notamment
16:43pour ses vertus désinfectantes
16:44et pour la conservation des aliments.
16:47Pour les comtés alpins
16:48et piedmontais,
16:49la vallée de la Roya
16:50s'avère stratégique.
16:54Le sel était produit
16:56naturellement par évaporation
16:58le long de la Méditerranée,
17:00en particulier en Provence.
17:01donc des bateaux
17:03les transportaient
17:04jusqu'au port
17:05de Nice
17:06et de Ventimille.
17:07Et là,
17:08la vallée de la Roya
17:09s'est retrouvée
17:11sur cette fameuse
17:12route du sel.
17:14C'était une autoroute
17:14à l'époque
17:15qui permettait
17:16d'acheminer les marchandises
17:18depuis le port de Nice
17:19jusqu'à Turin.
17:23Chaque jour,
17:25des mulets quittent Nice
17:26pour rejoindre Turin
17:27ou Chambéry
17:28jusqu'à une centaine.
17:30Peu à peu,
17:31on tente
17:32d'aménager les chemins.
17:34À l'époque médiévale,
17:36on trouvait
17:36des sentiers muletiers
17:38qui étaient dans l'état
17:39de celui que nous voyons
17:40aujourd'hui,
17:41c'est-à-dire
17:42des endroits
17:43où les mulets
17:44marchaient sur la terre,
17:46d'autres endroits
17:46où ils marchaient
17:48sur des pierres,
17:50des rochers.
17:51Et par contre,
17:52la protection
17:53de ces sentiers
17:54était faite
17:56avec de gros moyens.
17:57Regardez par exemple
17:58ce mur.
18:00Tout le long du sentier,
18:01il y en a
18:02de ce type-là
18:03qui ont été construits
18:04justement
18:05pour protéger
18:07le sentier lui-même
18:08qui était le lieu
18:09de pachas essentiel.
18:10Ça prenait des jours,
18:11c'était aussi
18:12extrêmement dangereux.
18:13Il y avait des précipices
18:14comme ici.
18:15Le chemin est
18:16extrêmement étroit.
18:18Vous avez
18:19la Roya
18:20qui est juste à côté,
18:21donc c'était dangereux.
18:23Les mulets
18:24pouvaient glisser,
18:25surtout par temps
18:25de pluie.
18:26Et l'hiver,
18:28c'était également
18:28franchir le col de Tente,
18:30c'était extrêmement difficile.
18:31Il y avait
18:32des accidents
18:32quasi quotidiens.
18:33Il y avait des brigands,
18:34il y avait...
18:35C'est un petit peu
18:36le Far West
18:36de l'époque.
18:39La vallée de la Roya
18:40est un axe majeur
18:41du développement économique
18:42de la région
18:43dès le XIIe siècle.
18:44une sorte d'autoroute
18:46le long de laquelle
18:47les communes traversées
18:48construisent des péages
18:50appelées portes.
18:56Donc ici,
18:57nous sommes à l'entrée
18:58du village de Breil
18:59sur le sentier
19:00qui conduisait
19:01à Vintimille
19:02et ce bâtiment
19:05s'appelle
19:05la Porte de Gênes
19:06parce qu'à l'époque,
19:10ce sentier conduisait
19:11à la République de Gênes
19:13et c'est ici
19:14que les gens
19:15étaient contrôlés.
19:16Chaque commune
19:18devait se protéger
19:19mais aussi
19:21contrôler
19:21le flux
19:22des voyageurs
19:23et éventuellement
19:24faire payer
19:25les taxes.
19:25Il y avait des taxes
19:26sur le sel
19:28et ça servait
19:29également
19:29à entretenir
19:30les sentiers,
19:31les routes,
19:32etc.
19:38Un événement historique
19:40renforce encore
19:40la dimension stratégique
19:42de la Roya
19:42et intensifie
19:44l'affluence
19:44dans la vallée
19:45et le brassage
19:46des populations.
19:47La dédition
19:48du comté de Nice
19:49auquel appartient
19:50la région
19:51à la grande maison
19:52de Savoie
19:53en 1388.
19:58On parle de dédition,
19:59c'est-à-dire que Nice
20:00se livre en quelque sorte
20:01à la maison de Savoie,
20:02se soumet
20:03à la maison de Savoie
20:04en se soumettant
20:05d'une manière
20:06on va dire
20:08volontariste
20:09avec cette idée
20:10selon laquelle
20:10la maison de Savoie
20:10va pouvoir protéger
20:11la ville
20:12et lui assurer
20:12une sorte de prospérité
20:13ce qui sera le cas.
20:16La maison de Savoie
20:18devenue royaume
20:19de Piémont-Sardaigne
20:20est à l'apogée
20:21de sa puissance.
20:23Pas question
20:24de se contenter
20:24d'un chemin multier
20:25pour relier
20:26ses différentes possessions.
20:28On entreprend
20:29de construire
20:30une véritable route
20:31carrossable
20:31accessible aux diligences
20:33et aux charrettes.
20:35La Real Strada,
20:36la route royale.
20:38Fontan,
20:39Petitbourg
20:40à 10 km au nord
20:41de Braille
20:42sur Roya
20:42en est un emblème.
20:47C'est surtout
20:47un village
20:48qui a été créé
20:48pour la route royale.
20:49Le roi du Piémont-Sardaigne
20:50a voulu créer
20:52une ville étape.
20:53Entre Nice
20:54et Turin,
20:55il fallait jalonner
20:55l'espace
20:56et il fallait le simplifier
20:58aussi.
20:59Fontan a cette capacité
21:01à être une ville étape
21:02au milieu
21:02de la route royale
21:03avant d'aborder
21:05le col de Tende.
21:06C'est une ville
21:07qui a une qualité énorme.
21:08On le voit ici,
21:09c'est l'eau.
21:10Progressivement,
21:11cette ville rue
21:12va devenir un lieu important.
21:15Les gens se croisent ici.
21:16C'est vraiment
21:16un lieu de passage,
21:17un lieu de rencontre.
21:21La culture piémontaise
21:23imprègne peu à peu
21:24la vallée.
21:25Il faut dire
21:25que le royaume
21:26tient à faire honneur
21:27à son rang.
21:28Le long de cette route royale,
21:30il fait ériger
21:30toutes sortes de monuments
21:32plus opulents
21:32les uns que les autres
21:34jusque dans les villages
21:35les plus modestes
21:36à l'image
21:37de l'église de Fontan.
21:41C'est une route royale
21:42et elle est parcourue
21:43par des classes sociales
21:44très différentes
21:45mais surtout
21:45par des élites aussi.
21:46Donc il faut
21:48lui apporter
21:48un peu de faste
21:49et ces églises,
21:51en particulier celle-ci,
21:53Notre-Dame de la Visitation,
21:54fait partie
21:55de ces éléments
21:56architecturaux
21:56extrêmement soignés,
21:59incarnant
22:00en quelque sorte
22:00la majesté
22:02et le côté somptueux
22:03de l'époque
22:04et des lieux.
22:07Pour un petit bourg,
22:08elle est très imposante.
22:12On ne lésine pas
22:13sur les moyens.
22:14C'est une église baroque
22:15de style néoclassique,
22:16c'est-à-dire qu'en fait
22:17le baroque
22:17à ce moment-là
22:18c'est le temps
22:19de la contre-réforme,
22:20c'est le temps
22:20de la reprise en main
22:21par le catholicisme
22:23des éléments culturels,
22:25une sorte de dynamisme
22:26retrouvé
22:26et le baroque
22:27va incarner ça.
22:28Ici dans la région
22:28on va parler
22:29du baroque flamboyant
22:30parce que c'est
22:31les couleurs du baroque,
22:32le côté de la confiance
22:33en la foi,
22:34un côté presque joyeux,
22:35un côté presque délirant
22:36qui est assez contrastant
22:39avec la réalité des lieux,
22:40plus austère,
22:41plus rurale.
22:45Jusqu'au XIXe siècle,
22:47la route royale
22:48est l'une des plus fréquentées
22:49de la région,
22:50ce qui entraîne
22:51un métissage important
22:52dans la vallée.
22:53Mais le comté de Nice
22:55est finalement rattaché
22:56au royaume de France
22:57en 1860.
22:59Une frontière est
23:00officiellement établie
23:01et le chemin de la Roya
23:02perd sa vocation de passage.
23:08Mais la géographie
23:10et l'histoire
23:10sont tenaces.
23:12Sospel,
23:13au sud de la Roya,
23:15illustre parfaitement
23:16cette région frontalière
23:17éternellement poreuse.
23:26La frontière,
23:27elle est à moins de 2 km,
23:29elle est dans l'axe
23:30de la crête de la Gézin.
23:31Une trouée comme ça
23:33avec une rivière ouverte,
23:34ça veut dire que la frontière
23:35est perméable.
23:36On n'est plus vraiment
23:37en zone de montagne,
23:38on n'est pas tout à fait
23:38en zone de plaine.
23:39On est sur un relief marqué,
23:41mais qui est perméable
23:42au sens militaire du terme.
23:44À partir des années 1920,
23:46il y a Mussolini
23:47qui prend le pouvoir en Italie
23:48et il n'a jamais caché
23:51vouloir Nice,
23:52la Savoie,
23:53la Corse,
23:55Bizerte,
23:55la Tunisie.
23:56Et donc,
23:56il criait
23:58«Nizza Nostre »
23:59et tout ça.
23:59Et donc,
24:00on avait très peur
24:02de viser
24:03expansionnistes
24:04fascistes
24:05sur les Alpes-Maritimes
24:06et les Alpes en général.
24:10Particulièrement exposée,
24:11la vallée de la Roya
24:12est donc intégrée
24:13à la ligne Maginot,
24:14cet ensemble
24:15de fortifications
24:16édifiées
24:17le long de la frontière
24:18pour tenter
24:19d'éviter
24:19les invasions
24:20allemandes
24:20et italiennes.
24:23À Sospel,
24:24le fort
24:25de Laguesan,
24:26construit
24:26entre 1929
24:28et 1937,
24:29accueille
24:30plus de 450 soldats.
24:34L'ensemble,
24:35l'ouvrage
24:35de Laguesan
24:36occupe un terrain
24:37qui fait
24:38un peu plus
24:39de 4 hectares.
24:40On a
24:41à peu près
24:422 kilomètres
24:43de galerie,
24:43des blocs de combat,
24:44une caserne
24:45souterraine.
24:49Alors,
24:50nous sommes maintenant
24:50dans le bloc sud
24:51de l'ouvrage
24:52qui est équipé
24:53de 2 canons
24:54qui étaient servis
24:56par une dizaine
24:57de canonniers
24:57par pièce.
25:00La portée,
25:00c'est environ
25:016 kilomètres.
25:03Alors que la ligne
25:04Maginot de l'Est
25:05de la France
25:06est impuissante
25:07face à l'avancée
25:08allemande,
25:09celle des Alpes
25:09et notamment
25:10celle de la Roya
25:11se révèle efficace.
25:14Le 10 juin
25:151940,
25:16l'Italie
25:17entre en guerre
25:17avec une ambition,
25:19envahir tout
25:20le quart sud-est
25:21de la France.
25:22Malgré sa supériorité
25:23numérique,
25:24l'armée musolinienne
25:26ne parvient pas
25:27à dépasser Menton
25:28noyé sous le feu
25:29des forts
25:30de la Roya.
25:36Les Alpes-Maritimes
25:37n'ont pas été
25:38zone occupée.
25:39Ça a été seulement
25:40zone démilitarisée.
25:41C'est la première victoire
25:42des troupes
25:43de l'armée des Alpes,
25:44c'est de faire en sorte
25:45de garder la souveraineté
25:46sur le terrain.
25:47Donc du coup,
25:48on a eu ici
25:49beaucoup de gens,
25:50notamment à Nice,
25:51qui sont venus
25:52y trouver refuge.
25:56La vallée de la Roya
25:57accueille alors
25:58un flot de nouveaux venus.
26:00Juifs,
26:00communistes
26:01ou encore opposants
26:02politiques italiens
26:03et français
26:03à la recherche
26:05d'un abri.
26:08Ici,
26:08c'est une région
26:09qui a toujours été
26:10une région d'échange.
26:11dans les familles
26:11sospéloises
26:13et niçoises,
26:14tout le monde
26:15a une branche
26:17de la famille
26:17qui vient
26:18qui du Piémont,
26:20qui de la Ligurie.
26:22C'était très perméable
26:23et en faire une zone
26:25de combat
26:25était complètement
26:26contre nature.
26:27La plupart des frontaliers
26:29sont tous
26:30à peu près
26:31bilingues.
26:34Occupés par les Italiens
26:36puis par les Allemands,
26:37entre novembre 1942
26:38et mai 1945,
26:41la vallée
26:42retrouve sa tradition
26:43d'hospitalité
26:43après la libération.
26:46Et alors que l'Europe
26:47se construit
26:47pendant la seconde moitié
26:49du XXe siècle,
26:50la Roya
26:51devient l'une
26:51des illustrations
26:52de cet idéal
26:53d'amitié
26:53entre les peuples.
27:02À l'image
27:03de la chorale
27:04des Rumpabaletti
27:05qui se réunit
27:06chaque semaine
27:07dans le village
27:08perché de sa orge
27:09pour célébrer
27:10leur héritage
27:11culturel métissé.
27:17C'est les chants
27:17traditionnels d'ici,
27:19des chants
27:19piémontés
27:20et des chants
27:20occitants.
27:33Les vieux
27:33nous ont appris
27:34tout ça.
27:34ça fait partie
27:36de ce patrimoine
27:37qui se chantait
27:38dans les vallées
27:38ici.
27:38C'est un petit peu
27:39nos racines.
27:44Et lorsqu'il y a
27:46une dizaine
27:46d'années,
27:47des exilés
27:48venus d'Afrique,
27:49d'Afghanistan
27:49et de Syrie
27:50se retrouvent
27:51sur le chemin
27:51de la Roya.
27:53Plutôt que de se replier
27:54sur elle-même,
27:55la région renoue
27:56avec sa vocation
27:57séculaire.
27:59ça a été
28:00une réouverture
28:02de la vallée
28:03pour accueillir
28:04ces gens-là
28:04et ça fait partie
28:06aussi de l'histoire.
28:11On est dans une vallée
28:13qui a toujours été
28:13une vallée de passage
28:15pour le bien
28:16et pour le mal
28:16des habitants
28:17avec les invasions
28:18des uns
28:19et des autres.
28:20On se sent
28:21citoyen du monde.
28:24Une tradition
28:25de solidarité
28:26qui a aidé
28:27la vallée
28:27de la Roya
28:28à surmonter
28:29les inondations
28:29d'octobre 2020
28:30et à s'ouvrir
28:32à nouveau
28:33au monde.
28:33Sous-titrage Société Radio-Canada
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