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  • il y a 4 mois
12 militants du suicide assisté sont jugés depuis lundi devant le tribunal de Paris pour avoir aidé des personnes à se procurer un barbiturique, une substance mortelle. Dans un livre qui vient de paraître, un médecin relance lui aussi le débat sur la fin de vie. Il avoue avoir provoqué la mort de ses patients en fin de vie. Didier Peillon est l'invité de RTL Matin.
Regardez Face à Fogiel du 17 septembre 2025.

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Transcription
00:00RTL Matin, Thomas Soto
00:02Il est 8h17, face à Fogiel, le débat sur la fin de vie est relancé.
00:09Depuis lundi, 12 retraités sont jugés devant le tribunal de Paris.
00:13Ils sont accusés d'avoir aidé des personnes à se procurer des barbituriques
00:16dans le but de mettre fin à leur jour.
00:18Pour en parler, Marc-Olivier, vous recevez le docteur Didier Péillon,
00:21lui qui a reconnu avoir provoqué la mort de certains de ses patients en fin de vie
00:25et ce pour abréger leur souffrance.
00:27Bonjour docteur Péillon.
00:29Bonjour.
00:29Vous reconnaissez donc avoir pratiqué l'euthanasie dans ce livre,
00:32ces malades que nous aidons à mourir chez City.
00:35Depuis que le livre est sorti, vous êtes d'ailleurs suspendu de votre hôpital à titre conservatoire.
00:40Sur le procès qui s'est ouvert lundi, vous en pensez quoi ?
00:44Vous, ces prévenus qui ont aidé des malades à récupérer des barbituriques interdits en France,
00:50vous en pensez quoi ?
00:52Je ne connais pas bien le dossier pour avoir une idée précise là-dessus,
00:57mais on est visiblement, si les éléments que j'ai sont exacts,
01:03on est dans une pratique totalement hors cadre, hors médecine, hors contrôle,
01:09qui est difficilement compréhensible pour nous praticiens.
01:13C'est clair.
01:14Hors cadre, hors pratique, hors contrôle,
01:16pourtant ce que vous révélez dans le livre,
01:19c'est aussi finalement d'avoir pratiqué des euthanasies,
01:23au moins deux, des injections létales,
01:26et puis on va venir aux autres, sans cadre légal.
01:29Vous êtes confronté exactement à la même pratique.
01:31Tout à fait, tout à fait.
01:32Alors, au moins deux, non, deux.
01:34Oui, deux dans ma vie, dans ma carrière de plus de 30 ans.
01:41En effet, le gros problème pour moi, ce ne sont pas ces gestes...
01:47Enfin, le gros du problème, en fait, c'est la limitation thérapeutique,
01:52et ça, par contre, ça fait partie de nos pratiques quotidiennes inévitables.
01:57Alors, on va rappeler ce que c'est, la limitation thérapeutique,
02:00c'est, en gros, vous avez un malade,
02:01vous savez que, finalement, il est en fin de vie,
02:03et vous...
02:04On ne fait pas le maximum.
02:05Vous ne faites pas le maximum,
02:06et même, vous ne lui donnez pas les médicaments
02:07dont il aurait éventuellement besoin pour se lâcher sur le moment,
02:10et vous le laissez mourir,
02:12et ça, c'est très encadré,
02:14et vous, au quotidien, cet encadrement, vous le contournez.
02:19Oui, en fait, pour revenir aux actes qu'on appelle d'euthanasie,
02:24c'est exceptionnel dans la vie d'un médecin.
02:28En effet, moi, j'ai un cas que je raconte dans mon livre,
02:33où, il y a plus de 30 ans,
02:35on s'est retrouvé face à un patient
02:36qui est en train d'étouffer dans son sang,
02:38dans une situation vraiment d'épouvante,
02:41qui est toujours très présente dans ma mémoire,
02:44et avec l'ORL qui était présent,
02:46on a décidé, vraiment en extrême urgence,
02:48de pratiquer une anesthésie immédiatement,
02:51sans vraiment attendre pour mettre fin à cette agonie
02:59qui allait durer 10 minutes, 20 minutes, 30 minutes.
03:01Il avait 40 ans ?
03:02Oui, tout à fait.
03:03Il était là en urgence, il sortait d'un cancer du larynx,
03:06et donc, quand vous l'euthanasiez pour, finalement, abréger ses souffrances,
03:11vous n'en parlez pas, par exemple, à sa famille,
03:12vous le décidez, vous-même, avec votre collègue ?
03:15Alors, voilà, ça, ça illustre vraiment,
03:17votre question illustre vraiment notre difficulté
03:19à faire comprendre la réalité de notre travail
03:22et la réalité de ce qui se passe à l'hôpital.
03:26Quand vous avez devant vous,
03:28quand vous avez quelqu'un qui arrive aux urgences
03:29avec une petite hémorragie comme ça,
03:31vous allez voir la famille pour avoir quelques éléments,
03:33puis après, vous vous occupez du patient.
03:35Et quand, moi, en l'occurrence, pour ce patient,
03:39je suis rentré dans le box,
03:40je me suis retrouvé face à quelqu'un,
03:43c'était vraiment, sincèrement, j'en ai vu,
03:45mais là, c'était vraiment une situation d'épouvante
03:47avec quelqu'un qui est en train d'étouffer dans son sang,
03:49de cracher du sang,
03:50qui avait un cancer ORL,
03:53qui avait récidivé,
03:54et pour lequel il n'y avait plus de traitement possible.
03:57Le regard du patient était, mais,
03:59rempli d'effroi à un point pas possible.
04:02Est-ce que vous pouvez imaginer
04:03que je peux le laisser pour aller voir l'épouse
04:06et passer dix minutes avec elle pour lui expliquer ?
04:08Pour moi, ce n'est pas envisageable.
04:10Loin de moi de juger, ce n'est pas envisageable pour vous,
04:12mais la loi ne vous permet pas
04:13de l'injecter une dose de barbiturique ?
04:16C'est le gros souci.
04:18C'est-à-dire que ce sont des pratiques
04:19que nous faisons tous.
04:22C'est-à-dire l'exemple précis d'un vaisseau
04:25qui se fissure chez un patient
04:27qui a un cancer ORL,
04:29c'est quelque chose qu'on redoute
04:30dans tous les services.
04:31Il faut bien savoir que dans tous les services
04:34où ce genre de situation peut arriver,
04:36il y a une seringue qui est prête
04:38pour justement intervenir immédiatement
04:40parce que les minutes sont des minutes.
04:41Il y a une seringue qui est prête.
04:43Donc, ça veut dire que, en fait,
04:44tout le monde est au courant.
04:44Il y a une espèce d'hypocrisie générale.
04:47Et vous, aujourd'hui, vous le racontez,
04:50mais ce que d'autres font au quotidien,
04:52en dehors de la loi.
04:53Mais tout à fait.
04:54Moi, je suis inondé de messages
04:56de mes amis médecins qui disent
04:59« Mais en fait, ce que tu écris,
05:01c'est ce qu'on fait tous les jours. »
05:02C'est-à-dire les limitations...
05:03Alors, je cite une étude dans mon livre
05:06qui est une étude assez solide
05:09sur le plan méthodologie
05:10qui montre qu'il y a 300 000 décès par an
05:14dans un contexte de limitation thérapeutique.
05:17Un décès sur deux.
05:18Donc, c'est le quotidien.
05:19C'est notre quotidien.
05:20Mais enfin, c'est facile.
05:21Mais vous en parlez à l'hôpital ?
05:23Entre médecins ?
05:24Ou avec votre direction ?
05:26À l'hôpital, moi, je travaille en équipe.
05:29On a un staff tous les matins
05:31où on parle de tous les patients
05:32avec l'équipe au complet.
05:33Donc, tout est transparent.
05:36Pour nous, il n'y a aucun souci.
05:38Là où il y a un souci,
05:39c'est qu'en effet, on est en dehors du cadre.
05:41Mais on ne peut pas être autrement
05:43qu'en dehors du cadre.
05:45La loi n'envisage en aucun cas
05:48les décisions prises en urgence.
05:50et un vide juridique complet.
05:52Parce que la loi, il faut le rappeler,
05:53elle va repasser si tout ça est bien
05:56à l'ordre du jour après ce remaniement.
06:00L'aide à mourir consiste à autoriser
06:02et accompagner une personne
06:03qui en a exprimé la demande
06:04à recourir à une substance létale.
06:05Le malade devra s'administrer
06:07lui-même le produit.
06:08La loi, c'est ça.
06:09Ce n'est pas les cas de tous les jours.
06:11Ça ne sert pas à grand-chose.
06:12Non.
06:12Alors, ce n'est absolument pas une réponse
06:14pour notre quotidien.
06:15C'est un très, très grand pas symbolique.
06:18Très clairement.
06:18Mais ça ne répondra absolument pas
06:21au quotidien que je décris dans mon livre.
06:24Le quotidien que vous décrivez dans le livre,
06:26notamment cette injection létale,
06:30c'était il y a longtemps.
06:32Elle vous travaille encore ?
06:34Ou alors elle est loin derrière vous ?
06:36Vous la regrettez ?
06:37Alors, je vais être honnête avec vous.
06:39Ça sera à refaire, je le referai.
06:40Mais c'est impensable de laisser quelqu'un
06:43dans une agonie aussi terrible,
06:46aussi violente, aussi épouvantable.
06:48On ne peut pas rester les bras croisés.
06:50Et je ne connais pas de soignants
06:52qui resteraient les bras croisés
06:53à tenir la main d'un patient dans cette situation.
06:56Ce n'est pas possible.
06:57Franchement, c'est humainement pas possible.
06:59En vous lisant, on dirait presque l'inverse.
07:00Parce que vous racontez les deux cas
07:02où vous êtes intervenu pour aider à mourir.
07:05Mais vous racontez aussi cette femme de 85 ans
07:07qui arrive aux urgences en état de difficulté respiratoire,
07:09puis mise sous masque oxygène.
07:11Elle est hospitalisée pour une infection pulmonaire.
07:13Elle est incontinente.
07:14Elle a des troubles neurocognitifs sévères, etc.
07:17Bref, vous, on ne va pas rentrer dans les détails du cas clinique,
07:21vous la sauvez sur le moment.
07:22Mais on a l'impression que vous vivez presque mal
07:24de l'avoir sauvée.
07:25Parce que vous savez très bien que, finalement,
07:28elle va souffrir.
07:29Et ça va être très difficile pour elle après.
07:32Alors, à titre très personnel,
07:34ma difficulté, si vous voulez,
07:36c'est de décider, de prendre des décisions
07:39que je ne prendrai pas pour mes proches.
07:43Parce que la loi est comme ça.
07:44Parce qu'on n'enfreint pas la loi tous les jours.
07:47Parce qu'on est dans le cadre de notre pratique sociétale.
07:53Et qu'en effet, ce genre de patient est soigné
07:55avec des traitements curatifs.
07:57Il est clair que dans certaines situations,
07:59ce que je fais, je ne le ferai pas pour mes proches.
08:01Et ça, par contre, c'est source de culpabilité.
08:03Pour soigner, plutôt que pour aider à mourir,
08:06a priori, quand vous faites ce serment d'hyprocadre.
08:08On est là pour accompagner les gens.
08:09Il y a une dimension humaine.
08:12Donc, vous avez plus de culpabilité à l'avoir sauvée
08:14que, finalement, à avoir aidé à mourir les autres, en fait.
08:17Tout à fait.
08:18Ça peut paraître paradoxal, mais c'est votre quotidien.
08:21Oui, c'est notre quotidien.
08:23Et il y a des survies qui sont tellement terribles.
08:28D'ailleurs, quand ces patients décèdent,
08:29quelle est la réaction de l'entourage et des soignants ?
08:31C'est de dire que c'est la meilleure chose qui pouvait lui arriver.
08:34Tous ont réagi comme ça.
08:35Tous, tous, tous.
08:36Devant ces situations de gens très, très, très altérés,
08:41on dit tout ça.
08:43Or, trois jours avant, on donnait des antibiotiques pour passer le cap.
08:47Il y a une incohérence.
08:47Est-ce que si la loi, finalement, allait plus loin ?
08:50Finalement, vous êtes quand même confronté, vous le racontez,
08:53à une forme de culpabilité.
08:55Ça ouvrirait les vannes.
08:57Et il y aurait beaucoup plus d'actes d'euthanasie.
08:59Et peut-être trop.
09:00Je crois qu'il faut regarder l'expérience des pays voisins.
09:05Personne n'envisage de revenir en arrière.
09:10Non, moi, c'est pas...
09:12L'ADN des médecins, c'est de soigner.
09:14Moi, j'ai passé toute ma vie dans la sphère de l'urgence à m'acharner pour essayer de tirer d'affaire les gens.
09:20Mais parfois, il faut admettre qu'on n'y arrive pas, qu'on ne peut pas, qu'on ne rend pas les gens immortels.
09:25Pour conclure, je disais, vous êtes suspendu à titre conservatoire,
09:29puisque vous révélez ces actes d'euthanasie.
09:30Vous craignez, finalement, de perdre votre...
09:33Alors, la suspension, franchement, c'est pas le souci par rapport à la gravité du débat.
09:38C'est douloureux pour moi, très clairement.
09:40Parce que j'adore ce que je fais, et c'est douloureux.
09:43Je comprends complètement la direction qui a pris une mesure conservatoire.
09:46Et les relations sont très bonnes, il n'y a pas de sujet là.
09:53Après, on verra.
09:54Après, on verra.
09:56Mais voilà, j'ai pas de regret d'avoir dit clairement ce qui se passe à l'hôpital tous les jours.
10:01C'est sans état d'âme.
10:02C'est malade que nous aidons à mourir chez City.
10:05Merci, docteur Peyon d'être venu ce matin sur RTL.
10:07C'est moi qui vous remercie.
10:08Merci à vous d'être venu.
10:09Débat, évidemment.
10:09C'est moi qui...
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