00:00Offre valable jusqu'au 17 décembre.
00:02RTL Matin, Thomas Soto.
00:06Il est 8h18 face à Fogiel, l'interview de Marc-Olivier Fogiel ce matin,
00:10alors que l'accusation réclame la réclusion criminelle à perpétuité contre son client.
00:14Vous recevez Marc-Olivier, l'avocat de Frédéric Péchier,
00:17l'anesthésiste de Besançon comme il est surnommé, c'est Maître Randall Schwerdorfer.
00:21Bonjour Maître.
00:22Bonjour Monsieur Fogiel.
00:23Merci d'être en ligne avec nous, vous allez plaider dans quelques minutes
00:26devant la cour d'assises du Doubs à Besançon.
00:29Les avocats de Général ont donc requis la réclusion criminelle à perpétuité.
00:33Des mots extrêmement durs à l'égard de votre client.
00:35Un criminel qui a utilisé la médecine pour tuer.
00:38Le docteur de la mort, un des plus grands criminels de l'histoire de ce pays.
00:43Ça va être mission impossible, non, de convaincre les jurés et les juges ?
00:48Ça va être une mission difficile.
00:51Mais défendre Frédéric Péchier depuis 8 ans, c'est une mission extrêmement difficile.
00:55C'était déjà très difficile en 2017.
00:57Lorsque s'est posé la question de la détention, en 2019, lorsque s'est reposé la question de la détention,
01:03tout le monde voulait incarcérer Frédéric Péchier.
01:06C'est encore très difficile aujourd'hui et ça l'a toujours été, mais ça fait partie de notre travail.
01:11Dans quel état d'esprit est votre client ?
01:13Je l'avais reçu juste avant l'ouverture du procès.
01:15Il me disait, évidemment, ça me fait peur d'aller en prison, mais je pense que j'aurai les arguments pour éviter d'y aller.
01:20On va revenir sur le procès.
01:21Les arguments, on les a peu entendus.
01:23Pour lui, c'est cuit ?
01:25Alors, on lui a beaucoup reproché l'interview qu'il a fait avec vous.
01:28C'est assez étonnant.
01:29Pourtant, il s'était exprimé très clairement et j'avais trouvé cette interview très adaptée.
01:35Il vous a fait part de ses doutes, de ses craintes.
01:37Il a toujours les mêmes doutes, il a toujours les mêmes craintes.
01:40Il a aussi toujours le même espoir, c'est-à-dire d'être entendu par la cour d'assises.
01:44Donc ce matin, il y croit, c'est ce que vous nous dites ce matin, il croit que vous allez réussir à lui éviter la prison ?
01:49Je n'ai pas été convaincu, nous n'avons pas été convaincus par les arguments de l'accusation, très clairement.
01:55Donc effectivement, on a toujours l'espoir que la cour d'assises entende les arguments de la défense et acquitte Frédéric Péchet.
02:02Si ce n'était pas le cas, je ne serais plus là depuis très longtemps.
02:05En tout cas, l'innocence de votre client n'a pas été démontrée et même bien au contraire.
02:09On peut dire qu'on a suivi le procès depuis le début, ça a été compliqué pour lui.
02:13Aucun élément n'a montré son innocence et finalement, il a reconnu ses douze empoisonnements, même s'il dit qu'il n'est pas l'auteur.
02:19Alors qu'à mon micro, vous en parliez, il disait qu'il n'y avait pas eu douze empoisonnements.
02:22Finalement, il n'y a rien dans le procès qui permet, on va voir pour l'accuser, mais en tout cas de le disculper.
02:29Alors, ce n'est pas à Frédéric Péchet de prouver son innocence.
02:32Et je pense que la difficulté vient déjà de là.
02:35C'est que Frédéric Péchet s'est mis en tête de prouver, démontrer son innocence.
02:38C'est une mission impossible. On ne peut pas démontrer qu'on est innocent.
02:41Non, la vraie question, c'est est-il coupable ?
02:43Ce n'est pas du tout la même question et ce n'est pas du tout les mêmes ressorts qui doivent être utilisés par les jurés de la cour d'assises.
02:48Donc, je reste convaincu qu'il est possible, effectivement, que Frédéric Péchet soit acquitté.
02:52Et moi, je reste convaincu de son innocence.
02:54L'attitude pendant le procès, Maître, vous avez suivi évidemment au premier loge,
02:58puisque vous en êtes l'un des acteurs depuis trois mois, son attitude, ce qui lui a été reproché.
03:02C'est une forme d'impassibilité, froid avec les victimes, qui venaient raconter leur calvaire.
03:08On peut dire qu'il ne vous a pas aidé, à minimum.
03:11Vous savez, la place d'un accusé, en temps normal, elle est déjà très difficile.
03:15Quand tous les gens qui viennent à la barre et qui sont en souffrance,
03:18parce que ces gens-là ont tous énormément souffert,
03:20qui sont des vraies victimes, qui ont perdu des proches,
03:23qui ont été blessés dans leur vie personnelle, qui ont encore des séquelles.
03:26Pour eux, Frédéric Péchet est le coupable.
03:29Donc, la dernière personne de qui ils attendent quelque chose ou un mot,
03:33c'est Frédéric Péchet.
03:34Je comprends, mais il n'empêche, il aurait pu être ému à minima.
03:38En l'occurrence, la seule fois où on l'a vu vacillé, montré de l'émotion,
03:41c'est lorsque ses enfants sont venus témoigner, ses deux filles et son fils.
03:44Et lors de son dernier interrogatoire, il a déclaré,
03:46on a dépiauté toute ma vie.
03:48Si j'avais été l'auteur des faits, je l'aurais dit,
03:49ne serait-ce que pour soudager ma famille.
03:51Seul moment où il apparaît humain, votre client.
03:54Alors, vous utilisez le mot, il apparaît.
03:57Et je crois qu'il n'y a pas d'empathomètre pour vérifier l'empathie de quelqu'un.
04:02Je crois que l'apparence et ce que la personne ressent à l'intérieur
04:05sont deux choses différentes.
04:07Et qu'en réalité, ce que ressent Frédéric Péchet,
04:10ce qu'il ne montre pas, est extrêmement puissant.
04:12Alors, racontez-nous, puisque vous l'avez percé,
04:15votre client et le mystère de votre client.
04:17Vous nous dites quoi ce matin, avant d'aller plaider tout à l'heure ?
04:20Vous nous dites quoi ?
04:21C'est qui Frédéric Péchet ? Qu'est-ce qu'il ressent ?
04:24C'est quelqu'un qui a été extrêmement touché, d'ailleurs, depuis le début,
04:27par le témoignage des victimes de ce dossier.
04:29Il avait fait part de son empathie vis-à-vis des victimes au tout début de l'affaire.
04:33Et on lui avait reproché.
04:34Et c'est quelqu'un qui n'a plus la parole.
04:36C'est-à-dire, on ne veut pas l'écouter.
04:37Et donc, il se met dans une place, la plus petite qu'il soit possible,
04:41et il essaye de rester le plus impassible possible
04:43pour ne susciter plus aucun argument contre lui.
04:48Mais par exemple, ces 12 empoisonnements, par exemple,
04:51ils ont existé, selon lui, il a fini par le reconnaître,
04:53en disant que ce n'était pas lui l'auteur.
04:55Il en pense quoi ?
04:56Puisque c'est quand même des patients, des gens, il est médecin...
04:59Mais il est convaincu qu'il y a un empoisonneur ou une empoisonneuse de la clinique.
05:03On l'est tous.
05:04Et effectivement, il réagit aussi en tant que médecin sur certains cas.
05:07Et ils sont contestés médicaux, légalement parlant,
05:10mais sur des cas, ils sont particulièrement ou parfaitement avérés.
05:13Et les 12 cas dont vous parlez sont parfaitement avérés.
05:15Ce sont des empoisonnements.
05:16Il est tout à fait en phase avec ça, il l'a dit.
05:18Enfin, il est devenu totalement en phase avec ça.
05:20Il ne l'était pas à mon micro.
05:21À mon micro, il disait que ça n'existait pas.
05:23Alors, les experts ont souvent été en contradiction dans ce procès.
05:26Il y a eu beaucoup d'évolutions entre l'année 2017 et l'année 2023.
05:30Il y a eu un cheminement qui était à faire.
05:31Et Frédéric Péchier a toujours eu beaucoup de mal à accepter
05:33qu'il y ait eu un empoisonneur qui empoisonnait autant de personnes à la clinique.
05:37Donc, clairement, il y a un empoisonneur.
05:38En fait, à la barre, c'est le mauvais accusé qui est là.
05:43Vous nous dites que ce n'est pas lui qui devrait être là, c'est un de ses collègues.
05:49Mais ça ne peut être qu'une personne du milieu médical.
05:52C'est évident.
05:53C'est une évidence.
05:54Après, évidemment que je n'ai pas le nom de l'empoisonneur.
05:58Mais le procès n'est pas fini, voyez-vous.
06:00Et lui ?
06:01Mais comment voulez-vous qu'il ait le nom de l'empoisonneur, Frédéric Péchier ?
06:03Frédéric Péchier, il est accusé.
06:05Il n'est pas enquêteur.
06:05Il n'est pas juge d'instruction.
06:07Il a toutes ses limites.
06:09Effectivement, il ne peut qu'essayer de répéter ce qu'il fait depuis le début.
06:12Ce n'est pas moi, c'est certainement quelqu'un d'autre.
06:14Ça va être aussi l'objet de mon intervention.
06:17C'est-à-dire, est-ce que l'enquête ne s'est pas focalisée exclusivement sur Frédéric Péchier ?
06:21Et est-ce que l'enquête n'a pas fait l'économie de certaines pistes qui auraient dû être exploitées ?
06:25Vous nous dites qu'on n'a pas d'empathomètre.
06:28D'empathomètre.
06:30Pour les psychiatres, ils en ont un, manifestement.
06:32Ils disent que Frédéric Péchier est un menteur pathologique, un grand manipulateur, un docteur Jekyll et Mr Hyde qui tuent pour réguler ses tensions intérieures.
06:42Il a une double personnalité dissociée.
06:45Ça, c'est les psychiatres.
06:46Ils ont versé ça au dossier.
06:48Non.
06:49Le psychiatre et le collège de psychiatres, M. Zagoury, le collège de psychiatres n'ont pas dit ça.
06:54Bien au contraire.
06:55Ça, c'est l'expertise psychocriminologique qui a lissé.
06:57Ce ne sont pas des psychiatres.
06:59Les psychiatres, d'ailleurs, sont en contradiction totale avec cela.
07:02Et je vous dirais simplement une chose qu'a dit le docteur Zagoury qui était très intéressante.
07:05Le serial killer qu'il a vu le plus pleurer et qu'il a vu avec le plus d'émotion à la cour d'assises, c'était Michel Fourniré.
07:13Vous voyez, donc entre l'apparence, et c'est pas parce que la vérité n'est pas dans les larmes et l'empathie n'est pas dans les larmes.
07:19On peut la voir à l'intérieur de soi.
07:20Et je crois que Frédéric Péchier est quelqu'un d'extrêmement pudique, extrêmement réservé.
07:25Extrêmement secret aussi et qui garde pour lui ses émotions.
07:28Donc je ne cherche pas la vérité dans les larmes d'une personne.
07:30Ce serait une terrible erreur.
07:32Comment vous allez expliquer, vous, tout à l'heure dans votre plaidoirie, que par exemple en 2019,
07:36lorsqu'il travaillait dans une deuxième clinique de Besançon,
07:38on comptabilise trois arrêts cardiaques.
07:40Il est le seul parmi 1514 personnels à avoir été aux deux mauvais endroits, aux deux mauvaises périodes.
07:47Vous allez revenir là-dessus parce que, certes, ce n'est peut-être pas une preuve, mais c'est très troublant.
07:52Alors, d'abord, c'est 2009.
07:55Oui, pardon, 2009.
07:56Non, non, mais il n'y a pas de souci.
07:57Le dossier est en taculaire et je comprends qu'on fasse des erreurs.
08:00C'était 2009.
08:01Les arguments de ma plaidoirie, je les réserve pour ma plaidoirie et pour la cour d'assises.
08:05Naturellement, ne le prenez pas mal, mais bien sûr qu'on va s'expliquer.
08:08Vous allez vous expliquer là-dessus parce que là-dessus, c'est quand même extrêmement troublant.
08:12C'est le seul qui est aux deux cliniques au même moment.
08:14On va s'expliquer surtout.
08:16D'abord, ce n'est pas le seul, ce n'est pas une réalité.
08:18Le dossier a démontré qu'il y avait d'autres soignants qui travaillaient,
08:20qui ont travaillé dans les deux établissements.
08:22Mais ce n'est même pas la question.
08:24Bien sûr que nous ne ferons l'économie d'aucun argument
08:27et nous ne ferons l'impasse sur rien dans le cadre de nos explications.
08:31Parce que les jurés de la cour d'assises se posent des questions
08:33et les jurés de la cour d'assises cherchent des réponses.
08:37Et les arguments de la défense font partie de ce panel d'éléments
08:42qui feront leur réflexion.
08:44Et bien évidemment que nous avons des arguments à faire valoir devant la cour d'assises du Doubs.
08:50Pour conclure, je vous ai demandé son état d'esprit à lui,
08:53évidemment puisque c'est lui qui risque la prison,
08:54mais votre état d'esprit à vous.
08:57Vous allez plaider tout à l'heure, je le disais,
08:59vous allez devoir soulever des montagnes.
09:02Vous, avant de plaider, maître, vous êtes dans quel état ?
09:05Même pas d'esprit, dans quel état ?
09:07Moi je suis toujours un avocat inquiet, ça c'est mon état d'esprit.
09:10Dans quel état ? Je vous dirais que je suis vraiment fatigué.
09:13On a été épuisé par ce procès.
09:15Je pense beaucoup aux jurés de la cour d'assises,
09:17mais à tous les intervenants.
09:19Trois mois et demi de procès, ça a été extrêmement difficile.
09:23Je pense que ça a été épuisant physiquement et psychologiquement pour beaucoup de gens.
09:26Il est temps que ce procès s'arrête, je crois qu'on est tous complètement épuisés par cette affaire.
09:31Je me suis posé une dernière question hier en préparant mon interview,
09:33un peu anecdotique, mais quand même, je me suis dit,
09:35mais ça fait trois mois et demi que maître Schwerndorfer est là-bas,
09:38qu'il paye en fait.
09:40Alors je suis payé à l'aide juridictionnelle, c'est exceptionnel,
09:42je ne fais jamais l'aide juridictionnelle,
09:44mais effectivement Frédéric Péchet ne voulait pas que sa famille assume les frais de son procès.
09:48J'ai la chance par contre d'avoir six associés exceptionnels
09:52qui gèrent le cabinet, qui font fonctionner le cabinet,
09:54sinon je n'aurais pas pu assurer la défense de Frédéric Péchet
09:57dans des conditions ne seraient-ce qu'acceptables.
10:00Vous avez noté aussi qu'on est très seuls sur les bancs de la défense.
10:03J'aurais aimé avoir une équipe, j'aurais aimé qu'on soit trois, deux avocats, une juriste.
10:08Ce n'est pas le cas, c'est comme ça, je n'ai pas l'habitude de me plaindre,
10:10donc je fais avec et je défendrai Frédéric Péchet jusqu'au bout.
10:13Bonne plaidoirie, maître, vous étiez aux côtés de Vincent Plevin, le correspondant Bertel.
10:17Merci.
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