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  • il y a 5 mois
Après plus de 30 ans au service des autres, Eric, un sapeur-pompier professionnel nous raconte l’accident dramatique auquel il a été confronté : une collision frontale entre un poids lourd et une voiture familiale, à plus de 80 km/h. Une intervention qui restera gravée à jamais dans sa mémoire et qui marquera le début d’un long combat intérieur.

Au fil des jours qui ont suivi, les images de l’accident l'ont poursuivi : insomnies, flashbacks, détachement émotionnel… Les médecins ont alors diagnostiqué un syndrome de stress post-traumatique, une blessure psychique encore trop méconnue chez les professionnels du secours.

Aujourd’hui, il choisit de partager son histoire pour sensibiliser le public et les équipes de secours à la réalité de ce syndrome chez les pompiers et les intervenants d’urgence. Son objectif : briser le silence autour de cette maladie invisible et encourager ceux qui souffrent à demander de l’aide.

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Amusant
Transcription
00:00Un poids lourd qui a pris en face à face à plus de 80 km heure une voiture familiale.
00:05Presque 4 ans après, j'ai l'impression de voir ma vie à travers une baie vitrée.
00:10Je suis sapeur-pompier professionnel depuis un peu plus de 30 ans.
00:13En 2017, j'ai vécu un événement, c'est une intervention difficile,
00:17qui m'a amené à développer un syndrome de stress post-traumatique.
00:20C'est une blessure psychique qui va amener la personne,
00:24lors d'un événement stressant, qui dépasse ses capacités d'adaptation,
00:28à devoir faire face, mais à produire en même temps tout un tas de dysfonctionnements physiologiques
00:35qui vont impacter le corps et l'esprit.
00:37Dans mon histoire, c'est une intervention, un accident de circulation impliquant un poids lourd et une voiture.
00:43Moi qui pensais que les ambulances et les véhicules de désincarcération étaient là,
00:48en fait je me retrouve premier. Personne n'est arrivé sur les lieux.
00:53Un poids lourd qui a pris en face à face à plus de 80 km heure une voiture familiale.
00:58Lorsque je m'approche du véhicule ou du reste du véhicule fumant,
01:02je me rends compte qu'il y a énormément de gens, je n'arrive pas à compter,
01:06les corps sont empilés les uns sur les autres.
01:09Je distingue deux sièges bébés.
01:10Je vois qu'un des enfants, un bébé de 3 mois, a été arraché de son siège
01:14et projeté au sol entre les jambes des passagers arrière.
01:18Et donc je vais prendre la décision de prioriser cette petite fille
01:22en m'allongeant sur les corps pour essayer de ramper dans le véhicule pour récupérer cette petite fille.
01:30Bien sûr, elle sera en arrêt cardio-entiratoire et je vais rapidement commencer à faire du bouchané
01:36et du massage cardiaque pour essayer de remettre en marche son cœur.
01:41Elle est mutilée et c'est qu'une fois sorti du véhicule que je me rends compte
01:45qu'il en manque des morceaux et que je ne pourrai pas la ramener.
01:49Je vais donc la mettre de côté, la cacher, pour pas que les gens la voient
01:53et je vais retourner dans ce véhicule et essayer de sortir d'autres personnes.
01:56Je vais sortir la maman qui respire difficilement et que je vais mettre en PLS.
02:00Je retourne donc dans le véhicule ensuite chercher la grand-mère
02:03qui rendra son dernier souffle dans mes bras.
02:05Je vais retourner une dernière fois dans le véhicule pour aller au contact du dernier siège bébé
02:10qui est lui aussi emprisonné, il y a un petit garçon de 3 ans.
02:14Les collègues vont arriver au fur et à mesure et on va se battre encore de longs moments
02:17pour pouvoir extirper le petit garçon.
02:20C'est au travers d'un effort titanesque que nous allons réussir à tourner ce siège bébé
02:27pour pouvoir permettre de l'évacuer par une fenêtre latérale.
02:31Toutefois, dans cette action de dernière minute, puisqu'il est en train de nous quitter,
02:37ses jambes vont être cassées définitivement.
02:40Mais ça va le libérer de ce piège de fer pour pouvoir l'évacuer.
02:44Les jours qui vont suivre seront dramatiques parce qu'au fur et à mesure,
02:48je vais commencer à perdre le sommeil, avoir des flashbacks en permanence jour comme nuit,
02:54des images intrusives qui viennent s'imposer à moi.
02:57Je vais être de plus en plus décalé de mon corps, je vais être à distance des gens qui m
03:00'entourent.
03:01Et ce sont les médecins et les infirmiers qui vont, lors de l'entretien,
03:04comprendre très rapidement qu'en fait, il se passe quelque chose.
03:07Je serai dans la foulée orienté sur les urgences post-psychiatriques
03:11pour me dire que je présente un syndrome de stress post-traumatique.
03:16Il me sera ensuite appliqué un protocole d'urgence pour pouvoir poser de nouvelles bases
03:21et essayer d'accepter la nouvelle personne que je suis devenu.
03:26Puisqu'aujourd'hui encore, il y a énormément de symptômes.
03:29Presque quatre ans après, tout est compliqué encore pour moi.
03:31J'ai l'impression de voir ma vie à travers une baie vitrée,
03:35que ce soit avec mes enfants, avec mes amis.
03:37Mais malgré tout, je me bats pour prendre une activité normale.
03:42Peut-être remettre cette tenue, si j'en suis capable.
03:44Finir dans les camions rouges, dans ce choix que j'ai fait à l'époque de tendre la main vers
03:49les autres.
03:49Mon histoire ne s'arrête pas là parce que j'ai voulu partager ce témoignage.
03:54J'ai donc écrit un livre pour faire passer ce message au sein des équipes de secours,
03:59parce que tous les acteurs du secours peuvent être confrontés à un syndrome de stress post-traumatique.
04:04On a beaucoup de mal à leur attacher aujourd'hui à des actions qui peuvent être liées sur le terrain
04:09en France,
04:10en dehors d'un état de guerre en fait.
04:12C'est une vraie blessure, c'est une vraie maladie qu'il faut prendre en compte.
04:15Bien le nombre de collègues n'ont pas été bilantés et se sont retrouvés peut-être des fois isolés et
04:20seuls.
04:21Ma femme et mes enfants, c'est eux qui m'ont sauvé parce qu'ils ont été très présents et
04:25très proches de moi.
04:27Quatre ans après, c'est moi qui les sauve parce que j'ai tellement changé que j'ai été obligé
04:32de prendre de la distance avec eux
04:34parce que les choses sont différentes aujourd'hui.
04:37Ce que je veux dire, c'est n'hésitez pas à en parler, à vous manifester.
04:42Il y a des moyens de prise en charge afin de désamorcer ce stress et de revenir à quelque chose
04:48de plus équilibré,
04:49le plus rapidement possible, en tout cas essayez et prenez bien soin de vous.
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