00:05C'est le débat de ce Smart Impact, on parle du MCAF, c'est l'acronyme anglais, anglo-saxon pour
00:13mécanisme d'ajustement carbone aux frontières.
00:16J'accueille Florent Jouani, bonjour, bienvenue, vous êtes associé chez Axis Consultants et Valentin Lottier, bonjour, bienvenue fondateur d'Omaillot,
00:24on va présenter vos entreprises respectives en quelques mois, Axis Consultants.
00:28Axis Consultants, c'est un cabinet de conseil en transformation durable, nous avons 35 ans d'existence et nous sommes
00:34250 collaborateurs.
00:36Et Omaillot, vous étiez déjà venu dans les émissions ?
00:39Absolument, il y a quelques semaines.
00:40Donc Omaillot, une plateforme d'investissement qui permet aux investisseurs privés d'accéder au marché des quotas d'émissions européens
00:45et à d'autres marchés de quotas d'émissions à travers le monde.
00:47Donc vraiment au cœur de ce mécanisme d'ajustement carbone aux frontières qui est définitivement entré en vigueur au 1er
00:55janvier,
00:56peut-être une question assez générale là aussi, et je vous pose la même à tous les deux,
01:01pourquoi l'Union Européenne a mis en place ce système ?
01:05Dans un premier temps, c'est déjà pour répondre au pacte vert, donc au réchauffement climatique,
01:12c'est pour lutter contre la fuite carbone.
01:15Qu'est-ce qu'on appelle la fuite carbone ?
01:17En fait, on a mis en place des échanges de quotas,
01:23qui a fait que les entreprises, petit à petit, ont été soumises à un prix carbone de plus en plus
01:28croissant,
01:30avec un risque justement qu'il y ait une délocalisation dans des pays
01:35où les normes environnementales sont un peu moins strictes.
01:38Et donc c'est là où le CBM ou MACF est entré en vigueur,
01:44justement pour lutter contre ces délocalisations des entreprises,
01:49et justement mettre un prix, on va dire, standard,
01:52que ce soit pour les pays qui produisent en dehors de l'Union Européenne ou dans l'Union Européenne.
02:00Ce mécanisme, Valentin Lottier, il a été mis en place d'une façon un peu transitoire.
02:07C'est quoi ? C'était un test, en quelque sorte, avant l'entrée en vigueur définitive ?
02:10Non, en fait, ce qui se passe, c'est que la tarification des émissions
02:13pour les industries assujetties en Europe existe depuis 2005.
02:17Depuis 2005, on a un certain nombre de secteurs économiques
02:20qui doivent acheter un nombre de quotas équivalents à leurs émissions à un prix de marché.
02:25Mais du coup, les entreprises étrangères, elles, ne font pas face à ce prix.
02:29Et donc ce problème, entre guillemets, dure depuis 20 ans maintenant.
02:34Pour résoudre ce problème, la Commission Européenne et l'ensemble des pays membres de l'Europe
02:38ont décidé de mettre tout le monde à la même enseigne, quelque part,
02:43en disant aux producteurs étrangers,
02:46lorsque vous voulez vendre en Europe, vous devez vous acquitter du prix du carbone européen.
02:51Alors, c'est une toute petite subtilité,
02:53c'est qu'en fait, ils doivent s'acquitter du prix du carbone européen
02:56moins le prix du carbone chez eux.
02:59Ce qui permet, en fait, d'avoir des conditions uniformes pour tout le monde.
03:04Le retard, quelque part, c'est ce MACF
03:07qui intervient presque 20 ans trop tard, entre guillemets,
03:10même si avant, il y avait des mécanismes pour éviter les fuites carbone.
03:14Mais ce n'est absolument pas transitoire.
03:16Le mécanisme, comme vous l'avez dit, est en vigueur
03:18et il devrait continuer à se renforcer dans les années qui viennent.
03:22Il y a eu une phase transitoire et une entrée définitive en vigueur au 1er janvier, c'est ça ?
03:26Alors oui, ça c'est vrai.
03:27Il y a eu, pendant plusieurs années, en deux ans je crois, si je n'ai pas de bêtise,
03:31une phase pendant laquelle les entreprises devaient simplement effectuer les déclarations
03:36sans devoir payer les certificats.
03:39Et à partir du 1er janvier, il y a l'obligation, cette fois-ci,
03:43de s'acquitter des droits, donc des certificats CBAM,
03:47dont le prix est indexé sur le cours des quotas européens.
03:50Ce mécanisme d'ajustement carbone aux frontières,
03:53pourquoi il intéresse un cabinet comme le vôtre et pourquoi il intéresse vos clients ?
03:58Dans un premier temps, c'est réglementaire.
04:00Donc déjà, toutes les entreprises vont devoir y passer,
04:04tous les importateurs, s'ils remplissent les conditions.
04:06Donc les conditions sont relativement simples à comprendre.
04:12Maintenant, dans la démarche, ça va être un peu complexe.
04:14C'est-à-dire qu'il va y avoir une complexité sur le calcul,
04:19qui de premier abord, encore une fois, peut paraître très simple,
04:21mais il va falloir que les importateurs collectent l'information auprès des producteurs,
04:26justement, pour avoir l'intensité carbone.
04:30Ensuite, il va falloir acheter les fameux quotas.
04:33Et comme l'a dit effectivement Valentin, ces prix peuvent varier.
04:37Et donc, du coup, il peut y avoir des risques de sous-déclaration.
04:42Et nous, du coup, on accompagne toutes les entreprises, justement,
04:45à s'assurer que la collecte des informations,
04:47que le prix de la MACF est correct.
04:53Et par ailleurs, également, il y a des logiciels, justement,
04:57qui permettent également de faciliter tout ceci.
05:00Oui, le mécanisme d'ajustement carbone aux frontières,
05:03avec des secteurs, des produits qui sont prioritaires,
05:06ou ça concerne tout le monde ?
05:09Alors, l'idée a été de créer le mécanisme miroir du système de quotas d'émission.
05:15Donc, qui est concerné par le mécanisme de quotas d'émission ?
05:18Ce sont les producteurs d'énergie, énergéticiens,
05:20les transporteurs maritimes et aériens,
05:24et les industriels de l'acier, du ciment, du papier, de la pétrochimie, et ainsi de suite.
05:30Et donc, les produits concernés par le MACF,
05:35à l'importation en Europe, sont ceux-là.
05:38L'aluminium, l'acier, le ciment, et ainsi de suite.
05:41Mais progressivement, il va y avoir une extension aux produits avales,
05:46c'est-à-dire aux produits semi-transformés ou transformés.
05:48Parce que sinon, on peut tout simplement délocaliser non plus la production de matière primaire,
05:55mais également sa transformation.
05:57Et donc, on déplace le problème en aval de la chaîne de valeur.
06:01Donc, pour résoudre cela, la Commission a déjà annoncé
06:04qu'elle allait étendre le mécanisme également sur les produits avales de la chaîne.
06:09Alors, on a bien expliqué le système, je ne vous ai pas demandé, mais je vais le faire maintenant,
06:13est-ce que vous en pensez ? Est-ce qu'il est adapté ? Est-ce qu'il est bien
06:16pensé ?
06:17Je commence avec vous.
06:20Le système d'échange de quotas d'émissions, il a mis presque 15 ans à trouver sa forme définitive.
06:28Forme qui, aujourd'hui, fonctionne très bien.
06:30Pour moi, le MACF, ça va être pareil.
06:33Il va y avoir des évolutions, des itérations, des retours en arrière.
06:37Et c'est normal, étant donné à la fois l'ambition du système,
06:43l'impact que ça a sur l'économie, sur les flux de marchandises internationaux,
06:47sur les finances publiques,
06:50et le fait que l'Europe soit la première région à le mettre en place.
06:55Maintenant, est-ce que fondamentalement, indépendamment de ces implémentations actuelles,
07:03qu'est-ce que j'en pense fondamentalement ?
07:04Je pense que c'est absolument nécessaire.
07:06Tous les défis stratégiques de l'Europe,
07:08qui sont la souveraineté énergétique, la compétitivité industrielle,
07:12la réindustrialisation,
07:14dépendent de l'implémentation réussie,
07:17à la fois des systèmes de quotas d'émissions,
07:19et de leur colorolaire international,
07:22qui est, leur effet miroir si vous voulez,
07:23qui est les mécanismes de leissement carbone aux frontières.
07:26Florent Jouani, est-ce qu'il y a des risques pour les exportateurs
07:32qui sont évidemment hors Union Européenne ?
07:34Il y a forcément des risques.
07:36Il y a forcément des risques.
07:37On a parlé de protectionnisme climatique, douanier.
07:42Il y a un risque effectivement de hausse des prix,
07:45qui soit répercuté sur le consommateur final,
07:49sur les importateurs, sur les produits en tant que tels.
07:52Il y a un risque géopolitique.
07:54Il ne faut pas oublier que, durant la dernière COP,
07:59il y a eu effectivement de nombreuses plaintes de certains pays de la CBM.
08:04On a parlé de la CBM ?
08:05La MACF, excusez-moi.
08:06D'accord, donc de ce mécanisme, des pays concernés par ce mécanisme d'ajustement.
08:10Avec cette dualité entre le Nord et le Sud, il peut y avoir un risque au niveau de l'Organisation
08:18Mondiale du Commerce.
08:19On voit qu'il y a déjà la Russie qui a déposé des plaintes à ce niveau-là.
08:23Peu de chance que ça aboutisse, mais à terme, il peut y en avoir de plus en plus.
08:28Donald Trump a également émis des doutes et voit d'un mauvais œil cette taxe.
08:33Il a demandé à ce qu'il y ait également des flexibilités.
08:37Donc à tous les niveaux, il peut y en avoir.
08:39Après, moi, je rejoins Valentin.
08:40Oui, mais toutes ces réactions-là, c'est le signe que l'Europe se protège.
08:44Exactement.
08:44Et heureusement.
08:46Mais ce qui est d'autant plus intéressant, c'est qu'en fait, on voit qu'il y a eu
08:50beaucoup,
08:51au niveau du multilatéralisme, de discussions qui n'ont pas forcément abouti,
08:56là, pour une fois, l'Europe a accéléré, a avancé, souhaite se protéger de ses industries,
09:02réinternaliser.
09:02Donc ça ne peut être que positif.
09:04Après, il y aura forcément des biais, et là, on va itérer sur du futur.
09:08Mais je pense que pour le réchauffement climatique et la protection de nos industries, c'est nécessaire.
09:14Avec une question, alors qu'il y a vraiment une question de consommateur,
09:18est-ce qu'il va forcément y avoir un impact sur le prix pour le consommateur final ?
09:25C'est-à-dire, si ça renchérit des importations, est-ce qu'il y aura forcément une répercussion ?
09:31C'est une bonne question, c'est très possible.
09:35Alors, le prix peut être répercuté de deux manières.
09:38Soit il est repoussé vers l'aval, c'est-à-dire vers le consommateur.
09:45Soit il vient rogner les marges, mais dans tous les cas, il peut être répercuté.
09:52Maintenant, ce que ça va surtout créer comme effet, c'est que des acheteurs de produits importés
10:00vont être incités à se tourner vers des produits locaux, locaux européens.
10:07Et donc là est le vrai effet.
10:09C'est une préférence européenne qui se met en place.
10:11Exactement.
10:13Ça, c'est un premier effet.
10:15Il faut aussi comprendre que lorsque les importateurs payent ce certificat MACF,
10:22qui en fait n'est pas vraiment une taxe, même si on l'appelle comme ça, on pourrait y revenir,
10:26ça génère des recettes pour la Commission européenne et pour l'Europe.
10:28Ces recettes sont redistribuées aux États membres
10:31et permettent de soutenir la compétitive industrielle des industries, l'innovation européenne
10:36et de protéger en partie les ménages les plus affectés par l'augmentation éventuelle des prix.
10:42Donc c'est un mécanisme qui est redistributif au sein de l'Europe,
10:46qui protège nos industries, qui favorise la consommation locale.
10:51Et pour moi, ce sont ça les enjeux principaux et les effets économiques principaux que la MACF va permettre.
10:57Même question, Florent Joigny, sur l'impact prix éventuel.
11:02Moi, c'est indéniable.
11:03C'est indéniable qu'il y en aura un.
11:05Ils ne pourront pas répercuter tout, effectivement, sur le consommateur final.
11:09Donc effectivement, je pense qu'il y aura une baisse.
11:13Une baisse de la marge.
11:14Une baisse de la marge, exactement.
11:16Le prix carbone, il va fluctuer.
11:17On l'a vu, justement, ces derniers mois, ces dernières années.
11:21Si un prix carbone est élevé, en revanche, on pense que ça peut favoriser l'innovation,
11:26ça peut favoriser potentiellement la décarbonation, certains secteurs comme l'électricité.
11:32En revanche, un prix carbone un peu plus faible peut ralentir la transition.
11:37Donc il y a toujours du pour et du contre.
11:40Mais il y aura indéniablement un effet prix, c'est certain.
11:44Merci beaucoup à tous les deux et à bientôt sur Be Smart for Change.
11:48C'est l'heure du grand entretien de ce Smart Impact.
11:51On parle énergie renouvelable.
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