00:00Générique
00:00L'invité de Smart Impact c'est Stéphane Cronier, bonjour.
00:10Bonjour Thomas.
00:10Directeur général d'Inverto France, on va parler de la guerre commerciale déclenchée par Donald Trump,
00:15des risques mais aussi des opportunités, il y en a, que ça représente pour les entreprises en France et en Europe.
00:20Un mot d'Inverto France qui est une filiale du Boston Consulting Group, votre spécialité c'est quoi ? Logistique, achat ?
00:26Alors c'est achat et ce qu'on appelle au sens plus large la gestion des chaînes d'approvisionnement,
00:32donc tout ce qui est flux physique et d'informations pour que les produits arrivent au bon endroit au bon moment et à un coût raisonnable.
00:38Et donc vous ne chômez pas depuis que Donald Trump est revenu à la maison mâche ?
00:43Non, après les épisodes Covid-Ukraine qui ont créé des perturbations massives sur le chef d'approvisionnement,
00:49maintenant c'est les droits de douane et il y a des nouvelles tous les jours, donc il faut être flexible.
00:56Quand vous avez vu Donald Trump présenter sa liste des taxes douanières, ce Liberation Day, comment vous avez réagi ?
01:05Est-ce que vous avez trouvé, cherché une cohérence déjà dans les chiffres qu'il annonçait ?
01:08Il y a eu une méthode de calcul qui a été expliquée, qui était plutôt simpliste.
01:13Après il y a eu un moment quand même de sidération vis-à-vis des montants qui ont été annoncés.
01:19Et puis après on a vu un certain nombre de pays répondre, dont la Chine et une réponse encore des Américains.
01:25Donc aujourd'hui si on regarde les droits de douane, je ne vous apprends rien, entre la Chine et les États-Unis,
01:30on est à 145% de droits de douane, donc on a des montants vraiment punitifs.
01:35Oui en fait ça veut dire fermer l'entrée du pays à ses produits quand on est à 145%.
01:41C'est fermer l'entrée, là en fait c'est intéressant, Bloomberg a sorti récemment une petite étude,
01:47ils ont pris un cargo qui est parti le 2 avril de Chine, qui est arrivé donc juste avant l'annonce d'amendation des droits de douane,
01:55qui vient d'arriver aux États-Unis, il y avait à peu près 550 millions de valeurs dans le porte-container,
02:02une fois arrivé aux États-Unis, il y avait plus de 400 millions de droits de douane supplémentaires à payer.
02:09C'est énorme !
02:10Alors Donald Trump, il a finalement annoncé une pause de 90 jours, qui nous mène grosso modo jusqu'à la mi-juillère,
02:17sauf pour la Chine, on va en reparler après, mais comment les entreprises peuvent mettre cette pause à profit ?
02:23Il y a des choses à faire en ce moment ?
02:24Absolument, alors il y a plusieurs types d'actions à mener, il y a des actions d'abord de mise en place,
02:31rien de très original, de cellules de gestion de crise, la plupart des entreprises en fait,
02:35pour piloter un petit peu entre les annonces, les actions très court terme.
02:39Il y a des actions d'influence aussi, on a vu récemment des entreprises dans le secteur automobile,
02:46dans le secteur du high-tech, aller discuter avec des lobbyistes vers le gouvernement américain
02:52et obtenir des exemptions, un gel des mesures, on a vu ça sur l'industrie automobile,
02:58on a vu ça sur l'industrie du high-tech, et donc plutôt que de répondre frontalement dans les médias,
03:02cette stratégie d'influence peut être intéressante, et puis après il y a un certain nombre d'actions plus pratiques,
03:07c'est celle que je regarde moi sur le sujet achat et gestion des chaînes d'approvisionnement,
03:13qui est des choses très court terme, donc de repriorisation, décalage des flux,
03:19on a vu par exemple des constructeurs automobiles type Audi, Jaguar, Land Rover,
03:23arrêter en fait d'expédier leur voiture neuve aux Etats-Unis,
03:26s'appuyer sur le stock qu'ils ont déjà dans leur réseau de distribution pour satisfaire la demande client,
03:31en attendant d'en savoir plus, puisque les droits sont punitifs,
03:36et puis après on a des actions un peu plus long terme, de modélisation, des impacts,
03:42de définition des scénarios pour prendre des actions de type,
03:47chercher des nouveaux fournisseurs par exemple, dans des zones moins impactées,
03:51même s'il y a un moment d'incertitude, et puis faire des scénarios, on en a parlé,
03:56pour se préparer une fois qu'on arrivera au 9 juillet,
04:00et qu'il y aura peut-être un peu plus de stabilité,
04:03mais il ne faut pas avoir d'illusions non plus là-dessus,
04:05pour être capable d'enclencher des scénarios de réponse.
04:09– C'est passionnant ce que vous dites, parce qu'il y a à la fois,
04:12il y a toutes les stratégies possibles, parfois il faut agir, parfois il faut attendre,
04:16on est face à une incertitude qui est l'essence même de Donald Trump
04:21depuis qu'il est revenu à la Maison-Blanche,
04:22on a oui, son contraire, une solution médiane le troisième jour,
04:27il occupe l'espace médiatique comme ça.
04:29C'est quand même compliqué pour les entreprises de prendre des décisions
04:32sur le long terme dans un tel contexte.
04:34– Alors exactement, donc il y a des décisions comme changer des lieux de production,
04:39comme qualifier de nouveaux fournisseurs dans des zones graphiques
04:42qui demandent des investissements massifs,
04:44donc là, il est urgent d'attendre, mais on se prépare en définissant justement ces scénarios,
04:51utilisant des outils digitaux pour modéliser les impacts et être prêts.
04:55Ceci dit, il y a un certain nombre d'actions que des sociétés avaient déjà commencé à enclocher,
04:59notamment à l'époque du Covid de l'Ukraine, qu'on est de toute façon en mesure d'accélérer.
05:04Si je prends un exemple, Apple avait commencé à déplacer des moyens de production
05:08de ces iPhones vers la Chine, vers l'Inde, à accélérer ce mouvement ces dernières semaines
05:12pour justement couvrir presque l'ensemble des besoins de la demande aux Etats-Unis
05:19par ces moyens de production en Inde.
05:21– Par ces moyens de production en Inde.
05:22Alors si on parle au niveau européen, puisque l'Union européenne,
05:25après la pause annoncée par Donald Trump, l'Union européenne a, on va dire, reporté ses représailles.
05:30Alors c'est compliqué parce qu'il faut à la fois répliquer aux Etats-Unis
05:33sans se jeter dans les bras de la Chine.
05:35C'est quand même une ligne de crête ça dont on parle.
05:38– Oui, donc pour les entreprises européennes, c'est très compliqué.
05:42Il y a des entreprises européennes avec une empreinte de toute façon mondiale
05:45et elles vont accélérer leur politique de régionalisation de leurs moyens de production.
05:51Là on voit par exemple Mercedes-Benz annoncer des investissements
05:56sur des lignes de production aux Etats-Unis pour produire certains de leurs modèles.
06:01On a vu LVMH qui avait déjà une usine de production aux Etats-Unis
06:06qui va continuer à accélérer sur ces choses-là avec des challenges particuliers
06:10puisqu'on a des challenges sur la main d'œuvre qualifiée ou pas,
06:14sur des problèmes des fois de qualité.
06:16– Oui, effectivement.
06:17Avec des droits de douane qui finalement, ce que j'entends,
06:21qui impactent quand même déjà parfois la résilience des entreprises.
06:25C'est-à-dire que c'est récent mais il y a des effets concrets dès aujourd'hui ?
06:29– Il y a des effets concrets.
06:30– Ce que vous racontiez sur le conteneur bloqué et la valeur de son…
06:36– Non, il y a des effets concrets.
06:37On a une entreprise industrielle, que je ne citerai pas,
06:42mais avec laquelle on a échangé récemment,
06:44qui produit dans l'ensemble du monde
06:46et qui a récemment en fait redirigé ses flux vers les Etats-Unis
06:54qui servaient historiquement depuis la Chine,
06:57maintenant servaient de base en Asie du Sud-Est
07:01ou de leurs usines en Europe.
07:02Donc on commence à voir un certain nombre de réconfigurations
07:05et donc on parlait de capacité de résilience, d'agilité,
07:08c'est absolument clé.
07:10Ça avait commencé à être construit au moment du Covid
07:13sur des problématiques de résilience
07:15qui étaient dirigées vers assurer la disponibilité des produits.
07:20Là, on est sur assurer le maintien de ma marge autant que possible.
07:25C'est compliqué, mais c'est le même genre de dynamique
07:27en termes de capacité à réagir vite
07:29et à mobiliser ses moyens de production dans différentes parties du monde.
07:32– Si on reprend le bras de fer Etats-Unis-Chine,
07:36l'une des annonces de ces derniers jours,
07:38c'est l'ouverture de discussions directes
07:41entre l'émissaire américain et chinois
07:43qui vont se dérouler en Suisse.
07:45Là aussi, si on parle d'une entreprise mondiale,
07:51il y a des conséquences qui se font déjà sentir.
07:54Est-ce qu'on peut rester ?
07:56Si vous, vous essayez d'anticiper, quand vous conseillez vos clients,
07:59vous dites qu'on ne va pas rester à 145% de droits de douane,
08:02ce n'est pas possible,
08:03parce que les deux économies en souffrent d'une certaine façon.
08:05– Aujourd'hui, c'est tellement difficile d'anticiper.
08:07En fait, on n'essaye pas de deviner quel va être le résultat final.
08:12En fait, on aide nos clients à se positionner
08:17autour de différents scénarios.
08:18Donc, il y a des scénarios plus réalistes que d'autres.
08:20Mais il y a des scénarios où on dit
08:21oui, les choses vont se tasser,
08:23on va arriver à quand même 10-20% de droits de douane
08:26et puis on a des scénarios extrêmes.
08:27Mais il faut, par rapport à ces scénarios,
08:29avoir des plans d'action.
08:31– Il faut avoir une réponse pour chaque scénario.
08:32– Des plans d'action appropriés
08:34qu'on est capable d'activer autour du 9 juillet
08:38quand les choses seront peut-être plus claires.
08:40Mais entre-temps, n'importe quoi peut se passer.
08:42– D'ailleurs, laquelle des deux économies ?
08:46C'est la chinoise ou l'américaine
08:48qui a plus à perdre de ce bras de fer ?
08:50– Je pense que c'est des deux côtés, pour être clair.
08:54– Ça va dépendre des entreprises.
08:55– On le voit, en fait,
08:58les conséquences sont vraiment spécifiques
09:00à chaque type d'industrie.
09:01Et même dans chaque type d'industrie,
09:03on a des sociétés qui sont,
09:06en fonction de leur empreinte géographique,
09:08qui sont impactées directement.
09:09Sur l'industrie automobile,
09:10Renault, par exemple, est relativement peu impactée
09:12puisque n'adresse pas le marché américain.
09:15À la différence d'autres entreprises plus globales
09:18comme Stenantis, par exemple.
09:19– Est-ce que, alors on parlait de l'Europe,
09:21on parlait des opportunités aussi,
09:24opportunités de quoi ?
09:26De relocalisation.
09:27Et donc, on est dans une émission
09:28qui s'appelle Smart Impact, de décarbonation ?
09:31– Alors, il y a effectivement des opportunités
09:33de relocalisation de ce qu'on appelle,
09:35alors j'ai utilisé un anglicisme,
09:36de « frenchoring »,
09:37donc de déplacer ces moyens de production,
09:39ces bases fournisseurs,
09:41vers des pays vus comme un peu plus amis.
09:44Et puis, il y aura un enjeu de décarbonation
09:47puisqu'on produira au plus proche.
09:49Après, je parlais de scénarios,
09:52de créer de la visibilité sur les impacts.
09:55En fait, ce qu'on fait avec nos clients,
09:57c'est qu'on les aide à cartographier
09:58l'ensemble de la chaînée étendue.
10:00C'est quelque chose qu'on avait initié
10:01sur les problèmes de résilience et de Covid,
10:04qu'on réactive maintenant
10:06dans les problématiques de droit de douane.
10:08Et en fait, une fois qu'on a cartographié
10:10cette chaînée étendue,
10:11donc les fournisseurs de rang 1,
10:13mais aussi les fournisseurs de ces fournisseurs
10:15de rang 2, rang 3,
10:17en fait, on est capable,
10:18puisque vous le savez,
10:20près de 60% en moyenne des émissions de carbone
10:22sont produites dans cette chaînée étendue,
10:25c'est de cartographier les émissions de carbone
10:27et de focaliser, en fait,
10:29ces efforts en termes de réduction
10:30de cette empreinte.
10:31Et ce que je vois,
10:32c'est que dès qu'on travaille
10:33sur les problématiques de résilience
10:35et qu'on crée de la visibilité
10:37sur l'ensemble de la supply chain,
10:38immédiatement,
10:39les équipes autour des sujets
10:40de développement durable
10:41viennent se demander
10:42« Ah, est-ce qu'on peut utiliser
10:43cette visibilité
10:44pour prendre nos actions
10:47sur la réduction de l'empreinte carbone ? »
10:48Merci beaucoup Stéphane Cronnier
10:50et à bientôt sur Be Smart for Change.
10:52On passe à notre débat,
10:53les sciences du comportement
10:54au service de la transformation
10:56environnementale et sociétale.
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