00:007 degrés, c'est la température à Davos ce matin et on peut dire qu'elle est un peu à l'image des relations entre Donald Trump et les dirigeants européens, Emmanuel Macron en particulier.
00:09Le président français n'a d'ailleurs pas attendu son homologue américain pour quitter la Suisse après une journée d'échange et de noms d'oiseaux à distance.
00:15Bonjour Amy Green.
00:16Bonjour.
00:16Merci d'être avec nous, vous êtes spécialiste de la politique américaine.
00:19Hier en conférence de presse, Emmanuel Macron disait
00:21« Je préfère le respect plutôt que les brutes, ne perdons pas le temps avec des idées folles ».
00:27On a entendu des propos très durs aussi de Donald Trump.
00:30Ça y est, on en est là ?
00:31Oui, on est dans un moment de tension, voire de rupture en fait dans la relation transatlantique qui était annoncée dès l'arrivée au pouvoir, même un petit peu avant de Donald Trump.
00:42Mais le fait d'en arriver là, c'est-à-dire d'avoir une menace de saisie du Groenland, c'est un territoire européen, un partenaire de l'OTAN,
00:50c'est vrai qu'on n'a pas pensé arriver jusque-là, malgré la guerre commerciale qui a été lancée, malgré les tensions sur les sujets d'identité idéologique.
01:00D'en arriver effectivement à ce point-là de rupture, c'est vrai que c'était parfaitement imprévu.
01:04À l'origine de ce bras de fer, donc il y a la menace de Donald Trump de surtaxer les vins et champagnes français de 200% si Emmanuel Macron refuse de rejoindre son Conseil de paix.
01:13Concrètement, cette mesure, elle pourrait être appliquée et quand selon vous ?
01:16Alors, il y a toute une question autour de la légalité, de la constitutionnalité des droits de douane annoncés par Donald Trump.
01:23Donc c'est vrai qu'on peut observer, même ceux qui suivent la presse, même accessoirement, que le droit de douane, c'est vraiment l'outil de punition préféré du président des États-Unis.
01:33Donc ils pourraient les annoncer.
01:35La question de l'applicabilité se pose différemment parce que la Cour suprême est en train justement d'entendre un procès sur la constitutionnalité.
01:45Donc il est possible dans les semaines à venir que cette Cour suprême, justement, alors qu'elle soit très conservatrice, décide que le président n'a pas le pouvoir unilatéral de les mettre en place.
01:54Ce qui pourrait compliquer, en effet, cette menace vis-à-vis de la France.
01:57En tout cas, ce qui est sûr, c'est que cette surtaxe, elle sonnerait la mort d'une filière.
02:00Alors ça, j'imagine que Donald Trump, ça lui passe au-dessus de la tête.
02:04Mais les viticulteurs français n'auraient plus intérêt à vendre à l'un de leurs meilleurs clients.
02:09Ils disent qu'ils se sont utilisés sur des sujets qui les dépassent.
02:12Pour reprendre ce que vous dites, c'est un moyen de punition, c'est une variable d'ajustement, un épouvantail, les droits de douane.
02:19Est-ce qu'économiquement, il y a une feuille de route pour Donald Trump derrière ?
02:23Alors, c'est une très bonne question et d'autant plus qu'effectivement, ces droits de douane, comme vous avez bien mentionné, ça peut sonner la fin d'un secteur ou en tout cas des moments très difficiles.
02:32Et puis pour Donald Trump, c'est extrêmement symbolique.
02:34Le vin, le champagne français, c'est quelque chose qui parle au monde entier.
02:38Et donc derrière, je ne dirais pas qu'il y a une feuille de route concrète, c'est-à-dire qu'il peut y avoir des objectifs.
02:44C'est de faire plier ceux qui se mettent en opposition à la volonté de Donald Trump.
02:49Mais est-ce qu'il y a plus largement une stratégie ?
02:51Sans doute, son équipe y oeuvre.
02:53Mais pour revenir peut-être sur la scène américaine, les électeurs américains, notamment ceux qui ont voté pour Donald Trump,
02:59parce qu'ils avaient cette promesse de redressement de l'économie ressentie dans les foyers,
03:04aujourd'hui, ils ne voient pas du tout les avantages de ces droits de douane.
03:08Et eux-mêmes, ils commencent à se poser la question de l'utilité.
03:11Oui, parce qu'ils ont eu Donald Trump pour s'occuper d'eux, pas pour être le gendarme du monde.
03:16Donc au final, il y a un décalage aujourd'hui entre l'opinion américaine et les actions de Donald Trump.
03:21Mais il y a un énorme décalage.
03:23Il n'y a que 8% des Américains qui soutiendraient, dans le conditionnel, une intervention militaire au Groenland,
03:30un peu plus qui soutiennent le projet même d'aller saisir le Groenland pour en faire un État fédéré des États-Unis.
03:37C'est pour vous montrer à quel point le peuple américain, effectivement,
03:40soit que le président s'occupe et se met au travail sur la situation interne
03:45et désapprouve à peu près de cette tentative d'aller chercher des interventions, le bras de fer à l'international.
03:52On voit que tous les coups sont permis, puisque Donald Trump a publié sur son réseau social
03:56des messages privés envoyés par Emmanuel Macron, qui à la fois a la peine mon ami,
04:00il lui dit aussi « je ne comprends pas ce que tu fais avec le Groenland ».
04:04Un ami qui ne devrait pas faire ça, dit de l'entourage du chef de l'État,
04:07les États-Unis et migrines ne sont plus nos amis.
04:10Vous pensez que la rupture est consommée, là ?
04:13Je dirais que c'est le général de Gaulle qui a eu une formule extraordinaire
04:18pour marquer le fait que la France pouvait être alliée des États-Unis,
04:21mais pas toujours alignée avec la politique américaine.
04:24Et je reprends cette formule aujourd'hui pour dire que les États-Unis restent quand même un allié
04:29sur le fond d'un certain nombre de sujets, qu'on pense à la coopération militaire, économique,
04:34à des échelles qui sont moins visibles de l'échelle du chef d'État.
04:39Après, est-ce que cette administration Trump aux États-Unis est l'ami de l'Europe et de la France ?
04:44On a quand même de matière à se douter, d'autant plus qu'on a eu des déclarations du président,
04:49du vice-président, qui va dans ce sens-là, c'est-à-dire qu'il n'y a plus du tout de sentimentalité
04:54américaine vis-à-vis de l'Europe et de la France.
04:57Et Donald Trump a dit lui-même qu'il aime bien Macron, mais bon, ça ne pèse pas beaucoup dans sa décision.
05:02Mais je dirais peut-être pas à ce point-là que l'alliance est rompue,
05:05parce que ça veut dire beaucoup de choses, ça veut dire militaire, économique, politique,
05:08et on voit qu'il y a des niveaux de coopération qui dépassent ce qu'on voit dans les médias.
05:12Mais, pour compléter ce qu'on dit, 42% des Français voient dans les États-Unis un pays ennemi,
05:18selon un sondage IFOP paru hier, 51% pensent qu'ils seront une menace militaire pour la France dans les années à venir.
05:24Vous êtes franco-américaine.
05:26Oui.
05:26Ça vous fait quoi d'entendre ça ?
05:28Alors, je suis américaine et je choisis la France.
05:30La France m'a choisie, j'étais naturalisée.
05:32Donc, c'est vrai que d'imaginer ces deux espaces qui sont liés depuis 80 ans,
05:37autour des questions du partage d'un socle de valeurs, de pratiques, de la fiabilité,
05:42c'est vrai qu'on peut se poser la question de l'imprévisibilité du président américain,
05:47comme une stratégie.
05:48Ça peut froisser les adversaires, ça peut les mettre en garde.
05:51Pour lui, ça peut être le début d'une négociation, au final ?
05:54Ça peut être ça, effectivement.
05:56Mais c'est quand vos amis qui pensent que vous êtes imprévisible et qui font plus confiance,
06:00c'est le début des choses très difficiles.
06:01Donc, la question qu'on peut se poser d'ores et déjà,
06:04c'est quoi qu'il arrive en 2026, pendant les élections de mi-mandat,
06:07voire en 2028 avec un nouveau président américain,
06:10est-ce que le dégât en termes de confiance est réparable ?
06:14Et là, c'est aux futures administrations américaines,
06:17mais surtout aux Européens d'y répondre.
06:19Merci beaucoup, Emigrine, pour cet éclairage.
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