00:00Bonjour Thomas Négaroff, merci d'être avec nous, vous êtes historien, journaliste, on vous retrouve sur France 5, dans ses
00:04politiques, sur France Inter,
00:06notamment dans le podcast en 6 dates clés avec une série consacrée à l'Iran, anatomie d'un pays révolutionnaire.
00:13Justement, vu d'ici, on a l'image d'une population iranienne qui aspire à la révolution, toute la population
00:20iranienne.
00:21Ce n'est peut-être pas forcément le cas, l'Iran c'est trois fois la France, 90 millions d
00:24'habitants.
00:25Quelle est la part des Iraniens qui souhaitent la chute du régime aujourd'hui ?
00:30Ils sont majoritaires, c'est un mouvement mondial en fait, c'est dans les villes qu'on a cette population
00:36qui pousse au changement, à une démocratisation.
00:39Alors après c'est compliqué, en tout cas un changement de régime, ça c'est sûr.
00:43L'Iran, 75% de la population vient en ville, donc je ne sais pas si c'est 75%, mais
00:47en tout cas c'est une majorité large de la population.
00:49Ils restent, et ce n'est pas moi qui le dis, c'est Yann Richard dans le podcast, et puis
00:52c'est les spécialistes de l'Iran qui me l'ont dit,
00:55qu'il y a environ 9 à 10 millions d'Iraniens qui vivent du régime.
00:59Ça ne veut pas dire qu'ils soutiennent le régime parce qu'ils y croient, mais parce qu'ils en
01:02vivent.
01:03C'est leur travail, je ne sais pas si vous avez déjà vu des films iraniens, mais on a toujours
01:06des tas de fonctionnaires
01:07qui travaillent pour le régime et dont la survie financière, la survie économique, dépend du régime.
01:12Et donc c'est beaucoup de monde, 9, 10 millions de personnes, et donc ces gens-là, ils résistent, ils
01:18tiennent.
01:19C'était ce qu'on voyait hier dans les manifestations, il y a eu des rassemblements hier après-midi à
01:23la demande des autorités.
01:24Oui, alors c'est un peu de la propagande, mais c'est aussi des gens, certains qui croient, certains qui
01:27en ont besoin,
01:28certains qui ont peur de ce qu'ils pourraient advenir, et puis il y a aussi une immense majorité d
01:32'Iraniens,
01:32et c'est ce qu'on raconte sur le temps long, qui sont des nationalistes,
01:35qui adorent leur pays et qui détestent, quelles qu'ils soient, les interventions extérieures.
01:41C'est pour ça que les palavistes, ceux qui souhaitent le retour de la dynastie des Shahs, de la monarchie,
01:49existent beaucoup en diaspora, ne sont pas majoritaires en Iran,
01:53parce qu'il y a quand même une idée avec le Shah, notamment les dernières années avec les États-Unis,
01:57d'ingérence extérieure.
01:59Mais en tout cas, une immense majorité d'Iraniens ne supportent pas l'idée que la délivrance vienne d'Israël
02:05et des États-Unis,
02:06même s'ils détestent le régime, ils sont tellement nationalistes qu'ils aimeraient se libérer par eux-mêmes.
02:14Hier, Téhéran a confirmé la mort dans une frappe israélienne d'Ali, l'Arijani, l'un des principaux dirigeants iraniens,
02:19ainsi que celle du général Soleimani qui dirigeait la ministre Basidji.
02:23Qui dirige, Thomas, aujourd'hui, le pays ?
02:25On n'en sait rien, et d'ailleurs c'est un des éléments de fragilité, de discussion de l'avenir
02:33de ce pays.
02:34On sait qu'il y a la Ramenei qui a été renommée, on sait que les Israéliens et les Américains
02:38veulent le tuer.
02:39D'ailleurs, c'est intéressant même, la stratégie qui est de tuer la tête.
02:42Ça, c'est un truc très israélien, l'idée de tuer une personne, et c'est ce qu'ils ont
02:47fait au Hamas.
02:48Vous vous souvenez, à Gaza, c'était à chaque fois, le nouveau dirigeant était assassiné, le Hezbollah, ça a été
02:52pareil.
02:52Et là, ils disent, moi je t'abats à Ramenei, c'est la prochaine cible, et on l'aura.
02:57On l'a raté de très peu quand son père est mort.
02:59Il est sorti dans le jardin, c'est un hasard incroyable, ils l'ont raté de très peu.
03:02Grâce à l'IA, ils arrivent à collecter tellement de data qu'ils arrivent mieux qu'avant à cibler des
03:07gens.
03:08On n'en sait pas grand-chose.
03:09Alors, certains experts considèrent que c'est parce qu'il y a multiplication de têtes dirigeantes
03:15que ça part dans tous les sens et qu'il n'y a pas de stratégie globale.
03:18On sent quand même une vraie stratégie iranienne, qui est de taper avec des drones,
03:22de taper là où ça fait mal, avec quasiment un peu comme le Vietnam,
03:26dans la guerre contre le Vietnam, entre les États-Unis et le Vietnam dans les années 60-70,
03:29qui est une sorte de guérilla, où vous avez une puissance technologique majeure,
03:34les États-Unis et l'Iran, avec leurs missiles, avec l'IA,
03:37j'y reviens parce que c'est fondamental dans ce conflit actuel,
03:39et en face, des gens qui ont leurs moyens, qui connaissent le territoire par cœur,
03:43et qui ont des moyens moins élevés, mais diablement efficaces.
03:46On parle ici des drones, des mines qui coûtent 2000 dollars
03:49et qui sont déposées dans l'étroit d'Hormuz.
03:51Ils ont leurs armes, et ça ne répond pas à votre question,
03:54mais si je n'y réponds pas, c'est parce que je n'en sais rien,
03:56et parce que personne ne le sait qu'il tient aujourd'hui l'Iran.
03:58Le régime, il tient aujourd'hui, il est fragile,
04:00mais c'est aussi parce qu'il est fragile qu'il tape dans toutes les directions,
04:04et que ce n'est pas une guerre mondiale, mais c'est une guerre mondialisée.
04:08La différence, elle est importante.
04:10Regardez les gens qui nous regardent, là, ils commencent à voir que
04:12le prix de l'essence, il commence à augmenter.
04:14Alors, c'est décalé dans le temps, ça augmentera bien plus tard,
04:16mais ça, c'est le signe d'une guerre qui n'est pas mondiale,
04:19la France n'est pas en guerre, mais qu'elle commence à nous toucher tous.
04:21Donc, c'est une guerre, pas mondiale, mais mondialisée,
04:23et ça, les Iraniens le savent très bien.
04:25Et l'on dit d'ailleurs, le chef de la diplomatie,
04:27pas plus tard que la nuit dernière.
04:29Ils connaissent nos faiblesses.
04:29Le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou,
04:31il a appelé la population iranienne à prendre le relais,
04:35il dit, bon, on a commencé le travail, maintenant c'est à vous.
04:38Et les Iraniens, vous le dites, ont envie eux-mêmes de reprendre le pouvoir.
04:42Qu'est-ce qui fait qu'il n'y a pas de manifestation aujourd'hui ?
04:44Le risque de répression aujourd'hui ?
04:45Oui, le système de répression, on a appris il y a deux semaines
04:48que les Iraniens utilisaient un logiciel de reconnaissance faciale.
04:51C'est Forbidden Stories, c'est des journalistes d'investigation
04:55qui travaillent ensemble et qui savent qu'aujourd'hui,
04:58l'Iran dispose depuis 2019 d'un système de reconnaissance faciale
05:02extraordinairement efficace, qui est un système russe,
05:05que les Russes avaient lancé pour leurs Jeux Olympiques en 2018,
05:08et que nous, les Occidentaux, ne voulons pas utiliser
05:10parce qu'il est beaucoup trop intrusif.
05:12C'est-à-dire que quand vous êtes un Iranien et que vous descendez dans la rue,
05:14voile ou pas voile, masqué ou pas masqué, on vous repère.
05:17Et après, le régime va chez les gens et les emprisonne ou les tue.
05:21C'est ce qui se passe.
05:22Donc, il y a un régime de terreur terrible.
05:24Et on va rappeler peut-être juste des chiffres,
05:25parce que nous, on ne les a pas en tête.
05:27Aujourd'hui, il y a 200 000 hommes armés dans les corps
05:29des gardiens de la Révolution.
05:30Il y a 350 000 soldats dans l'armée régulière.
05:34C'est important aussi de le rappeler, ces chiffres-là.
05:36Oui, et les Iraniens civils ne sont pas armés.
05:39Ce n'est pas un pays où les armes sont massivement distribuées.
05:42C'est uniquement ceux qui ont le pouvoir qui l'ont.
05:45Et aujourd'hui, les gens qui ont le pouvoir,
05:46en fait, l'enjeu, comme dans toutes les révolutions du monde depuis toujours,
05:49c'est que fera l'armée ?
05:50Est-ce que l'armée décide de lâcher le régime ou pas ?
05:52Aujourd'hui, pas du tout.
05:53Et ça répond parce que ce que je vous ai dit au début,
05:55c'est des gens qui vivent du régime, qui vivent de la bête,
05:57qui se sont enrichis.
05:58C'est un pays ultra-corrompu où le pétrole a été une bénédiction pour le pays,
06:02mais une malédiction pour le peuple,
06:03parce qu'il a été utilisé comme un levier pour tenir absolument le pouvoir.
06:08Merci beaucoup, Thomas Négaroff.
06:10J'en prie.
06:10Parce que c'est vrai qu'on parle de la quinzaine de pays engagés,
06:13on parle des États-Unis,
06:14mais on sait assez mal ce qui se passe en Iran.
06:16Merci de nous avoir éclairés.
06:17Et je précise qu'on vous retrouve aussi au théâtre en ce moment,
06:20au théâtre de la Pépinière,
06:22pour des soirées exceptionnelles.
06:23Le spectacle s'appelle « Il ne mérite pas tes larmes »,
06:27issu de l'un de vos livres.
06:28C'est l'histoire vraie des premiers lycéens noirs
06:31à entrer dans des établissements précédemment réservés aux Blancs.
06:35En 1957.
06:36Et des soirées suivies de débats, de discussions avec le public et des invités prestigieux.
06:40Merci d'avoir été avec nous.
06:41Merci d'avoir regardé cette vidéo !
06:41Merci d'avoir regardé cette vidéo !
06:41Merci d'avoir regardé cette vidéo !
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