00:00La grande matinale
00:01Alexandre Abel Saïd, vous recevez la ministre des armées
00:04Bonjour Catherine Vautrin
00:06Bonjour Alexandre Abel Saïd
00:07C'est votre première prise de parole depuis le début des attaques israélo-américaines en Iran
00:11Merci d'avoir choisi France Inter
00:13Merci pour votre invitation
00:14Mais d'abord, Emmanuel Macron hier a annoncé une mise à jour de notre politique militaire nucléaire
00:19La doctrine se concentre désormais en une formule
00:22Ça s'appelle la dissuasion avancée à l'échelle européenne
00:25Est-ce que Paris va ouvrir son parapluie nucléaire au-dessus de ses voisins européens ?
00:30Est-ce que c'est un tournant ?
00:31Alors vous l'avez compris, d'abord hier c'était vraiment un discours de puissance assumée
00:35Un discours au service de la paix
00:36Parce que le concept de la dissuasion nucléaire c'est d'être suffisamment fort
00:40Pour préserver nos intérêts vitaux et pour préserver notre pays
00:45Derrière le président de la République s'est inscrit dans une tradition
00:48Que je qualifierais de gaullienne depuis les années 60
00:51Avec une stratégie finalement qui est une stratégie, quels qu'étaient les exécutifs, qui n'a jamais varié
00:57Mais la différence c'est qu'aujourd'hui
00:59Hier, ce que le président de la République a expliqué
01:01C'est que depuis son discours de 2020, le monde a changé
01:05Et je crois que malheureusement l'actualité nous montre la brutalité de ce monde
01:08Et l'idée c'est en fait de bien garder le principe que la doctrine nucléaire est un invariable
01:15Mais dès 1972, et c'est là qu'il est important de regarder cette histoire
01:20Il était déjà dit dans le livre blanc
01:22La France vit dans un tissu d'intérêt qui dépasse ses frontières
01:26Elle n'est pas isolée
01:27Et c'est cela le concept, c'est de dire
01:29Madame la ministre, j'aimerais qu'on comprenne concrètement
01:31Parce que là je me mets à la place de nos auditeurs
01:33Le sujet c'est, on a une puissance nucléaire
01:35Est-ce que là on ouvre le parapluie au-dessus des huit pays qui ont accepté notre offre ?
01:40L'idée c'est de dire que nous sommes un pays qui a des alliés autour de lui en Europe
01:46Et que quand l'un de nos alliés est frappé, évidemment ça concerne aussi la France
01:52Les intérêts vitaux, ils ne sont pas liés aux frontières
01:54On avait déjà des accords avec par exemple la Grande-Bretagne
01:58Qui est la seule autre puissance dotée en Europe
02:00Là l'idée c'est de travailler avec nos voisins
02:04Ils sont huit, ça a été dit tout à l'heure
02:06Je vais les citer
02:07Donc le Royaume-Uni, l'Allemagne, la Pologne, les Pays-Bas, la Belgique, la Grèce, la Suède et le Danemark
02:12Mais concrètement, quels sont les engagements réciproques ?
02:14Est-ce qu'on va les faire participer à nos exercices militaires ?
02:18On va leur faire visiter nos sites stratégiques ?
02:20Et du coup ils vont nous laisser installer peut-être des rafales avec des têtes nucléaires sur leur sol
02:24L'idée c'est effectivement de dire qu'ils vont participer à des exercices à nos côtés
02:29Qu'ils vont pouvoir faire du signalement, du renseignement
02:33Ce qu'on a déjà commencé à faire avec des initiatives européennes, c'est le cas de Géwell, c'est
02:37le cas d'Elsa
02:38Et l'idée c'est qu'effectivement nous puissions avoir finalement une force nucléaire et des avions
02:44Qui puissent se diluer dans le ciel
02:46Comme aujourd'hui d'ailleurs, nos sous-marins se dissous, sont quelque part eux aussi dans les océans
02:53C'est le même principe
02:54Et on va placer des armes nucléaires sur leur sol ?
02:56Alors l'idée aujourd'hui c'est de dire que nos avions peuvent concrètement voler
03:01Pour être tout à fait concrète, c'est ça le sujet aujourd'hui
03:04Et c'est cette approche, et c'est ça cette notion de dissuasion avancée
03:08Dans un partenariat qui est un partenariat bilatéral discuté avec chacun de ces pays
03:14Et vous avez vu qu'hier, dès après le discours du président de la République
03:18Plusieurs pays, je pense au chancelier Merz
03:20Mais je peux parler également des Pays-Bas
03:23Je peux citer différents pays qui immédiatement ont dit
03:25On se met au travail, nous souhaitons travailler avec la France pour cette dissuasion avancée
03:29Le chancelier allemand justement, il parle d'une défense nucléaire européenne
03:34Il parle d'un groupe de pilotage nucléaire avec la France entre Berlin et Paris
03:39Est-ce que les mots du chancelier allemand ne disent pas que là on prépare quand même
03:44Un début de perte de notre souveraineté militaire ?
03:47Alors je crois qu'il faut être très clair sur le sujet
03:49La dissuasion nucléaire, c'est la compétence exclusive du président de la République
03:55Et la France est souveraine de bout en bout
03:57En d'autres termes, c'est la France qui finance depuis toujours
04:01Et vous verrez que dans la loi de programmation
04:03Nous avons ce qu'on appelle une surmarche
04:05C'est-à-dire une augmentation de budget sur le sujet
04:08Puisque le président de la République, vous le savez, a souhaité que nous renouvelions des têtes
04:11Ça va coûter combien ?
04:12Très bonne question parce que finalement tout est dans ce que ça va coûter
04:16Aujourd'hui, ce que l'on peut dire c'est qu'aujourd'hui la dissuasion nucléaire
04:22C'est 13% du budget de la défense pour être tout à fait concrète
04:25Et donc quelque part, vous voyez, c'est très important
04:27Et il va y avoir une surmarche ?
04:28Et c'est dans la logique de la surmarche de la défense
04:31Et donc vous voyez bien que ce qui est très important
04:33Et ce qu'il faut garder en tête
04:35C'est que cette souveraineté de bout en bout ne varie pas
04:38Ça reste une décision totalement française
04:41Financée totalement par la France
04:43Et je crois que ça c'est le fondement même de notre doctrine
04:46On ne va pas demander aux alliés de participer à ce fardeau entre guillemets
04:50Nous n'allons pas demander aux alliés de participer
04:53En revanche, nous allons travailler dans le conventionnel
04:56C'est-à-dire hors dissuasion
04:57Sur ce que l'on appelle de l'épaulement
05:00L'épaulement c'est une meilleure coordination à l'échelle européenne
05:04Sur des sujets comme par exemple ce qu'on appelle la frappe dans la profondeur
05:08Où là on est dans des coopérations internationales
05:11Notamment à privilégier avec les 8 pays que vous venez de citer
05:14Et la différence entre hier et aujourd'hui
05:17C'est qu'hier ces alliés croyaient sans doute au parapluie nucléaire américain
05:21Au parapluie à l'OTAN
05:22Et puis là finalement ils se résolvent
05:26Ils sont convaincus par la proposition française
05:28Mais comment est-ce que ça peut s'articuler
05:29Quand on pense que certains de ces pays qui ont dit oui
05:32Les Pays-Bas, l'Allemagne, la Belgique
05:33Ont aussi des bases militaires américaines sur leur sol
05:36Est-ce que vraiment ça peut se faire sans tension
05:38Ces deux parapluies ?
05:39Mais vous savez je crois qu'il faut être très clair
05:41Vous aviez déjà jusqu'à hier
05:44Une stratégie nucléaire française
05:46Et à côté vous aviez une stratégie de l'OTAN nucléaire
05:50A laquelle la France ne participait pas
05:51Donc là-dessus si vous voulez
05:53Les choses n'ont pas évolué
05:55Et là ils vont participer aux deux
05:55Ce qui est important
05:57C'est la discussion en partenariat avec nos pays
06:00Parce que quelque part
06:01Je crois que le mot-clé le Président de la République l'a dit hier
06:05Pour être fort il faut être aussi uni
06:08On ne peut pas être isolé
06:09Et l'intérêt de cette dissuasion avancée
06:12C'est notre capacité à travailler avec plusieurs pays
06:15Et à ensemble partager une vision de la défense
06:18Catherine Vautrin, hier soir en tant que ministre des armées
06:20Vous participiez bien sûr au troisième conseil de défense
06:23Autour d'Emmanuel Macron
06:24Sur la situation en Iran et au Moyen-Orient
06:27Au sujet des attaques, Donald Trump a prévenu encore ces dernières heures
06:30Que la grande vague était sur le point d'arriver
06:33Elle n'était pas encore advenue
06:34Qu'est-ce qui a été décidé hier soir ?
06:37D'abord sans doute, j'ai envie de vous poser cette question
06:39Pour nos ressortissants
06:39On parle de 400 000 personnes dans la région
06:41Notre première préoccupation
06:43Comme vous pouvez l'imaginer
06:44C'est d'abord la protection de nos ressortissants
06:47C'est la protection de nos emprises
06:49Puisque nous avons des emprises
06:51Bases militaires
06:53Nous avons des ambassades
06:55Il ne faut pas oublier qu'on a des ambassades
06:56On a des personnels, on a des consulats
06:58Et puis c'est aussi l'accompagnement de pays
07:01Avec lesquels nous avons des accords de défense
07:03Je vais prendre un exemple très concret
07:05Les Émirats Arabes Unis
07:07Avec lesquels nous avons aujourd'hui des accords de défense
07:10Et sur lesquels, bien évidemment
07:12Nous avons capacité en cherchant
07:14A être une force de stabilité
07:16Mais est-ce que ça veut dire que
07:18S'ils étaient tapés, ces Émirats Arabes Unis
07:21La France, vous, ministre des Armées
07:23Vous seriez prête à dire
07:24Nous allons intervenir et jusqu'où ?
07:26Je vous rappelle que d'abord
07:27Le chef des Armées, c'est le président de la République
07:29Le rôle de la ministre des Armées
07:31C'est de mettre à disposition
07:32Avec le chef d'état-major des Armées
07:34L'ensemble des équipements dont le pays a besoin
07:36Très concrètement, aujourd'hui
07:39Le travail qui est le nôtre
07:40C'est bien évidemment d'être en lien
07:43Extrêmement étroit avec chacun de ces pays
07:45Puisque à partir du moment
07:46Où un pays avec lequel on a un accord de défense
07:50Fait l'objet de frappes
07:51L'idée, c'est potentiellement
07:53De pouvoir l'accompagner
07:55L'accompagner, ça peut être des moyens
07:57Pour être très concrète
07:58Nous avons par exemple
08:00Par définition
08:01Des bases
08:03On a une base aux Émirats Arabes Unis
08:05On a bien évidemment
08:07Sur ces bases des matériels
08:08Notamment des rafales
08:09Voilà des réponses très concrètes
08:11Qui pourraient être à devenir
08:11On prépare des évacuations
08:13De nos ressortissants ?
08:14Alors, vous imaginez bien
08:15Que c'est le travail qui est mené
08:17Par mon collègue Jean-Noël Barraud
08:18Au ministère des Affaires étrangères
08:20Que nous avons des lignes
08:22Qui ont été mises à disposition
08:23De l'ensemble de nos ressortissants
08:25Par pays
08:26Et l'idée, bien évidemment
08:27C'est d'accompagner
08:28Et de permettre à chacun
08:30De pouvoir obtenir les réponses
08:32Dont il a besoin
08:32Catherine Vautra
08:34La ministre des Armées
08:35Merci d'avoir accepté
08:36L'invitation de France Inter
08:37Merci à vous
08:37Merci à vous
08:37Merci à vous
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