00:00Le Monde qui Bouge, l'interview avec Caroline Loyer à mes côtés.
00:03On va parler du nucléaire iranien avec notre invité Emmanuelle Gallichet,
00:07enseignante, chercheuse en sciences et technologies nucléaires.
00:10Bonjour, vous êtes aussi présidente de Moumanou in Nuclear France depuis l'année dernière.
00:17On va revenir donc sur l'Iran qui accepte de reprendre les discussions sur son programme nucléaire.
00:21Ce sera avec la France, l'Allemagne et le Royaume-Uni.
00:24Ça vient un mois après l'attaque des installations nucléaires iraniennes.
00:29Pour commencer, est-ce qu'on sait dans quel état se trouvent ces installations aujourd'hui ?
00:34C'est la question effectivement tout à fait centrale.
00:37Aujourd'hui, personne ne sait de manière neutre l'état des installations aujourd'hui.
00:45Caroline ?
00:46Que peut-on attendre de ces discussions avec la France, l'Allemagne et le Royaume-Uni ?
00:51Parce qu'on sait que le retrait de Donald Trump en 2018 avait créé quelque part une crise de confiance
00:56parce que les Iraniens disaient que finalement vous n'avez pas pu empêcher l'effondrement de l'accord après le retrait américain.
01:02Qu'est-ce qu'on peut en attendre aujourd'hui ?
01:05Effectivement, la confiance entre l'Iran et les trois pays européens est un petit peu en doute, on va dire, par rapport à 2015.
01:15Mais aujourd'hui, on a une situation qui est quand même un petit peu différente
01:18avec effectivement cette fameuse guerre des 12 jours qui a beaucoup impacté les installations.
01:25Et donc, je pense que les deux parties ont vraiment intérêt aujourd'hui à ce que la diplomatie finalement reprenne
01:32et finalement les discussions autour d'un programme civil puissent reprendre.
01:37Et donc, ça sera le début et j'imagine qu'ensuite, les États-Unis entreront dans les discussions générales.
01:45C'est intéressant parce qu'on va recommencer des discussions alors que vous nous dites qu'on ne connaît pas de façon neutre
01:52l'état des installations.
01:54Ça veut dire qu'on ne connaît pas non plus finalement le calendrier selon lequel l'Iran pourrait reprendre justement son programme.
02:02On va se baser uniquement sur les dires de l'Iran pendant ces discussions-là ?
02:05Pour l'instant, oui. Ce que je pense, c'est qu'ils vont essayer de demander à l'Iran d'ouvrir les installations
02:13et les installations endommagées à l'AIEA, l'Agence internationale de l'énergie atomique,
02:18pour que justement nous puissions avoir un état des lieux.
02:24Est-ce qu'on sait si les positions américaines et les positions de ces pays européens sont alignées ?
02:29Les Européens sont d'accord avec l'idée d'un programme nucléaire civil ?
02:34Du côté de l'administration américaine, on sait qu'à un moment donné, il a été dit qu'on ne voulait pas même de nucléaire civil.
02:40Est-ce que les deux parties s'entendent là-dessus, sur ce qu'ils veulent ?
02:43Je pense que c'est vraiment le début justement des pourparlers et que tout le monde avance ses pions
02:49et qu'à un moment donné, il y aura des compromis qui devront être faits des deux parties.
02:53Alors effectivement, vous avez raison, il est probable qu'aujourd'hui, on ne soit pas du tout sur les mêmes souhaits, je dirais.
03:01Mais à un moment donné, il va falloir aller un petit peu plus en avant dans les pourparlers.
03:07Et il est clair que l'Iran ayant signé le traité de non-prolifération et l'ayant ratifié techniquement, je dirais, sur le droit international,
03:20ils ont le droit à un programme civil nucléaire.
03:23Avant ce genre de réunion, avant la reprise de ce genre de discussion avec l'Europe notamment,
03:30il y a toujours une réunion avec la Chine et la Russie pour un petit peu se mettre d'accord.
03:36Alors évidemment, on ne sait pas ce qui s'est dit à la réunion qui s'est tenue hier,
03:40parce qu'il y avait une réunion, une pré-réunion hier avant les discussions de vendredi à Istanbul.
03:44Mais sur quoi ils se mettent d'accord concrètement, ces trois pays-là, pour le programme nucléaire ?
03:51Je pense qu'ils se sont mis d'accord sur les choses sur lesquelles ils doivent être tous les trois alliés.
04:00Vous voyez, il y a peut-être un pourcentage d'enrichissement.
04:05Il y a peut-être qu'est-ce qu'on doit faire de ces fameux 400 kilos.
04:10Parce que je vous rappelle, vous vous rappelez, il y avait 400 kilos d'uranium enrichi à 60 %,
04:16dont on ne sait pas aujourd'hui l'État.
04:19Est-ce qu'il a été effectivement totalement détruit ?
04:22Est-ce que l'Iran les avait déplacés, donc ils sont encore intacts ?
04:26Des choses comme ça, je pense que là, sur la Chine, la Russie et l'Iran doivent se mettre d'accord sur,
04:32OK, par exemple, je dis ce qui se passe sur ces 400 kilos.
04:37J'accepte 5 % d'enrichissement, par exemple, pour le futur.
04:41Il doit y avoir vraiment des clauses sur lesquelles ils ne peuvent pas diverger.
04:50Je pense que c'est ça l'important.
04:52On parle de la Chine, on parle de la Russie, il y a aussi la Corée du Nord.
04:55Ces trois pays ont aidé à l'élaboration, au développement du programme nucléaire iranien.
05:01Qu'est-ce que pour eux signifient les dégâts qui ont été causés aujourd'hui ?
05:05J'ai pas compris. Pour l'Iran ou pour la Corée du Nord ?
05:10Pour les trois alliés qui ont beaucoup contribué à ce programme,
05:13aujourd'hui, on dit très endommagés.
05:14Qu'est-ce que ça signifie pour eux ?
05:15Et est-ce qu'ils peuvent aider à le reconstruire, à le remettre sur pied ?
05:19Oui, tous les pays nucléaires, évidemment, peuvent aider à remettre sur pied le programme nucléaire iranien.
05:25Il y a aussi également le Pakistan, pour imaginer que le Pakistan, qui a déjà aussi aidé, puisse le faire.
05:32Donc, pour eux, il n'y a, entre guillemets, pas de problème.
05:37C'est-à-dire que le programme nucléaire iranien, s'il est détruit, évidemment, il l'est un petit peu,
05:43mais on ne sait pas de combien, pourra être construit à l'identique, avec une aide internationale de ces pays.
05:50C'est à savoir en combien de temps, finalement ?
05:54En combien de temps ?
05:54De façon plus large, est-ce que vous pouvez nous réexpliquer le poids stratégique de ce programme nucléaire pour l'Iran ?
06:04Alors, pour l'Iran, il était extrêmement important, dans le sens où il a besoin...
06:12Alors, je ne mets pas de jugement personnel sur ce que je vais dire.
06:17C'est, techniquement, l'Iran est un grand pays, avec, pour lui, en face à un ennemi qui est Israël.
06:25Et donc, il avait besoin d'un pilier nucléaire, je dirais, dans sa défense générale.
06:33Il avait deux autres piliers, qui étaient sa force balistique, sa défense conventionnelle avec ses missiles,
06:41et puis ses proxys, Hezbollah et Hamas, qui ont été beaucoup détruits ces dernières années par, en particulier, Israël.
06:50Et donc, vous voyez qu'il marchait, en fait, sur trois pieds pour sa défense nationale.
06:55Et le nucléaire était le troisième pied qui lui permettait d'être plus... d'avoir une protection plus importante.
07:04Donc, évidemment, comme ce que vous dites, tout se fait en fonction d'Israël.
07:08Donc, on imagine que la réponse de Washington, la prochaine réponse de Washington,
07:12dépendra aussi, peut-être, de ce que fait Israël entre-temps.
07:15– Oui, ça, c'est absolument possible.
07:19On a vu, d'ailleurs, les États-Unis, dernièrement, aider Israël, justement, dans la guerre des douze jours.
07:26Donc, évidemment, il y aura une coalition, je dirais, quelque chose qui va se passer
07:31entre Israël et les États-Unis sur ces pourparlers, c'est évident.
07:35– Merci beaucoup, Emmanuelle Galliché, enseignante, chercheuse en sciences et technologies nucléaires,
07:39présidente de Women & Nuclear France, d'avoir été avec nous ce matin
07:43dans la matinale de l'économie.
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