00:00Il faut qu'il est juste Emmanuel Macron, on va l'écouter parce qu'il l'évoquait la semaine dernière
00:03et il invitait tous les partis, il me semble que c'était en Inde d'ailleurs, à faire le ménage
00:07ou qu'il, voilà, le ménage dans les partis.
00:11On l'écoute et après vous allez nous parler de ce personnage complexe que vous avez côtoyé pendant 7 ans
00:14sans jamais réussir à percer le mystère du Président. Écoutons.
00:19Rien ne saurait justifier, ni chez les uns, ni chez les autres,
00:22et ni même dans un face-à-face qui est mortifère pour la République,
00:26rien ne saurait justifier l'action violente. Rien.
00:30Et donc à chaque fois qu'il y a des gens qui vous expliquent qu'ils ont mis en place
00:34des milices
00:35pour faire de l'autoprotection, qu'il y a telle ou telle chose parce qu'il y aurait de l
00:38'autre côté
00:39un discours de violence et qu'il la légitime, ils ne commettent pas simplement une faute politique,
00:44ils commettent une faute morale et ils créent les conditions de ce qui arrive.
00:47Donc tout le monde, partout, doit faire en effet le ménage.
00:50En République, il n'y a pas de place pour les mouvements qui adoptent la violence,
00:55qui légitiment la violence, parce que la démocratie repose sur le respect et la paix.
01:00Anjan Newsbone, il est sincère quand il dit cela, le Président,
01:03quand il est en déplacement à l'étranger, qu'il s'exprime sur beaucoup de sujets,
01:06voilà, il est sincère ?
01:07Là en fait on l'interroge, parce que là je suis dans le petit groupe de journalistes
01:11qui essaie de lui poser des questions, et en fait on l'interroge sur la réaction de Mélanie
01:15qui critique ce qui se passe en France, voilà, les tensions.
01:18Et lui, sa réponse c'est de dire, voilà, chacun reste chez soi et les vaches seront bien gardées.
01:22Les moutons !
01:24Les moutons !
01:24Oui, c'est vrai que les vaches en ce moment, il n'y en a plus beaucoup.
01:27Il n'y en a plus au salon en tout cas.
01:29Mais en fait, non, non, il est certain qu'il n'a pas d'autre choix
01:34que de dire qu'il condamne la radicalité politique.
01:36Que dire d'autre sinon de condamner les violences politiques ?
01:38La question c'est qu'est-ce qu'il peut faire contre cela,
01:41et plus grand-chose en fait sur la scène domestique,
01:44et c'est ce que je raconte depuis la dissolution,
01:46il s'est quand même tiré une balle dans le pied,
01:48et il est assez pied et poing lié, en tout cas sur le national.
01:53S'autodissoudre, pourquoi a-t-il tué la majorité présidentielle ?
01:56Ce que vous évoquiez comme question dans ce livre.
01:58Effectivement, vous avez compris les ressorts de cette dissolution,
02:02pourquoi ? Même psychologique, parce que c'était quasiment,
02:05comme vous le dites, une autodissolution.
02:07Oui, alors l'Élysée déteste qu'on psychanalyse
02:10la personnalité du président de la République,
02:12mais c'est dur de ne pas tomber dans ce travers
02:14quand on sait que c'est lui qui décide seul.
02:17On a beaucoup glosé sur l'influence des conseillers de l'ombre,
02:19ce que Bruno Le Maire a appelé les cloportes,
02:22on a vu beaucoup d'articles sur eux,
02:24mais finalement c'est lui qui prend la décision seul.
02:26Moi, le jour de la dissolution, je ne dirais pas que je ne suis pas surprise,
02:29mais ça fait partie des options dont je sais
02:32qu'elles sont sur la table depuis plusieurs mois.
02:35Simplement, je me dis que ce n'est vraiment pas une option intelligente,
02:38en fait, pour son propre camp.
02:40Donc les ressorts de cette décision, ils sont assez connus,
02:43mais tout en restant mystérieux,
02:45un, c'est sous-estimer la capacité de la gauche
02:48à se rassembler, à faire le NFP, voilà, contre l'extrême droite.
02:52Ça, il ne le voit pas venir du tout.
02:53Et ça, alors que la gauche fait ça à chaque fois, à chaque élection.
02:57Enfin là, on va voir si ça se produira encore par la suite.
03:01Les oracles qui sont sur ce plateau ont déjà dit
03:02que ça allait se passer à nouveau.
03:03Je laisse vos oracles, voilà, ils sont maîtres de leurs opinions.
03:07Mais en tout cas, oui, la gauche qui se rassemble,
03:10c'était un classique, c'est assez surprenant
03:12de ne pas l'avoir vu venir.
03:13Et puis il y a aussi un côté, voilà, un problème d'égo,
03:16puisque quelques jours avant la dissolution,
03:18il dit je pense pouvoir faire 20, 25%.
03:21Il en est très, très loin.
03:23Donc lorsqu'il dissout, il se dit je peux encore faire une remontada
03:27et prouver à tout le monde que j'ai raison.
03:30Et il y a cette tendance très, très forte chez Emmanuel Macron,
03:33ce goût pour les coûts, les coûts politiques,
03:35les coûts diplomatiques.
03:36qu'il le dit lui-même, qu'il aime ça.
03:39Et cette volonté de toujours être dans la transgression,
03:42faire le geste qu'on n'attend pas du président.
03:46François Puponi, il est d'une matrice idolique de gauche
03:49ou pas Emmanuel Macron selon vous ?
03:50Ou est-ce que c'est fluctuant ?
03:52Oui ?
03:53Oui, je pense qu'il est une matrice de gauche.
03:55Et en fait, son rêve, et par rapport à la dissolution,
03:58moi je vais parler avec lui et avec les proches,
04:01ils ont toujours été convaincus
04:02qu'il pourrait rattraper le Parti Socialiste en fait,
04:05qu'il pourrait l'accrocher,
04:07qu'il pourrait le sortir des griffes de LFI.
04:09C'était mal connaître le Parti Socialiste,
04:10moi je leur dis mais vous n'y arriverez pas.
04:12Et ce qu'il n'a pas vu venir,
04:13c'est justement que le PS rebascule pour ça,
04:15et ce qu'il n'a surtout pas vu venir,
04:17c'est que Gabriel Attal décide aussi
04:19de rejoindre entre les deux tours
04:21et de dire mais nous on s'associe avec LFI
04:24et le nouveau Front populaire pour empêcher le RN.
04:26Et ça, il a été dépassé deux fois.
04:28Parce que vraiment, ils sont tous convaincus,
04:29ils ont tous été convaincus
04:30qu'ils pourraient rapprocher le PS.
04:32Mais ça c'est totalement délirant
04:34dans la mesure où les Strauss-Kanien,
04:36enfin en gros la droite du PS
04:38est déjà sortie déjà dans le camp Macron.
04:40Bien sûr, mais ils ont eu cet espoir-là,
04:43Kevin.
04:44Catherine ?
04:45Non mais ce qui a été terrible,
04:46c'est qu'il n'a pas fait campagne
04:47pour la présidentielle, il a été réélu,
04:49il n'a pas fait campagne pour les législatives
04:53parce qu'il n'a pas demandé de majorité,
04:56les Français l'ont exoté,
04:57ils ne lui ont pas donné.
04:58Et donc là, il s'est aperçu
04:59que quand même, avoir 40 députés en moins,
05:01ça allait être difficile.
05:02Et c'est vrai que ça a été difficile,
05:05la réforme des retraites,
05:06ça a été vraiment épouvantable au Parlement.
05:09Et plus les lois passaient ou ne passaient pas,
05:12comme par exemple,
05:13il y a eu la loi Feneau sur l'agriculture
05:14où il n'y avait rien,
05:15qui était une très mauvaise loi,
05:16on est resté trois semaines à discuter
05:18et ça ne marchait pas.
05:19Donc il s'était dit,
05:19pour sortir de là,
05:20il lui avait dit,
05:22mais un jour, il faudra dissoudre.
05:23Il faudra dissoudre.
05:24Mais alors là,
05:26le timing est bizarre
05:28parce que dissoudre,
05:30bon, il faudrait le faire.
05:31Alors c'est vrai que les LR menaçaient
05:33au moment du budget,
05:34donc un truc préventif,
05:37sans sommation.
05:38Et alors le matin,
05:40une grenade découpillée,
05:41le matin de l'élection européenne,
05:44il croyait avoir 24, 25 %,
05:45il le disait encore à midi à Darmanin,
05:47et là il a 14,
05:49et après une défaite,
05:50il dissoutait pour lui.
05:51Donc c'est absolument,
05:53c'est un manque de stupé politique énorme.
05:55Catherine Ney vient de dire
05:56ce que je voulais dire,
05:57à savoir qu'on n'a jamais vu
05:58quelqu'un dissoudre
05:59au soir même d'une défaite cinglante.
06:01Tu prends une claque,
06:02tu en prends une autre.
06:03Ah oui.
06:03Oui, le RN est dans une très bonne dynamique
06:06et c'est évident que la dynamique
06:08va se poursuivre,
06:09surtout qu'il choisit la période
06:10légalement la plus courte,
06:11en fait,
06:11pour mener cette campagne,
06:12en pensant que ça va empêcher
06:13la gauche de se mobiliser.
06:15En réalité,
06:15c'est son propre camp
06:16qui ne se mobilise pas.
06:17Agnès Nussbaum,
06:17vous le fréquentez beaucoup,
06:19je le disais,
06:20de facto,
06:20c'est au travail.
06:21Il l'a dit au mois d'août
06:23qu'il serait président
06:25jusqu'à la dernière seconde.
06:27Oui.
06:27Et il le fera,
06:28évidemment,
06:28selon vous ?
06:29Oui,
06:29je ne le vois pas démissionner
06:33avant la fin de son mandat
06:34et pour le voir beaucoup,
06:35parce que moi,
06:36en tant qu'accrédité,
06:37je voyage avec lui
06:38à l'international,
06:38j'étais en Chine en décembre,
06:40je vous parlais de l'Inde.
06:41En fait,
06:42je vois à quel point
06:44il est grisé
06:45et motivé
06:46par la diplomatie,
06:48les sujets de défense
06:49et les grands orgues,
06:50en fait,
06:51du costume présidentiel,
06:52là où il a encore une voix
06:53qui compte
06:54à l'international
06:55et qu'on écoute.
06:56Moi,
06:56je travaille pour un média américain,
06:57on l'écoute quand même,
06:59quand bien même
07:00il est très affaibli,
07:01on le sait.
07:02Et donc,
07:02il est totalement galvanisé
07:04aussi par l'attention positive
07:05qu'il reçoit en Inde
07:06tous les deux mètres,
07:08je vous assure que c'est vrai,
07:09sur la route de Mumbai,
07:10il y avait des panneaux
07:11montrant maudit
07:12le premier ministre indien
07:13et Macron se serrant la main
07:14avec marqué
07:15« Bienvenue,
07:16votre excellence Macron
07:17à Mumbai ».
07:18Et en fait,
07:18voilà,
07:19il a quand même
07:20de quoi se remotiver régulièrement,
07:22il y a surtout le G7
07:23qui arrive,
07:24qui est organisé en France
07:25à Evian en juin
07:26et où il va essayer
07:27sa dernière chance
07:28en fait de briller
07:28à l'international.
07:30Donc,
07:30que ferait-il
07:30s'il démissionnait ?
07:31Ça n'a pas de sens.
07:32Mais c'est un président
07:33sur le déclin,
07:34vous le voyez ?
07:34C'est inévitable.
07:36Alors,
07:36c'est inévitable
07:36parce qu'il ne peut pas
07:37se représenter
07:39constitutionnellement,
07:39il n'a pas le droit
07:40de se représenter
07:40en 2027,
07:41mais il a lui-même
07:43accéléré en fait
07:44sa propre dissolution,
07:46son propre crépuscule
07:47justement
07:47en prenant cette décision
07:48de dissoudre
07:49puisqu'à partir
07:50de ce moment-là,
07:51en fait,
07:51tous ses adversaires,
07:52même son propre camp,
07:53regardent vers 2027
07:54et qui pourraient
07:56le remplacer.
07:57Alors,
07:58après,
07:58lui est très combatif,
08:00il reste très volontaire,
08:02peut-être un peu
08:02dans le déni aussi,
08:03mais il est irrémédiablement
08:04sur le déclin.
08:05par exemple,
08:06lundi,
08:06il va faire un grand discours
08:07sur la dissuasion nucléaire.
08:09Quoi qu'il dise
08:10dans ce discours,
08:11en fait,
08:11les partenaires européens
08:12qui vont l'écouter
08:13ne le prendront pas
08:14vraiment au sérieux
08:15dans la mesure
08:15où on sait
08:15que peut-être
08:16qu'en 2027,
08:17il sera remplacé
08:17par que ce soit
08:19Bardella,
08:20Le Pen,
08:20quelqu'un qui serait
08:21plutôt eurosceptique
08:22plus que lui.
08:23Il est très peu probable
08:24que tous ses engagements
08:25soient suivis
08:26et donc,
08:27de fait,
08:28sa voix à l'international
08:29ne pèse plus.
08:30Alors,
08:30ce que j'écris dans le bouquin
08:30à la fin,
08:31c'est qu'il porte beau
08:33face aux géants de ce monde
08:34avec ses lunettes,
08:35voilà,
08:36les guillies,
08:36et Poutine font chaud,
08:37voilà,
08:38les coups de com',
08:39mais en fait,
08:39il ne pèse pas lourd.
08:41Et il ne restera rien.
08:42Michel Fayad ?
08:43Et il ne restera rien,
08:44finalement.
08:45Et voilà,
08:46c'est un peu la conclusion.
08:47En fait,
08:48ce qui le gâte,
08:48c'est l'effet Obama,
08:50l'obamisation.
08:51Alors,
08:51avec un bilan économique
08:52qui peut-être
08:53aura été salué,
08:55il est trop tôt
08:55pour juger,
08:56je pense.
08:57Mais en tout cas,
08:58c'était le cas d'Obama
08:59au moment où il part,
09:00un homme qui aura été
09:02un homme jeune,
09:03séduisant,
09:04qui aura été charismatique,
09:06arrivé au pouvoir comme ça,
09:07mais qui en fait,
09:08aura beaucoup déçu
09:09et dont on risque
09:10de ne retenir
09:11que le nom du successeur.
09:13C'est ça qui le gâte.
09:14Merci beaucoup,
09:15Agnian Usbaum,
09:16accrédité 7 ans au palais de Macron,
09:17aux éditions du Seuil.
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