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En France, au XIXe siècle, les révolutions sont aussi architecturales. À grand coup de burin et de ciseau, des esprits visionnaires transforment le bâti pour attirer tous les regards sur les beautés du territoire français. À Vichy, l'empereur Napoléon III nourrit de grands projets d'aménagement culturel et sanitaire pour concurrencer les stations thermales allemandes. Grâce au train, aux bains et au grand casino, l'empereur draine dans la ville toute la haute-société française. Au même moment, les vestiges médiévaux profitent quant à eux du génie architectural d'Eugène Viollet-le-Duc. À Carcassonne, Pierrefonds et Paris, il impose sa vision réinventée du Moyen Âge et fait flamboyer le patrimoine de France. Année de Production :

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Transcription
00:00Générique
00:41A Vichy, les tambours annoncent chaque été le retour d'un homme
00:45dont le souvenir est ici glorifié.
00:53Napoléon III incarne le profil radieux d'une cité à la réputation entachée.
01:01Une ville qui, avant de vivre des heures sombres,
01:04de devenir la capitale d'un maréchal, fut la terre d'élection d'un empereur.
01:12Napoléon III, c'est notre bienfaiteur, vraiment.
01:15Il a fait beaucoup de choses pour Vichy.
01:16Grâce à lui, Vichy est devenu la reine des villes d'eau.
01:19Donc c'est normal qu'on vénère cette personne,
01:22on le met un petit peu en pédestal.
01:24Il y a un hommage de grand empereur, on fait des fêtes.
01:30S'il n'a pas créé la ville, Louis-Napoléon Bonaparte n'en est pas moins le mécène.
01:37Porté au pouvoir par un coup d'État,
01:39le neveu de Napoléon Ier règne sur la France de 1852 à 1870.
01:46Durant cette période, l'empereur effectue cinq séjours à Vichy
01:50pour soigner ses problèmes de santé.
01:53Mais derrière la raison médicale, se cachent de grandes ambitions politiques.
01:58Le dirigeant rêve d'une métropole capable de rivaliser avec les stations thermales allemandes,
02:04de susciter l'intérêt des fortunés.
02:09Et pour cela, le bourg Auvergnat doit changer de peau.
02:15En moins de dix ans, il se défait de ses atours campagnards
02:19pour endosser la parure d'une grande dame
02:22devant laquelle les plus puissants s'inclinent.
02:26En lui ouvrant un boulevard vers son âge d'or,
02:29Napoléon III a ancré son nom dans la chair de Vichy.
02:40Lorsque le souverain découvre l'Auvergne en 1861,
02:44Vichy compte moins de 4000 habitants.
02:47C'est un labyrinthe de rues étroites,
02:49cerclées de marécages et divisées en deux entités.
02:53D'un côté, le centre historique, encore médiéval,
02:56de l'autre, le quartier thermal,
02:59dont le parc des sources constitue le noyau.
03:04Quand Napoléon III arrive,
03:06on lui présente plusieurs projets
03:07qui sont déjà un peu dans les cartons depuis cinq, six ans.
03:10Et on doit à Napoléon III véritablement d'avoir établi,
03:14validé finalement, ce grand plan urbain
03:16dans lequel Vichy se situe toujours.
03:18Ce plan en pas de doigt qui rayonne depuis la gare de Vichy
03:23avec huit avenues thermales.
03:24Donc il va vraiment lui donner cette colonne vertébrale
03:27et mettre en liaison les différents parcs
03:30et les différentes sources aussi de la ville
03:32et de réunir ces deux entités
03:34que sont le Vichy médiéval et le Vichy thermal.
03:38Napoléon III ne dessine pas les plans.
03:40Les plans sont déjà là.
03:41Il les valide, il les fait financer.
03:43Au moment même où Paris tremble
03:46sous les coups de burin du baron Haussmann,
03:49Vichy entame sa propre révolution.
03:53Le train désenclave la station thermale
03:55tandis que la percée des boulevards
03:57permet aux curistes de mieux circuler
03:59entre les endroits clés de la cité.
04:05Mais pour séduire, la ville doit aussi s'assainir.
04:08Les décrets signés par l'empereur
04:10valident la construction d'une digue
04:11destinée à contenir les crues de la rivière Alliée.
04:17Désormais asséchées,
04:18les marais laissent place à de vastes parcs à l'anglaise
04:22dessinés au fil de l'eau.
04:26Quand les parcs d'Alliée sont créés,
04:28on dit que Vichy s'est offert un mini bois de boulogne.
04:30L'objectif, c'est vraiment à l'époque
04:32que Vichy soit une grande ville-parc,
04:34une cité-jardin.
04:35C'est de faire en sorte que le quartier thermal
04:37soit totalement enrobé dans la nature.
04:40C'est pour ça qu'on va dire qu'à Vichy,
04:42il y a ce paysage thermal thérapeutique.
04:44Ce paysage thermal thérapeutique,
04:47il est dans la ville.
04:51Grâce à ses aménagements
04:52et aux visites impériales,
04:54la ville gagne en popularité.
04:57À chacun de ses séjours,
04:59Napoléon III draine avec lui
05:00toute la bonne société de l'époque.
05:03Des bourgeois et des aristocrates
05:05pour qui les parcs sont des vitrines,
05:07des lieux où l'on se croise
05:09et où l'on se toise.
05:14Le Parc des sources reste un véritable lieu de parade,
05:17le lieu de la promenade mondaine.
05:18On vient pour voir et être vu.
05:20On regarde les dernières tendances,
05:22on essaye de faire de belles rencontres.
05:23On est totalement dans la stratégie de la distinction.
05:27L'allée centrale du Parc des sources,
05:29on l'appelait la potinière.
05:30Il faut s'imaginer toutes ces dabs en belles robes
05:32en train de juger, de commenter
05:35la venue de telle personne, son habillement.
05:38Il faut aussi vous dire que la ville d'eau,
05:39à l'époque, ce sont des villes de plaisir
05:41où on s'affranchit finalement un peu
05:43des bonnes mœurs qu'on attend à respecter d'habitude.
05:47Le Parc des sources, c'est vraiment un lieu
05:48où les gens vont être sans cesse jugés
05:51sur leur apparence.
05:54Pour échapper aux ragots
05:56et jouir d'un peu d'intimité,
05:58l'empereur fait édifier ses propres quartiers,
06:01une série de chalets en bordure des parcs d'Ali.
06:06La définition du chalet,
06:08c'est un petit peu la prédominance du bois,
06:10de ces bois découpés, ornementés,
06:12et puis une construction plutôt légère
06:14qui se fond dans la nature.
06:15Et ça prend ici deux formes.
06:17Le style, qu'on va dire, alpestre,
06:19inspiré par les chalets suisses,
06:21les chalets savoyards,
06:22et un style plutôt créole
06:24qui se fait plutôt au bord du Mississippi
06:27ou dans les Antilles françaises.
06:29L'idée pour l'empereur est vraiment
06:31de montrer l'exemple
06:32et de susciter une série de constructions
06:34de résidences du même style,
06:36de préférence, en bordure de ce parc.
06:39Dans ce but-là,
06:40il fait publier dans la presse de l'époque
06:41les journaux qui sont les équivalents
06:44des revues People d'aujourd'hui.
06:46Les plans et les devis
06:48sont preuves à l'appui
06:49que n'importe quel bourgeois
06:50peut se faire construire
06:51ce type de villa.
06:53Les badauds se pressent
06:54devant le balcon de l'empereur
06:56et ne peuvent qu'imaginer
06:57ce qui se déroule
06:58entre les murs des chalets.
06:59Le moindre bruit de couloirs
07:01est colporté dans les milieux privés
07:03car la presse de cet empire
07:05autoritaire est muselée.
07:08On raconte encore aujourd'hui
07:10qu'une scène de ménage
07:11aurait éclaté en 1863
07:13entre Napoléon III
07:15et sa femme Eugénie.
07:19Lors d'un cortège dans Vichy,
07:21le couple impérial est acclamé,
07:22la foule s'est accumulée
07:24le long de ce cortège
07:25et un petit sien
07:26vient faire la fête à l'empereur,
07:28la reconnue visiblement
07:30et l'impératrice sait
07:31que c'est le petit sien
07:33de la maîtresse de Napoléon III,
07:35Marguerite Bélanger.
07:36et s'en serait suivi une scène
07:38dans le premier chalet de l'empereur
07:40où elle aurait fait part
07:42de tout son mécontentement
07:43de cet affront public
07:44et elle aurait fait les valises
07:46et serait reparti aussitôt de Vichy.
07:48Or, les archives prouvent
07:49que le séjour de l'impératrice
07:51était bien prévu
07:51pour ne durer que quatre jours.
07:53Donc, c'est une jolie légende
07:55mais ça reste une légende.
07:58Ces légendes,
07:59Napoléon III les a un petit peu cultivées
08:01en ayant lui-même
08:02une foule de conquêtes féminines
08:04et il est attesté par contre
08:06que Marguerite Bélanger,
08:07par exemple,
08:07est bienvenue à Vichy.
08:09Elle aurait été logée
08:09dans un autre chalet
08:10un petit peu plus loin.
08:11On sait aussi
08:12que certaines dames de la cour
08:13étaient vraiment très familières
08:15de l'empereur
08:15et elles étaient à Vichy
08:16également en même temps que lui.
08:20En vérité,
08:21ces demeures n'étaient pas
08:22des garçonnières
08:23mais des lieux de pouvoir
08:25destinés à héberger
08:26les hôtes de Marques
08:27et les proches du souverain.
08:30Le chalet des Roses
08:31a été construit
08:32par le ministre des Finances
08:34de Napoléon III,
08:35Achille Foulde,
08:36pour son usage personnel.
08:39Ces différents chalets,
08:40bien sûr,
08:41ont reçu
08:41tout ce que l'Europe
08:43comptait de personnalités
08:44et en particulier
08:45de tête couronnée.
08:47Il y a le roi de Suède
08:48qui est venu,
08:49le roi des Belges
08:49à l'épaule de premier,
08:51Ismaïl Pacha
08:52qui était vice-roi d'Égypte.
08:53Bien entendu,
08:53pendant ces saisons
08:54où l'empereur
08:54est présent à Vichy,
08:56une foule de gens
08:58viennent essayer
08:58de le rencontrer,
08:59que ce soit pour des motifs
09:00diplomatiques
09:01ou financiers.
09:02Et on peut imaginer
09:03que certains traités
09:05ont certainement été négociés,
09:06en tout cas ici,
09:07pendant les Cœurs de l'Empereur.
09:09Ces belles fréquentations,
09:11ces belles fréquentations
09:12enrichissent la cité
09:12et sa population.
09:14Vichy n'a pas à débourser
09:15le moindre sou
09:16pour devenir
09:17la reine des villes d'eau,
09:19car l'État finance tout
09:20avec l'argent des sources.
09:23Villipendée pour avoir
09:24instauré un régime autoritaire,
09:26Napoléon III
09:27n'en est pas moins apprécié
09:28ici
09:29pour ses largesses.
09:31Sur demande du prêtre,
09:32il puise dans ses deniers
09:33personnels
09:34pour faire ériger
09:35une église
09:36plus grande
09:37et plus divine
09:38que celle existante.
09:42Il ne s'est jamais construit
09:44autant d'églises
09:45que pendant la période
09:46du Second Empire.
09:47Le catholicisme,
09:48c'est la grande époque
09:49du Second Empire.
09:50Rendez-vous compte,
09:50il y avait 50 000 prêtres
09:52et près de 200 000
09:53religieux ou religieuses
09:55qui assuraient
09:55ce qu'on appellerait
09:56aujourd'hui
09:57les services sociaux,
09:58les hôpitaux,
09:59toutes les personnes
10:00en difficulté.
10:00Il y a une vitalité
10:02de l'église
10:02qui est extraordinaire
10:03et il y a la pluie
10:04c'est l'alliance
10:05de l'église et de l'hôtel
10:06dont on parlait autrefois.
10:07Il y a l'appui
10:08du souverain lui-même
10:09et de tout son gouvernement.
10:11Napoléon III
10:11était un catholique fervent.
10:13Lui-même,
10:13il a été baptisé
10:14et il s'est marié
10:15à Notre-Dame de Paris
10:16avec Eugénie
10:17qui était ultra-catholique.
10:22Baptisé Saint-Louis,
10:23d'après le prénom
10:24de Napoléon,
10:25cette église
10:26est un palais
10:27à la gloire
10:27de la famille impériale
10:28dont les membres
10:29se voient ici sanctifiés.
10:34Le plus extraordinaire,
10:36le joyau de l'église,
10:37ce sont les neuf vitraux
10:38d'Antoine Lusson
10:40qui sont d'origine.
10:42Antoine Lusson
10:42était à l'époque
10:43le grand maître verrier
10:44et il avait refait
10:46le tiers des vitraux
10:46de la Sainte-Chapelle,
10:47c'est vous dire
10:48son importance.
10:48Il y a le Christ
10:49qui est au milieu
10:50et qui est encadré
10:52par huit saints
10:53de la famille impériale
10:55correspondant
10:55aux cinq prénoms
10:56du fils de Napoléon III
10:58et d'Eugénie.
10:58A cela s'ajoutent
11:00deux femmes,
11:01la mère de Napoléon III
11:02et la femme
11:03de Napoléon III
11:04et ce qu'il y a
11:05d'extraordinaire
11:06dans cette église
11:06c'est qu'elles sont placées
11:07exactement sur le même
11:08pied d'égalité,
11:10habillées toutes les deux
11:11en mauve
11:12avec la même tenue.
11:15Napoléon III
11:15a envoyé une aide génie
11:17pour lui dire
11:18qu'il ne l'avait jamais vue
11:19dans un tel costume
11:21et rajoutant
11:22que cela avait provoqué
11:23beaucoup de distractions,
11:25ça veut dire
11:25qu'est-ce que je me suis marré
11:26à te voir en vitrail.
11:31À 200 mètres
11:32de la maison de Dieu
11:33s'élève
11:34à la même époque
11:35un sanctuaire
11:36voué au divertissement.
11:39Inauguré en 1865,
11:41le grand casino
11:42devient aussitôt
11:43le point de ralliement
11:44des curistes,
11:45l'établissement phare
11:46qui permet à Vichy
11:47de rayonner
11:48sur la scène européenne.
11:53Le mot casino
11:54signifiait
11:54le lieu de plaisance,
11:55de rencontre,
11:56de la musique.
11:57Il y avait
11:57les salles de bal,
11:58bien sûr,
11:58salles de spectacle
11:59qui pouvaient accueillir
12:00jusqu'à 800 personnes,
12:01le salon des femmes,
12:02le salon des hommes,
12:03la restauration,
12:04la salle de correspondance.
12:05C'est un club privé.
12:06On se retrouve
12:07pour les après-midi animés,
12:08les soirées mondaines.
12:09Nous avons plusieurs
12:10artistes de l'époque
12:12qui viennent,
12:12bien sûr.
12:13Les balles sont animées
12:14par la musique
12:15de Offenbach,
12:15de Strauss.
12:16Donc c'est vraiment
12:17très important
12:18de montrer la musique ici
12:20et Vichy très longtemps
12:21était appelée
12:21la capitale de la musique
12:22d'été.
12:22« Les oiseaux
12:24dans la chaleur
12:31dans les cieux,
12:33la salle du jour. »
12:39Napoléon III,
12:39il veut concurrencer
12:40les villes de l'Allemagne
12:41comme Baden-Baden,
12:42Carlsbad.
12:43Il fallait proposer
12:44une structure très moderne
12:45et donc il fallait
12:46que l'argent reste en France.
12:48« Vous êtes un aristocrate,
12:49ce sera dû,
12:50l'invitation sera gratuite
12:51et envoyée directement
12:52chez vous.
12:53Mais si vous êtes
12:53un bourgeois,
12:54notable de la ville,
12:55médecin, invocat,
12:56vous devez payer
12:57votre place. »
13:00Depuis 2008,
13:01Vichy revit
13:02le faste du Second Empire.
13:04Les fêtes en hommage
13:05à Napoléon III
13:07rassemblent chaque été
13:08près de 300 passionnés
13:10de danse et d'histoire
13:11venus de France
13:12et de l'étranger
13:13comme à la picoze,
13:15vichysoise d'adoption.
13:19« Moi, je viens d'Ukraine,
13:21je suis ukrainienne
13:22et j'ai découvert cette époque
13:25et j'ai l'impression
13:25que j'ai vécu ça.
13:27Et ce qui me passionne,
13:28oui, c'est très protocolaire,
13:30mais on se met
13:31dans le rôle de quelqu'un
13:32et on raconte l'histoire
13:34autrement
13:35à travers notre tenue
13:36et notre posture.
13:38Pour une journée,
13:39donc le tenue de jour,
13:40il faut calculer
13:40à peu près une bonne heure
13:42de préparation.
13:43Pour la sortie de bal,
13:45vous comptez une bonne deux heures
13:46avec la coiffure.
13:47C'était une vraie torture,
13:49mais c'est tellement élégant.
13:51Ça va ?
13:52Tu nous dis
13:53si tu respires plus.
13:54Le repas de l'impéreur
13:55est très important
13:56parce qu'on représente
13:58vraiment les fêtes
14:00de l'époque.
14:01On montre beaucoup de codes,
14:02comment on danse,
14:03comment on se comporte,
14:04comment se tenir à table,
14:06comment parler.
14:06Il y a certains
14:06qui jouent le jeu,
14:07même qui se vouvoient entre eux,
14:08même s'ils sont
14:09très, très bons copains.
14:11On a envie vraiment
14:12de revivre l'époque
14:13parce que c'est ça
14:14le fait de revivre le patrimoine.
14:20En braquant le projecteur
14:22sur sa part de lumière,
14:24Vichy tient à distance
14:25les fantômes du passé,
14:26cette mauvaise réputation
14:28que la ville s'acharne
14:30à balayer.
14:43Ce sont des images
14:44qui ont fait le tour
14:45de la planète.
14:46L'incendie de Notre-Dame
14:48de Paris,
14:48le 15 avril 2019.
14:53Tandis que l'édifice médiéval,
14:55un des plus anciens de Paris,
14:56part en fumée,
14:57le monde se pétrifie
14:58lorsque chute
14:59la célèbre flèche.
15:02Une flèche qui ne date
15:03que du XIXe siècle,
15:05créée par un homme,
15:06Violet le Duc.
15:07Un architecte
15:09à qui l'on doit notre idée
15:10de ce qu'est le Moyen-Âge.
15:12Au milieu du XIXe siècle,
15:15alors que cathédrales
15:16et châteaux de France
15:17tombent en ruines,
15:18ce génie touche-à-tout
15:20se donne pour mission
15:21de les sauver.
15:23Des Hauts-de-France
15:25au Bordelais,
15:26de la Bourgogne
15:27aux confins
15:28de l'ancien royaume de France,
15:30Violet le Duc
15:31expérimente,
15:32répare
15:33et réinvente.
15:36Avec un bestiaire fantastique
15:38qui lui est propre
15:39et ses parties
15:40préhistoriques,
15:41il impose sa vision
15:43idéalisée du Moyen-Âge
15:44au point de transformer
15:46la physionomie
15:47de certains lieux.
15:50Une prise de liberté
15:51pas toujours du goût
15:53des historiens.
15:55Critiqué par certains,
15:56adulé par d'autres,
15:58son avant-gardisme
15:59dont on ne cesse
16:00de découvrir
16:00de nouvelles facettes
16:01fascine encore
16:02artistes et architectes.
16:05Le temps a joué
16:07en faveur
16:07d'Eugène Violet le Duc
16:09à la fois
16:10parce qu'on lui doit
16:11le sauvetage
16:11du grand patrimoine français
16:13mais également
16:13des créations inoubliables
16:15sans lesquelles
16:16aujourd'hui,
16:17le patrimoine
16:18finalement serait peut-être
16:19un peu moins riche
16:20qu'il ne l'est aujourd'hui.
16:34Dans l'Aude,
16:35sur les hauteurs
16:36de la cité de Carcassonne,
16:38la rénovation
16:39des remparts
16:39qui surplombent
16:40la porte narbonnaise
16:41nous replonge
16:42près de deux siècles
16:43en arrière.
16:46Lorsque Eugène Violet le Duc
16:48débarque ici,
16:49au milieu d'une cité
16:50médiévale abandonnée
16:51pour se lancer
16:52dans ce qui devient
16:53le plus grand chantier
16:55d'Europe.
16:55Le chantier de Carcassonne
16:57est un défi énorme
16:58pour Violet le Duc
16:59parce qu'il s'agit
17:00en un premier temps
17:01d'en assurer
17:02le sauvetage,
17:03l'état de ruine
17:04est alarmant,
17:06les tours
17:06sans toiture
17:08ont leur voûte
17:09qui menace
17:10de s'effondrer.
17:12Si l'inspecteur général
17:13des monuments historiques
17:14Prospère Mérimé
17:15fait appel
17:16à ce jeune architecte
17:17à partir de 1844,
17:19c'est qu'il s'est déjà
17:20illustré
17:21sur plusieurs chantiers
17:22de restauration.
17:23Cet enfant
17:24de la bourgeoisie parisienne
17:25est passionné
17:27par le Moyen-Âge
17:28grâce à un père
17:29gouverneur
17:29des résidences royales
17:30férus
17:31de littérature médiévale.
17:34Le Violet le Duc
17:35qui arrive à Carcassonne
17:36est un tout jeune homme,
17:37il a à peine
17:38une trentaine d'années.
17:38C'est avant tout
17:40un architecte autodidacte
17:42qui a cassé
17:43le moule
17:44de l'architecte
17:45de l'époque
17:46puisqu'il n'est pas
17:48entré à l'Académie
17:48des Beaux-Arts,
17:49il a refusé
17:50d'imiter
17:51les canons classiques.
17:53C'est son sens
17:54de l'observation
17:54qui est pour lui
17:55une source
17:56d'apprentissage
17:57inépuisable
17:58qui vont
18:00l'armer
18:01pour entreprendre
18:03un chantier
18:04comme celui
18:05de Carcassonne.
18:06Pendant près
18:07de six ans,
18:08Violet le Duc
18:09réalise une étude
18:10complète
18:10des fortifications.
18:12Relevés,
18:13coupes,
18:14volumes,
18:15ils couchent
18:16sur le papier
18:16de très nombreux croquis
18:17et dissèquent la cité
18:19comme le ferait
18:20un anatomiste.
18:21La forteresse
18:22doit retrouver
18:23son visage
18:24du XIIIe siècle
18:25lorsque les Capétiens
18:26habitaient cette cité
18:27jalonnée
18:28de 52 tours
18:29avec son château
18:30comptal
18:31et son quartier
18:32épiscopal.
18:33Pour cela,
18:34Violet le Duc
18:35supprime un quartier
18:36entier d'habitation
18:37venu s'adosser
18:38au rempart
18:39et achève
18:40de se faire remarquer
18:41en coiffant
18:42la cité
18:43de toits d'ardoise
18:44à la forme
18:45d'un autre temps.
18:46Cela suscite
18:47l'émotion,
18:48parfois l'étonnement
18:50lorsqu'on voit
18:50surgir
18:51des toits
18:52aussi pointus
18:53que ceux
18:54du nord de la France.
18:55Il ne s'est pas agi
18:56d'une hérésie
18:57de sa part
18:57mais d'un parti pris.
18:59Il assumait
19:00que le XIIIe siècle
19:01fut
19:02l'âge d'or
19:03de la forteresse.
19:05Lorsqu'il travaille
19:06sur le chantier
19:07de Carcassonne,
19:08Violet le Duc
19:09s'enferme
19:10comme un savant fou
19:11dans une salle
19:12de la tour
19:12carrée de l'Ébec.
19:19Ici,
19:20il réinvente
19:21notamment le bestiaire
19:22et l'ornement gothique
19:24de la basilique
19:24Saint-Nazaire
19:25située au cœur
19:26de la cité.
19:29Il faut imaginer
19:30cette salle
19:31pleine d'estampages
19:33de plâtre
19:34où se trouvent
19:35aussi des modèles
19:37qui serviront
19:38aux sculpteurs
19:39de pierre
19:39pour restituer
19:40très portrait
19:41ce qui a émergé
19:43de son imagination.
19:46Les gargouilles
19:47qu'il dessine
19:48et modèle
19:48pour évacuer les eaux
19:50sont la synthèse
19:51de sa vision
19:52fonctionnaliste
19:53de l'ornementation.
19:55Comme à Notre-Dame
19:56de Paris,
19:57il fait une place
19:58de choix
19:58à ce bestiaire
19:59fantastique.
20:01Avec ce chantier,
20:03l'architecte
20:04embrasse
20:04tous les arts.
20:05Il est alors
20:06convoqué
20:07par l'empereur
20:08Napoléon III
20:09pour un nouveau
20:10défi d'ordre politique.
20:20Sur une colline
20:21qui surplombe
20:22la ville
20:22de Pierrefond,
20:23dans l'Oise,
20:24se dessine
20:25un songe médiéval.
20:36Construit
20:37sous Louis d'Orléans
20:38au XIVe siècle,
20:39ce château
20:40n'est plus qu'un champ
20:40de ruines
20:41lorsqu'il arrive
20:42entre les mains
20:42de l'empereur
20:43en ce milieu
20:44du XIXe siècle.
20:46Napoléon III,
20:48féru d'archéologie
20:49et amateur
20:49de parties de chasse,
20:51y voit l'occasion
20:52de bâtir
20:52une nouvelle résidence
20:53impériale
20:54à quelques kilomètres
20:55de Compiègne.
20:57Nous sommes
20:58dans un second empire
20:59qui veut montrer
21:00à toute l'Europe
21:01sa puissance,
21:02puissance coloniale
21:03au demeurant,
21:04son opulence,
21:05sa prospérité,
21:06voire même
21:06son savoir-faire.
21:08La maquette même
21:09du château
21:09de Pierrefond
21:10est une sorte
21:11de publicité
21:12pour l'exposition
21:13universelle
21:14de 1878.
21:16L'empereur
21:17est un homme
21:18de son temps
21:18et cède
21:19à la mode
21:20du néo-gothique,
21:21mouvement dont
21:21Viollet-le-Duc
21:22se nourrit
21:22pour édifier
21:23ici
21:24sa vision rêvée
21:25du Moyen-Âge.
21:30La silhouette générale
21:32que Viollet-le-Duc
21:33donne au château
21:33de Pierrefond
21:34est un peu
21:34celle d'un château
21:35des contes de fées.
21:36Animaux hybrides,
21:37inspiration médiévale,
21:39création,
21:40décors fantaisistes,
21:41voire même
21:41inspirés de la préhistoire,
21:43autant dire
21:44qu'il y a une
21:44surenchère
21:46architecturale
21:46de Viollet-le-Duc.
21:52À Pierrefond,
21:54les symboles
21:55se cachent
21:55dans les détails.
21:57Viollet-le-Duc
21:58rend hommage
21:59aux artisans
21:59de ce chantier
22:00colossal.
22:01Mais il célèbre
22:02aussi le richissime
22:03couple impérial
22:04dans des décors
22:05fastueux
22:06pour lesquels
22:07il prône
22:08la modernité
22:08et l'extravagance.
22:11À l'image
22:12de la salle
22:13des preuses
22:13et ses dimensions
22:15vertigineuses
22:16point d'orgue
22:17du chantier.
22:19Outre des moyens
22:21modernes
22:21comme le chauffage
22:22ou des sanitaires,
22:24il y a
22:24le recours
22:25à des matériaux
22:26représentatifs
22:27de ce siècle
22:29de l'industrie.
22:30La France
22:31du Second Empire
22:32a des industries
22:33qui tournent
22:34à plein régime
22:34et dont il s'agit
22:35de faire la promotion.
22:37Eugène Viollet-le-Duc
22:38affiche
22:38ce recours
22:39à des matériaux nouveaux.
22:40Les flèches
22:41du pont-levis
22:42sont en fer
22:43riftés
22:44de même
22:45que les charpentes
22:46de certaines tours
22:47que l'on peut
22:48parfois
22:48aller découvrir
22:50dans les hauteurs.
22:51Mais en 1867,
22:54dix ans après
22:54le début du chantier,
22:56Pierrefond
22:56change de destinée.
22:58L'empereur
22:59choisit de l'ouvrir
23:00au public
23:00pour en faire un musée
23:01et exposer
23:02sa collection d'armures.
23:04Les visiteurs
23:05accourent
23:05et certains
23:06crient à l'hérésie.
23:07En pleine époque
23:08romantique,
23:09cette restauration
23:10fantasmée
23:11est condamnée
23:12pour ses anachronismes.
23:13On lui reproche
23:14son audace.
23:15Il a une commande,
23:16il est relativement libre
23:18de ses mouvements,
23:19et bien ma foi,
23:20quand il peut,
23:21il va jusqu'au bout
23:22de sa pensée.
23:23C'est un homme
23:24de parti pris.
23:25Il est ici
23:26archéologue,
23:28architecte,
23:29restaurateur,
23:30promoteur des savoir-faire,
23:32promoteur de l'industrie,
23:33voire même créateur
23:35d'un Moyen-Âge
23:36qui n'a jamais existé.
23:37mais il est aussi
23:39ce grand élan
23:40de sauvetage
23:41du grand patrimoine français
23:43auquel il lègue
23:44un héritage
23:46à nul autre pareil.
23:49Si les esprits
23:50se sont apaisés,
23:51c'est que Violet le Duc
23:52a fait consensus
23:53avec une œuvre subtile
23:55que l'on redécouvre aujourd'hui
23:56dans un domaine
23:57dans lequel on le connaît moins,
24:00celui des arts décoratifs.
24:04C'est dans le sud
24:06de la Gironde,
24:07au milieu des vignes
24:08des Graves
24:08et de Sauternes,
24:09sous l'œil
24:10des vaches bazadèses,
24:11que l'on découvre
24:12le Violet le Duc
24:14esthète.
24:17À partir de 1864,
24:19le château de Roctayad
24:21devient l'écrin
24:22de son art.
24:24La famille Mauvzin,
24:26propriétaire
24:26de cette forteresse,
24:28fait appel
24:28au célèbre architecte
24:29pour créer
24:30des lieux de vie
24:31dans ce concentré
24:32d'architecture militaire.
24:35Violet le Duc
24:36commence par offrir
24:37au donjon
24:38un grand escalier.
24:42À Roctayad,
24:43il a la chance
24:43d'avoir carte blanche.
24:45Ici,
24:45il peut faire
24:46ce qu'il veut.
24:47D'ailleurs,
24:47à tel point
24:48que les Mauvzin
24:49s'en inquiètent
24:49parce qu'ils ne comprennent
24:50pas ce qui se passe
24:51et Violet le Duc
24:52va vraiment remodeler
24:53tous les intérieurs.
24:57Pour faire entrer
24:58la lumière
24:58dans cet espace
24:59resté clos
25:00pendant cinq siècles,
25:01il casse les meurtrières
25:02et ouvre des fenêtres
25:04sur la nature
25:05tout en l'intégrant
25:06aux décors intérieurs.
25:08Par exemple,
25:09sur ces toiles peintes
25:10sur les murs,
25:11ils ont un fond bleu
25:12qui nous donne l'impression
25:13de regarder
25:14à travers des fenêtres
25:15sur la nature extérieure.
25:17Papillons,
25:18des libellules,
25:19des mouches,
25:20voilà,
25:20c'est un violet du Duc
25:21qui était un écologiste
25:22avant l'heure.
25:23En s'inspirant
25:24des formes organiques
25:25qu'il trouve
25:26dans le parc du château,
25:28il orne chaque pièce
25:29de matériaux modernes
25:30comme la céramique
25:31et utilise la décoration
25:33structurelle
25:34dont il fait l'apologie
25:35dans ses ouvrages.
25:38Pour créer
25:39une sensation de volume,
25:41il y a ce plafond
25:41au-dessus de notre tête
25:42qui nous donne l'impression
25:43d'être sous la tonnelle.
25:44Là, on prend
25:45l'apéritif en été
25:46avec la végétation
25:47et le ciel
25:47qui transparaît
25:48à travers.
25:50Mais à court d'argent,
25:52les Mauvesins
25:53sont contraints
25:53de freiner l'artiste
25:54dans sa lancée,
25:55laissant une grande salle
25:56inachevée.
25:59Alors en 2015,
26:01Sébastien et son fils,
26:02leurs descendants,
26:03ont entrepris
26:04de terminer
26:04avec des artisans locaux
26:06cette salle synodale
26:07pour laquelle
26:08Violet le Duc
26:09a laissé en héritage
26:10un livre d'or
26:11et deux aquarelles
26:13de son projet.
26:15Je pense qu'on regarde
26:17autour de nous
26:17tous ces décors,
26:19on voit toutes ces couleurs
26:19très vives,
26:20très riches,
26:21très fraîches
26:21qui égayent vraiment
26:23cette pièce.
26:24Donc on a effectivement
26:25ce côté moderne,
26:27bien que la peinture
26:28soit basée sur des dessins
26:30qui ont été réalisés
26:31il y a plus de 160 ans
26:32maintenant.
26:32J'ai lu qu'il est
26:33ce que Beethoven
26:34est à la musique,
26:35ce que Rodin
26:37est à la sculpture.
26:38C'est un novateur,
26:39c'est un visionnaire
26:40et tout son travail
26:42qu'il fait partout en France,
26:43notamment en Roque Taillade,
26:44on a envie de le sauver
26:46et de le faire connaître.
26:49Violet le Duc
26:50touche les artistes
26:51qui s'imprègnent encore
26:52aujourd'hui de son art.
26:55À Pierrefond,
26:57lorsqu'elle a su
26:58que la salle des Preuses
26:59allait fermer
27:00pour deux ans de travaux,
27:01Camille Bloch
27:02s'est plongée
27:03dans l'œuvre de l'architecte
27:04pour en livrer
27:05une version miniature,
27:07minutieux travail
27:08de peinture et sculpture.
27:11Il y a aussi
27:12tout un travail
27:13du fer
27:14que j'ai fait faire
27:15d'après un dessin
27:16que j'ai reproduit
27:17de Violet le Duc
27:18qui est en impression
27:20de laser 3D
27:21sur du métal.
27:23J'ai vraiment voulu
27:24que le visiteur
27:24puisse comprendre
27:25en fin de compte
27:26comment le toit
27:27de Violet le Duc
27:27a été fait
27:28en utilisant
27:29une charpente métallique.
27:31Derrière ce projet,
27:32il y a la volonté
27:33de rendre hommage
27:34à un génie
27:35qui a su s'affranchir
27:36des doctrines.
27:37Violet le Duc,
27:38je le connaissais,
27:39je pense,
27:39comme tout le monde,
27:40comme architecte.
27:40et en fin de compte,
27:42j'ai découvert
27:42vraiment un travail
27:43d'artiste
27:44et il ne s'est pas
27:45arrêté à une technique.
27:46Il n'a pas eu peur
27:47du regard des autres,
27:49il n'a pas eu peur
27:50de se dire
27:50« mince,
27:52c'est trop moderne
27:53pour quelque chose
27:53d'ancien »
27:54ou il a montré
27:55aux générations futures
27:57comment jongler
27:57avec ça
27:58et comment se lâcher.
28:00Au final,
28:00c'est une pépite,
28:01c'est un chef-d'oeuvre.
28:03Violet le Duc
28:04est aujourd'hui reconnu
28:06pour son style
28:06qui a fini par triompher
28:08dans le patrimoine français.
28:11Lors des discussions
28:11sur la reconstruction
28:12de Notre-Dame,
28:14la volonté de retrouver
28:15la célèbre flèche
28:16a fait consensus,
28:18consacrant ainsi
28:19le rêve de l'architecte
28:20imposer sa vision
28:22du Moyen-Âge.
28:25Sous-titrage Société Radio-Canada
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