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  • il y a 10 heures
La crise économique marque le retour brutal de la misère. Les idéologies se cristallisent, les premières luttes sociales s'organisent et le nationalisme se propage. Avec effroi, les Français voient l'ombre de la guerre ressurgir. Inexorablement, ils plongent dans une nouvelle course à l'abîme. Année de Production :

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00:02Attablé dans les cabarets parisiens, le krach boursier américain semble encore bien loin.
00:08Les français continuent de s'enivrer dans la ritournelle des années folles.
00:18Certes, au petit matin, à la lecture des quotidiens, ils découvrent l'ampleur que prend cette débâcle économique outre-Atlantique.
00:25La crise, tout le monde en parle, en famille, au café, entre amis.
00:30Mais les français, portés par une confiance indéfectible envers leur pays, se refusent à envisager le pire.
00:37Que pourrait-il leur arriver ? Ils ont gagné la première guerre mondiale, ce n'est pas une crise économique
00:42qui va les effrayer.
00:45Mais les années 30 ne seront pas les années 20.
00:49Les français vont plonger dans une décennie tourmentée, durant laquelle la misère, que l'on pensait vaincue, va faire son
00:55retour.
00:57Une décennie au cours de laquelle vont se mettre en place les ressorts des luttes sociales qui marqueront le siècle
01:02à venir.
01:04Une décennie, enfin, où la tentation fasciste va faire son apparition, comme ailleurs en Europe.
01:13Inexorablement, en dix ans, ces français, qui avaient rêvé de paix et de prospérité, verront mourir toutes leurs illusions.
01:21Commence alors une course à l'abîme.
01:38Sous-titrage Société Radio-Canada
02:12Sous-titrage Société Radio-Canada
02:32L'exposition coloniale vient d'ouvrir ses portes.
02:45Près de 8 millions de français s'y pressent.
02:48On vient de partout, de Paris, de banlieues, de provinces, pour admirer cette autre France, celle de l'Outre-mer.
03:00Les familles déambulent d'une colonie à l'autre.
03:03Ils découvrent le souk marocain, visitent une mosquée rouge soudanaise, marchande dans la casse-bas algérienne.
03:20Ce décor hallucinant promet un voyage vers des territoires que les français n'ont pour la plupart jamais vus.
03:34Pour nos grands-parents, l'exposition de 1931 va imprimer au fer rouge l'idée selon laquelle la France, c
03:41'est les colonies.
03:47C'est une démonstration de force et le spectacle du siècle.
03:51Comment croire à la crise d'un pays riche de tant de merveilles ?
03:54Comment croire à la chute de la France devant ses bouddhas, ses fèses et ses palmiers ?
04:12Six mois plus tard, l'exposition ferme ses portes.
04:15Les palais sont démontés.
04:18Les français ont-ils réalisé combien l'empire qu'ils avaient sous les yeux n'était que de stuc et
04:24de carton-pâte ?
04:27Les français ont cru, mais rien n'était vrai.
04:30Ils n'ont pas vu que la crise allait les frapper à leur tour.
04:46Au large de la Bretagne, ces pêcheurs à la Morue sont parmi les premiers à percevoir que quelque chose a
04:52changé.
04:53Eux qui partent des mois jusque dans les mers du Nord pour remplir les cales de leurs bateaux.
05:01À bord, ces marins n'ont plus le cœur à l'ouvrage.
05:05Imaginez, en quelques mois, leurs revenus sont divisés par cinq.
05:18Yann Recher, capitaine de pêche en haute mer, raconte son retour à Cancane.
05:26Nous mouillons à cinq, six cents mètres de la plage.
05:29Des barques passent d'un portée de voie, mais pas un appel, ni d'eux, ni de nous.
05:36Mais où sont les gaises et bruyants retours des bateaux, criant la joie de revenir après des semaines d'absence
05:41?
05:49Minés par la crise internationale, ces pêcheurs dont les clients étaient étrangers font faillite.
05:58Dunkerque, Fécamp, Saint-Brieuc.
06:01En à peine quatre ans, la quasi-totalité des ports à la morue français ferment et les criés se vident.
06:10La catastrophe s'abat sur toute la côte atlantique.
06:15Ils n'ont jamais vu ça.
06:17Plus implacable qu'une guerre, plus redoutable qu'une tempête.
06:22Le chômage met en cale-sèche tout le littoral.
06:34Avant, la Bretagne priait pour que les hommes reviennent de mer.
06:37Elle implore désormais pour que les cours de la pêche augmentent.
06:41Comme si Dieu pouvait quelque chose à leur dénuement.
06:50Les marins et leurs familles ont la peau dure et l'habitude des mauvais jours.
07:01S'installe néanmoins dans ces villages une amertume nouvelle et grandissante à l'égard de cette société moderne.
07:08Qui ont-ils gagné, se demandent-ils, à enterrer leurs habitudes et leurs traditions ?
07:15Qui ont-ils gagné, se demandent-ils, à enterrer leurs habitudes et leurs habitudes et leurs habitudes ?
07:24Qui ont-ils gagné !
07:28Qui ont-ils gagné en tant queyrante à la peau d'une jungle ?
07:30Qui ont-ils gagné ?
07:31Qui ont-ils gagné en tant queyrante à l'étre ?
07:47A Paris, dans le quartier populaire de Belleville,
07:50seuls les enfants ont encore le cœur à rêver.
08:00Dans les rues où ils jouent, les boutiques ferment, une à une.
08:04Les clients ne viennent plus.
08:07Du jamais vu depuis la Première Guerre mondiale.
08:10Et les appels à consommer français n'y changent rien.
08:18A Douai, faute de commande, les usines textiles sont parmi les premières à mettre leurs employés au chômage partiel.
08:26A partir de 1932, la récession fait tâche d'huile.
08:30Dans toute la région, les ateliers se vident et le bruit des moteurs s'éteint.
08:37Au chantier naval de Dunkerque, c'est le même écœurement.
08:41Première variable d'ajustement, les ouvriers perdent leur travail du jour au lendemain.
09:09Dans les bureaux, même les ingénieurs que les entreprises s'arrachaient sont remerciés.
09:16La classe moyenne se pensait à l'abri de par son statut social.
09:20Elle est à son tour emportée.
09:28En mars 1932, le préfet du Nord, inquiet de la tournure des événements, alerte.
09:33Le département qui comptait 1226 chômeurs, six mois plus tôt, en compte désormais plus de 36 000.
09:46Les Français découvrent une nouvelle expression dans leurs journaux, le chômage de masse.
09:53Au rythme des licenciements, les années folles sont mortes et enterrées.
10:00Et comme un symbole, c'est un des fleurons de l'industrie française qui s'écroule.
10:06Citroën.
10:10Coincé par ses banques et ses créanciers, l'entreprise du Quai de Javel à Paris ne parvient plus à faire
10:16face à ses dettes.
10:21Il est loin le faste des années 20, quand André Citroën invitait les enfants de ses employés dans son hôtel
10:27particulier.
10:34Pour ne pas mettre tous ses salariés au chômage, le Magna cède son entreprise.
10:45A 56 ans, chassé de l'empire qui porte son nom, André Citroën a tout perdu, son trône et ses
10:52rêves.
10:53Atteint d'un cancer à l'estomac, il décède six mois plus tard.
11:08Comme toujours en période de crise, il y a les perdants, mais aussi les gagnants.
11:13De nouvelles enseignes poussent comme des champignons.
11:16Prés uniques, uniprix, monoprix.
11:19Des marques qui vont rester dans l'inconscient collectif.
11:25Les français de la classe moyenne voient leur pouvoir d'achat s'effondrer.
11:29Mais avec les magasins de crise, c'est un peu du passé prospère qui reste accessible.
11:40Ces boutiques d'un genre nouveau ouvrent à Paris comme en province plus de 1600 en 4 ans.
11:52Ces rayons toujours pleins, ces enseignes rassurantes donnent l'illusion que le progrès continue.
12:05Pour les plus démunis, en revanche, ces enseignes rutilantes sont autant de mirages inaccessibles.
12:24Car la crise qui s'installe fait ressurgir une misère que l'on pensait révolue.
12:37Derrière les habitations à bon marché, un amas de baraques de fortune se propage tel un virus.
12:4433 kilomètres de misère qui en serrent Paris.
12:47Un pays au nom glacial, la zone.
12:55La zone dont Louis Ferdinand Céline écrira dans Voyage au bout de la nuit.
13:01Cette espèce de village qui n'arrive jamais à se dégager tout à fait de la boue.
13:05Coincée dans les ordures, les bordées de sentiers où les petites filles trop éveillées et morveuses,
13:10le long des palissades, fuient l'école pour attraper d'un satire à l'autre
13:14un sou, des frites et la blénoragie.
13:26Aux chiffonniers qui habitent depuis des décennies ces ruelles fantomatiques
13:30s'ajoutent depuis peu une nouvelle population, les sans-emploi.
13:42Pour un travailleur à la porte, c'est toute une famille qui s'entasse dans une pièce.
13:49Alors on se fait artisan de fortune, colporteur sans marchandises,
13:54mendiant privé d'espoir.
13:55Et on y meurt plus jeune qu'ailleurs, de pauvreté, de promiscuité, d'insalubrité.
14:01Les maladies sont légions, la tuberculose est pandémique,
14:05la diphtérie galopante.
14:18Au fil des mois, s'y ajoute un nouveau mal, la syphilis.
14:24En 1932, un Français sur cinq en est atteint.
14:28Une épidémie largement propagée par un des symptômes de cette misère,
14:32la prostitution.
14:38Le docteur Léon Bizarre soigne ses femmes.
14:42En 1934, il écrit
14:44« Il est exceptionnellement rare qu'une femme gagnant correctement sa vie
14:48tombe dans la prostitution.
14:51Elles ne parlent toutes que de misère, c'est bien leur lot commun. »
15:04Cette figure de la prostituée, paria de la crise,
15:08chacun la voit, mais personne n'ose la montrer.
15:13Et puisque les actualités ne mettent pas à l'écran cette réalité crue,
15:17c'est le septième art qui s'en empare dans plusieurs films à succès.
15:38Sensible à cette détresse,
15:40une des figures des années 20 va alors démontrer
15:43combien son amour pour la France est profond.
16:07Loin du champagne des nuits parisiennes,
16:09Joséphine Baker visite les faubourgs de la misère.
16:13Ici, on l'appelle affectueusement Cocotte ou Fiffine.
16:17Elle organise régulièrement dans les rues du 18e arrondissement de Paris
16:21une œuvre de bienfaisance,
16:23« Le poteau-feu des vieux. »
16:26Elle dira plus tard,
16:27« La France a fait de moi ce que je suis.
16:29Je suis prête aujourd'hui à lui donner ma vie. »
16:44L'époque est aux dames patronesses et à leurs semaines de bonté.
16:48Parmi les privilégiés,
16:50bon nombre offre spontanément de quoi manger aux nécessiteux.
16:57Mais la tâche est trop immense.
17:00Jeunes, vieux, ouvriers,
17:02partout ce sont des ventres qui, inexorablement, se vident.
17:16Chômeur sans indemnité,
17:18Régis raconte.
17:20On ne parle plus,
17:21on ne pense plus.
17:23Après trois heures de queue, c'est notre tour.
17:26On s'assied devant notre soupe,
17:27on n'a même pas la gratitude de se tourner vers ceux qui nous l'attendent.
17:32On mange vite, goulûment,
17:34et ça vous brûle l'estomac.
17:36On se lève, au signal,
17:38comme les petits enfants à l'école.
17:39C'est déjà fini.
17:46Au milieu des années 30,
17:48plus d'un million de Français n'ont plus de travail.
17:52Et comment faire quand,
17:54sans indemnité chômage,
17:56il faut nourrir une famille ?
18:03Certaines villes ouvrières s'organisent alors.
18:05Sur le perron de la mairie de Saint-Denis, par exemple,
18:08on installe un bureau qu'on surnomme
18:10la plaque tournante.
18:14C'est là que se décide
18:15qui pourra recevoir une assistance.
18:18La ville débloque un secours,
18:21une première forme d'aide financière
18:22pour les chômeurs.
18:23Mais encore faut-il pouvoir y prétendre.
18:29Au niveau national,
18:31seul un chômeur sur trois en bénéficie.
18:34Pour les autres, rien.
18:44À partir de 1933,
18:46de Saint-Étienne,
18:47de Rouen,
18:48de Valence et d'ailleurs,
18:50des hommes,
18:50baluchons sur l'épaule,
18:52partent à pied vers la capitale.
18:57Ils veulent montrer aux hommes de pouvoir
18:59leur dénuement.
19:00Seuls sur les routes,
19:01au premier jour du mouvement,
19:02ils vont rapidement être rejoints
19:04par des dizaines de milliers de Français.
19:07Le pays marche avec eux.
19:14À Paris,
19:15les manifestations sont interdites.
19:17Les marcheurs de la faim
19:18arrivent sous les ouras
19:20dans la banlieue rouge
19:21à Saint-Denis.
19:27Ils n'obtiendront rien du gouvernement,
19:29mais réalisent combien
19:30leur condition est commune.
19:42Dans ce dénuement grandissant,
19:45quelqu'un doit être responsable.
19:48Pour une partie de la rue,
19:50le coupable est tout trouvé,
19:52c'est l'étranger.
19:54« À Paris,
19:55les étudiants en médecine
19:56font une grève de protestation
19:58contre le trop grand nombre
20:00d'étrangers admis à exercer en France. »
20:03À chacune des manifestations
20:04dans le quartier latin,
20:06les étudiants d'extrême droite
20:07reprennent un slogan
20:08de la presse antisémite,
20:10« La France aux Français ».
20:20Pour tenter d'étouffer
20:22la colère qui monte,
20:23le gouvernement instaure
20:24une loi dite de « protection
20:26de la main-d'œuvre nationale
20:27en temps de crise ».
20:43Alors, dans les houillères
20:44du Pas-de-Calais,
20:45au chômage,
20:46s'ajoute désormais la peur.
20:59Louise et son mari,
21:01tous deux Polonais,
21:02vivent au pied
21:02de la mine de Bruet.
21:04Elle raconte.
21:06« On entend partout
21:07« Va-t'en en Pologne ».
21:08Les Français disent
21:09que nous prenons leur travail.
21:12On entend partout dire
21:13qu'on va nous rapatrier.
21:14Plusieurs ont déjà reçu
21:15leur carte pour repartir
21:16en Pologne.
21:28Les premiers visés,
21:29ce sont les familles
21:30des syndicalistes polonais
21:31dont les entreprises
21:32veulent se débarrasser.
21:44Sous le regard
21:45de leurs voisins et amis,
21:46les corons se vident.
21:49les plus chanceux
21:50trouvent un camion
21:50pour transporter les traces
21:52d'une vie modeste
21:53et indésirable.
22:06Pour les autres,
22:07ce sont dix années passées
22:08en France
22:09qui finissent
22:09dans les bennes à ordures.
22:20et quand ces familles
22:21refusent de quitter
22:21le territoire,
22:22les gendarmes
22:23font leur apparition.
22:26Rien qu'en 1934,
22:28plus de dix mille Polonais
22:29sont expulsés
22:30du Nord
22:31et du Pas-de-Calais.
22:45En cinq ans,
22:47700 000 étrangers
22:48sont expulsés
22:49de France.
22:50Mais ces mesures,
22:51loin de calmer les esprits,
22:53vont exacerber
22:54les tensions.
23:09Dans le nord de Paris,
23:10rue des Cloïs,
23:11pendant les réunions
23:12hebdomadaires
23:13d'anciens poilus,
23:14la parole devient
23:15ouvertement nationaliste
23:16et xénophobe.
23:18Ils étaient des héros
23:20dans les années 20.
23:21Ils se sentent oubliés.
23:22A leurs yeux,
23:24les hommes politiques
23:24ne sont pas à la hauteur
23:26de leurs sacrifices passés.
23:28Leurs groupes d'amitié
23:29vont alors se transformer
23:30en véritables appareils politiques.
23:33Notamment le plus important
23:34d'entre eux,
23:35les croix de feu.
23:50Dirigés par le colonel
23:51François de Larocque,
23:53les croix de feu
23:53dénoncent dans leurs écrits
23:54cette France
23:55qui ne peut être plus longtemps
23:57les goûts du monde.
24:08Sous le patronage
24:09de Jeanne d'Arc,
24:11ils disent vouloir
24:11sauver la France
24:12de la décadence.
24:13Une décadence
24:14qui prend pour eux
24:15les traits des parlementaires,
24:17des francs-maçons,
24:18des étrangers.
24:31La roque,
24:32qui se dit
24:33ni de gauche
24:34ni de droite,
24:35est l'homme providentiel
24:36d'une partie du peuple
24:37qui rêve d'ordre
24:38et de pureté.
24:46À quelques kilomètres
24:48de Chartres,
24:48dans un océan de flambeaux,
24:51la roque,
24:51Martial,
24:52apparaît au milieu des siens.
24:54En communiquant hors pair,
24:56il invente une devise
24:57qui va faire date.
24:58Travail,
24:59famille,
25:00patrie.
25:04À l'heure où l'Allemagne
25:05s'est offerte à Hitler
25:06et l'Italie à Mussolini,
25:08de plus en plus
25:09de Français
25:09se mettent à rêver
25:10à un changement de régime.
25:22Le meilleur carburant
25:24pour l'extrême droite,
25:25ce sont les scandales politiques.
25:31En janvier 1934,
25:33la France découvre
25:34une affaire retentissante.
25:36des membres du gouvernement
25:38sont accusés
25:39d'avoir couvert
25:39un certain
25:40Alexandre Stavisky
25:41dans une escroquerie
25:43à 200 millions de francs.
25:50quelques jours plus tard,
25:52à Chamonix,
25:52la police retrouve
25:53l'escroc mort.
25:56Le canard enchaîné
25:57titre alors
25:58Stavisky se suicide
26:00d'un coup de revolver
26:01qui lui a été tiré
26:02à bout portant.
26:04L'escroc, dit-on,
26:05aurait été tué
26:06pour protéger
26:07un député
26:08et un ministre
26:08du gouvernement.
26:11L'affaire déchaîne
26:13les croix de feu
26:13et tout ce que la France
26:14compte d'antiparlementaristes.
26:23Le climat devient explosif.
26:25Les appels
26:26à la chute du gouvernement
26:27se multiplient.
26:38Tous les jours,
26:39dans toutes les villes de France,
26:41les rassemblements
26:42d'extrême droite
26:42dégénèrent.
26:53Policiers contre
26:54anciens combattants,
26:55royalistes contre
26:56gendarmes mobiles.
26:57les blessés
26:58se comptent
26:58par centaines.
27:21Persuadés
27:22que le climat
27:23de guerre civile
27:23leur est favorable,
27:24les hommes
27:25d'extrême droite
27:26appellent
27:26à une grande manifestation
27:28place de la Concorde
27:29le 6 février 1934.
27:35Au petit matin,
27:37les parisiens
27:38découvrent des affiches
27:39placardées un peu partout.
27:41Chacun s'attend
27:42à ce que la foule
27:43soit énorme.
27:47« La trouille va bon train,
27:49comme l'écrivent
27:49les journalistes
27:50de l'époque.
27:51Alors on enlève
27:52des rues
27:52tout ce qui pourrait
27:53servir de projectile.
27:54Et déjà,
27:55les policiers
27:56se mettent en place.
28:17Joseph Kessel, reporter,
28:19témoigne de ce qu'il vit ce jour-là.
28:22Ces images resteront gravées
28:24dans ma mémoire.
28:25Celles de ces policiers
28:26massés contre cette cuirasse humaine,
28:28tous enragés.
28:29Ils ont rompu les barrages,
28:31coupé les jarrets des chevaux
28:32et forcé les entrées du pont
28:34menant à l'Assemblée nationale.
28:36Alors,
28:37les gardes mobiles
28:37ont perdu la tête.
28:39Ils ont tiré.
28:50Certains rêvaient d'un putsch,
28:51mais cette nuit d'émeute
28:52ne sera qu'une démonstration
28:53de force inutile et mortelle.
29:12Paris se réveille
29:13avec un goût de cendre.
29:15Quinze morts
29:16et plus de mille blessés.
29:19Vingt ans après
29:19la Première Guerre mondiale,
29:21les Français sont effarés.
29:26Au pied de la passerelle de Passy,
29:28les Parisiens regardent
29:29des bataillons de soldats
29:31sous leurs fenêtres.
29:36L'armée se déploie dans la ville
29:38pour tuer dans l'œuf
29:39toute menace fasciste.
29:41La République serait-elle
29:43en train de vivre
29:43ces dernières heures ?
29:53Six jours plus tard,
29:55le 12 février,
29:56en réponse à ces violences,
29:58une marée humaine
29:59envahit la place
29:59de la nation à Paris.
30:06Au milieu des enfants,
30:08bras dessus, bras dessous,
30:09le peuple des faubourgs
30:11exhibe les derniers survivants
30:12de la commune de Paris
30:13et promet que le fascisme
30:15ne passera pas.
30:21Dans la foule,
30:22Léon Blum,
30:23leader du Parti Socialiste,
30:25comprend qu'il se passe
30:26quelque chose d'inédit.
30:28Pour une fois rassemblée,
30:30la gauche pourrait accéder
30:31au pouvoir.
30:31La province soulevée
30:34toute entière,
30:36Paris rassemblée
30:38dans cette manifestation,
30:41signifie aux hommes
30:43du fascisme
30:44et du royalisme
30:46qu'ils ne passera pas
30:48la réaction,
30:50ne passera pas.
30:51Vive la République
30:53des travailleurs,
30:54vive la liberté,
31:00vive l'unité
31:01prolétarienne
31:03sans laquelle
31:04aucune victoire
31:06n'est possible.
31:07Vive le peuple ouvrier
31:09de Paris.
31:18Unité, action !
31:20Unité, action !
31:22Les Français sont plus divisés
31:23que jamais.
31:24Point levé contre bras tendus,
31:27front commun
31:27contre front national,
31:29deux francs se font face.
31:32L'union sacrée,
31:34prônée après la guerre,
31:35les promesses
31:36d'un avenir de concorde
31:37et de rassemblement
31:38se sont envolées.
31:53Mais l'heure de l'affrontement,
31:55pourtant,
31:56n'a pas encore sonné.
31:57Dans les villages,
31:59à l'ombre des clochers,
32:00la tranquillité
32:02des jours simples
32:02demeure encore.
32:12Et bientôt,
32:13quand on parle
32:13des événements de février,
32:15on parle plus souvent
32:16des élections des Miss
32:17que des émeutes.
32:20On se met à voter pour tout.
32:23Pour le plus beau regard,
32:24la plus jolie paire de jambes
32:26ou la fumeuse
32:27la plus élégante.
32:38Le dimanche,
32:39on se retrouve entre amis
32:40au vélodrome d'hiver.
32:44Il n'y a plus de riches
32:45ou de pauvres,
32:46plus de clivages politiques.
32:48On soutient un même coureur
32:49pour en huer un autre
32:51dans une mauvaise foi
32:52bien française.
32:55Et tous s'enthousiasment
32:57pour Antonin Magne
32:58qui vient de gagner
32:59le Tour de France.
33:12Mais bientôt,
33:14c'est une autre compétition
33:15qui prend place.
33:16En mai 1936,
33:18les Français doivent élire
33:19leurs nouveaux députés.
33:21Et les dissensions réapparaissent.
33:29Contre toute attente,
33:31le Front populaire,
33:32coalition de gauche
33:33née au lendemain
33:33des émeutes de 1934,
33:35gagne les élections
33:37très largement.
33:38Léon Blum,
33:39à peine nommé
33:40chef du gouvernement,
33:41provoque une première
33:42révolution sociale.
33:44Au milieu des hommes
33:46en costume trois pièces,
33:47semblables en tout point
33:48à ceux des gouvernements
33:49précédents,
33:50ils nomment trois femmes.
33:52Elles qui n'ont toujours
33:53pas le droit de vote
33:54vont gouverner le pays.
33:56Le Front populaire
33:57avait promis
33:58le progrès social
33:59et il s'y tient.
34:05Dans la ville du Havre,
34:07bastion ouvrier,
34:08cette victoire de la gauche
34:10est vécue
34:10comme une délivrance.
34:12Alors que souffle
34:13un vent de liberté
34:14dans les rues de la ville,
34:15un événement
34:16dont la France d'aujourd'hui
34:17est en partie le fruit
34:19va avoir lieu.
34:23Les ouvriers
34:24de l'usine d'aviation
34:25Breguet y sont à bout,
34:27excédés par leurs
34:28conditions de travail.
34:30Louis Eudier,
34:31syndicaliste,
34:32raconte.
34:33La répression
34:34était très dure
34:35dans cette usine.
34:36Il fallait demander
34:37l'autorisation
34:37d'aller au WC.
34:39L'ouvrier qui se permettait
34:40de siffler chemin faisant
34:41était renvoyé
34:42sous prétexte
34:43de manque d'application.
34:46Alors,
34:47avec quelques camarades,
34:48nous avons appelé
34:49à faire grève.
34:54Les salariés
34:55imaginent
34:56une nouvelle forme
34:57de protestation.
34:58Ils occupent
34:59l'usine jour et nuit.
35:01Du jamais vu.
35:02Et pour tout dire,
35:03un scandale.
35:05Mais leur mouvement,
35:06à la surprise générale,
35:08va changer la France.
35:10Après les usines Breguet,
35:12c'est tout le pays
35:13qui se met peu à peu
35:14en grève.
35:22Dans les cours d'usines,
35:23dans les rayons
35:24des grands magasins,
35:25les salariés
35:26s'improvisent
35:27meneurs de grève
35:27et reprennent à leur compte
35:29un slogan lancé
35:30par le Front Populaire
35:31quelques semaines plus tôt.
35:32Ils veulent
35:33le pain,
35:34la paix,
35:35la liberté.
35:39Les Midinettes,
35:40ces ouvrières
35:41des maisons de couture,
35:42votent point levé
35:43en même temps
35:44que les météorurgistes
35:45du Nord.
35:51Même les ouvriers
35:52agricoles
35:53débrayent.
36:00En juin 1936,
36:032 millions de travailleurs
36:04sont en grève.
36:05L'économie est à l'arrêt.
36:08Villes et campagnes,
36:09hommes et femmes,
36:10c'est le plus grand mouvement
36:11social de l'histoire moderne.
36:16En signe de soutien,
36:17même les artisans,
36:19les cafés,
36:19les commerçants
36:20baissent leurs rideaux.
36:36À Billancourt,
36:37aux portes de Paris,
36:38les ouvriers
36:39des usines Renault
36:40décident de copier
36:41les premiers grévistes
36:42du Havre
36:42en organisant eux aussi
36:44l'occupation
36:45de leur lieu de travail.
36:54L'heure serait-elle
36:56à la Révolution,
36:57comme en Russie
36:5720 ans plus tôt ?
37:00Pour une partie
37:01des Français,
37:01c'est certain,
37:03les soviets
37:03sont à la manœuvre.
37:08et pourtant.
37:13Dans les rues de Surenne,
37:15les sourires sont de mise
37:16au passage des salariés
37:18des ateliers Louis Blériot.
37:19C'est Grimé et Gognard
37:21qu'ils partent occuper
37:22une usine voisine
37:23où leurs camarades
37:24les attendent.
37:26La Révolution
37:27a des allures
37:28de carnaval.
37:53La philosophe Simone Veil
37:55participe à ces grèves.
37:57Elle écrit
37:58« Ces grèves
37:59sont en elles-mêmes
38:00une joie.
38:00Joie de parcourir
38:01librement ces ateliers,
38:03de former des groupes,
38:05de causer,
38:05de casser la croûte.
38:07Joie d'entendre
38:08de la musique,
38:09des chants et des rires.
38:10Joie de passer
38:11devant les chefs
38:12la tête haute.
38:12On cesse enfin
38:13d'avoir besoin
38:14de lutter à tout instant
38:15pour conserver
38:16sa dignité.
38:32Dans les ateliers,
38:33cadres et ouvriers
38:34sont côte à côte
38:35comme rarement.
38:36Travailleurs étrangers
38:38et français
38:38sont réunis.
38:40Dans les cours,
38:41les salariés
38:41chantent aussi bien
38:42l'international
38:43que
38:44auprès de ma blonde.
38:49Partout,
38:50les femmes
38:50sont aux premières loges.
38:53L'histoire
38:54ne s'écrira pas
38:55sans elles.
39:01Ces grèves
39:02resteront gravées
39:03dans notre mémoire.
39:10Le 8 juin
39:11au matin,
39:11dans les ateliers
39:12occupés,
39:13la nouvelle tombe,
39:15le gouvernement
39:16de Léon Blum
39:16acte les accords
39:18matignons.
39:19Augmentation générale
39:20des salaires
39:20de 15%
39:21en moyenne.
39:22Dans la foulée
39:23sont votées
39:24la semaine de 40 heures
39:25et pour la première fois
39:26des vacances
39:27pour tous.
39:2915 jours
39:29de congés payés
39:30pour tous les salariés.
39:32Sur les unes
39:33des journaux de gauche,
39:34un seul mot,
39:36victoire.
39:47Le Front Populaire
39:48est allé plus loin
39:49que les réformes
39:49qu'il avait promises.
39:51Jamais,
39:52depuis la révolution
39:53de 1789,
39:55une telle mutation
39:56économique et sociale
39:57n'avait eu lieu
39:58en si peu de temps.
40:25dans les actualités
40:27de l'époque,
40:28on tente de mesurer
40:29l'ampleur du changement.
40:30Alors mon Dieu,
40:31ce travail avec les nouvelles lois,
40:32c'est intéressant ?
40:33Je crois tout au moins
40:34à l'heure actuelle
40:35avec 40 heures.
40:36Mais j'estime une chose
40:37que si nous pouvons
40:37en faire que 36,
40:38ça vaudrait sans pas mieux.
40:40Au lieu de toucher
40:40350 fois la semaine,
40:42je crois qu'il serait nécessaire
40:43d'en toucher encore 450.
40:45Nous aimons mon mari et moi
40:47beaucoup faire du camping
40:49et jusqu'alors
40:50nous n'avions qu'air
40:51plus de loisirs
40:51pour en faire.
40:53J'espère que nous aurons
40:54aussi le soleil.
40:55C'est ça le soleil,
40:56vous avez l'impression
40:56qu'il y a de la joie.
41:13L'histoire donne parfois
41:14rendez-vous aux poètes.
41:16Et on peut dire
41:17de Charles Trenet
41:17qu'il est à l'heure.
41:20Avec ce jeune chanteur
41:21à l'allégresse contagieuse,
41:22les vacanciers
41:23de l'été 1936
41:24ont leur bande originale.
41:27qui vient d'avec
41:28je ne sais quoi,
41:29c'est l'amour.
41:30Bonjour, bonjour
41:31les demoiselles,
41:32il y a de la joie
41:33partout, il y a de la joie.
41:34Ils profitent, en famille,
41:36de la ligne de train
41:37Paris-Lyon-Marseille
41:38pour découvrir un pays
41:39qu'ils ne connaissent pas vraiment.
41:47Au petit matin,
41:48ces nouveaux vacanciers
41:50voient la mer
41:50pour la première fois.
41:58Ils soufflent sur la France
41:59de 1936,
42:01un air d'année folle.
42:12René Huguen
42:13est lycéen
42:14quand il découvre la mer.
42:15Il dit
42:16en allant à la plage,
42:18j'avais l'impression
42:19de respirer un autre air,
42:21celui du changement.
42:34Les plages du sud
42:35de la France,
42:36de Bretagne,
42:37sont prises d'assaut.
42:40Se retrouver,
42:41ne rien faire,
42:43des corps libérés,
42:45dorés par la liberté
42:46et le soleil,
42:47délivrés des rouages
42:48des machines
42:48et des injonctions
42:50des contre-maîtres.
42:56Regardez-les,
42:57ces Français,
42:57dont les plus aisés
42:58se filment eux-mêmes.
43:00Ils figurent
43:01nos albums de famille.
43:19Se filmer,
43:20ne rien oublier,
43:21comme s'ils avaient
43:22le pressentiment
43:23d'imprimer sur la pellicule
43:24leurs ultimes saisons
43:26de légèreté.
43:46Au mois de mai 1937,
43:48au pied de la tour Eiffel,
43:50les Français découvrent
43:51les pavillons
43:52de l'exposition internationale.
43:58Et d'emblée,
43:59un sigle retient
44:00leur attention.
44:04Cet aigle nazi
44:05qui, tel un prédateur,
44:07surplombe Paris.
44:15Les Français déambulent
44:17au milieu des dernières inventions
44:18en feignant de ne pas voir
44:20les croix gammées
44:20dans ce congrès supposé
44:22de la paix
44:23et du progrès.
44:27Car dans une Europe
44:28au ciel de plus en plus assombrie,
44:31la France veut faire
44:32de l'événement
44:32une fête de la paix.
44:37Et tout le monde
44:38joue le jeu.
44:41À ce concours
44:42universel d'hypocrisie,
44:43les Allemands excellent,
44:45eux qui,
44:45par le biais
44:46de leur ambassadeur,
44:47promettent un avenir radieux
44:49alors qu'ils se préparent
44:50à la guerre.
44:51« La participation allemande
44:54contribuera
44:55au renforcement
44:57des relations
44:58entre nos deux peuples. »
45:02Au centre de l'exposition
45:03trône une colonne de la paix.
45:08Une colonne creuse,
45:09comme les promesses
45:11faites par les gouvernements.
45:14la guerre menace
45:15et le destin de l'Europe,
45:17suspendue,
45:18se balance dans le vide.
45:22Miroir d'un continent
45:24à l'avenir incertain.
45:29Dans un des premiers sondages
45:31organisés en France,
45:32en mai 1939,
45:3476% des Français
45:36considèrent que si l'Allemagne
45:38envahit de nouveaux territoires,
45:39alors il faudra faire la guerre.
45:41Les Français ont ouvert les yeux.
45:43Peut-être trop tard.
45:51L'été 1939
45:52prend une drôle d'allure.
45:54La saison n'est plus
45:55au congé payé.
45:57Fini les maillots de bain.
45:58On essaye les masques à gaz.
46:03On découvre en famille
46:04ces abris de fortune
46:05dans les sous-sols
46:06de la ville.
46:13Des batteries de canons
46:14sont installées
46:15dans les villes.
46:16On va jusqu'à protéger
46:17cet arc de triomphe
46:18et son soldat inconnu,
46:20mort sous les balles allemandes
46:2120 ans plus tôt.
46:23L'ironie de l'histoire
46:24devient alors tragique.
46:30Le 25 août,
46:32les premiers réservistes
46:33sont appelés sous les drapeaux.
46:34Une semaine plus tard,
46:36est proclamée
46:37la mobilisation générale.
46:41Les Français vont à la guerre,
46:43abandonnant leurs foyers
46:45et leurs espoirs.
46:51André Consigny
46:52est appelé
46:52dans le 3e régiment
46:53de dragons parachutistes.
46:55Il écrit dans son journal
46:56« Nous nous rappelons
46:58les récits de nos pères
46:59qui, à cette même gare,
47:00en 1914,
47:02inscrivaient sur les wagons
47:03« Train de plaisir pour Berlin ».
47:06Il en est revenu assez peu.
47:07C'est pourquoi
47:08nous ne sommes pas très chauds
47:10pour cette guerre.
47:14Le 1er septembre 1939,
47:16après l'invasion de la Pologne,
47:18la France déclare la guerre à l'Allemagne.
47:21Le pays s'engage dans un conflit
47:22dont ils ne voulaient à aucun prix.
47:30Dans les mêmes gares
47:31et par les mêmes trains
47:32que 20 ans plus tôt,
47:33ces Français de toutes conditions
47:35enterrent les années 30
47:36au son des marches militaires.
47:45« C'est la fin d'une décennie
47:47où nos grands-parents
47:48ont façonné une modernité
47:49qui est encore la nôtre,
47:52avec ses fêlures
47:53et ses bonheurs.
47:56C'est la fin d'un temps
47:57où les angoisses étaient grandes
47:58et les rêves
48:00plus grands encore.
48:13Sous-titrage Société Radio-Canada
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