00:00Qu'est-ce que vous dites de toutes les mesures dont on discute ?
00:03Est-ce que vous dites que finalement le grand oublié de tout ça et de tous ces débats, c'est
00:06l'environnement ?
00:07D'abord le grand oublié c'est les causes profondes du malaise agricole.
00:11Pour nous, on essaie de le rappeler ici au salon, c'est le revenu, c'est la régulation des marchés.
00:15C'est ça les réponses qu'on attendait de nos politiques, pas des reculs environnementaux.
00:20Parce qu'effectivement, toutes les propositions qui sont faites, c'est sur les moyens de production.
00:24Donc une accélération vers du productivisme.
00:26Alors qu'on sait que le schéma productiviste, il est délétère, non seulement pour les paysans et les paysannes,
00:32mais aussi pour la santé des citoyens et citoyennes, pour l'environnement et puis finalement pour notre capacité à produire.
00:37Parce que nous, paysans et paysannes, on est impactés les premiers par la perte de la biodiversité,
00:42par le réchauffement climatique, par le changement des paysages et des habitats.
00:46Donc nous, c'est ce qu'on essaie de dire, c'est des faux problèmes en fait.
00:50C'est des fausses solutions à un vrai problème.
00:52On ne va pas aller encore accélérer la destruction des sols,
00:59accaparer l'eau alors qu'elle est une ressource qui va être fragile et qu'il faut partager
01:06en fonction de ce qu'on doit prioriser sur les usages.
01:10Donc c'est des enjeux fondamentaux pour l'agriculture, mais aussi pour les citoyens et citoyennes.
01:14Donc c'est ça qu'on a envie de dire et qu'on a déjà dit à la ministre.
01:17Ces lois d'urgence, elles nous paraissent dangereuses dans l'intention politique,
01:20notamment sur l'eau, puisque dans la loi d'urgence sur l'eau,
01:24il y a la proposition justement de changer la gouvernance des parlements de l'eau, on va dire ça.
01:31C'est-à-dire qu'on va changer la représentation à l'intérieur de ces parlements
01:34pour donner plus de poids aux professionnels.
01:36Sauf que l'eau, c'est un bien commun qui doit aussi être considéré et partagé avec les citoyens et
01:42citoyennes.
01:42On ne peut pas accepter qu'il y ait une dégradation de la qualité de l'eau.
01:45Et on ne peut pas accepter non plus qu'on n'a qu'à part l'eau pour une agriculture
01:49qui est vouée à l'export
01:50ou en tout cas qui n'est pas tournée vers la souveraineté alimentaire telle que nous on l'a définie,
01:54c'est-à-dire le droit des peuples à choisir leur alimentation.
01:57Comment vous qualifiez les démarches politiques qui sont entreprises à la fois par le gouvernement
02:01et par les sénateurs LR et centristes ?
02:04Rétrograde et dangereux.
02:05Clairement, nous, vous le savez, on s'est battus contre la loi du plomb.
02:10On se battra contre celles qui arrivent, qui prônent le retour de l'acétamipride
02:16parce que ce sont des lois qui ne répondent pas encore une fois au malaise profond des paysans et des
02:21paysannes,
02:22aux problématiques de l'agriculture.
02:24Sur la betterave, par exemple, pour ne citer que cet exemple-là,
02:28ce n'est pas la capacité de production qui est problématique pour cette filière-là,
02:33mais bien le fait qu'on ait enlevé des outils de régulation,
02:37les quotas, mais aussi des prix garantis qui ont fragilisé cette filière-là.
02:42Donc c'est vers ça qu'il faut qu'on aille, nous, les professionnels et puis les politiques,
02:46c'est-à-dire apporter de la protection aux filières à partir de l'économie
02:50et pas augmenter, lever les contraintes, comme on dit,
02:54qui sont accélérés sur des outils de production qui détruisent les paysans et les paysannes,
02:59mais aussi, encore une fois, l'environnement, les territoires
03:01et qui impactent durablement la santé des citoyens via l'alimentation.
03:06Je sais que vous êtes du syndicat de la Confédération Paysanne,
03:09mais le président de la FNSEA a dit que ce salon de l'agriculture,
03:12c'était un peu le premier round de la présidentielle 2027 sur le sujet de l'agriculture.
03:17Est-ce que vous partagez son avis et qu'est-ce que vous demandez
03:19aux futurs candidats à l'élection présidentielle en France ?
03:21Eh bien, oui, c'est évidemment toujours, le salon, il s'inscrit toujours dans un agenda politique.
03:26Il y a les municipales d'abord, avant les présidentielles,
03:28et c'est un enjeu fort parce que ça n'échappe à personne.
03:31Les agriculteurs, ils sont inscrits dans des territoires,
03:33donc on a comme interlocuteurs privilégiés les maires et les collectivités.
03:38Mais oui, ça s'inscrit forcément dans un agenda politique qui est la présidentielle.
03:42Mais nous, le message qu'on a envie de dire aux prochains, aux futurs, aux candidats en tout cas,
03:47c'est que l'agriculture, elle n'est pas extérieure à un projet de société
03:55et qu'elle doit s'ancrer dans un projet de société fort
03:59qui prenne à bras le corps les enjeux sociétaux, justement, d'alimentation, de santé et d'environnement.
04:07Et l'agriculture, ce n'est pas un problème pour ces enjeux-là, c'est une solution.
04:11Et c'est comme ça que doivent appréhender les choses nos futurs candidats.
04:16Là, ce qui se passe, c'est que notre président, en fait, lui, il roule, en fait,
04:21il est au service d'un certain modèle agro-industriel
04:25et il fait fi de ces enjeux-là, notamment de l'alimentation.
04:29Moi, il m'a dit les yeux dans les yeux qu'il fallait hâter le fait qu'il y ait
04:33une alimentation à deux vitesses, une alimentation pour les pauvres, une alimentation pour les riches.
04:37Ce n'est pas comme ça, nous, qu'on envisage les choses.
04:39Je pense qu'il y a des convergences possibles, des convergences d'intérêt
04:44entre le maintien de paysans et paysannes nombreux dans les territoires
04:47et assurer leur revenu, mais aussi la capacité à maintenir des habitats durables et pérennes
04:53pour l'ensemble des citoyens et citoyennes, avec un environnement correct,
04:56faire face aux enjeux climatiques et puis assurer une alimentation de qualité.
05:00Je pense que c'est un combo gagnant, ça.
05:02Et c'est ça qu'on doit viser.
05:03Ce n'est pas juste accélérer sur un productivisme pour maintenir artificiellement
05:09les intérêts de quelques agro-industriels ou agri-managers.
05:13Pour vous, c'est ça que fait les lois d'urgence et les lois du plomb, par exemple ?
05:15Bien sûr, la loi du plomb, elle est là, elle est au service d'un modèle.
05:18Quand on regarde, en fait, sa genèse, c'est une espèce de prise de conscience
05:23de Laurent Duplomb après 2017, le discours de Rungis du président Macron
05:27sur la montée en gamme, où il dit qu'en fait, on va à la catastrophe
05:31parce qu'on ne donne pas les moyens aux paysans, aux paysannes, aux agriculteurs
05:35d'être compétitifs sur le marché international.
05:37Donnons-nous les moyens d'être compétitifs sur le marché international.
05:40Mais en faisant ça, on accélère l'agrandissement des fermes,
05:43on accélère la concentration des fermes et on fait disparaître tout un maillage
05:47de paysans et de paysannes.
05:48C'est le schéma depuis plus de 50 ans.
05:51On est passé d'un million cinq cent mille paysans dans les années 70.
05:55Là, on est aujourd'hui, on est quatre cent mille, moins de quatre cent mille,
05:58il y a des projections à deux cent mille.
05:59Donc c'est ça, en fait, que promeut la loi Duplomb.
06:03C'est une accélération vers la disparition des paysans et des paysannes.
06:06Et nous, on ne veut pas de ça parce qu'on sait que la souveraineté alimentaire,
06:09le fait de pouvoir avoir accès à une alimentation de qualité pour tous et pour toutes,
06:13ça part du fait qu'il y ait des paysans nombreux dans les territoires
06:16et qu'on peut, à partir de ça, relocaliser l'alimentation.
06:19– Et une dernière question sur le bio, parce que le gouvernement,
06:22en tout cas, envoie des signes plutôt négatifs à l'agence bio
06:24en voulant redispatcher ses missions dans d'autres agences de l'État,
06:27en poussant la directrice générale à la démission, en tout cas en voulant la remplacer.
06:31Est-ce que ça vous inquiète, tous ces débats qu'il y a autour de l'agence bio aujourd'hui
06:34en France ?
06:35– Mais clairement, la bio, c'est une solution aussi à partir du moment
06:39où on ne la range pas dans une case de niche, mais bien dans un projet de société.
06:44C'est une solution aussi pour sortir des phytosanitaires.
06:47On voit bien les messages contradictoires de la ministre qui dit
06:51« Oui, on a des ambitions de sortir de l'usage des pesticides »
06:54et puis qu'en même temps, elle prône le retour, à demi-mot en fait,
06:57le retour de l'acétamipride ou de pesticides.
07:00Là, dans la prochaine loi d'urgence, il est question, dans les moyens de production,
07:04d'étendre l'usage des pesticides à d'autres usages qui sont faits pour certaines filières.
07:09C'est-à-dire, pour un même pesticide, il pourra être utilisé dans différentes productions.
07:13Donc on voit bien ces doubles discours qui, en fait, ne servent pas à l'intérêt général.
07:18Donc pour nous, oui, c'est clair qu'il faut sortir de ces phytos
07:22et que l'agriculture biologique a fait ses preuves techniques,
07:27en tout cas pour pouvoir sortir de ces phytosanitaires.
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