- il y a 13 heures
Écrivain et poète, Daniel Habrekorn est le propriétaire du Bataclan, salle mythique frappée par l’attentat islamiste du 13 novembre 2015. Dix ans ont passé. Invité de TVLibertés pour son livre sobrement intitulé "Bataclan" (Robert Laffont), il revient sur cette nuit tragique qui fit 130 morts et 350 blessés graves.
Présent au matin du 14 novembre devant sa salle dévastée, il évoque un sentiment de "courageux amateurisme". Il pointe sévèrement du doigt la pluralité des commandements, les rivalités entre services, un cloisonnement paralysant et les carences du renseignement français. S’il salue sans réserve le courage des policiers engagés ce soir-là, il met en cause la responsabilité politique au sommet de l’État. Il affirme avoir souhaité et attendu la démission de François Hollande, ainsi que celle du ministre de l’Intérieur de l’époque, Bernard Cazeneuve.
Après une année de travaux, le Bataclan a rouvert ses portes en 2016 et vient de célébrer ses 160 ans. Depuis 115 ans, la famille Habrekorn veille sur cette scène historique. Pour son grand-père, son père et lui, le Bataclan n’est pas qu’une salle : c’est la mémoire vivante des milliers d’artistes qui s’y sont produits et qui ont marqué son histoire.
Présent au matin du 14 novembre devant sa salle dévastée, il évoque un sentiment de "courageux amateurisme". Il pointe sévèrement du doigt la pluralité des commandements, les rivalités entre services, un cloisonnement paralysant et les carences du renseignement français. S’il salue sans réserve le courage des policiers engagés ce soir-là, il met en cause la responsabilité politique au sommet de l’État. Il affirme avoir souhaité et attendu la démission de François Hollande, ainsi que celle du ministre de l’Intérieur de l’époque, Bernard Cazeneuve.
Après une année de travaux, le Bataclan a rouvert ses portes en 2016 et vient de célébrer ses 160 ans. Depuis 115 ans, la famille Habrekorn veille sur cette scène historique. Pour son grand-père, son père et lui, le Bataclan n’est pas qu’une salle : c’est la mémoire vivante des milliers d’artistes qui s’y sont produits et qui ont marqué son histoire.
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NewsTranscription
00:06Écrivain et poète, Daniel Abrecorne a été propriétaire de cette salle mythique située à Paris, le Bataclan.
00:12Une salle qui a été le lieu de l'effroyable attentat islamiste du 13 novembre 2015.
00:18Dix ans et plus ont passé, et Daniel Abrecorne est notre invité.
00:22Bonjour Daniel Abrecorne.
00:23Bonjour Marcel Bildt.
00:25Dix années ont passé, je l'ai dit, un peu plus de dix années.
00:27Le 13 novembre 2025, Emmanuel Macron, aux côtés d'Anne Hidalgo, a rendu hommage aux victimes du Bataclan devant la
00:34salle du spectacle,
00:35devant la salle dont elle a été propriétaire pendant plus de 115 ans, devant cette salle du Bataclan.
00:42Est-ce que vous étiez présent ?
00:43On est toujours propriétaire.
00:45Et toujours propriétaire, est-ce que vous étiez présent ?
00:47Non, je n'étais pas présent.
00:50Pourquoi ?
00:51Eh bien, je ne sais pas, comme dirait Patrick Jardin par exemple, les petits fours, les célébrations, les chandelles,
00:59ce n'est pas tellement mon style.
01:02Et puis, je n'ai pas été officiellement invité.
01:05Mais enfin, comme je ne vais pas à ce genre de choses, je ne suis plus invité.
01:10J'aurais pu y aller si je voulais vraiment, mais ça ne m'intéresse pas beaucoup.
01:14– Alors, malheureusement, je vais faire en sorte que vous vous y intéressiez, parce que j'ai lu son discours,
01:20donc en novembre dernier, je vous le lis alors.
01:23Le président de la République a affirmé, je le cite, « la République a tenu ».
01:27Et des propos qui viennent s'écraser sur cette phrase, dans votre livre,
01:32retraçant l'histoire du Bataclan, 160 années du Bataclan.
01:37– Dont les attentats.
01:38– Dont les attentats, bien évidemment.
01:40Et dans ce livre, vous écrivez cette phrase, une phrase sur laquelle je vous avais déjà interrogé d'ailleurs.
01:46Je me souviens qu'après m'être rendu, donc le 14 au matin sur place,
01:50quelques heures après l'attentat, j'eus l'impression d'un courageux amateurisme.
01:57La République a tenu courageux amateurisme.
02:00Est-ce que vous avez changé d'avis, dix ans plus tard ?
02:03– Hélas, non.
02:05C'est-à-dire que j'ai eu beau…
02:08Je pense que ce qui décrit dans ce livre les attentats, minute par minute,
02:15les manques et les choses comme ça, rien ne m'a démenti dans tout ce que j'ai appris depuis.
02:22C'est-à-dire les nombreux films, les émissions, les articles,
02:25par centaines qu'il y a eu dans le monde entier.
02:29Je pense que je tiens, bizarrement, parce que ce livre est sorti deux ans après les événements à peu près,
02:37et je pense que c'est l'un des meilleurs récits des attentats.
02:42Très franchement, ça demeure.
02:44– Le 14 au matin, vous arrivez, vous avez été prévenu.
02:48Comment ça se passe ? Racontez-nous.
02:49– Alors, j'ai été prévenu, je faisais un cocktail chez moi, à l'autre bout de Paris,
02:56et puis les gens qui rentraient de ce cocktail vers 10-11 heures m'appellent en disant
03:00« Tu sais ce qui se passe au Bataclan ? »
03:03Évidemment, je ne savais rien.
03:04J'ai appelé et j'ai demandé au patron de la salle,
03:08les deux patrons, Olivier Poubelle et l'autre, ils sont deux, ils étaient deux à l'époque,
03:17et je leur dis « Voilà, je viens si vous voulez tout de suite, vous avez besoin de moi, etc.
03:23»
03:23Non, non, ce n'est pas la peine, de toute façon le quartier est bouclé, etc., on n'a pas
03:26besoin.
03:27Bon, ils n'avaient pas besoin, mais en fait, depuis, on a appris des choses,
03:32c'est-à-dire qu'ils n'avaient pas les plans, enfin des plans sérieux,
03:38ils avaient les plans, vous savez qu'on affiche sur la porte, obligatoire, bon, mais c'est très succinct.
03:44Moi, j'avais les plans détaillés, le sous-sol, etc.
03:48Et je pense que l'investigation qui a été faite par les forces de l'ordre,
03:54quelle qu'elle soit, il y en a eu plusieurs, surtout la BRI, aurait eu besoin de ces plans.
03:59– Vous aviez les plans, on ne vous a jamais demandé ces plans.
04:02– On ne m'a jamais demandé ces plans, alors qu'il était très simple,
04:04parce qu'il y a eu des heures entre le dernier assaut fondamental,
04:10où vous savez que les terroristes se sont réfugiés dans un couloir au premier,
04:15ils ont arrêté leur massacre, ils se sont réfugiés avec une dizaine
04:20ou une douzaine d'otages.
04:22Et là, l'assaut a été… il a fallu à peu près une heure devant la porte, etc.
04:28Ils pouvaient très bien m'envoyer un motard et je donnais les plans, etc.
04:33Par exemple, personne n'a jamais parlé d'un couloir qui était accessible
04:39par les caves du café, c'est-à-dire complètement dégagé.
04:43– Le café est en dessous de la salle, il fait partie du bâtiment.
04:46– Voilà, il fait partie du bâtiment.
04:48Et les caves étaient joignables.
04:51Entre les caves du café et les caves du Bataclan,
04:53il y a un couloir qui existait, qui existe toujours d'ailleurs,
04:57mais qui était mûré maintenant, exprès.
04:59Mais par là, on pouvait très bien traverser la salle
05:03et déboucher en bas de l'escalier de ce couloir où étaient les otages,
05:10on débouchait à couvert, complètement.
05:12Parce que là, il n'y avait personne.
05:16Alors ça, par exemple, c'est sur mon plan, très simplement.
05:19Un autre aspect, c'est que, vous savez,
05:23quand l'assaut se produit enfin,
05:26après une heure d'attente de vent et un déclenchement très tardif,
05:30la BRI défonce la porte et avance avec un bouclier énorme.
05:37C'est un bouclier très lourd, je ne sais pas, ça pèse 150 kg,
05:40un truc comme ça, avec des roulettes en dessous.
05:43Ils avancent, bien sûr.
05:44Et le bouclier, au bout d'un mètre cinquante, tombe en avant.
05:48Alors on dit, qu'est-ce que…
05:49Moi, j'ai fait des émissions à l'époque,
05:51mais comment ça se fait et qu'est-ce qui s'est passé ?
05:54Personne ne répond.
05:55Eh bien, il y avait deux marches qui étaient indiquées sur mon plan
06:00et nulle part ailleurs.
06:01Et vous voyez la gravité de la chose.
06:03C'est-à-dire qu'ils en ont pris plein la gueule.
06:06Heureusement, ils ont eu une chance inouïe
06:08de ne pas avoir des blessés.
06:12Il y a eu un blessé à la main, simplement.
06:14Une blessure légère.
06:16Voilà.
06:16Voilà le genre de choses.
06:18Bon, mais la suite des événements…
06:20Enfin, moi, ce que j'ai senti…
06:22Je suis arrivé à 9h le matin.
06:24J'ai été mis dans un quart de police devant la salle.
06:28Et j'ai vu sortir les morts, évidemment.
06:30C'était effrayant.
06:31Et par six, dans des camionnettes,
06:35qui partaient à l'IML, à l'Institut Médico-Légal.
06:39Et donc, bon, ça c'est le pire souvenir.
06:42Avec mon fiston, on était là.
06:44Et avec du sang, évidemment.
06:47Et puis, j'ai fait une visite après,
06:49avec les assurances, etc., une semaine après.
06:51Et là, on a été…
06:53La salle avait été nettoyée.
06:54Il n'y avait plus de cadavres.
06:55Mais il y a encore des taches de sang.
06:57Évidemment, des impacts de balles partout, etc.
07:00C'est assez effrayant.
07:02– Dix années ont passé.
07:04Et est-ce qu'avec le temps…
07:05Je vous repose la question, parce qu'elle est importante.
07:07Votre première impression s'est évanouie.
07:09Cette première impression, vous la dites dans le livre.
07:11C'était la pluralité de commandements, la rivalité,
07:13le cloisonnement des services, le défaut d'organisation,
07:16les carences des renseignements extérieurs et intérieurs.
07:18Aujourd'hui, beaucoup d'enquêtes ont été menées.
07:20Le procès est passé.
07:21Est-ce que ça, vous avez révisé votre point de vue ?
07:23– J'étais parti civil au procès, bien sûr.
07:25J'ai assisté, etc.
07:26– On va en reparler du procès.
07:27– Alors, si vous voulez, le procès…
07:29Vous voulez qu'on parle du procès ?
07:30– Non seulement, est-ce que vous avez rechangé d'impression ?
07:33C'est-à-dire que quand vous dites
07:35qu'il y avait la pluralité des commandements,
07:37qu'il y avait des défauts d'organisation,
07:38est-ce que vous avez revu votre point de vue ?
07:40– Non, non, je n'ai pas revenu mon point de vue.
07:42Je maintiens que ce que j'ai dit dans ce livre
07:45est absolument authentique et c'est vérifié.
07:48– Comment vous fondez cela ?
07:50Est-ce que le président de la République, dans ce discours,
07:52dit que ça a été formidable, les renseignements extérieurs et intérieurs ?
07:54– Oui, mais ça, tout le monde a dit que c'est formidable.
07:56Le président de l'époque, Hollande, Valls, etc.,
08:00c'est tout le monde, Cazeneuve, etc.,
08:02tout le monde, il est beau, il est formidable,
08:05ils sont tous courageux.
08:07– Les forces de l'ordre sont courageuses, c'est indédiable.
08:11Bon, mais en revanche, la technique, l'intelligence des missions,
08:17les commandements, etc., tout ça est catastrophique,
08:20et je le raconte là-dedans et je maintiens.
08:23C'est catastrophique, c'est une nullité absolue.
08:26Bon, un petit exemple, Hollande, parce que là, ce n'était pas Macron,
08:30Macron, il était… bon, j'allais dire, il était dans un berceau.
08:34Mais non, Hollande dit, sortant, vous savez, après la première bombe,
08:42qui fait un mort seulement, heureusement, en un sens,
08:45ce qui aurait pu être terrible au Stade de France.
08:48– Au Stade de France. – Mais il sort du Stade de France,
08:50bon, il dit, je ferme les frontières.
08:53Bon, le principal, le seul type d'ailleurs qu'on a coincé beaucoup plus tard,
08:58est sorti de France, emmené par des gens qui sont venus le chercher de Belgique,
09:05où il habitait, c'était un belge, ils sont venus le chercher,
09:09et ils ont traversé toute la France l'autoroute,
09:12ils ont été arrêtés sur l'autoroute, je ne sais pas pourquoi,
09:15le type était fiché S, les gendarmes ont téléphoné à Paris en disant,
09:20qu'est-ce qu'on fait, on doit le garder une heure, pas plus, etc.
09:23La réponse est arrivée au bout d'une heure dix, et le type, il était reparti.
09:28Et c'était qui ?
09:30C'était le type dont a eu le procès,
09:33et qui maintenant est dans une geôle en France.
09:38Or, ce type s'est arrêté, donc une fois, on a raté son arrestation là,
09:44et ensuite, à la frontière, la télévision l'a interviewée,
09:50la télévision belge, en disant, qu'est-ce que vous pensez de ces instantâts, etc.
09:55Il a répondu très gentiment, et puis il est rentré chez lui à Bruxelles.
10:00Donc, il n'a été pris que plusieurs mois après,
10:05après un attentat gravissime à Bruxelles, dont il était l'un des responsables.
10:10Je ne sais pas si vous vous rendez compte du ratage.
10:12– Est-ce que vous pensez que ces attentats terroristes,
10:14dont il faut rappeler qu'ils ont fait 130 morts et 350 blessés,
10:19auraient dû entraîner des démissions en haut lieu ?
10:22Aucune démission, à aucun moment ?
10:23– Oui, mais vous savez, vous remarquez qu'il n'y a jamais plus de démission,
10:27maintenant, chez les responsables, chez les juges, etc.
10:31C'est absolument incroyable.
10:32On va voir, là, pour l'histoire d'Epstein,
10:35et pour l'histoire de Jacques Lang,
10:36si Jacques Lang, il était forcé de démissionner,
10:39mais est-ce qu'il y aura des inculpations ?
10:42On peut se le demander,
10:44parce qu'actuellement, il n'y a aucune inculpation, encore une fois.
10:47– Qui aurait dû démissionner, de votre point de vue ?
10:49Premier ministre, par exemple ?
10:50Quand Patrick Jardin, le matin même, le 14 aussi,
10:53va devant, à la gare, où il retrouve le Premier ministre,
10:57et il l'alpague.
10:58– C'est Valls.
10:58– C'est Valls.
10:59– Et il l'alpague pour lui demander des nouvelles de sa fille.
11:02– C'est évident que Valls aurait dû démissionner,
11:04Cazeneuve aurait dû démissionner,
11:08voire, je pense, le Président de la République
11:10aurait pu démissionner également.
11:12C'est mon idée.
11:13Et franchement, en bonne justice, ils sont responsables.
11:17Ils ont fait des manquements graves à leur fonction, c'est tout.
11:23Or, quand il y a 130 morts, une démission, c'est pas grand-chose.
11:30– Le procès, on en parlait un instant, le procès,
11:33est-ce qu'il vous a apporté une forme d'apaisement,
11:37ou au contraire, ça a continué à raviver les blessures ?
11:43– Écoutez, je ne sais pas, moi je ne me considère pas
11:46comme un grand blessé de cette affaire,
11:49puisque je n'ai pas eu de mort dans ma famille,
11:50je n'ai pas subi moi-même les choses comme ça.
11:53C'est en d'autres occasions que dans ce bâtiment,
11:56j'ai subi une agression très grave.
11:59Mais ça, c'est tout à fait notre problème,
12:01ça n'a rien à voir avec l'islamisme.
12:06Mais moi, ça ne m'apaise pas sur mes sentiments,
12:11justement, des dérives de nos autorités, nullement.
12:16Mais ça m'a éclairé sur certaines choses, évidemment,
12:19en particulier les réactions des victimes,
12:23qui eux ont perdu, qui un ami, qui une sœur,
12:27qui un enfant, etc.
12:29Bon, ça, c'est épouvantable à suivre.
12:30Vous savez que le procès a duré des semaines et des semaines,
12:34et des mois, même.
12:36Alors, ça n'a pas changé grand-chose.
12:38En tout cas, sur le témoignage, j'ai vu le témoignage de Hollande,
12:43j'ai vu le témoignage du Cazeneuve, par exemple.
12:47Valls n'a pas voulu venir,
12:49c'était un peu léger de sa part, tout de même.
12:54Mais ces deux témoignages m'ont convaincu de cette dérive.
12:58C'est-à-dire, ils sont arrivés, ils se sont dit,
13:00bon, c'est formidable, tout s'est très, très bien passé,
13:04ça a été réglé comme papier à musique, etc.
13:06Vous dites, attendez, mais il y a eu 130 morts,
13:09M. le Président, je sais, il faut tout de même…
13:12– Et des dysfonctionnements à l'appel, bien sûr.
13:14– Voilà. Or, il y a eu, on sait très bien maintenant,
13:19grâce à Laurence Benneux, par exemple,
13:23qui a écrit un livre sur, non pas la BRI, mais l'abbaye,
13:27qu'ils ont pratiquement interdit à l'abbaye d'intervenir,
13:31alors qu'ils pouvaient intervenir plus d'une heure,
13:34une heure et demie, avant même le commissaire de police,
13:37qui, lui, a choisi d'entrer et de flinguer un des types
13:43qui étaient sur la scène, un des terroristes,
13:46avec un courage formidable, mais il n'a pas fait…
13:49Il avait juste une arme de poing, je ne sais pas si vous vous rendez compte,
13:52enfin, c'est des gens qui ont des fusils d'assaut,
13:56et ça, il n'avait pas le droit de le faire.
13:59Il fallait attendre l'abbé et l'abbé et l'abbaye était en tenue de travail,
14:05si j'ose dire, ils venaient d'un exercice à la tour Eiffel,
14:09ils rentrent à leur caserne qui est à Vincennes,
14:11et là, on leur dit, écoutez, alors ils appellent leur centrale,
14:20ils disent, voilà, on vient d'apprendre Bataclan,
14:23on est tout prêts, on y va, etc.
14:24Non, non, on leur dit, vous rentrez à la caserne,
14:29ils rentrent à leur caserne, ils pouvaient être au Bataclan,
14:33dans un quart d'heure, au bout d'un quart d'heure,
14:34ils étaient sur la route, ils étaient équipés, en tenue de combat.
14:39Eh bien, ils rappellent, une fois arrivés à leur QG,
14:44et les autorités leur disent, non, allez vous mettre,
14:48retournez au quai, à la préfecture de police,
14:52vous mettre sous les ordres de la B.R.I.
14:54Voilà, donc, ils passent devant le Bataclan,
14:59sans avoir le droit d'intervenir,
15:01et ils viennent jusqu'au, à la préfecture de police,
15:06enfin, comment ça s'appelle, au 36,
15:08qu'il y a des orfèvres, où là, ils se préparent,
15:11où ils rencontrent la B.R.I., qu'ils se préparent, etc.
15:13Ils vont retourner avec elle au Bataclan, après.
15:17C'est délirant, c'est un dysfonctionnant majeur, toute évidence.
15:23– Emmanuel Macron, toujours lui,
15:25toujours dans sa prise de parole du 30 novembre 2025, je le cite,
15:29« Ils, les islamistes, voulaient nous paralyser par la peur,
15:33ils ont décuplé notre vigilance,
15:36et il ajoute d'ailleurs, peut-être un peu honteusement,
15:39l'amour de nos valeurs. »
15:40Est-ce que vous avez le sentiment que notre vigilance,
15:42elle s'est accrue dix ans plus tard,
15:44face à ce péril islamiste, terroriste ?
15:49– Écoutez, très franchement, je ne crois pas beaucoup
15:53à cette évolution.
15:57Vous savez que je crois, c'est le Figaro qui le dit, par exemple,
16:00qu'il y a encore 120 attaques au couteau par jour en France.
16:04Je ne sais pas si vous vous rendez compte, dans un pays comme la France,
16:07un pays de droit, un pays…
16:09– Ce n'est pas tous incutables, c'est le ministère.
16:11– Alors, ils ne sont pas tous morts, heureusement, évidemment,
16:14mais 100 attaques au couteau par jour,
16:17je ne sais pas si vous vous rendez compte,
16:19ce n'est pas un pays de droit,
16:22il y a quelque chose qui cloche fondamentalement.
16:25Alors bon, comment traiter ça, en haut, en bas, au milieu,
16:28ça c'est évidemment…
16:30il y a beaucoup d'islamistes là-dedans, il y a beaucoup de…
16:33bien sûr, il y a des fous aussi, il y a des tas de gens divers,
16:37mais je pense que, bon, il faut contrôler l'immigration,
16:43il faut surtout expulser les gens qui sont condamnés et qui sont…
16:50je ne sais plus comment ça s'appelle, OQTF…
16:53– OQTF.
16:53– Voilà, par exemple, pour commencer, vous voyez, c'est une évidence.
16:57Or, vous savez que c'est 1%, 3% qui sont exécutés.
17:03– 2015, 2016, un an après des travaux,
17:08le Bataclan rouvre ses portes, on est en 2016,
17:11donc avec toujours une programmation musicale.
17:14Sting a été le premier artiste à remonter sur scène après les attentats.
17:19Certains chanteurs ont refusé de se produire,
17:21je pense par exemple à Francis Cabrel qui a dit
17:22qu'il n'avait pas la force de chanter dans ce lieu-là,
17:26faire revivre la salle, la fermer, en faire amuser.
17:30– Votre avis, lui, il est fait, parce que je vous cite encore,
17:32il faut que, malgré les tueurs, la fête recommence.
17:36– Oui, c'est vrai.
17:38– C'est un choix qui…
17:38– C'est mon idée, bien sûr, puisque…
17:40– Vous comprenez que ça puisse choquer aussi ?
17:42– Oui, je comprends très bien,
17:44particulièrement pour les gens qui ont une victime morte dans ce lieu, bien sûr.
17:49Mais au contraire, je crois que la résistance,
17:51on parlait de la résistance à l'islamisme, à ces terroristes, à ces gens-là,
17:55la meilleure façon de leur répondre, c'est que ça continue, justement.
17:59C'est qu'il n'ait pas raison dans le fait d'essayer de détruire
18:05la société française par son côté salle de spectacle.
18:09Et il y a, alors vous parlez de Francis Cabrel,
18:12mais il y a des gens qui ont eu le courage,
18:15Marianne Fespol, Yosun Dour, par exemple,
18:18qui ont préfacé le bouquin d'ailleurs, vous avez vu,
18:22et très courageux, eux sont revenus.
18:23Et maintenant, les gens reviennent sans aucun problème.
18:27Alors, on est d'accord ou pas d'accord sur la nouvelle programmation,
18:31puisque la salle a été rachetée, comme vous le savez,
18:34de Lagardère à la ville de Paris.
18:37Alors c'est bizarre, elle a été rachetée d'ailleurs un 11 novembre…
18:40Enfin, non, c'est Lagardère ça qui est racheté.
18:44Un 11 novembre, M. Tweetou, la famille Tweetou,
18:49dit Lalou, a racheté un 11 novembre, deux mois avant les attentats.
18:56C'est assez extraordinaire.
18:59Précisément, ça a été signé le 11 novembre.
19:02Une date mémorable.
19:07– Est-ce que vous seriez d'accord que le groupe qui chantait
19:10« I love the devil », « J'aime le diable », au moment où l'attentat se produit,
19:15est-ce que ce groupe-là, il pourrait revenir à la programmation ?
19:17Ça ne vous gênait pas qu'il fallait que la fête recommence ?
19:19– Non, moi, ça ne me gênerait pas, mais je trouve que, vous savez,
19:24je ne crois pas trop au hasard, mais plutôt à la provenance,
19:27parce que je suis catholique.
19:31Donc, je pense que cette chanson n'est pas du tout…
19:37Ce n'est pas hasard, si vous voulez, si cet attentat a commencé précisément
19:41alors qu'il le disait, enfin, que les paroles de ces chansons,
19:46dont je traduis, d'ailleurs, « I love the devil », etc.,
19:50« J'aime le diable », « Je fréquente le diable »,
19:53« Je roule un patin au diable », vous voyez, texto.
19:58Alors, si ce n'est pas diabolique, ça, je ne sais pas ce que…
20:01Alors, on ne croit pas au diable.
20:02– Ils viendront dans les commémorations, ils ne rechanteront pas cette chanson.
20:05– Oui, voilà, comme par hasard, oui.
20:08Et d'ailleurs, ils seront refusés à la première,
20:13on leur refusera le fait, pas pour cette histoire,
20:15pas pour le diable, pour cette chanson,
20:17mais parce qu'ils ont dit que toute la France,
20:23des islamistes, enfin, tout l'islam, s'est réjoui de cet attentat.
20:28Ce qui n'était pas totalement faux, d'ailleurs.
20:31– Mais ce qu'il les a mis au banc de la société…
20:35– Ils ont été un peu mis au banc.
20:36Maintenant, ils sont revenus à Paris,
20:37ils ont même été, je crois, à la célébration dont vous parlez.
20:41– Absolument, ils n'ont pas rechancée cette chanson.
20:43– Voilà. – Puisque la fête recommence, le Bataclan,
20:46nous y voici, nous y voilà, le Bataclan quand même.
20:48– Voilà.
20:49– En essayant d'évacuer cela, c'est possible, mais ça sera impossible.
20:53D'ailleurs, ça ne l'est pas dans le livre où ça prend, bien évidemment,
20:55cet attentat prend beaucoup de place.
20:56Mais, mais, mais, ce n'est qu'un moment terrible de 160 ans de fête quand même,
21:02dont 115 ans, je l'ai dit, aux mains de la famille Abrecorde,
21:04et c'est toujours le cas, l'endroit fut pourtant plusieurs fois sur le point
21:10de disparaître en dehors d'une nouvelle fois de cette affaire.
21:13– Effectivement, il y a eu la commune, par exemple,
21:15où vous savez, on a brûlé beaucoup de bâtiments,
21:18dont la mairie de Paris, etc.
21:20Bon, et des musées, on a foutu le feu au Louvre, etc.
21:23pendant les communes.
21:24Et il y a eu une barricade…
21:25– Parce que le Bataclan est dans les quartiers populaires de Paris,
21:27pour ceux qui connaissent Paris.
21:28– Oui, mais justement, il y a eu des gros combats,
21:32parce qu'il y a eu une barricade qui s'est faite
21:33pour protéger la mairie du 11e, à la mairie du 11e,
21:37qui est à peu près à l'époque de construction du Bataclan.
21:41Eh bien, il y avait des gens, des révolutionnaires,
21:45donc qui voulaient défendre l'arrivée des Versaillais qui arrivaient.
21:50Et il y a eu des gros combats juste devant,
21:52avec des éclats d'obus, etc.
21:55Il y a même un Maxime, le colonel Maxime,
21:59qui a perdu une jambe.
22:01Et il y a eu des éclats de bombes et d'obus
22:04sur la façade du Bataclan.
22:06Et les fameuses pétroleuses auraient très bien pu mettre le feu au Bataclan,
22:12comme elles ont fait avec beaucoup de bâtiments, des musées.
22:16– On aurait pu disparaître, salle de spectacle,
22:18salle de cinéma aussi, pendant un grand moment,
22:20puis re-salle de spectacle.
22:21– Effectivement.
22:22Alors c'est assez étrange, ça,
22:23parce que salle de cinéma dans un théâtre,
22:26parce que vous savez, la mode du cinéma commence,
22:30donc, alors il n'y a pas encore de cinéma,
22:33donc on fait le cinéma dans des salles de ce qui est arrivé au Bataclan.
22:37Alors il y a très peu de chaises,
22:39enfin de fauteuils qui sont exploitables,
22:42parce que les balcons, tout ça, ça ne marche pas,
22:44bon, donc il y a un grand écran.
22:46Et par exemple, mon oncle a dirigé, pendant l'occupation,
22:50c'était cinéma exploité dans la vieille salle de mon grand-père,
22:55qui avait connu mon grand-père.
22:56Et cette salle sera détruite en 1952 pour faire un cinéma à la place.
23:01Et après, en 1994,
23:06cette salle de cinéma était à nouveau démolie
23:09pour refaire une salle de spectacle, vous voyez,
23:12mais plus petite que l'origine,
23:14parce que l'origine de mon grand-père,
23:15c'était une salle carrément de plus de 2500 places,
23:19avec deux balcons,
23:21et aujourd'hui, elle a 1500, aujourd'hui.
23:23– 500, 1700.
23:24– Voilà.
23:24– Est-ce que l'âme musicale du Bataclan dans les années 2020
23:27est digne de celle que vous décrivez au long de cet ouvrage,
23:30avec tous les chanteurs,
23:32toutes les personnalités qui se sont produites au Bataclan ?
23:37– Oui, Billy…
23:37– Ce n'est pas facile d'avoir un jugement,
23:39c'est toujours le propriétaire,
23:41mais vous trouvez que c'est digne ?
23:43Que c'est un…
23:44Voilà, ça reste une programmation musicale…
23:47– Aujourd'hui, vous…
23:47– Aujourd'hui, aujourd'hui,
23:48au moment où on nous parle, en mars 2026.
23:50– Moi, personnellement, vous savez,
23:52c'est très axé actuellement sur les groupes métal,
23:57ce qu'on appelle le métal, etc.
23:59Ce qui n'est pas…
24:00D'ailleurs, c'est un peu le groupe qui est passé
24:03lors de l'attentat,
24:04c'est un groupe métal aussi un peu.
24:06Mais là, c'est presque pire.
24:09Enfin, franchement, ce n'est pas la même musique.
24:11J'aimais au Bataclan qu'il y ait des chanteurs,
24:14des humoristes.
24:15Alors, ça revient un tout petit peu…
24:16– Les humoristes, je vois, passé.
24:17– Oui, les humoristes reviennent un peu, je pense.
24:21Mais enfin, vous savez, moi, je suis un vieil homme
24:23et donc les chanteurs d'aujourd'hui,
24:27je ne les connais pas, quoi, en réalité.
24:30Mais ma musique à moi, c'est le jazz, plutôt.
24:33C'est la chanson française que j'ai très bien connue
24:37parce que j'ai fréquenté le Bataclan,
24:39le Bataclan, évidemment.
24:40Mais je veux dire…
24:43– Les autres salles des spectacles.
24:44– Oui, les musicals, etc.
24:47Bon, je pensais à Bobineau, vous voyez, Bobineau.
24:50Mon père avait le service médical de Bobineau.
24:54Donc, tous les 12 du mois, on allait au Bobineau,
24:58parce que ma mère, ça l'empêchait un peu.
25:00Et j'ai vu comme ça les débuts de Jacques Brel,
25:05Brassens et tous ces gens-là, à Bobineau,
25:07qui n'existent plus maintenant, qui est une petite salle.
25:10– Une petite salle, on joue Josephine Baker, je ne pense pas.
25:12Une comédie musicale.
25:14Dix années ont passé, est-ce que vous avez peut-être
25:17une réponse à cette question ?
25:18La musique peut-elle refermer une blessure collective
25:20ou en atténuer la douleur immense ?
25:24Est-ce que la musique a un rôle ?
25:26– Oui, on dit que la musique adoucit les mœurs.
25:29Vous savez, bon, ce proverbe, mais oui et non.
25:33Enfin bon, la musique, quand elle est bonne,
25:37quand elle est profonde, certainement, est positive.
25:40Et la mauvaise musique est totalement négative, si vous voulez.
25:44Bon, par exemple, la musique métal, moi, je considère
25:48qu'elle est diabolique en grande partie, pas toutes.
25:50Mais souvent, les gens qui crient, qu'ils adorent le diable
25:55et qui font une espèce de signe ridicule que je ne ferais pas,
26:00je trouve ça carrément scandaleux.
26:02Enfin bon, vous savez, on interdit le signe fasciste
26:05et on permet le signe diabolique.
26:08Pour moi, c'est du pareil au même, enfin, ce que valent les signes.
26:13– Bataclan, histoire d'une salle, vous y retrouverez toute une histoire,
26:17160 années retracées à travers cet ouvrage édité chez Robert Laffont
26:21pour votre grand-père, pour votre père, pour vous-même,
26:25peut-être pour votre fils.
26:26Diriger le Bataclan, c'est gérer une salle ou est-ce que c'est être dépositaire d'une mémoire ?
26:31– C'est les deux, je dirais, mais je dois dire qu'on ne gère pas,
26:36contrairement à mon grand-père et mon oncle, on ne gère pas la programmation et tout ça.
26:40– C'est bien clair.
26:41– Mais on gère non seulement la salle, mais le café et les bureaux qui sont au-dessus,
26:50c'est-à-dire une grande partie de l'immeuble, voilà.
26:52Mais il y a encore des appartements qui sont vendus, que j'ai vendus d'ailleurs, voilà.
26:58– Vous êtes, Daniel, vous êtes dépositaire de la mémoire quand même,
27:02notamment celle de votre grand-père, de votre père,
27:04qui a une place importante dans l'ouvrage, pour cause.
27:06– Bien entendu.
27:06– C'est aussi pour ça que j'ai fait ça, parce qu'avec les événements,
27:10moi je travaillais et j'accumulais des documents depuis très longtemps,
27:14je colligeais tout ça, parce que j'ai toujours, à 5 ans,
27:18j'entendais parler du Bataclan et j'ai vu mon premier film au Bataclan.
27:22Mon père y est né et mon grand-père, évidemment, l'a exploité longuement.
27:30Il était un des grands directeurs.
27:32Donc évidemment, dans ma famille, on a toujours parlé du Bataclan,
27:36j'ai pas connu mon grand-père, j'ai connu ma grand-mère,
27:40et donc on a toujours parlé de ça, c'est une grande tranche de ma vie.
27:46Et moi-même, j'ai habité 21 ans dans cet immeuble.
27:49– Et un mot qu'on utilise, un mot qui est passé dans le langage courant,
27:54« mettre le Bataclan », il y a un autre mot.
27:57– Et tout le Bataclan.
27:58– Et tout le Bataclan.
27:59– Merci beaucoup Daniel Abrecord.
28:01– Merci à vous.
28:02– Bon, avec ces tragédies, mais aussi avec tous ces bonheurs,
28:05en 160 ans de vie, c'est retracé dans cet ouvrage.
28:08– Avec beaucoup d'images.
28:09– Bataclan, Robert Laffont, avec beaucoup d'images, bien sûr.
28:11Merci à vous Daniel.
28:13– Merci à vous Martial.
28:14– Sous-titrage Société Radio-Canada
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