00:00On comprend qu'il y a une prise d'otage massif,
00:03on comprend qu'il y a plusieurs assaillants,
00:05on comprend qu'il y a des armes de guerre et on comprend qu'il y a de l'explosif.
00:08On comprend que c'est très grave
00:11et on continue notre progression.
00:16L'entrée du Bataclan, elle desserre un vestiaire.
00:20Il y a une espèce de barre et un vestiaire
00:22et on arrive à l'entrée de la salle en fait.
00:30Quelqu'un a allumé les spots de la scène,
00:35donc on a une lumière crue, très très blanche.
00:38Et face à nous, on a à peu près, c'est dur à estimer,
00:41mais 5-600 personnes qui sont couchées par terre.
00:45Il y a une drôle d'odeur, de poudre,
00:48il y a une chaleur qui vient d'un coup
00:51et c'est particulier, très très particulier.
00:55Drôle de sensation, quand je vous en parle là, je l'ai encore.
00:58Je ne saurais pas comment l'expliquer en fait.
01:01Je me dis des fois qu'il n'y a pas de mots dans la langue française
01:04qui puissent exprimer vraiment ce que moi j'ai ressenti à ce moment-là.
01:10On comprend qu'il y en a qui sont morts,
01:11on pense que quasiment tout le monde est blessé ou mort d'ailleurs,
01:14c'est la première impression.
01:17Mais nous, on est 12.
01:18Donc là, ça nous prend quelques secondes,
01:22quelques minutes pour décider de la meilleure stratégie.
01:24Les gens, eux, ils pensent qu'ils sont sauvés puisqu'on est là.
01:28Et on essaie de leur faire comprendre par quelques mots,
01:30par un geste, par un regard que non, il ne faut pas bouger,
01:32on va revenir, mais pour l'instant,
01:34nous, on a une mission à faire.
01:36Ça, c'est difficile.
01:36Il y en a qui ne comprennent pas pourquoi on ne soigne pas leurs proches
01:40et qui ne sont pas contents, vraiment, qu'ils l'expriment.
01:43Il y en a qui nous attrapent un peu les pantalons
01:45et qui se plaignent du fait qu'on ne les aide pas.
01:47On comprenait bien qu'il fallait qu'on permette l'évacuation
02:00des gens qui étaient blessés.
02:03Mais bon, nous, on a une mission à faire
02:04et si nous, on ne remplit pas notre mission,
02:06de toute façon, tout est figé.
02:07Donc il faut absolument qu'on aille au contact de ces terroristes
02:11pour voir où ils sont et créer ce périmètre un peu sécurisé.
02:13On se concerte, on décide au plus vite d'aller prendre le haut,
02:18c'est-à-dire de monter sur le balcon, côté gauche,
02:22pour essayer de prendre une vision sur l'ensemble du théâtre.
02:28On entend la chef dire aux victimes qu'ils pouvaient se lever
02:32et de lever les mains et de partir, de sortir du bataillon.
02:37On les fait sortir un peu en groupe,
02:54on va les canaliser tous.
02:56On lève les mains, on lève les mains !
02:58Et on va vérifier que ces gens-là ne sont pas des terroristes.
03:03On ne peut pas avoir un sur-attentat
03:07avec quelqu'un qui aurait un gilet piégé ou ce genre de choses.
03:11Reculez, reculez !
03:13Il y a des gens qui arrivent.
03:15D'abord, les gens valides,
03:16ils sortent plus ou moins en courant.
03:18Et puis, des blessés marchaient.
03:21Et puis, très rapidement, des blessés qui ne marchent pas,
03:23qui sont entraînés par leurs copains.
03:24Les premiers qui arrivent, on les lâche là.
03:29On commence à faire mettre des pansements compressifs,
03:34mettre un ou deux garrots.
03:36Et puis après, moi, je n'ai plus rien.
03:38Donc, quand ça saigne, je prends mes ciseaux,
03:40je découpe les t-shirts, je le mets en boule,
03:42je l'appuie là où ça saigne.
03:45Et je dis aux copains, appuie dessus.
03:46Et de toute façon, il faut le sortir.
03:49Pour les sortir,
03:51ceux qui sont vraiment très gravement blessés sont allongés.
03:53pour les mettre sur des brancards.
03:55Oh, des brancards, on n'en a pas.
03:57Je me souviens qu'en arrivant,
03:58j'avais vu des dizaines de barrières,
04:01qu'on appelle des barrières Vauban.
04:02C'est ces barrières métalliques.
04:04Et je dis aux policiers,
04:05attrapez-moi des barrières,
04:06vous me les mettez à l'horizontale,
04:08on va s'en servir de brancard.
04:09C'est comme ça que sur les images,
04:10vous voyez des Noria,
04:12barrières métalliques avec des gens dessus.
04:21Donc, on continue notre cheminement.
04:22Ça dure à peu près 20 minutes, 25 minutes.
04:27On a fait donc tout ce côté gauche
04:28et on arrive au bout de ce couloir
04:30qui desserre le balcon gauche,
04:32en haut à gauche,
04:34où se trouve en fin de couloir
04:35une porte en bois classique.
04:38Et on se rapproche de cette porte.
04:41Comme on a fait plein de pièces avant,
04:43on continue dans la foulée.
04:44On se dit, on va aller jusqu'au bout.
04:46Comme ça, on saura s'ils sont là ou pas.
04:47On pensait à ce moment-là
04:49qu'ils étaient peut-être partis.
04:49Donc, on va pour ouvrir cette porte.
04:53Là, mon collègue
04:55remarque un chargeur de Dakar 47,
04:59de Kalashnikov.
05:01C'est la première fois qu'on en voyait un
05:02depuis qu'on était rentrés.
05:03On s'est dit, tiens, c'est peut-être un signe
05:04que les terroristes ne sont pas très loin.
05:07Donc, on enlève la main de la poignée.
05:08On était prêts à l'ouvrir, la porte.
05:10Et quasiment dans la foulée,
05:12il y a quelqu'un qui prend contact avec nous.
05:13En fait, une voix
05:14nous dit
05:16« Vous reculez ?
05:20Sinon, je vais tuer tout le monde. »
05:21« Vous êtes content ? »
05:25« Recule, mon pied ! »
05:28« Ne t'attachez pas,
05:29vous êtes comme mort ! »
05:31« Ne t'attachez pas,
05:32c'est pas lui ! »
05:33« C'est moi ! »
05:36« Ne t'attachez pas,
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