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  • il y a 2 mois
A quelques jours des commémorations des attentats du 13-Novembre, Catherine Bertrand, rescapée du Bataclan et vice-présidente de l'AfVT, revient sur son deuil et ces 10 dernières années.

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Transcription
00:00On a écrit un livre, Chroniques d'une survivante, aux éditions de La Martinière.
00:04C'est une bande dessinée, puisque vous êtes, je le rappelle, illustratrice.
00:07On va en parler. D'abord, dix ans après, comment ça va ?
00:10Il y a des hauts et des bas.
00:12C'est vrai que le temps fait du bien, on est d'accord là-dessus.
00:15Mais il y a des souffrances et il y a des cicatrices qui se referment,
00:19qui ne se soignent jamais, en fait.
00:21Donc, clairement, ça a changé ma vie.
00:24Il y a eu vraiment une rupture.
00:26Mais avec le temps, on apprend à faire avec, en fait.
00:30Et à quelques jours, des commémorations, dix ans après ces attentats,
00:38comment on se sent ?
00:39Comment vous sentez-vous ?
00:40Ça suscite chez vous de l'appréhension, de l'inquiétude.
00:42Ou, de par l'initiative que vous avez prise,
00:46il y a aussi l'envie absolue de masquer la tristesse par la vie
00:50et le fait d'impliquer tout le monde.
00:53C'est ça, effectivement.
00:54Derrière vous ?
00:55C'est que depuis dix ans, on commémore ensemble,
00:58entre victimes, entre associations, avec des officiels.
01:01On se sent la plupart du temps assez seul.
01:04Et au bout de dix ans, je me rends compte qu'en fait,
01:07c'est la France, quand même, qui a été attaquée ce jour-là.
01:10Ce n'est pas juste moi.
01:12Donc, c'est important aussi d'ouvrir la commémoration à tous les citoyens.
01:17Je pense qu'on a besoin d'un événement rassembleur.
01:19Et c'est ce qui est prévu demain matin.
01:21Donc, deux événements en un.
01:23Et notamment, une marche pour rendre hommage aux victimes des attentats
01:28à travers deux rendez-vous, dont l'un qui passera par les lieux des attentats.
01:33C'est bien ça pour qu'ils ne soient jamais des cimetières, en fait.
01:37C'est ça.
01:37En fait, l'idée, c'est de passer par tous les lieux attaqués.
01:42Ça ne va pas être glauque, je vous le promets.
01:44Mais au contraire, il faut rajouter de la vie, là où il y a eu de la mort.
01:48Donc, pour moi, c'est vraiment une vague positive qui doit passer par ces lieux-là.
01:53Surtout, ne jamais oublier les victimes des attentats des terrasses et du Stade de France.
01:57Trop souvent oubliés, malheureusement.
02:00130 morts et des centaines de blessés physiques et psychologiques.
02:05Vous-même souffrez d'un syndrome de stress post-traumatique.
02:10Dix ans après, encore, Catherine Bertrand, on va y venir.
02:13Sur ce projet, je trouve ça très intéressant que vous nous racontiez comment il a germé.
02:18Il est né et vous le préparez depuis les JO l'an dernier qui vous ont, dites-vous, transformé.
02:24Vous pouvez nous expliquer pourquoi ?
02:26Oui, je vais vous expliquer pourquoi.
02:28Mais d'abord, je suis désolée, je tiens à dire qu'il y a eu 132 morts.
02:35Donc, on a eu deux personnes qui ont mis fin à leur jour depuis.
02:39Il ne faut pas les oublier non plus.
02:40Notamment, en mai 2024, le suicide de votre ami, le dessinateur Fred Deville, qui était lui aussi rescapé de l'attentat au Bataclan.
02:48Voilà.
02:49Et donc, c'est aussi pour ça que j'étais vraiment, l'année dernière, j'étais au fond du trou avec la perte de mon ami Fred.
02:55Donc, je ne voyais pas d'avenir, si vous voulez.
02:59Et puis, la cérémonie des JO m'a complètement transformée, en fait.
03:03Je me suis sentie happée par les JO d'une manière incroyable.
03:07J'ai vu à quel point les Français pouvaient se rassembler, être vraiment heureux d'être ensemble autour du sport.
03:13Et je me suis dit, c'est vraiment… Le sport, c'est vraiment une belle valeur.
03:17Il faut s'appuyer sur le sport pour aller mieux.
03:19Donc, je me suis dit qu'effectivement, il y avait quelque chose à faire.
03:22Le jour de la cérémonie d'ouverture, vous êtes confinée chez vous.
03:27Quand je dis confinée, c'est lié au syndrome de stress post-traumatique.
03:32Vous êtes devant votre télé, avec votre conjoint, je crois.
03:35Oui.
03:35Et alors là ?
03:37Alors là, je viens folle toute seule dans mon salon.
03:40Je commence à danser, à crier de joie.
03:42Oui, parce que j'étais vraiment… Voilà, j'étais en phase de deuil.
03:48Donc, je ne voyais pas du tout d'avenir.
03:52Je voyais les choses vraiment très négativement.
03:56Et là, d'un coup, une vague positive qui arrive d'un coup, en plus avec Gojira…
04:00À laquelle vous ne vous attendiez pas du tout.
04:02Je ne m'y attendais pas.
04:02Ça vous a, vous-même, submergé et surprise.
04:05Ah oui, complètement.
04:06Et en fait, ça m'a complètement sortie de mon état de torpeur depuis des mois.
04:11Donc, je me suis sentie à paix.
04:13J'ai regardé toutes les compétitions.
04:15J'étais à fond.
04:16Ça m'a vraiment portée, oui.
04:17Alors, derrière, il y a eu un petit blues, je crois.
04:19Pardon ?
04:20Derrière, il y a eu un petit blues.
04:21Alors, oui.
04:22Après les JO, autant ils vous ont transformé et porté.
04:26En septembre, effectivement, il y a eu un petit blues post-JO
04:29qui a été un peu difficile à gérer parce que ça nous a tellement porté, ces JO,
04:36qu'effectivement, on passe des sentiments extrêmement positifs.
04:39Ah, le retour de la routine, en fait, le métro-boulot-dodo qui revient en septembre.
04:45Et en fait, on s'est dit qu'il fallait absolument qu'on s'appuie sur le sport,
04:50à l'Association française des victimes du terrorisme.
04:53On s'est dit qu'il fallait faire quelque chose, pour les dix ans, d'exceptionnel, d'inédit.
05:00Même si on sort de notre zone de confort, c'était quand même important
05:03de proposer quelque chose qui ne se faisait pas avant.
05:07C'est impossible d'oublier le 13 novembre 2015.
05:10C'est impossible. Et au contraire, on a besoin de...
05:14Ma question peut paraître quasi déplacée au vu de la monstruosité
05:19de ce qui s'est passé le 13 novembre 2015.
05:21Mais on se dit peut-être qu'en dix ans, la souffrance, la peine peut être parfois,
05:26je ne sais pas, atténuée.
05:27Mais comment vous vous y prenez, si je puis dire ?
05:31Je ne vais pas parler au nom de toutes les victimes de terrorisme,
05:34parce que chaque victime est différente.
05:36Moi, j'ai eu la chance de perdre personne ce soir-là.
05:39Il y a beaucoup de familles endeuillées, notamment.
05:41Pour eux, toute leur vie, ils vont souffrir, clairement.
05:44Moi, j'ai survécu.
05:46J'ai l'impression que j'ai quand même une deuxième chance.
05:49J'ai une nouvelle vie qui s'offre à moi.
05:51Donc, je vais essayer d'en profiter au maximum.
05:54Donc, chacun son rythme, en fait.
05:57Le sport vous aide.
05:58Enfin, vous le regardez, au moins.
06:01Et le dessin.
06:02Vous avez d'ailleurs dessiné la cérémonie d'ouverture.
06:04Oui, complètement.
06:06Parce que j'avais besoin de laisser une trace dessinée de ce moment-là, en fait.
06:10On voit ce que vous avez dessiné.
06:12Pour moi, c'est vraiment important de retracer ce qui a été fait,
06:18parce que c'était magnifique.
06:20Et surtout, à part effectivement les rediffusions,
06:23on n'a pas de traces de ces cérémonies.
06:25Donc, j'avais envie de les poser quelque part.
06:29Merci, Catherine Bertrand.
06:31Merci d'avoir été avec nous.
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