00:03Et à la une ce matin, on a décidé de vous emmener finalement faire un voyage en absurdistan.
00:07Bonjour Franck Laborde.
00:08Bonjour M. Lido.
00:09Merci beaucoup d'être avec nous ce matin.
00:11Vous êtes membre du bureau de la FNSEA et président de l'Association Générale des Producteurs de Maïs.
00:15Et vous allez nous expliquer ce qui se passe à Sainte-Solines avec une situation totalement lunaire
00:20pour qu'en réalité, à l'heure où on se parle, des agriculteurs ont globalement l'eau jusqu'aux genoux
00:24à cause des inondations, à cause des crus, mais ne peuvent pas en réalité stocker cette eau.
00:30Pour des intérêts professionnels.
00:31Vous avez absolument raison et vous avez bien caractérisé les choses.
00:35Aujourd'hui, à Sainte-Solines, la nappe déborde.
00:37C'est-à-dire que la nappe est au niveau du sol et déborde dans les champs.
00:41L'objectif des agriculteurs qui ont créé la réserve, c'est justement lorsque la nappe est très haute,
00:46de prélever dans cette nappe pour pouvoir remplir la réserve de façon à ne pas prélever l'hiver.
00:50Aujourd'hui, malgré qu'ils aient obtenu toutes les autorisations,
00:54ils n'ont pas le droit de remplir leur réserve.
00:56C'est 11 agriculteurs, dont 6 jeunes agriculteurs, qui viennent de s'installer dans les 5 dernières années.
01:03Donc, ce qu'il faut comprendre, c'est qu'ils ont actuellement des nappes phréatiques à non plus pouvoir.
01:09Comme vous l'avez dit, les nappes débordent.
01:11Ils ne sont pas en capacité de stocker l'eau.
01:13C'est-à-dire que là, alors qu'ils ont de l'eau jusqu'aux genoux, ils se disent, cet
01:16été, on va subir la sécheresse.
01:18Absolument, je redis, l'objectif est, lorsqu'on crée une réserve, de ne plus prélever dans la nappe l'été,
01:24lorsque la nappe est basse, et de prélever lorsque la nappe est abondante, et la plupart du temps, l'hiver.
01:29Et donc, aujourd'hui, ils sont dans l'incapacité, malgré qu'ils aient obtenu, depuis 2011,
01:36depuis 2011, entre 2011 et 2022, toutes les autorisations, dûment renseignées, dûment autorisées,
01:44avec toutes les études environnementales nécessaires, parce qu'il y a un recours, fait par une ONG environnementale,
01:52ils sont dans l'impossibilité, dans l'impossibilité d'utiliser la réserve, dont ils subissent le remboursement.
02:00Donc, c'est-à-dire que là, ils payent pour ne pas être en capacité de l'utiliser, c'est
02:03ça ?
02:03Absolument.
02:04Et Franck Laborde, hier, en rappelant que vous êtes membre du bureau de la FNSA,
02:07et président de l'Association Générale des Producteurs de Maïs, hier, vous étiez au Salon de l'Agriculture.
02:12Hier, on l'a suivi ici, en direct, sur cette radio, le président de la République y était aussi.
02:15Est-ce que vous avez eu l'occasion, en lui serrant la main, au président de la République, si c
02:18'est le cas,
02:19de lui dire, monsieur le Président, on a déjà subi les affrontements entre agriculteurs, entre groupes écolos,
02:24il y a quelques années, au moment de cette soline, on s'est déjà affronté sur la question des méga
02:27-bassines,
02:28ça a été tranché, cette fois-ci, il faut faire quelque chose, les agriculteurs en ont ras-le-bol.
02:31Oui, plus qu'en lui serrant la main, puisque nous avons obtenu un rendez-vous d'à peu près une
02:36heure
02:37sur ces sujets de notre capacité à produire, de la capacité des agriculteurs français à produire.
02:44Et donc, effectivement, ce sujet de l'eau et de la capacité que la France doit se donner
02:51à pouvoir stocker de l'eau quand elle est très abondante, pour pouvoir l'utiliser pour de multis usages,
02:58pour l'agriculture, mais aussi pour toute l'économie, mais aussi pour soutenir les rivières
03:03dans certains territoires qui sont trop basses l'été, nous avons effectivement dit au Président de la République
03:09que sur ce sujet-là, il fallait que nous avancions rapidement, en conformité avec les déclarations
03:16du Premier ministre du 13 janvier dernier.
03:19Et donc, que vous a répondu le Président de la République ? Est-ce qu'il comprend ce combat ?
03:22Est-ce que lui aussi est indigné par vraiment ce qui se passe du côté des deux sèvres et qui
03:26frôle l'absurdistan ?
03:27Alors, le Président de la République nous a dit comprendre nos sujets, mais ce qui se joue là pendant le
03:35salon,
03:35c'est qu'il faut absolument que la profession agricole, et à titre personnel, je vais m'y attacher,
03:42explique aux décideurs politiques, à l'opinion publique, qu'une chose très simple,
03:49que la variabilité du climat s'accentue, qu'il va y avoir de plus en plus de périodes
03:55où nous n'aurons pas assez d'eau, et de plus en plus de périodes où nous aurons trop d
03:59'eau.
04:00Ça, c'est factuel, c'est documenté, notamment par le GIEC,
04:04et donc que lorsqu'il y a trop d'eau, il faut pouvoir la retenir.
04:09Arrêtons de nous dire qu'en France, les robinets vont arrêter de couler.
04:14Oui, les robinets pourraient arrêter de couler si nous ne faisons rien.
04:18Donc, ce sont des questions à penser absolument, et certainement à rebours des discours parfois dominants
04:24qu'on entend ici ou là, Franck Laborde.
04:26Concrètement, vous, qu'est-ce que vous proposez là, pour demain, pour après ?
04:29Pour que ces agriculteurs ne se retrouvent pas à payer non seulement cette bassine inutilisable,
04:33mais également les frais de la sécheresse dans quelques mois ?
04:35Nous, ce que l'on propose, c'est de raccourcir les délais d'instruction,
04:40de continuer à mener les études environnementales,
04:43mais aussi des études économiques dans les territoires,
04:46parce que dans beaucoup de territoires, seule l'agriculture crée de l'économie,
04:49et crée de la valeur, crée de l'emploi.
04:52Donc, pour que ces territoires ne se meurent pas,
04:56oui, il faut, avant chaque construction d'infrastructures,
05:00que ce soit une réserve, mais que ce soit un bâtiment d'élevage aussi,
05:04faire les études nécessaires,
05:06mais une fois que les études sont faites,
05:10dûment renseignées et validées,
05:12stop, on arrête là.
05:13Bien sûr, les recours sont possibles,
05:15mais il faut restreindre dans le temps la possibilité de recours
05:22et aller vite sur ce sujet-là.
05:24Le climat, lui, change rapidement,
05:26il faut que nous changions aussi, nous, rapidement.
05:29Franck Laborde, une dernière question,
05:30quand on vous écoute quand même,
05:31et une fois de plus, quand on voit ce qui se passe du côté de Sainte-Solines,
05:34on a l'impression que n'importe quel projet,
05:37infrastructure à minima d'ampleur,
05:39en tout cas qui peuvent rendre service aujourd'hui aux agriculteurs,
05:41ou à ceux qui travaillent dans nos campagnes, dans nos villages,
05:45très vite, ce sont des projets qui sont stoppés,
05:48qui sont retardés par des recours.
05:50Est-ce que ça veut dire qu'aujourd'hui, en France,
05:51n'importe quel projet d'envergure comme celui-ci est voué à l'échec ?
05:55Alors, non, tous les projets ne sont pas voués à l'échec,
05:58néanmoins, il faut que nous en finissions, je le redis,
06:02avec ces lourdeurs administratives, ces contestations permanentes,
06:06et il faut privilégier aujourd'hui, en France,
06:10la production agricole,
06:12de manière à ce que nos bols, nos assiettes et nos verres
06:15soient remplis par des produits français,
06:18et non pas par des productions qui viennent, par exemple, du Mercosur.
06:21Et la production apportée, ce qui est malheureusement le cas majoritairement aujourd'hui.
06:25Merci beaucoup, Franck Laborde, d'avoir été avec nous,
06:28membre du bureau de la FNSA et président de l'Association Générale des Producteurs de Maïs.
06:32Et on rappelle que parmi ces agriculteurs qui, de fait,
06:34vont connaître des difficultés qui en connaissent déjà,
06:37vous disiez six nouveaux agriculteurs qui ont repris une ferme il n'y a pas très longtemps.
06:40Donc, en plus, il y a tout un symbole, toute une importance,
06:43avec ceux aujourd'hui qui mettent les mains dans le cambouis pour reprendre des fermes.
06:45Et quand on sait aujourd'hui à quel point c'est un métier difficile,
06:48il n'y a pas besoin de les ennuyer davantage.
06:49Merci beaucoup d'avoir été avec nous et vous refiler au Salon de l'Agriculture.
06:52Donc, bon courage pour ces journées qui sont souvent athlétiques.
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