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Connu pour son engagement en faveur du pouvoir d’achat, Michel-Édouard Leclerc, président des supermarchés E.Leclerc, s’investit également activement dans le domaine culturel. Cet engagement se traduit notamment par la création de MEL Publisher, une maison d’édition d’estampes d’artistes contemporains permettant la création d'œuvres plus accessibles, ainsi que par son implication dans le Fonds Hélène & Édouard Leclerc, qui contribue à rendre l’art accessible au public en région.

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00:03Bonjour à toutes et à tous, je suis ravie de vous retrouver pour une nouvelle émission d'Art et Marché,
00:08l'émission qui ouvre les portes du marché de l'art.
00:11Et aujourd'hui, plus spécifiquement, je suis ravie de vous retrouver au sein de la galerie Huberti et Brenne.
00:16Nous sommes Avenue Matignon, dans le 8e arrondissement de Paris, pour échanger avec Michel-Edouard Leclerc.
00:22Bonjour, merci d'être avec nous.
00:23Bonjour Sybille, je suis content d'être là.
00:25Vous êtes président des supermarchés Leclerc, donc vos propos médiatiques, d'habitude, c'est plutôt sur des enjeux économiques.
00:31Aujourd'hui, nous allons nous intéresser à une autre facette, celle de l'homme de culture, qui est derrière Mail
00:37Publisher,
00:38et surtout de l'exposition qui nous entoure, Estampes contemporaines.
00:42Est-ce que tout d'abord, vous pouvez nous présenter toutes ces œuvres qui nous entourent ?
00:47Vous ne les voyez pas toutes, mais nous sommes dans une galerie entourée de nombreuses estampes, œuvres différentes.
00:53Nous sommes dans une galerie, une galerie qui a été fondée par des copains belges que je connais par la
01:01bande dessinée.
01:05Et d'abord, j'aime bien cette proximité, cet échange.
01:10Ce sont des lithographies que j'ai réalisées ou fait réaliser avec une petite équipe, sous un label qui s
01:17'appelle Mail Publisher.
01:18C'est une entreprise personnelle, familiale, avec d'excellents collaborateurs.
01:24Et ce n'est pas simplement un supplément d'âme, ce n'est pas simplement du plaisir.
01:29C'est une vieille idée qui me trotte dans la tête et qui est la continuité de ma vie professionnelle.
01:35Je veux rendre l'art accessible, accessible aux nouvelles générations, avec des prix accessibles, dans un monde où le marché
01:45de l'art grimpe et est très compliqué à lire.
01:49Vous avez créé Mail Publisher en 2014.
01:53Pourquoi à ce moment-là, et justement vous avez commencé à répondre, mais pourquoi vous tournez vers l'estampe en
01:58particulier, l'édition d'estampe ?
02:00C'est la rencontre avec des artistes qui travaillaient dans les ateliers parisiens.
02:05On a tendance à dire les vieux ateliers parisiens, parce qu'il y a plein de jeunes dedans.
02:09Mais que ce soit chez IDEM, que ce soit chez Fleur de Pierre, les Guilbeault qui se sont déplacés à
02:17Bergerac et à New York.
02:18Il y a un savoir-faire, il y a des artisans, il y a des ouvriers techniciens qui sont des
02:25vrais artistes et qui savent faire des lithographies, qui savent faire des gravures.
02:30Et donc je voulais faire travailler ces ateliers.
02:33Ce qui est intéressant aussi, c'est que les artistes que je connaissais, je suis un passionné de bande dessinée,
02:39avaient envie de s'essayer sur des formats plus grands qu'une planche de bande dessinée, plus grands qu'une
02:44planche aigle.
02:45Et donc moi j'avais la patience de leur permettre un réapprentissage de ce qu'ils avaient appris à l
02:53'école étienne, aux Beaux-Arts.
02:55Et donc on a monté comme ça de connivence une série de lithographies que l'on expose dans les galeries
03:01à Art Paris et sur le site internet.
03:05Aujourd'hui, quel est le fil directeur ? Quels sont les artistes qui nous entourent ?
03:10Comment est-ce que vous avez travaillé sur cette exposition ?
03:12Alors, moi j'ai aucune prétention. Je connais beaucoup d'artistes parce que je suis le fils de ma mère.
03:19Et ma mère, c'est une Bretonne qui ne voulait pas rester une bigoudaine dans le Finistère Sud.
03:25Et donc on faisait toutes les galeries quand j'étais adolescent.
03:29Et ça m'a toujours passionné.
03:31Et donc je me suis plus spécialisé dans la bande dessinée.
03:35À la fac, j'ai vécu avec des auteurs de bande dessinée.
03:39J'ai amené les centres Leclerc à sponsoriser le Festival d'Angoulême pendant 17 ans.
03:43J'ai rencontré ces artistes.
03:44Et donc un tiers à peu près des lithographies que Mel Publisher présente sont issus de ce monde de la
03:53bande dessinée.
03:54Et puis il y en a d'autres à qui j'ai ouvert cette programmation, qui sont la génération des
04:02cadras, des quinquas que j'ai rencontrés au fil du temps.
04:05Et puis il y a quelques artistes très connus qui m'ont parrainé, qui m'ont légitimé, comme Garoust ou
04:12Ernest Pignon et Ernest,
04:14qui ont le même âge que moi ou de la même génération, qui m'ont dit « Allez, t'y
04:18crois, on t'accompagne. »
04:20Dans le temps qu'il vous reste au-delà de votre fonction de chef d'entreprise, quelle place a l
04:25'art dans votre vie ?
04:27Ça vous a accompagné depuis toujours de ce que vous nous racontez ? Comment ça se manifeste ?
04:32L'art et la littérature m'inspirent.
04:36J'ai lu quelques manuels de management.
04:39J'ai été dans l'opérationnel pendant 45 ans.
04:44Mais même pour faire grossir ce groupe de distribution qu'est le Mouvement Leclerc,
04:49je me suis appuyé sur des hommes, sur leurs talents.
04:51Il y a beaucoup d'artistes aussi, vous savez, dans le monde de l'épicerie, dans le monde du transport,
04:55de la logistique.
04:56Et puis leur personnalité ne s'exprime pas exclusivement à travers la fonction matérielle et sociale.
05:03J'ai vu des très belles personnes.
05:05Et du coup, ça m'a toujours donné l'envie d'avoir ce projet.
05:09Donc je le fais maintenant que je suis moins dans l'opérationnel, moins dans la pression de la vie de
05:16l'entreprise.
05:17C'est aussi avec l'argent de la vie de l'entreprise que je peux me permettre de faire ça.
05:23Et en fait, je m'aperçois que les jeunes cadres qui sont aujourd'hui dans les centres Leclerc ou qui
05:28travaillent au siège des centres Leclerc ou ceux de la FNAC et d'Arti qui sont à côté,
05:32m'accompagnent dans cette volonté de pouvoir remettre des œuvres quasi originales sur leurs murs.
05:42La nouvelle génération n'a pas les tableaux de leurs parents.
05:46Ils n'ont pas les tableaux de leurs parents sur leurs murs.
05:48Ils ont des murs blancs aujourd'hui dans les villes.
05:51Ils habitent plus loin du centre parce que c'est trop cher le centre.
05:55Et puis l'art est très cher.
05:57Et l'art qu'ils aiment est très cher.
05:59Et donc, le pari, c'est de renouveler un petit peu cette offre et de coller avec ses attentes.
06:06Justement, vous êtes très engagé au sein du fonds Hélène-Édouard Leclerc qui est à Landerneau, dans le Finistère.
06:14Comment est-ce qu'on fait grâce à ce centre-là pour travailler cette accessibilité et surtout un déplacement en
06:23dehors de Paris ?
06:24Parce qu'en fait, c'est encore très centralisé le monde de la culture et du marché de l'art.
06:27Est-ce que dans cette ouverture de ce lieu à Landerneau, vous avez éprouvé des difficultés à rendre l'art
06:34très accessible et plus régional ?
06:37Non, il y a une attente formidable du public.
06:40En fait, j'ai trois volets un peu d'intervention.
06:44Via l'enseigne Leclerc, on est le troisième libraire de France, mais on vend aussi des livres d'art.
06:51Et nous sommes sponsors de beaucoup de manifestations locales,
06:54beaucoup de propriétaires de magasins, sponsoristes, des galeries, des artistes.
07:00Il y a cette fondation à Landerneau, qui est une ville de 18 000 habitants,
07:08qui a attiré près de 3 millions de visiteurs pour des expositions majeures.
07:13Et c'est aussi le nom de Leclerc et la réussite dans l'entreprise qui m'a permis d'obtenir
07:17des prêts,
07:18des très grands musées et à l'international.
07:20Et puis il y a cette petite capsule plus personnelle de lithographie,
07:26qu'avec 4 ou 5 amoureux de l'art, nous lançons.
07:31Je crois que c'est...
07:33Et alors Landerneau, évidemment, c'est un combat politique aussi.
07:36C'est amener le meilleur de l'art du monde dans une petite ville en province,
07:41parce que la culture a sa place partout.
07:43C'est l'idée...
07:44Vous connaissez en musique les vieilles charrues.
07:46Les vieilles charrues, c'est 600 000 jeunes qui viennent dans la plaine de Carré, au centre du Finistère.
07:52Mais là, à Landerneau, nous attirons le meilleur de l'art du monde.
07:56On a fait venir une exposition Henry Moore, on a fait venir Giacometti,
08:02les meilleurs de la bande dessinée, de Métal Hurland, à suivre.
08:05On a été les premiers à exposer Hartung, alors que c'était dans le musée à côté d'Antibes.
08:13On a été les premiers à exposer Giacometti à cette dimension,
08:16parce que Catherine Gognier, au musée Giacometti, n'avait pas de vitrine, n'avait pas de musée.
08:21Donc c'est un challenge que, dans une petite ville qui aime ça, le public vient voir.
08:30La particularité de Landerneau, c'est que ce n'est pas un musée, c'est un lieu.
08:33On n'a pas de patrimoine culturel, c'est un musée.
08:37C'est l'ancien magasin de mes parents qu'on a rechappé de beau granit.
08:40C'est un CV dans un couvent qui avait été maquillé de béton parce qu'on y produisait de la
08:46bière.
08:47Ça a été une prison depuis la Révolution.
08:50Et les gens viennent dans ce lieu sans complexe, ils ne connaissent pas.
08:54Certains disent, d'ailleurs, on est venu voir du Buffet, mais en croyant voir Bernard Buffet.
09:00Vous voyez, il y a une ouverture.
09:03Et du coup, il y a un appétit, il y a une récurrence, un abonnement.
09:07Et je pense que c'est un peu le sens de votre émission.
09:11C'est qu'on fait découvrir des talents, on suscite la curiosité.
09:18Et c'est une manière aussi que ce marché de l'art, dont on parle beaucoup, avec des valeurs énormes,
09:25réintéresse une génération qui n'en avait pas les moyens.
09:29Vous avez, dans vos dernières prises de parole médiatiques, vous n'avez pas exclu une entrée en politique.
09:35Si vous deviez faire une priorité culturelle, quelle serait-elle si jamais vous étiez président de la République, par exemple
09:42?
09:43Allons-y.
09:43Quelle serait votre priorité culturelle ?
09:47Je n'ai pas le melon.
09:48Je me retrouve dans des sondages.
09:50Je ne les ai pas payés.
09:51Je ne sais pas.
09:51J'ai l'impression d'être une boule dans le flipper.
09:55Vous voyez ce que je veux dire ?
09:56On verra bien.
09:57Mais en même temps, c'est vrai que c'est un vrai combat politique que de défendre la culture.
10:03Et quand on voit ce qui se passe dans le monde, cette négation de l'art, de la liberté d
10:08'expression.
10:09Je reviens des États-Unis.
10:10Je suis étonné de voir des copains que je connais depuis longtemps, aujourd'hui, se censurer, faire attention à ce
10:15qu'ils disent.
10:16Donc, moi, je pense que c'est très important aujourd'hui.
10:20La première mesure que je prendrais, par exemple, c'est de revoir le cahier des charges, non seulement du service
10:24public,
10:24mais de toutes les chaînes privées et maîtrises en France, pour qu'ils consacrent au plus de temps à la
10:29défense du livre,
10:30de l'art, de la culture, y compris sous la forme des formes numériques et modernes, des jeux ludiques, les
10:37jeux vidéo.
10:39Parce que ce sont des lieux de création, ce sont des lieux aussi de vie.
10:42Beaucoup d'artistes vivent de la publicité.
10:44Beaucoup d'artistes qui font de l'anime ou qui font des jeux vidéo sont, en fait, chez eux, des
10:51peintres.
10:52Et donc, je renforcerai le cahier des charges de tous les émetteurs, de tout ce qu'on autorise à émettre,
10:58que l'Arcom et Thérise autorisent à émettre en France.
11:01Je trouve qu'on devrait avoir renforcé le cahier des charges de cette obligation culturelle.
11:04Enfin, il ne faut pas dire obligation, de cette incitation culturelle.
11:07Cette incitation culturelle.
11:08Et le rôle de l'entreprise dans le monde culturel, il est fondamental pour pouvoir justement donner plus de moyens,
11:15plus de clés, plus de clés de lecture ?
11:17Je pense que le monde de l'entreprise, il ne faut pas le déhifier.
11:21Je pense que c'est bien d'avoir un secteur public.
11:24On n'aurait pas les grands musées s'il n'y avait pas eu le secteur public.
11:28Mais c'est vrai qu'aux Etats-Unis, ce sont des fondations privées qui les ont constituées.
11:33Nous, je pense que la diversité voulue par le législateur, l'arrivée, les textes de Jean-Jacques Ayagon ou de
11:41Christine Lagarde
11:43permettant du mécénat même populaire, avec des défiscalisations possibles, rajoutent à la diversité,
11:49à la possibilité de soutenir des artistes qui ouvrent leur propre atelier.
11:54Je vois Olivier Massmonteil, par exemple, aujourd'hui créer sur les réseaux sociaux son propre site.
11:59Beaucoup d'artistes créent maintenant, de manière désintermédiaire, la possibilité d'accéder à leur œuvre.
12:08Tout ça, c'est passionnant.
12:09Et donc, l'entreprise peut être mécène, elle peut être sponsor,
12:13mais elle peut être tout simplement, parce qu'il y a des hommes dans l'entreprise,
12:16des soutiens personnels au monde de l'art,
12:20qui a besoin aujourd'hui, à la fois d'être reconnectée aux évolutions sociales
12:26et en même temps reconnue comme des pionniers, comme des marqueurs de nos sociétés.
12:31Merci beaucoup, Michel-Édouard Leclerc.
12:33Merci de nous avoir accordé ce temps au sein de la Galerie Huberti et Brain.
12:37Et merci à vous toutes et tous de nous avoir suivis.
12:39C'était Arrêt Marché.
12:40Arrêt Marché.
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