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  • il y a 10 mois
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Télématin reçoit la directrice éditoriale de l'Institut Montaigne et spécialiste des questions démocratiques et institutionnelles Blanche Leridon.

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Transcription
00:00La tension monte à la veille d'un vote crucial à l'Assemblée sur le budget de la Sécu.
00:03On va décrypter les enjeux avec vous Blanche Léridon.
00:05Bonjour.
00:06Bonjour.
00:06Vous êtes directrice éditoriale de l'Institut Montaigne,
00:09spécialiste des questions démocratiques et institutionnelles.
00:12On est à 24 heures du vote, si on résume un peu la situation.
00:15Le gouvernement cherche encore des députés pour faire passer le texte.
00:20Sans majorité, sans recours au 49-3, est-ce que ce budget peut-il être adopté ?
00:25Alors déjà, pourquoi est-ce que cette échéance est si scrutée ?
00:28Parce que souvenez-vous, il y a un an très exactement,
00:30c'était aussi sur le budget de la Sécurité sociale que le gouvernement de Michel Barnier était tombé.
00:35Deuxième élément très important, c'est dans ce budget de la Sécurité sociale,
00:39et non pas dans le budget de l'État, qu'il y a cette fameuse mesure,
00:42la suppression de la réforme des retraites de 2023.
00:45C'est pour ça qu'il y a un tel enjeu politique autour du texte.
00:48Alors maintenant, pour vous répondre, il y a quand même des petits éléments
00:50qui peuvent faire espérer le gouvernement.
00:52Et notamment le fait que la partie recette du budget de la Sécurité sociale
00:56a déjà été adoptée en première et en deuxième lecture.
00:59C'était vendredi en deuxième lecture à l'Assemblée nationale, avec 166 voix pour.
01:04Alors certes, l'hémicycle n'était pas plein,
01:06mais c'est ce qui fait espérer aujourd'hui au gouvernement
01:09de pouvoir peut-être faire adopter un budget de la Sécurité sociale
01:12qui semble peut-être un petit peu plus mature pour une adoption
01:15que ne l'est le budget de l'État,
01:17qui lui a été rejeté dans des proportions historiques
01:21dans l'histoire de la Vème République.
01:22Sauf que Bruno Retailleau, le président des Républicains,
01:25parle de hold-up fiscal et appelle à ne pas volter le texte.
01:28Pareil pour Édouard Philippe, pour Horizon.
01:30Si ça passe, ce sera à quoi ?
01:31À quelques voix de députés près ?
01:33Exactement.
01:34Alors on sait aujourd'hui qu'on a environ 210 voix qui sont contre
01:36et qui ne bougeront pas.
01:37Ce sont les voix du Rassemblement national,
01:40des députés d'Éric Ciotti et celles de la France Insoumise.
01:43Donc maintenant, il va s'agir de convaincre,
01:45voix par voix, partie par partie.
01:47Et ce que vous avez soulevé est très intéressant.
01:48L'immense paradoxe de ce moment-là,
01:50c'est que les voix qu'il faut aller chercher,
01:52elles ne sont pas tellement dans l'opposition.
01:53Elles sont au sein de ce qui est constitué autrefois la majorité,
01:57en particulier du côté d'Horizon d'Édouard Philippe
01:59et des LR de Bruno Retailleau.
02:01Et pourquoi les deux y sont aussi hostiles ?
02:03Eh bien parce qu'encore une fois,
02:05c'est cette réforme des retraites qui constitue une ligne rouge.
02:08Et comme l'un et l'autre ont des échéances politiques en tête,
02:11et notamment pour Édouard Philippe,
02:13déjà les municipales au Havre,
02:15puis les présidentielles de 2027,
02:17rester très fermes sur la réforme des retraites,
02:19participent de leur stratégie politique.
02:22On est d'accord effectivement que c'est déjà l'après
02:25qui se joue en réalité.
02:27C'est déjà la campagne municipale,
02:28voire la campagne de la présidentielle
02:29qui est en train de se jouer.
02:30Bien sûr, et c'est d'ailleurs ce que reproche Sébastien Lecornu,
02:33qui fait beaucoup d'efforts.
02:34Vous savez, il était au banc,
02:35c'est-à-dire qu'il était présent dans l'hémicycle
02:37de l'Assemblée nationale
02:37pour la quasi-totalité des débats en fin de semaine dernière.
02:40On entend que c'est lui qui va aller chercher une par une.
02:42Normalement, vous avez simplement la ministre de la Santé
02:45qui est présente dans l'hémicycle,
02:46le ministre des Comptes publics,
02:48et là, on sent qu'il y a un investissement personnel de sa part
02:51pour venir récupérer ses votes
02:52et pour inciter les uns et les autres à aller vers un compromis.
02:55Il le reconnaît.
02:56Ce budget-là n'est pas parfait,
02:57mais néanmoins, il a réussi à être voté en première lecture
03:00sur la partie recettes.
03:02C'est aussi un budget où il y a d'autres mesures.
03:03On est très focalisés sur cette réforme des retraites,
03:05mais il y a par exemple la création de ce congé de naissance
03:07qui crée une forme de consensus
03:09et qui pourra apporter de vraies évolutions
03:12dans la vie de plein de Français
03:13une fois qu'il sera mis en place.
03:15Il y a des compromis qui ont été trouvés
03:16sur la hausse de la CSG,
03:17vous savez, qui était ce point d'achoppement
03:19la semaine dernière.
03:20Donc, on a un Sébastien Lecornu
03:22qui incite à davantage de responsabilités
03:24et de compromis,
03:25tout en reconnaissant l'imperfection de ce budget-là.
03:28Alors, vous disiez que normalement,
03:29ça devrait passer à quelques voix près.
03:31Imaginons le scénario inverse.
03:32Ça ne passe pas.
03:33Qu'est-ce qui se passe concrètement pour les Français ?
03:34Alors, déjà, pas d'inquiétude.
03:36Déjà l'année dernière,
03:37souvenez-vous, au 31 décembre,
03:38nous n'avions pas de budget de la Sécurité sociale.
03:40Ça n'empêche pas les prestations d'être versées,
03:43les cotisations d'être prélevées.
03:45La carte vitale ne va pas s'arrêter.
03:47Mais si cette situation perdure,
03:49il y a un courrier du directeur de la Sécurité sociale
03:52qui a été adressé au Premier ministre
03:53en réponse à une question qu'il lui avait posée
03:55et partagée avec l'ensemble des députés
03:57qui chiffre à 30 milliards
03:59le déficit de la Sécurité sociale
04:01sans adoption sur toute l'année de mesures nouvelles.
04:04Là où, si on arrive à adopter ce budget-là,
04:07on serait sur un déficit autour de 22-23 milliards.
04:10Donc, on serait quand même sur un déficit important,
04:12mais moins lourd parce qu'il y aurait
04:13un certain nombre de mesures rectificatives d'économie
04:16qui seraient intégrées dans ce budget-là.
04:18Alors, ça ne veut pas dire que c'est fini.
04:19Souvenez-vous, l'année dernière,
04:20on avait fini par adopter ce budget
04:22de la Sécurité sociale au mois de février,
04:24mais ce sera évidemment un moment difficile
04:27pour Sébastien Lecornu.
04:29mais néanmoins, ça ne signifiera pas
04:30que le gouvernement tombe.
04:32Le gouvernement tombe seulement si,
04:34suite au 49-3, il y a une motion de censure qui est votée.
04:37Là, rien ne l'oblige.
04:38Si les députés votent contre,
04:41à démissionner, même si certaines oppositions le demandent.
04:44En parallèle de cette crise,
04:45et on a quelques mots pour conclure là-dessus,
04:47le paysage politique,
04:48est-ce qu'il est en train de se redessiner ?
04:50On a vu Laurent Wauquiez, ce week-end,
04:51proposer une primaire plus ouverte
04:54vers reconquête, notamment à droite.
04:57L'union des droites doit se faire dans les urnes,
04:59dit Bruno Retailleau.
04:59Est-ce qu'il y a des digues
05:00qui sont en train de céder ces jours-là ?
05:02Oui, et j'ajouterai à la liste que vous venez de mentionner
05:04les extraits du livre à paraître de Nicolas Sarkozy,
05:08où lui se dit désormais très hostile
05:10à tout front républicain
05:12contre le Rassemblement national.
05:14Donc on voit effectivement qu'en particulier à droite,
05:17les choses sont en train de bouger,
05:19que l'union des droites,
05:20que beaucoup appellent de leur vœu,
05:22pourrait se réaliser,
05:22mais ce n'est pas encore fait,
05:23parce que vous avez beaucoup de personnalités à droite,
05:25je pense notamment à Xavier Bertrand,
05:27qui restent très hostiles.
05:28Donc on est dans un moment, effectivement,
05:30de grande recomposition,
05:31et l'approche de l'échéance présidentielle
05:33devrait accélérer tout ça.
05:35Merci beaucoup pour cet écart,
05:36Jean-Jean Chéridon.

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