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  • il y a 2 jours
Vendredi 6 février 2026, retrouvez Frédéric Stolar (Managing partner, Altaroc) dans GREEN LIGHTS, une émission présentée par Mathieu Meffre.

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Transcription
00:00Merci infiniment d'avoir accepté de participer à cette émission.
00:07Merci de m'avoir invité.
00:08C'est bien normal, on reçoit dans l'émission des leaders qui changent les choses dans leur industrie et dans le monde.
00:13On est ravis de faire un focus sur le Prévet Ecoutier avec vous.
00:16Pourquoi est-ce qu'on est au 45 avenue Clébert ? Pourquoi on vient vous chercher ici avec notre taxi ?
00:20Parce que c'est là que j'ai commencé il y a 35 ans dans le Prévet Ecoutier.
00:23D'accord.
00:24J'ai commencé ici à cette adresse, c'était les anciens bureaux d'Apax.
00:28Donc j'ai démarré en 91, il y a longtemps.
00:33Il y a longtemps, bon ben en tout cas...
00:35C'était mon bureau.
00:36C'était votre bureau.
00:36J'étais jeune chargé d'affaires, je sortais de la business school et j'étais un des tout premiers chargés d'affaires qui a Paxé recruté.
00:45Voilà.
00:45Magnifique.
00:45Et j'ai démarré avec Maurice Chéniot ici.
00:47Mais que vous n'avez pas quitté ?
00:49Alors si je l'ai quitté, je lui ai fait quelques infidélités, on va en parler.
00:53Allez on en parle.
00:53On va prendre un taxi, vous allez nous dire où on vous emmène alors.
00:56Allez on y va.
00:58Merci encore d'avoir accepté cette invitation.
01:05On va parler de beaucoup de choses durant cette émission.
01:08On va parler de contexte macro, on va parler d'un peu de géopo, on va parler de marché secondaire, de value sharing, de valo à la sortie, d'épargne, de retraite.
01:18Autant de thèmes et de discussions qui sont importants et structurantes pour notre économie.
01:21Mais avant cela, on va parler un petit peu de vous.
01:24Alors votre parcours, il est bien connu.
01:27Vous êtes diplômé de Centrale Sud Pelec et de la Wharton School qui j'imagine passage dans vos études qui justifient notre première étape.
01:35Moi j'ai une première question.
01:36Avant ça, vous venez d'où Frédéric ?
01:39Avant ça, je viens d'un milieu modeste au départ.
01:43Mes parents, mon père était entrepreneur, il a démarré, mes grands-parents sont venus en France en 32, émigrés polonais, venus en France.
01:54Et ils ont démarré très modestement.
01:57Et ils étaient ouvriers dans une usine de fabrication de sacs à main.
02:03Et ils ont dit à mon père après la guerre, tu vas travailler avec nous dans l'usine comme ouvrier.
02:07Et mon père a dit jamais.
02:09Et je serai chez moi.
02:10Et il avait cette idée d'être chez lui dès le premier jour.
02:12Donc il est parti comme colporteur.
02:14Il tramalait des sacs sur son dos.
02:16Et il les vendait en porte-à-porte à des maroquiniers.
02:22Donc il ne les vendait pas à des clients privés.
02:23Il était grossiste en maroquinerie.
02:25Et puis il a monté sa petite affaire tout seul.
02:27Il s'est installé en 65.
02:29Et puis il a développé une grosse affaire, puis une très grosse affaire.
02:33Et il est devenu un des plus gros grossistes en maroquinerie en Europe.
02:37Et il avait cette fibre entrepreneuriale incroyable.
02:39Et je l'ai vu partir à 6h le matin, rentrer à milieu le soir tous les jours de sa vie.
02:45Et je pense que ça, ça m'a beaucoup inspiré.
02:46Et ce qui est amusant, c'est que j'ai plutôt fait des études sérieuses et assez réussies.
02:51Et pour mon père, le vrai statut ultime, c'était le statut d'entrepreneur.
02:56Et donc, j'ai été prié à Central Supéda qui m'a dit, c'est bien.
03:00Mais j'espère que tu ne seras jamais ingénieur dans une grande entreprise française.
03:03Parce que ça, ce n'est pas un passeport pour le monde.
03:05Et lui, il avait ce prisme de l'entrepreneur.
03:08Et pour lui, le graal, c'était d'être chez soi.
03:10Et j'ai rejoint des grands fonds de private equity.
03:13J'ai eu la chance de très bien gagner ma vie.
03:15Et pour lui, ce n'était pas le graal.
03:16Le graal, c'était d'être chez soi.
03:18Donc, je viens de là.
03:19Et ma mère a travaillé avec lui pendant 40 ans.
03:22Et donc, j'ai vu mes parents ensemble sur la route faire le tour du monde.
03:25Chez les fournisseurs, chez les distributeurs.
03:27Dans des moments durs, dans des moments plus heureux.
03:30Mais j'ai été élevé de façon assez modeste et simple.
03:34Et assez livré à moi-même.
03:36Parce que mes parents n'avaient pas le temps de m'aider, en fait.
03:38Quel était votre rêve de carrière dans ce cadre-là ?
03:45Vous voyez votre père évoluer, travailler énormément, monter sa boîte.
03:49Vous, à 15 ans, à 16 ans, avant de choisir un petit peu, de commencer à vous orienter,
03:53vous vouliez faire quoi ?
03:54Vous aviez un rêve de gosse ?
03:55Je voulais être président de la République.
03:57Ah, ben, ce n'est pas trop tard.
03:59Non, ce n'est pas trop tard.
04:00Ce n'est pas ma personnalité.
04:02Non, j'étais un sportif.
04:04Je jouais très bien au golf.
04:05Mais, en fait, je ne savais pas vraiment ce que je voulais faire.
04:10Je pense que je voulais être bon élève pour faire plaisir à mon père.
04:13Je voulais être à la hauteur de ses espérances.
04:17Et je pense que ça a toujours été un grand moteur pour moi.
04:20Que ce soit les espérances de mon père ou de ma mère.
04:22Ma mère voulait que je sois bon élève.
04:23Mon père voulait que je sois entrepreneur.
04:26Et c'était ça, le driver principal au démarrage.
04:30Donc, quand je les voyais trimés tous les jours,
04:31j'avais envie de leur rendre ce qui m'avait donné la chance de pouvoir faire.
04:35Vous débutez donc chez APAX en 91.
04:37Comment est-ce que le pré-avet-écouti s'impose à vous ?
04:40C'est justement ce mix entre la valorisation de vos études et de votre parcours
04:45couplé à l'investissement dans l'économie réelle, dans le non-côté.
04:48Ou c'est autre chose, quelque chose de vraiment d'autre, je ne sais pas,
04:51une opportunité, une chance, un coup de chance, un coup de la vie.
04:55Qu'est-ce qui fait que vous tombez dans le PE ?
04:57Je n'ai pas tenu de rencontre, parce que je sortais de la Wharton Business School en 91.
05:02J'avais un parcours intéressant, j'ai eu plein d'offres.
05:06Et puis, j'ai rencontré Maurice Genio.
05:08Je ne savais pas vraiment ce qu'était le private equity, si je suis honnête.
05:11Et il m'a dit, on a eu une longue conversation.
05:14Il m'a trouvé intéressant.
05:16Il m'a dit, venez avec moi, on est en train d'écrire une nouvelle histoire.
05:19On est en train d'industrialiser un métier qui était artisanal.
05:23Il y a 100 ans de croissance devant nous.
05:25Venez avec moi, j'essaie d'écrire une nouvelle histoire.
05:27J'ai monté à Pax il y a une quinzaine d'années.
05:29Ça se développe bien.
05:30On va écrire un parcours intéressant.
05:32Venez, vous ne serez pas déçus.
05:34Et j'avais été séduit par cette histoire.
05:36J'avais d'autres offres dans des banques d'affaires, dans des salles de marché.
05:41Parce que des Français qui avaient des études quantitatives et qui ont fait le business school, ça intéressait.
05:45Et donc, son envolée entrepreneurial m'a séduite.
05:50Et donc, je suis parti sur cette piste-là.
05:52Au départ, c'est la rencontre d'un homme.
05:53Le private equity existait à peine.
05:56On est à une époque où, en 91, Barbarians at the Gate, qui est le bouquin qui a fondé le métier, venait d'être écrit.
06:03Donc, on était sur les premiers gros LBO de KKR.
06:06L'industrie, vraiment, elle commençait à éclore aux États-Unis.
06:09Elle démarrait à peine en Europe.
06:11Voilà, ça m'a paru intéressant d'être au début d'une histoire industrielle et entrepreneuriale.
06:15Donc, c'est ça qui a fait que j'ai démarré avec lui.
06:17Donc là, on a un jeune homme qui rencontre la bonne personne, qui lui dit, viens, ce métier va se structurer.
06:22Mais qu'est-ce qui vous frappe, justement, dans votre vingtaine ?
06:25La première chose qui vous frappe par rapport à ce métier du private equity.
06:27Donc, de l'investissement dans des entreprises non cotées, en but de les aider à se développer et de les revendre.
06:33Mais ce qui me frappe à l'époque, c'est que, alors, ça va vous paraître anéglotique, mais en francs, parce qu'on était sur des fonds en francs,
06:39le fonds de APAX à l'époque, le fonds France faisait 650 millions de francs, c'est-à-dire même pas, à peine 100 millions d'euros.
06:45C'était un très gros fonds.
06:46Il n'y avait pas beaucoup d'acteurs, mais le fait d'acheter des sociétés, le fait de rencontrer des entrepreneurs, le fait d'appréhender une entreprise sous toutes ses facettes,
06:56ça, c'était fascinant, mais surtout, ce qui m'a bluffé, c'est qu'à l'époque, tout était totalement artisanal.
07:01C'est-à-dire, aujourd'hui, l'industrie du private equity, elle est très structurée.
07:04On était sur Lotus à l'époque, on n'était même pas sur des modèles Excel.
07:07Donc, je dirais, les partenaires du fonds de private equity faisaient le modèle LBO presque sur un coin de table.
07:13Donc, on achetait des boîtes avec des modèles qui étaient très réfléchis dans leur construction intellectuelle,
07:18mais dans leur construction financière et mathématique, assez approximatifs.
07:22Donc, on était chez les premiers artisans.
07:25C'est Santos Dumont qui fait voler son avion devant la Tour Eiffel.
07:28Là, c'était un peu ça le private equity.
07:30Et donc, assez artisanal, très orienté, relation avec les entrepreneurs.
07:35Il y avait cette trame humaine dès le départ qui m'a fasciné.
07:37Le métier était déjà un trait complet, mais il était très approximatif.
07:43Très approximatif.
07:44Et au-delà de ces outils et de la partie, on va dire, tout ce qui est devenu très market practice dans les process, dans la façon de faire…
07:49Non, mais ça n'existait pas.
07:51Vous étiez, vous aviez…
07:53Alors, attention, on a il y a 35 ans, un fonds…
07:56Personne ne voulait vendre une boîte à un fonds de private equity.
07:59Ce n'était pas noble de vendre une société à un fonds.
08:01Les industriels ne voulaient pas vendre à des fonds.
08:04Les familles, rushing à vendre des business périphériques ou même des cœur business à des fonds.
08:07Et donc, le fonds, c'était l'acheteur de dernier recours.
08:10Ça n'était pas un acheteur noble.
08:12Donc, et vous n'aviez pas beaucoup de fonds de private equity.
08:14Des fonds de 600 millions à 1 milliard de francs, à l'époque, il y en avait 4, 5 à Paris.
08:20Après cette première époque à Pax, vous partez à Londres, chez Warburg, et vous êtes en charge du FIG.
08:26Donc, Financial Institution Group, donc les investissements dans le segment financier.
08:30Vous voyez, alors que j'ai été recruté par Warburg Pincus, qui était déjà un des plus gros fonds du monde de private equity à l'époque.
08:38Donc, Maurice n'était pas content que je parte.
08:39Il m'a dit, vous êtes trop pressé dans votre vie, vous ne prenez pas le temps, vous regretterez, vous reviendrez.
08:45Bon, j'ai été tenté par une aventure américaine dans un des plus grands fonds américains du monde de l'époque.
08:51C'est resté un des plus grands fonds du monde.
08:53Et ce qui était intéressant, Warburg Pincus était déjà très organisé par secteur, en fait.
08:57Et le monde américain, alors l'Europe a basculé vers ça 20 ans plus tard, mais les américains étaient déjà très organisés par secteur, très sectorisés.
09:06Ils voyaient le monde du private equity comme des industriels.
09:08Et il y avait 5 équipes chez Warburg Pincus, donc j'ai rejoint l'équipe Financial Services.
09:13Donc, je m'intéressais, enfin l'équipe dans laquelle que j'ai rejointe et que j'ai dirigé après, on s'intéressait à sourcer, trouver, transformer des actifs dans le secteur financier.
09:22Et Warburg Pincus avait un très bon track record dans ce monde-là.
09:26Et j'ai passé 8 ans chez eux, à Londres.
09:29On vous demandera après ce que vous pensez, comment vous voyez Londres par rapport à Paris.
09:34Mais avant cela, Maurice n'avait pas forcément tort, vous êtes revenu en tout cas à Paris.
09:38Et vous co-fondez SAGAR avec le soutien de PCC, Power Corporation of Canada et le groupe Bruxelles Lambert bien connu.
09:48Et vous avez développé pendant près de 20 ans ce fonds en le positionnant comme un acteur de premier plan du mid-market.
09:54Est-ce qu'on peut parler un petit peu de cette époque ? Peut-être le moment le plus intense que vous avez vécu en tant qu'entrepreneur.
10:02Parce que ça y est, là vous êtes entrepreneur et intrapreneur.
10:06Vous me permettez, c'est un peu différent.
10:08Parce que là, on est en 2001.
10:11Donc je suis recruté par les familles Paul Desmarais et Albert Frères.
10:14Et elles avaient une vision que le private equity allait se transformer.
10:21Et qu'il fallait apporter autre chose que du capital.
10:23C'était déjà une vision, on est il y a 25 ans Mathieu.
10:26Et la vision de Paul Desmarais et d'Albert Frères, c'était que le capital c'est fantastique.
10:30C'est le cœur, c'est la matière première.
10:31Mais il faut plus que ça pour créer de la valeur.
10:33Il faut être capable d'apporter un vrai apport en industrie.
10:37Et donc l'idée, c'est qu'on réunisse un tour de table, je dirais de 25 familles.
10:40Chaque famille apportant évidemment son capital, mais aussi sa contribution en industrie.
10:43Et donc le mandat qui m'est donné, c'est de créer ce fonds, de fonder ce fonds.
10:47Et de créer tout un écosystème pour apporter à des entrepreneurs en Europe francophone.
10:52Parce que leur mantra, c'était la francophonie industrielle.
10:56Donc on cherchait à accompagner des entrepreneurs français, belges ou suisses.
11:00Ça c'était le centre de gravité, la prise de décision.
11:02Et l'idée, c'était d'aider des entreprises régionales, leaders régionaux, si je simplifie Mathieu,
11:07à changer de braquet.
11:08À passer d'un statut de leader régional à leader national.
11:11De leader national à leader européen.
11:13Et puis si la taille de marché le permettait, de leader européen à leader mondial.
11:17Et ça grâce à l'écosystème capitalistique et en savoir-faire,
11:22qu'on allait apporter.
11:23Donc on a réuni 25 familles.
11:26Chaque famille apportant son expertise dans sa verticale.
11:29Les Dassault dans l'aéro, les Peugeot dans l'auto,
11:32les Mérieux dans la santé.
11:3525 familles fantastiques.
11:36Qui ont apporté leur capital, leur soutien industriel.
11:40Et qui ont ouvert le bénéfice de leur réseau d'affaires aux ETI qu'on a accompagnés.
11:45Donc ça, j'ai fait ça pendant 20 ans.
11:46On a acheté des ETI qui valaient entre 100 et 500 millions d'euros en LBO.
11:51Donc on était l'investisseur majoritaire.
11:53On s'associa aux équipes de management.
11:55Et l'idée, c'était de les aider à changer de braquet.
11:57Et d'accompagner les entrepreneurs, des hommes et des femmes,
11:59sur des parcours de vie de 5 à 7 ans, parfois 10 ans.
12:02C'est génial.
12:04Et alors, très concrètement, l'investissement le plus emblématique,
12:07le plus dingue de cette période,
12:09justement sur le value creation,
12:11l'accompagnement que vous avez pu faire et l'exit derrière.
12:15Si on devait retenir un deal, Frédéric, c'est dur.
12:18Non, TLD Alvest.
12:20J'ai acheté cette société en 2016.
12:26Donc ça, c'est une société qui est un leader mondial
12:29dans l'équipement mobile de pistes à aéroports.
12:31Donc la société, elle fabrique des tracteurs d'avion.
12:34Elle fabrique des chargeurs de valises.
12:35Elle fabrique des systèmes de climat au sol.
12:38Tout ce qui est au sol et qui équipe l'avion.
12:40Donc c'est une société qui avait été reprise par deux entrepreneurs.
12:45Elle était cotée.
12:46Ils l'ont sorti de la cote.
12:47Ils l'ont pilotée en LBO.
12:48Ils ont eu trois LBO avant qu'on ne les regarde.
12:51Le dirigeant était au bord d'une société que j'avais rachetée précédemment
12:54qui s'appelait Souriau.
12:55Il m'a proposé de faire un LBO.
12:57Le LBO 3, j'ai refusé.
12:58C'est LBO France qui l'a fait.
13:02Pourquoi ce n'était pas le moment ?
13:05Ce n'était pas le moment parce que je pensais qu'on était en haut de cycle
13:07et que le prix que payait LBO France me paraissait trop riche.
13:10Donc je n'ai pas fait.
13:11Et puis la société n'était pas encore totalement bien intégrée.
13:15Ils étaient en phase de transformation.
13:16Et je trouvais que le prix, le cycle et la maturité de la plateforme
13:21n'étaient pas encore assez abouties pour justifier le deal.
13:23Donc je n'ai pas fait le deal.
13:24Et alors j'avais à l'époque racheté une société qui s'appelait Souriau.
13:28Le patron de Souriau qui est devenu un ami depuis
13:30avait fait venir au board le patron de TLD Alvest.
13:33Donc je fréquentais tous les mois à l'occasion des boards
13:35et qui m'a dit « Ah, tu as raté un super deal ».
13:36Pendant la vie du deal Souriau, j'ai vu le deal TLD Alvest mûrir.
13:42Et puis ils ont traversé un bas de cycle.
13:44Et à ce moment-là, LBO France avait besoin de sortir
13:46parce qu'ils voulaient élever un prochain fonds.
13:48Et donc je pensais que la société avait traversé le cycle avec brio,
13:53qu'elle avait surtout investi dans une R&D phénoménale,
13:55que la plateforme m'avait mûri.
13:56Et donc je me suis dit « Voilà, il y a le moment,
13:58il y a un deal de gré à gré à aller chercher. »
13:59Donc j'ai voulu faire ce deal.
14:01Et là, Mathieu, mon comité d'investissement était nerveux chez Saga
14:05parce que la boîte était perçue comme de qualité,
14:08mais encore assez cyclique.
14:10Et il fallait avoir du courage pour accompagner
14:12une société cyclique dans les biens d'équipement.
14:15Et donc j'ai eu des comités d'investissement très durs sur ce dossier.
14:19Mes associés n'étaient pas convaincus à l'époque,
14:22non pas qu'ils n'aimaient pas la société ou son management,
14:25mais investir sur des marchés cycliques,
14:26c'est toujours difficile pour un fonds de private equity.
14:29Et donc Paul Desmarais m'a dit « Fred, tu sais quoi ?
14:32Si tu veux en porter l'adhésion, il faut que tu mettes un gros bout
14:34dans le deal, à côté de nous. »
14:37Et je pense que ça apportera l'adhésion.
14:38Donc j'ai fait ce deal avec pas mal de convictions.
14:42J'adorais cette équipe de management, j'adorais l'entreprise.
14:45L'équipe de management et le comex étaient absolument phénoménaux.
14:48Ils avaient une vision sur là où l'industrie allait aller.
14:51Et donc on a fait ce deal.
14:52La société faisait à peu près 28 millions d'ebitda quand on l'a acheté.
14:58Deux ans après, elle en faisait 80.
15:01Croissance organique.
15:02Inorganique, mais non.
15:03Mais oui.
15:04Mais comment on fait pour, dans une boîte industrielle,
15:07arriver à faire x3 sur un ebitda organique ?
15:10C'est du jamais vu.
15:11C'est du jamais vu.
15:12Et on a été porté par, il y a un recovery des marchés
15:14qui a été absolument fabuleux.
15:16J'avais cette conviction intime que quand on l'a acheté,
15:17on était en bas de cycle.
15:19Et il y avait des carnets de commandes qui étaient prêts
15:21quand on a fait notre deal.
15:23Parce qu'il y avait un backlog, on pouvait lire dans le backlog.
15:25On avait une très bonne visibilité sur le carnet
15:28et le business à 18 ou 24 mois.
15:29Donc j'avais cette conviction.
15:30Et donc on a atteint 80 millions d'habits d'art.
15:33Et là, le management m'a dit, tu sais, Fred, on a fait 3 LBO,
15:35on n'a pas encaissé beaucoup d'argent.
15:37Ça serait bien qu'on monetise.
15:39Donc ils m'ont dit, on va sortir.
15:42Bon, je leur ai dit, mais vous ne devriez pas sortir.
15:43Je pense qu'il y a encore un avion fantastique.
15:45Donc on a organisé un processus de vente.
15:48On a embauché Morgan Stanley.
15:49Et en l'espace de 2 mois, on a eu 6 offres,
15:53fully funded, all equity.
15:55Ok.
15:56L'aéro était à la mode à ce moment-là.
15:57Oui.
15:57L'aéro était à la mode.
15:58Donc on a...
15:59Et finalement, le management...
16:00Parce que j'ai laissé la main au management
16:01pour choisir son partenaire.
16:03Et le management, à l'époque, avait envie d'un tour de table consensuel.
16:06Pas d'un grand fonds américain qui leur dicte leur ligne de conduite.
16:09Et donc ils ont choisi un consortium.
16:11Et moi, j'ai dit à l'époque à mes associés,
16:14il faut qu'on revienne dans ce deal.
16:15On n'a même pas...
16:16On a fait 4,6 fois la mise sur ce deal en 2 ans.
16:20Et je m'en suis assez bien tiré sur mon co-investatif perso.
16:23J'imagine.
16:24Et j'avais l'intime conviction qu'on n'avait pas été au bout de l'histoire.
16:28Et qu'il y avait encore une énorme partie à construire.
16:31Et ça, c'est aussi mon ADN.
16:32Je suis assez engagé dans les investissements que je fais.
16:36Quand j'investis dans un deal, je ne parle même pas de la due.
16:38En fait, ce métier de private equity, c'est aussi un métier de conviction.
16:42De travail, évidemment.
16:43Mais de grosse conviction sur des équipes de management.
16:46Et j'avais la conviction de cette équipe.
16:47Elle était capable de traverser tous les cycles macro.
16:50Toutes les turbulences.
16:52Et ils ont bâti un champion phénoménal.
16:54Et j'ai réinvesti dans le deal pour la troisième fois.
16:56Cette fois-ci, à titre personnel.
16:57Parce que je reste convaincu que la plateforme est fantastique.
17:00Et c'est ça qui est excitant dans ce métier du private equity.
17:03C'est d'accompagner les équipes.
17:04Dans des marchés auxquels on croit.
17:06Qui ont des capacités à prendre de la part de marché.
17:08Mais qui ont vraiment cette capacité aussi à construire avec une équipe fantastique.
17:14Un projet industriel.
17:16Sur un horizon enthousiasmant.
17:17Et c'est ça.
17:19On les accompagne.
17:20On vit avec eux.
17:21On essaie de les coacher aussi, Mathieu.
17:23Parce que c'est là que le métier est intéressant.
17:25C'est de les aider à prendre les bons aiguillages.
17:27Il y a des moments cruciaux dans ces parcours de 5 à 7 ans.
17:30Des acquisitions, des recrutements, des refinancements.
17:32Des réorgues, des pivots.
17:34Oui, des moments de sortie.
17:35De choisir son timing.
17:35Donc c'est à la fois excitant, stratégique.
17:40Et le CEO a souvent besoin d'un sparring de qualité en qui il a confiance.
17:45C'est ça votre conseil au patron qui se pose la question du PE.
17:49Qui sont aujourd'hui fully owned.
17:52Et qui peuvent se dire.
17:52J'aurais bien besoin d'un partenaire.
17:54Que ce soit en capital développement, en minoritaire ou en majeu.
17:57C'est ça le...
17:58C'est l'apport du private equity pour vous.
18:01C'est la capacité qu'un dirigeant aura de ne plus être seul.
18:05Ça dépend de ce qu'on cherche.
18:06L'entrepreneur il peut chercher plusieurs choses.
18:08Il peut chercher une liquidité déjà.
18:10Et s'il cherche qu'une liquidité et pas un sparring.
18:12Il y a des fonds qui sont très bien pour ça.
18:14C'est un métier.
18:15C'est un certain terrain de jeu.
18:18Et puis il y a l'entrepreneur qui veut changer le braquet.
18:20Qui veut passer de 25 millions de débit d'art à 200 millions de débit d'art.
18:24Alors il peut le faire seul.
18:25Ça va être compliqué.
18:26Parce qu'il a besoin de capitaux en général.
18:28Et il a besoin aussi de faire grandir sa société.
18:31Il a besoin de changer son comité de direction.
18:33De le renforcer.
18:34De poser des process.
18:35De poser une gouvernance.
18:37De poser quelques acquisitions structurelles.
18:39De faire des choix et des partis pris.
18:41Il a besoin d'échanger.
18:42Et de prendre du recul par rapport à un objet plein d'émotions.
18:45Oui et puis aussi d'être capable d'avoir des discussions structurantes.
18:49Avec un reporting très militaire.
18:52Et en même temps très stratégique.
18:54Et franchement le private equity depuis 25 ans a réussi je trouve.
18:58A aider des entrepreneurs.
19:00Parce qu'on n'est qu'assistant là.
19:02On est coach.
19:03On n'est pas joueur.
19:04Aider des entrepreneurs à changer de braquet.
19:08En leur apportant ce dont ils ont besoin.
19:10Et c'est beau de voir le PE français se développer.
19:13Au point d'être ce qu'il n'était pas il y a quelques années premier marché du PE continental.
19:19Et ça voire même peut-être européen tout court.
19:21Mais en tout cas on se tirait la bourre avec d'autres pays.
19:25Et c'est notre industrie aujourd'hui qui dame le pion des autres.
19:29Alors c'est pas de la compète.
19:30Mais ça fait plaisir de voir une telle industrie s'être développée.
19:33Tant que t'es si bien que France Invest aujourd'hui a 475 membres.
19:38Ils en avaient 350 il y a 10 ans.
19:40Donc on parle de consolidation de marché et de correction du private equity.
19:44On en reparlera.
19:45Mais ça reste un marché florissant.
19:48Près de 2,5 millions de français qui bossent sous LBO.
19:51Près de 10% de la population active.
19:53Non mais le private equity c'est un des poumons de l'économie.
19:55On ne se rend pas compte.
19:56Les gens ne se rendent pas compte.
19:57Les gens ne se rendent pas compte que beaucoup de sociétés qu'on croise tout au long de notre parcours en taxi.
20:02Beaucoup de sociétés sont accompagnées par des fonds de private equity.
20:06Là il y a eu un autre basculement Mathieu.
20:08C'est un basculement très important.
20:10Quand j'ai démarré il y a 30 ans, vous savez ce que c'était le Graal pour un fonds de private equity ?
20:14Vendre sa boîte en bourse.
20:16Faire une IPO.
20:17Le Graal ultime.
20:18J'ai acheté en 1992.
20:20On a acheté Aigle avec Maurice.
20:23On l'a acheté à Hutchinson.
20:246 mois après on l'a introduit en bourse.
20:26On a fait 4 fois la mise en un an.
20:29Fantastique.
20:30C'était le Graal absolu.
20:31Aujourd'hui, on est 35 ans plus tard, le Graal ce n'est pas la bourse.
20:36La bourse c'est la sortie ultime quand vraiment on n'a pas d'autre recours.
20:40Parce que le private equity a pris la place sur le financement d'ETI.
20:44Même de très grosses ETI.
20:45La sophistication du private equity a pris la place que les marchés cotés avaient et lui a apporté un rôle fondateur dans le financement de l'économie.
20:57Il apporte des capitaux.
20:59Il est plus flexible que les marchés cotés.
21:00Il est moins contraint en termes de régulation.
21:02On peut faire des choses en main privée qu'on ne peut pas faire sur les marchés cotés à plein d'égards.
21:07On peut accompagner des parcours qui ne sont pas linéaires.
21:10Et un jour, on remet la société sur les marchés.
21:12Et encore, on préférera même faire une espèce de private IPO avant de faire une IPO.
21:18Donc, on est 35 ans plus tard, le monde a totalement changé.
21:20Et alors, on parle justement, 35 ans plus tard, de votre aventure actuelle.
21:25Vous avez fondé, aux côtés de Maurice Chenio, Altarock, la plateforme qui donne aux particuliers et aux investisseurs,
21:33averti la possibilité d'accéder au first quartile, donc au meilleur fonds que vous sélectionnez.
21:41Ma première question est la suivante.
21:43Évidemment, la démocratisation, la retailisation, ce que vous voulez, sur le private equity, c'est une tendance forte.
21:48C'est une tendance qui, d'ailleurs, que vous, vous avez identifiée avant cette correction,
21:54le fait que ce soit un petit peu plus le fundraiser côté institutionnel depuis 2022.
22:00Mais pourquoi en 2020, pour vous, c'était le moment de lancer ce projet de démocratisation du PE en 2020,
22:05alors que les fonds vont bien, ça fundraise en trois mois, quand on est first quartile, tout va bien.
22:11Bien sûr que les gens commencent à se demander comment on va diversifier le fundraising sur d'autres players.
22:17Mais on n'était pas le dos au mur en 2020.
22:21Et vous, vous dites, non, mais il faut y aller.
22:23Alors pourquoi il y a cinq ans, c'était le moment ?
22:25Déjà, il y a deux choses.
22:26Il y a un sujet perso et un sujet pro.
22:28Vous vous souvenez, je vous ai dit, mon père m'avait dit, tant que tu ne seras pas entrepreneur,
22:33tu n'as pas vraiment démarré dans ta vie.
22:35Donc, j'étais le directeur général de Sagar.
22:37J'avais la confiance de Paul Desmarais, des équipes d'Albert Frères.
22:42Un parcours plutôt très réussi sur 20 ans.
22:44On a livré un TRI, un multiple de mises franchement magnifique.
22:49On était une équipe de 50 personnes, un des acteurs référents sur le MinMarket.
22:53Et il y a un truc que je n'avais pas accompli, que je n'étais pas chez moi.
22:56Voilà.
22:56Donc, j'ai eu envie de monter un projet personnel.
23:00Et mon père m'expliquait, c'est très bien Sagar, Fred, mais non, tu as un très bel appartement, c'est super, mais tu n'es pas chez toi.
23:05Bon, donc ça, ça me taraudait quand même.
23:07Ça, c'est le premier truc.
23:08La deuxième chose, c'est que j'avais cette conviction.
23:11Moi, j'étais client de trois banques privées à l'époque, Mathieu.
23:13Et trois grosses banques privées, elles n'offraient rien en private equity.
23:17Et je me suis dit, mais ce n'est pas possible.
23:18Comment un client privé qui veut investir en private equity peut investir si sa banque privée ne lui offre rien ?
23:24Donc, j'ai vu une opportunité de marché.
23:27Et moi, j'avais cette conviction qu'accompagner des entrepreneurs, ça allait fasciner d'autres entrepreneurs.
23:32Et donc, je me suis dit, en fait, il y a une opportunité de marché.
23:34Il faut créer une plateforme industrielle qui va rendre simple ce qui est complexe, qui va rendre accessible ce qui est très difficile d'accès.
23:41Donc, j'ai eu l'idée de monter ce projet.
23:45Alors, la vraie histoire, c'est que je suis parti de chez Sagar.
23:49On est début 2020, là.
23:51Et à l'époque, mon père était en vie.
23:54Il me dit, Fred, si tu montes, ce projet était chez toi.
23:57J'ai dit, oui, papa, je suis chez moi.
23:58Donc, je suis allé voir 35 entrepreneurs que moi, j'avais accompagnés pendant plus de 30 ans.
24:04Et je leur ai dit, c'est à votre tour si ça vous intéresse de m'accompagner.
24:07Voilà ce qu'on va faire.
24:08J'ai besoin d'un sponsor parce que pour monter Altaroc, on en parlera, j'avais besoin de 200 millions de capitaux pour engager les premiers millésimes.
24:15Et si ça vous intéresse, vous me mettez une espèce de ligne de warehouse financing pour 200 millions que je vous tirerai, rembourserai, etc.
24:21Et je vous donne 50% du capital.
24:22Donc, je suis allé voir 35 patrons de LBO que j'ai accompagnés moi, qui sont devenus des amis, qui m'ont dit, Fred, pas de problème.
24:28Banque au mondial.
24:29J'ai eu mon agrément AMF, j'ai accruté à une quinzaine de personnes.
24:33Et puis, la fin du Covid a rendu l'histoire quand même très compliquée.
24:35Les gens n'arrivaient plus à se voir.
24:37Et donc, je n'ai pas réussi à faire que mon projet émerge en tant que tel.
24:40Et Maurice Chignot, que je l'avais été voir, qui adorait le projet depuis le premier jour, on est en avril 21, Mathieu.
24:46Je vais le voir et Maurice me dit, alors Fred, tu en es où ? Ton projet, on le fait quand ?
24:51Je lui dis, Maurice, j'ai une mauvaise nouvelle, je ne vais pas monter ce projet.
24:54Je lui dis, pourquoi tu ne vas pas monter ce projet ?
24:56Parce que malheureusement, j'en suis très triste, je n'ai pas réussi à monter le tour de table.
25:02En une minute.
25:04Il me dit, mais c'est une super nouvelle.
25:05Je lui dis, pourquoi Maurice ?
25:07Il dit, parce qu'on va le faire tous les deux.
25:10Voilà, 200 millions.
25:11On le fait tous les deux.
25:13C'est oui ou c'est non ?
25:15Génial.
25:16Hallucinant.
25:17Donc, je n'étais pas censé le faire avec Maurice seul.
25:19Il faisait partie du tour de table.
25:21D'ailleurs, vous savez, il a sorti un livre il n'y a pas longtemps.
25:24Il a fait deux chapitres sur cette histoire incroyable.
25:27Et donc, il m'a dit, viens, on le fait tous les deux.
25:29Donc, je suis parti avec Maurice le 1er mai 21.
25:33Je n'étais pas censé partir qu'avec lui.
25:34Il était censé faire partie d'un tour de table.
25:37Mais il m'a dit, ton histoire est fantastique.
25:39J'ai envie de l'écrire avec toi.
25:40Et je peux t'apporter des choses.
25:42On est toujours sur ce private equity qui apporte plus que du capital.
25:45Il fait ce métier depuis 50 ans.
25:46Il m'a dit, je peux t'apporter beaucoup de choses au-delà du capital.
25:48Viens, on le fait ensemble.
25:50Et donc, j'ai démarré Alteroc avec lui.
25:51Génial.
25:53Merci pour ce moment de vie.
25:54Parce que j'imagine que, je ne sais pas si c'était une visio ou si vous aviez réussi à vous voir à ce moment-là sur la fin du Covid.
26:01Je l'ai vu qu'il y a à la fin du Covid.
26:02Mais encore une fois, voltige.
26:04Désolé, on ne va pas le faire.
26:07Si, on va le faire.
26:08Et on y va.
26:09C'est magnifique.
26:09Mais ça, c'est lui aussi.
26:10Et en plus, il y a quelqu'un avec qui on est en confiance.
26:12Puisque vous le connaissez de longue date.
26:14Là, il me fait un chac en plan de 200 millions.
26:15Il faut y aller.
26:17Génial.
26:18On est devant le Wharton Club.
26:21Tout à fait.
26:21Cher Frédéric.
26:22Alors, on ne va peut-être pas sortir.
26:23Mais ça nous donne l'occasion, devant les salons France-Amérique, de parler un peu de cette époque avant de revenir sur Alteroc.
26:30Alors, moi, j'ai une petite question.
26:33C'est, qu'est-ce que vous avez comme souvenir de ces années aux US ?
26:38Parce que c'est vrai quand même que fin 80, début 90, d'aller à la Wharton Business School, c'est quand même pas un truc complètement obvious pour l'ensemble des dirigeants français.
26:48Même si on a fait Centrale Supélec.
26:50Et donc, quels souvenirs vous avez de ces années et de vos rencontres ?
26:55Je vais vous répondre.
26:56Là aussi, il y a eu un rôle important de mon père.
26:58Il m'avait dit, Centrale Supélec, c'est fantastique.
27:00Mais il faut un passeport, Fréd.
27:01Et Centrale Supélec, c'est une école extraordinaire.
27:03Mais ce n'est pas un passeport pour le monde.
27:05Donc, il m'avait dit, il faut que tu fasses une grande Business School américaine.
27:08Il ne savait même pas ce que c'était.
27:09Mais il savait que c'était important.
27:11Donc, ça m'a aussi guidé dans mon chemin.
27:13Donc, je suis parti là-bas.
27:15Ça a été…
27:16Alors, je vais dire une chose.
27:18Il y a une partie de Wharton que j'ai ratée.
27:20Au sens où, pas scolairement.
27:22Je voulais être un très bon élève.
27:23Je voulais être le premier de ma promotion, etc.
27:25C'était très important pour moi.
27:27Parce que quand on sort de la Business School, son classement était important pour avoir les meilleures opportunités de job.
27:31Donc, ça, je l'ai très bien fait.
27:33J'étais le premier de ma classe.
27:34J'étais Dean's List à l'époque.
27:36C'était très important.
27:36J'ai eu la bourse.
27:38Suma cum laude, les choses comme ça.
27:39Voilà, j'ai eu tout ce qu'il fallait.
27:41Mais il y a une chose que j'ai moins bien travaillé.
27:44C'était ce networking.
27:46Que les Américains travaillent très, très bien.
27:49Et il y a 800 élèves dans une promo à la Business School.
27:52Et quand je regarde aujourd'hui, 35 ans plus tard, parmi mes camarades de promotion,
27:56il y en a 30 ou 40 qui sont à la tête de Fortune 500 aux États-Unis.
28:00qui sont devenus des amis.
28:02Mais je ne l'ai pas bien compris à l'époque.
28:03Et je n'ai pas bien compris à l'époque que la valeur d'un MBA, c'est ce réseau, cette connectique qu'on peut construire et qui permet demain de rebondir, d'échanger, de construire, de bâtir.
28:14Donc cette partie-là, à l'époque, j'étais trop jeune.
28:17Je ne l'ai pas bien comprise.
28:19Parce qu'en France, Mathieu, on ne vous apprend pas.
28:21Le système français est très cartésien.
28:23On vous apprend qu'on est à l'école pour apprendre.
28:26Et aux États-Unis, on est à l'école pour échanger, construire, co-construire.
28:31Et cette partie-là du programme me paraissait presque, je ne dirais pas bidon, mais elle me paraissait un peu poétique.
28:39Et moi, j'étais cranté sur des raisonnements cartésiens.
28:41Je vais prendre des cours de maths, appliquer à la finance, etc.
28:43Donc cette partie-là de Wartel, je ne l'ai pas assez travaillée.
28:46Ce n'est que 20 ans plus tard que je l'ai mieux comprise.
28:49Donc ces programmes américains, ils font une chose fantastiquement bien.
28:52Honnêtement, est-ce que l'enseignement de la finance aux États-Unis est meilleur qu'en France ?
28:56Non, non, non.
28:58On a des profs de finance dans des grandes facs françaises, universités françaises, grandes écoles françaises qui sont fabuleuses.
29:04Alors, il y a deux choses que les États-Unis font mieux que la France sur ce système éducatif.
29:08C'est l'échange.
29:10Donc là, ils font venir des gens qui sont moins top-downs.
29:11Oui, le côté moins top-down.
29:13Non, mais là, ils font venir des gens du monde entier avec des parcours très différents.
29:16Donc à Whartel, vous aviez des militaires de carrière.
29:19Vous aviez des médecins incroyables.
29:21Vous aviez des hommes politiques du monde entier qui voulaient se réinventer une vie.
29:24En France, ça n'existait pas à l'époque.
29:26Il y a 35 ans, Mathieu, en France, votre parcours personnel, il est très déterminé par l'école que vous aviez faite à l'époque.
29:33Donc vous aviez des parcours très linéaires.
29:36Et les États-Unis permettaient de redistribuer les cartes.
29:40Donc ça, en France, à l'époque, on ne savait pas le faire.
29:42Et la deuxième chose, c'est que vous aviez des profs qui étaient le statut de prof aux États-Unis.
29:47Ils échangent beaucoup avec les élèves.
29:49Le prof est très bien payé, beaucoup mieux payé qu'en Europe.
29:51Et il aime engager, échanger.
29:54Et donc si vous avez envie d'échanger avec des profs sur des sujets qui vous passionnent, c'est infini ce que vous pouvez faire.
29:59Donc voilà, j'ai tiré partie de l'enseignement académique américain.
30:02Mais je n'ai pas tiré la pleine puissance de tout l'écosystème connectique de la business school.
30:07Et ce n'est que 20 ans plus tard que j'en ai pris la mesure.
30:10Donc, mission réussie pour Whartel quand même.
30:13Quelle vision vous avez des US aujourd'hui ?
30:15Nous sommes en fin janvier 2026.
30:18On est dans une ère un petit peu différente.
30:19Alors, certains disent qu'il fallait se réveiller avant, le New World Order.
30:24Mais on est quand même dans une exposition des US par rapport aux Européens, par rapport au monde, qui a complètement changé.
30:31En interne, je n'en parle même pas.
30:34Voilà, au niveau de la politique interne.
30:35Quelle est votre vision de ce sujet, de ce président outre-Atlantique qui clairement ne ressemble à aucun autre ?
30:43C'est un wake-up call.
30:44C'est un wake-up call pour l'Europe.
30:45Je ne parle même pas pour la France évidemment, mais pour l'Europe.
30:48C'est un wake-up call très violent.
30:51On n'a pas vu le film venir.
30:52Déjà, on n'a pas vu la guerre que les Russes ont menée contre nous.
30:56On n'a même pas compris qu'ils étaient en guerre contre nous et qu'ils sont en guerre contre nous.
30:59Nous, on n'est pas en guerre contre eux, mais eux sont en guerre contre nous, l'Europe.
31:02Ça, on ne l'a pas vu venir.
31:03Et on n'a pas vu venir que l'Amérique républicaine, MAGA, allait être en guerre contre nous.
31:08Guerre économique contre nous.
31:09Donc là, on se fait prendre en étau par les Russes d'un côté, par les Chinois de l'autre, par l'islamisme radical et par les États-Unis.
31:17Donc, on est pris entre quatre étaux.
31:19La question, c'est quand est-ce qu'on se réveille ?
31:21Quand est-ce qu'on dépasse le sujet de lutte des classes ?
31:25Et quand est-ce qu'on crée un écosystème qui va valoriser le travail, la méritocratie, les entrepreneurs, et qui va valoriser le fait de créer et de partager de la richesse ?
31:36Un nouveau contrat social.
31:39Oui, une nouvelle réalité.
31:40On n'a pas compris que mon ennemi, ce n'est pas mon patron.
31:43Encore que, ennemi, ce n'est pas le bon terme.
31:46Mon concurrent aujourd'hui, c'est le Chinois, c'est l'Américain, c'est le Turc, c'est le Polonais.
31:49Et on est en concurrence mondiale et globale, et si on ne comprend pas ça, on ne comprend pas la réalité du monde auquel on est confronté.
31:58Et donc, aujourd'hui, je suis choqué de voir que les politiques français, comme ils ne viennent pas du monde économique,
32:07ils n'ont pas compris que les entreprises, qui sont quand même le pouls de la société, sont en guerre économique contre le monde entier.
32:14Et si on n'aide pas les entreprises à performer, à créer, à embaucher, à croître, à se développer, on s'appauvrit.
32:24Et quand on s'appauvrit, tout va avec.
32:26Son rayonnement, son cloud, au sens de sa capacité d'imposer son soft power.
32:30Ses marges de manœuvre, donc.
32:31Et on descend dans les ratings à tous égards.
32:35La France est, je dirais, déclassée à plein d'égards.
32:38L'enseignement, l'école, la famille, la société, l'économie, la richesse, le PIB par habitant en Europe.
32:45Et donc là, je ne sais pas quel wake-up qu'il faut aux dirigeants européens pour le saisir, le comprendre, le mesurer.
32:51Et reposer un BP, reposer une vision, reposer un projet.
32:56Je pense qu'il y a des milliards.
32:57Il y a plein de projets différents, Mathieu.
32:59J'ai mon projet à moi, politique, j'ai une vision, mais il n'y a pas que le mien.
33:02Il y en a plein d'autres viables.
33:03Je trouve juste très triste qu'on soit, nous, campés sur des débats d'arrière-garde qui sont lunaires.
33:10On en est encore à la lutte des classes des années 70.
33:13Sur le débat sur le financement de la sécurité sociale, il est lunaire.
33:16On se fait attaquer par les Russes à droite, par les Américains à gauche et au Groenland, par l'islamisme radical de partout.
33:21Et nous, on en est à, faudrait-il passer à la retraite par capitalisation ?
33:25Pourquoi on discute de ça ?
33:26Pourquoi on discute de ça ?
33:28Ça a été prouvé économiquement.
33:29Ça ne devrait même pas être un sujet.
33:30La question, c'est quand est-ce qu'on est en place ? Comment on le finance ?
33:33Et il faut le faire.
33:34Sinon, 30% du budget de l'État passe au paiement des retraites.
33:38Ça ne tiendra pas.
33:39Donc là, il y a des réalités économiques et stratégiques que nous, Européens, on refuse de voir.
33:45Donc là, on est sur des...
33:46Et alors, Trump, là-dedans, Trump, il bouscule.
33:49Déjà qu'on était faible.
33:51Alors là, il nous bouscule complètement.
33:53Et j'espère que ça va être un wake-up call.
33:55J'espère qu'on va être capable, parce que l'Europe a tellement d'atouts.
33:58C'est le continent le plus riche.
34:01C'est le continent auquel une des plus grandes histoires, je ne dirais pas la plus grande histoire, une des plus grandes histoires, un écosystème juridique stable.
34:09For sure.
34:10Oui, des valeurs qui permettent de bâtir des entreprises et des empires industriels.
34:18Une éducation, un système, des routes, une infrastructure, il y a tout ici.
34:22Par contre, il n'y a pas de leadership, il n'y a pas de vision, il y a une énorme fragmentation.
34:28On ne peut rien décider à 27.
34:29Allez, on se le fait.
34:31Pitch de une minute pour présenter le pré-VTQti à un dirigeant, à quelqu'un qui pourrait rejoindre ces feeders que vous gérez et être attiré par votre stratégie.
34:41Quelqu'un qui ne connaît pas le pré-VTQti, mais qui par ailleurs est assez connoisseur de la gestion de patrimoine.
34:48Déjà, on ne fait pas de feeders.
34:49C'est important, on y reviendra.
34:50Comment je pitcherais le portefeuille ?
34:54Est-ce que ça vous intéresse, Mathieu, d'accompagner les plus grands entrepreneurs de la planète, au capital des meilleures boîtes, meilleures ETI de la planète, aux côtés des meilleurs fonds de la planète ?
35:04Est-ce que ça vous intéresse d'en accompagner 250 dans un portefeuille global et clé en main, le tout pour 100 000 euros tirés sur 5 ans à hauteur de 20 000 euros par an sous forme d'abonnement ?
35:14Est-ce que ça vous intéresse ?
35:15La promesse est belle.
35:16La promesse est dingue.
35:17La promesse est dingue et ce qu'on a voulu apporter chez Altaroc, c'est de permettre à des clients privés de faire ce que des familles extrêmement fortunées faisaient avec des équipes de 15 ou 20 personnes ou ce que des instits faisaient avec des équipes de 50 ou 100 personnes sur des montants colossaux.
35:34On a voulu le rendre intéressant avant de le rendre accessible, puis accessible à des clients privés à partir de 100 000 euros.
35:41Alors après, on peut discuter pourquoi 100 000 euros, parce que le régulateur français n'autorise pas d'investissement PE direct à moins de 100 000 euros.
35:46Donc on s'est mis au seuil réglementaire.
35:49Donc on a voulu rendre ça accessible, parce que j'ai une conviction profonde, c'est qu'on a besoin dans un portefeuille d'une exposition à des ETI championnes, dans un portefeuille global, diversifié, de grande qualité.
36:03Mais que, avant l'avènement d'acteurs comme Altaroc, si vous vouliez bâtir ce type de portefeuille, il fallait être capable de mettre 200 millions par an tous les ans sur la table.
36:12Il fallait 15 ou 20 personnes.
36:14Il fallait connaître l'écosystème du Private Equity Institute, qui est un monde très feutré, très fermé, très complexe, et que très très très peu de gens étaient capables de le faire avant l'avènement d'acteurs comme nous.
36:25Je dirais en France, 5 familles.
36:28Donc l'idée c'était de rendre ça possible, rendre ça intéressant, et aussi expliquer le comment et le pourquoi du Private Equity, l'intérêt de la classe d'actifs,
36:40ce que cette classe d'actifs a fait depuis 60 ans.
36:42Les gens oublient une chose Mathieu.
36:44Le Private Equity c'est 60 ans de trac.
36:46C'est né aux US, allez, dans les années 70, c'est né en Europe dans les années 90, c'est né en Asie dans les années 2000.
36:54Il y a 60 ans de trac record aux US sur la perf des fonds.
36:59La taille de l'industrie du PE, je ne parle pas du Private Asset, je mets de côté la Private Debt, je mets de côté le Private Real Estate.
37:05On est sur l'Ecouti.
37:06On est sur l'Ecouti.
37:07Le marché du Private Equity aujourd'hui, 6 000 milliards de dollars, 6 trillions de dollars d'AEU.
37:14Il y a à peu près 800 milliards de dollars de new money investis par les instits tous les ans en Private Equity.
37:21Le marché croit à 15% par an depuis 20 ans.
37:25Et moi, je dis une chose, il y a 4 ans, je dis, ce n'est pas normal que seuls les instits ou les familles milliardaires y aient accès.
37:31Je veux expliquer, avec Maurice, on veut expliquer l'intérêt de la classe d'actifs, les vertus de la classe d'actifs,
37:38dans une diversification patrimoniale, dans un effet stabilisation d'un portefeuille, dans un effet boost de la performance.
37:45Alors, avec une chose, Mathieu, il faut accepter le temps long.
37:48Donc, ça, c'est aussi ce que j'aime expliquer.
37:52La surperformance du Private Equity, c'est une contrepartie du temps long.
37:56C'est si tu acceptes le temps long, je sais te sur-émunérer.
37:59Donc, il n'y a pas de magie ici.
38:01Ce n'est pas que le PE, c'est mieux que la bourse.
38:02Ce n'est pas mieux que la bourse.
38:03La bourse, c'est la liquidité quand tu la veux, à peu près quand tu la veux, parce que quand c'est tendu, il n'y a plus de liquidité.
38:09Mais en période normale de température et de pression, c'est une liquidité qui est très disponible.
38:15La contrepartie de ça, c'est que le MSIA, il a fait 7,5% par an net de frais pendant 20 ans.
38:20Le Private Equity moyen, il a fait 13,5%.
38:23Pratiquement le double de PERF.
38:24Mais il faut accepter que pendant 7 à 10 ans, on n'est pas liquide.
38:28Sur la location 1,8 milliard, on a des premiers retours.
38:31Sur les PERFs, du coup, que vous avez pu mettre en place,
38:32même si on parle de temps long, mais on a un début de projection.
38:37Alors, ça c'est un point très important et qui n'est pas évident.
38:41Quand je vais pitcher, parce que vous m'avez dit, parlez-moi de PE sans parler de PERF.
38:44C'est difficile parce que quand vous demandez à des instits américains pourquoi tu investis.
38:49Vous demandez au fonds de dotation d'Harvard, de Stanford, de Princeton et DL,
38:52qui pèsent tous à peu près 50 milliards.
38:54Ça, c'est le trésor de guerre des facs américaines.
38:56Le Ralloc en Private Equity, entre 52 et 60%.
38:59Oui.
39:00Ok.
39:00Rien à voir avec un LP européen.
39:02Pourquoi tu investis en PE ?
39:04Ils vous disent, il y a trois raisons.
39:06La PERF, la PERF et la PERF.
39:09Bon.
39:10Parce qu'on oublie une chose.
39:11Sur des horizons longs, le PE n'a de sens que sur un horizon long.
39:14Si je prends 20 ans, Mathieu, marché coté, ils font 7,5.
39:187,5 sur 20 ans, ça fait 3 fois et demi la mise.
39:2013,5 qui est la moyenne du PE sur 20 ans, ça fait 12 fois la mise.
39:25L'écart en effet composé, il est phénoménal.
39:28Donc, mais ça, ça a un prix.
39:30Il faut être capable de rester engagé longtemps.
39:32Si on considère dans 10 ans que le PE, c'est 50-50, un steel retail, si on considère.
39:40Je ne crois pas.
39:41Il faudra que l'industrie mobilise tout ce qu'elle a dans le ventre pour passer de classe d'actifs à booster d'économie réelle.
39:47Pour revenir un peu sur ce que vous disiez.
39:48Comment cette industrie, elle va manœuvrer ces prochaines années pour sortir de cette adolescence, en tout cas en France,
39:55de super TRI, de super PERF et devenir ce qu'elle est vraiment, un vrai booster de l'économie ?
40:00Déjà, je ne crois pas, Mathieu, au 50-50, au institut et réel, ce n'est pas possible.
40:04Pourquoi ce n'est pas possible ?
40:05Je ne dis pas dans 50 ans, mais on part d'un niveau de connaissance de la classe d'actifs qui est très faible.
40:09Les clients privés connaissent, à part vos auditeurs, parce qu'ils baignent dedans,
40:13mais les entrepreneurs connaissent peu ou mal la classe d'actifs.
40:17Leur banque qui est privée, encore moins qu'eux.
40:18Donc, on est sur un niveau de connaissance qui est très faible.
40:20Il y a un gros enjeu de connaissance ici, parce que pour être capable de s'engager sur 10 ans sur un produit à liquidité contrainte,
40:26il faut bien le connaître et bien le comprendre.
40:27Et puis faire un truc nouveau, ce qui n'est pas forcément le…
40:30C'est nouveau pour le client privé.
40:32C'est long comme engagement.
40:33Et vous m'avez posé une question sur notre perf.
40:35Notre perf, elle est très bonne, mais elle met du temps à démarrer.
40:36Il y a une courbe en J en private equity.
40:38Donc, il faut du temps pour avoir confiance dans le système.
40:40Donc, je ne crois pas qu'à 10 ans, on sera à 55 ans.
40:43Ma vision, si à 10 ans, les clients privés ont 10% de leur épargne en private equity, je serais ravi.
40:495% dans 5 ans, 10% dans 10 ans, c'est ma feuille de route.
40:53Maintenant, il va se passer autre chose, Mathieu.
40:54Il faut avoir le courage de le dire.
40:55Les retours du private equity, ils vont baisser.
40:58Ils vont baisser, Mathieu.
40:59Pas de bol, le retail décolle au moment où les vintage 19, 20, 21, 22 ont été un peu payés haut par rapport à ce qu'on est.
41:07Vous savez, c'est très important de prendre du recul par rapport à cette histoire.
41:11Donc, si je vous dis, les millésimes 20, 21 vont être moins bons que les millésimes historiques.
41:18Vrai ou faux ?
41:18Évidemment que c'est vrai.
41:20Évidemment que c'est vrai.
41:20Vous avez une hausse des taux massive en 22, les valeurs ont baissé.
41:24Donc, les fonds très investis entre 19 et 21 auront des moments de sortie plus difficiles.
41:29OK.
41:29Le pire millésime, si je prends 25 ans d'histoire, parce que c'est très documenté le private equity, je prends les fonds du premier quartier.
41:37Alors, l'industrie est notée, il y a 4 ligues, la ligue 1, 2, 3, 4.
41:40Et même au sein de la Ligue 1, qui est le meilleur du private, et 25% des meilleurs fonds mondiaux, il y a le premier des cils, qui est la ligue des champions.
41:46OK.
41:46Je prends juste le premier quartier, Mathieu.
41:49Le moins bon millésime du premier quartier sur les 25 ans passés, combien il a fait de perf, d'être de physique et de carry ?
41:59Vu qu'on part d'une moyenne à 13,5, peut-être que, alors oui, donc 13,5, c'était tout le PE.
42:04Tout le PE.
42:05Ouais, donc du coup, le premier quartier, je ne sais pas, à 12 ?
42:0714.
42:08Voilà.
42:08La plus mauvaise perf, Mathieu, du premier quartier, c'est 14.
42:12Est-ce que c'est grave ?
42:13Et c'est en quelle année ?
42:142005.
42:15OK.
42:15Pourquoi 2005 ? Parce qu'un fonds de 2005, il a investi entre 2005 et 2009, avant Liman, et il a tout vendu post-Liman.
42:21Donc là, dans le pire millésime de l'histoire, avec le pire effet ciseau, il fait 14% net.
42:25Et si aujourd'hui, on veut livrer une très belle performance pour le premier quartier, le capital est devenu une commodité, il faut une expertise industrielle et sectorielle.
42:33Et là, ce qu'on voit émerger, alors on le voit bien aux US, ça commence en Europe.
42:37C'est des fonds ultra verticaux, qui aujourd'hui sont quasiment des fonds industriels.
42:42C'est-à-dire que le fonds qui va se spécialiser sur les éditeurs de logiciels sur le cloud, je vous aurais dit ça il y a 20 ans, vous m'auriez dit déjà que le cloud n'existait pas.
42:50Oui, mais je vous aurais dit que ce n'est pas possible.
42:52C'est fin, c'est niche.
42:54Exactement, il n'y a pas assez de profondeur de marché.
42:56Oui, en même temps, les meilleurs returns, je pense, sur les dix dernières années, c'est tout ce qui est SaaS, software.
43:01En tout cas, ça a clairement fait...
43:02Il fallait avoir le courage.
43:03Moi, j'ai présenté en comité chez Sager un paquet de deals dans le logiciel.
43:06Il fallait oser payer 10 fois l'Ebitda, 12 fois l'Ebitda, 15 fois l'Ebitda, 20 fois l'Ebitda.
43:11Aujourd'hui, on voit l'émergence d'acteurs ultra spécialisés.
43:14Donc si demain, je veux livrer pour un fonds premier quartier 18-20, 18-20 pour un champion du monde demain,
43:20deux fois la mise nette et 18-20 de théorie nette, il faudra que je sois un fonds vertical.
43:24Il faudra que je connaisse mon secteur par cœur, mes entrepreneurs par cœur,
43:28que j'ai diligenté les actifs que j'espère acheter 5 ans avant,
43:31que je connaisse les acteurs industriels auxquels j'espère les vendre.
43:35Si je n'ai pas cette connaissance très fine du secteur, je ne peux plus battre le marché.
43:39Donc le monde a changé.
43:41On a beaucoup parlé de private equity.
43:43Là, j'ai trois questions pour vous, Frédéric Stelard, dirigeant.
43:46La première, c'est que vous avez vécu des moments, on va dire, de forte croissance,
43:53des moments formidables, des moments plus durs,
43:54des moments où il fallait convaincre un comité d'investissement,
43:58des moments où vous êtes parti.
44:00Comment on tient le choc, Frédéric Stelard,
44:02par rapport à toute cette tension qui est implicite, qui est obligatoire quand on est entrepreneur ?
44:09Ce n'est pas évident.
44:10Ce n'est pas évident du tout parce qu'il y a des choses que j'ai moins bien faites que d'autres.
44:16Moi, je pense qu'il faut être habité par ce qu'on fait.
44:19Et moi, je suis très habité par ce que je fais.
44:20Ça ne se voit pas, mais je suis assez passionné par ce que je fais.
44:23On en prend la mesure.
44:23Voilà, ça, c'est très important parce que l'entrepreneur qui n'est pas habité,
44:26il n'arrive pas à se lever le matin parce que l'entrepreneur, il a des merdes tous les jours.
44:29Tous les jours, c'est compliqué.
44:31Et je n'avais pas réalisé un truc.
44:32J'étais intrapreneur, ce n'est pas pareil.
44:33J'avais deux familles très fortunées qui m'accompagnaient.
44:35Et quoi qu'il advienne, elles étaient là pour moi.
44:37Là, je suis tout seul avec Maurice.
44:39Et vous pouvez mourir.
44:40Votre boîte, elle peut mourir dix fois par semaine.
44:43Donc, comment on tient le choc ?
44:44D'abord, il faut être habité par ce qu'on fait.
44:47Il faut aimer ce qu'on fait.
44:48Ça, c'est quand même la clé de tout.
44:49Il faut être porté par une vision, une ambition.
44:52Première chose.
44:54La deuxième chose, Mathieu, qui est plus difficile, c'est l'équilibre perso-pro.
44:57Parce que ça, vous allez avoir des moments dans votre vie d'entrepreneur où tout va aller mal.
45:02Tout va aller mal.
45:03Des moments de perfect storm.
45:05Et ils sont durs.
45:06Ils sont très, très durs.
45:07Parce que vous avez le sentiment à ce moment-là que vous avez mis un paquet de votre engagement personnel,
45:11financier, réputationnel.
45:13Vous avez tout mis sur le rouge.
45:14Et je ne sais pas pourquoi, à certains moments de l'histoire, tout va s'aligner.
45:19Perfect storm.
45:21Et là, c'est très dur.
45:23Parce que vous n'avez pas beaucoup d'amis à qui vous pouvez en parler.
45:25Vos copains, soit ils ne comprennent pas, soit ils sont un peu jaloux, soit vous n'avez pas envie de vous ouvrir.
45:30Et là, c'est le moment où le perso, les amis, le perso, le socle, le spirituel,
45:37si ce n'est pas bien ancré, vous allez être fragile.
45:42Et là, moi, j'ai vu des copains, très successifs, s'effondrer.
45:46Parce qu'ils étaient sur une trajectoire, ils étaient catapultés.
45:51Et tout d'un coup, ils se prennent un mur.
45:52Parce que l'entrepreneur se prend des murs.
45:54Et en fait, ils ne sont pas assez solides personnellement.
45:57Ils se prennent trois murs d'affilée.
46:00Et ils n'arrivent pas à le gérer.
46:00Mais je les ai vus s'effondrer parce que la famille, ils l'avaient oublié.
46:04Les enfants, ils les avaient oubliés.
46:06Et si à ce moment-là, on a besoin de ce socle-là, et qu'il n'est pas là,
46:09alors là, c'est mission impossible.
46:13On ne se souvient plus pourquoi on se lève.
46:15Tout à fait.
46:15Et on se relève.
46:18Merci de vous confier sur comment tenir le choc.
46:21On se positionne là maintenant, en transmission.
46:24Qu'est-ce que vous dites, en tant que leader du Private Equity,
46:27qui a vu ce métier évolué,
46:28qu'est-ce que vous dites aux jeunes qui sortent d'école aujourd'hui
46:30et qui se disent, pourquoi pas moi ?
46:33Pourquoi pas moi au sens...
46:34Ou pour rejoindre le Private Equity et y faire carrière.
46:37Mes enfants me demandent ce qu'ils devraient faire.
46:40Mon fils doit être footballeur.
46:41Je dis, c'est fantastique.
46:42Fantastique.
46:43Donc, le Private Equity,
46:45quoi qu'on fasse, je dis à des enfants,
46:46ne fais pas ça parce que c'est glamour.
46:48Ne fais quoi que tu fasses.
46:49Ne fais pas ça parce que tu crois que tu gagas beaucoup d'argent dans ce métier.
46:52Essaye de faire quelque chose auquel tu crois.
46:56Essaye de faire quelque chose qui va te passionner.
46:58Cette industrie du Private Equity, elle est passionnante,
47:00mais elle est très exigeante aussi, Mathieu.
47:02Elle est très exigeante.
47:03C'est un métier très dur.
47:05C'est un métier...
47:06L'environnement est ultra compétitif.
47:08Vous pouvez être dans un fonds, un grand fonds,
47:10et ne pas faire de deal pendant 4 ans.
47:11Il faut être marathonien.
47:13Il faut faire...
47:14Non, il faut faire ce métier que si on est passionné,
47:17habité, qu'on a envie de le faire.
47:19Beaucoup de gens sont tentés pour de mauvaises raisons.
47:21Ils sont tentés parce que...
47:23La fame.
47:24La fame, le glamour,
47:25le fait que certains partenaires de fonds gagnent beaucoup d'argent.
47:28Quoi que tu fasses, tu gagneras de l'argent si tu es bon dans ce que tu fais.
47:31C'est un effet secondaire.
47:32Et on s'en fout à la rigueur.
47:33Ce qui compte, c'est...
47:34Je dis à des jeunes,
47:36souvent, mes amis m'envoient leurs enfants.
47:38Ils me disent,
47:38« Mon fils rêve de faire du prêve et des coups dits, je te l'envoie. »
47:40Ou ma fille.
47:41Je dis, super.
47:41En fait, non, ce n'est pas ce qu'ils ont envie de faire.
47:43Ils ont lu un article sympa dans le journal et ça les a tentés.
47:46Pourquoi pas d'ailleurs ?
47:47Mais je dis, c'est un métier très exigeant, très dur.
47:51Le niveau de concurrence est monté de 100 crans.
47:54Il faut le faire dans des grandes maisons
47:55où on apprend à la dure.
47:58Et les 10 ou 15 premières années vont être très dures
48:00pour mériter d'être peut-être partenaire,
48:03époque à laquelle ça va être encore plus dur.
48:05Et tu ne t'arrêtes jamais.
48:06Donc, quand tu es partenaire dans un beau fond ou dans un grand fond,
48:10tu dois sourcer tes deals,
48:11accompagner les entrepreneurs, suivre tes boîtes,
48:13tu auras des merdes.
48:15Et tu as plein de nouvelles exigences.
48:17Tu as un comité d'investissement
48:18qui, s'il est bien organisé, te mettra la pression.
48:21Des investisseurs institutionnels qui, ici, sont bien cortiqués,
48:23ils le sont, te mettront la pression.
48:25Tu devras aller lever ton prochain fonds tous les 5 ans.
48:28Et ton travail est remis sur l'établi tous les 5 ans.
48:31Même si tu es un très grand fonds
48:32et ton fonds précédent n'est pas très bon,
48:34tu vas peiner à lever.
48:36Et donc, c'est un métier très, très, très exigeant.
48:40Frédéric Stoller, on a une surprise.
48:41On a quelqu'un qui a voulu vous poser une question aujourd'hui.
48:45Je vous transmets cette vidéo.
48:46Salut, Fred.
48:49Bon, je comprends que tu es dans un taxi.
48:51Donc, sois relax, ouvre la fenêtre, mets-toi bien au fond du siège, détends-toi.
48:56Et surtout, le chauffeur n'est pas responsable des embouteillages et des travaux.
49:01Donc, prends ton mal en patience.
49:04Bon, Fred, tu le sais, on se connaît depuis ce qui ne nous rajeunit pas.
49:09Je veux te dire que j'étais très impressionné par ton parcours, par ta résilience, par ta capacité de travail, par ta pugnacité.
49:17Je sais que la création d'Altarock et ses versions antérieures n'ont pas été toujours un chemin pavé de rose.
49:25Et tu y es arrivé, vous avez tous ensemble créé un outil incroyable qui a ouvert le marché du private equity pour le retail.
49:34Donc, vraiment, c'est extrêmement, extrêmement impressionnant.
49:37On a eu l'occasion de discuter des changements qui sont à l'œuvre dans le monde du private equity,
49:44la spécialisation, la baisse des performances, problème de liquidité et autres.
49:48Et donc, je voulais savoir dans quelle mesure Altarock, sa gestion, la sélection de vos investissements, la sélection des gérants, la politique d'investissement
49:57va évoluer pour être un peu au diapason de ces changements qui ont cours à l'échelle mondiale au niveau du private equity.
50:05Alors, c'était une surprise.
50:07Est-ce que vous pouvez déjà nous dire qui est cette personne ?
50:10Cette personne s'appelle Laurent Meyer.
50:12C'est un ami de 40 ans.
50:14Donc, on s'est rencontrés un peu avant la business school et on est restés amis depuis toujours.
50:19Donc, dans nos moments heureux, dans nos moments plus compliqués, de vie perso, pro.
50:25Donc, c'est quelqu'un que j'apprécie beaucoup.
50:26Quelqu'un de très fin, très, très fin, qui a une vision intéressante sur le monde et qui est…
50:31que j'apprécie énormément.
50:33Voilà.
50:34Alors, sur la question qu'il vous pose.
50:36Alors, la question que Laurent me pose, comment est-ce qu'on va s'adapter au changement structurel de l'industrie du PE ?
50:40Je dirais, on s'est déjà adapté, Mathieu, parce qu'on avait cette vision.
50:44Il y a 4 ans déjà et je l'avais posé et Maurice était 100% d'accord.
50:48Le monde du private equity, il avait déjà changé.
50:50Il était déjà devenu extrêmement exigeant.
50:52Nous, on anticipait chez Altarock une baisse des retours.
50:54Donc, quand j'annonce les performances d'Altarock projectives à 5 ans, 10 ans,
50:58j'annonce déjà dans mes ambitions de retour une baisse structurelle des performances de l'industrie.
51:02Je l'ai déjà anticipé.
51:04Donc, on le pose.
51:05Parfois, ça rend les gens inquiets.
51:06Ah oui, mais vous pensez que vos fonds vont faire moins bien demain qu'hier ?
51:08Ils sont moins bons.
51:09Non, ils ne sont pas moins bons.
51:10Le monde est plus dur.
51:11Donc, un, on l'a déjà intégré.
51:13Deux, on a un parti pris qui est très important.
51:16Dans notre sélection, d'abord, on a toujours pensé portefeuille.
51:19C'est pour ça que vous m'avez dit « feeder » tout à l'heure, on ne fait pas de feeder.
51:21Je n'investirai jamais dans un seul fonds.
51:22On investit dans un portefeuille de fonds.
51:24Parce qu'aussi bon soit le gérant, on n'est pas à l'abri d'une défaillance.
51:27Donc, toujours penser portefeuille.
51:28Toujours penser mitigation du risque.
51:30Mais quand on choisit notre portefeuille de 7 gérants dans un millésime Altaroc, on se dit qu'on veut être sur les bonnes verticales, pas de cyclicité.
51:39On parlait de TLD Alvest hier.
51:41Je l'ai fait à type perso parce que j'avais du carie, parce que je croyais dans l'équipe.
51:44Mais je n'accompagnerai pas ça dans un portefeuille retail.
51:46Donc, pas de portefeuille de clients privés.
51:48Donc, accompagner des gérants sur des bonnes verticales, acycliques, résilientes, bonnes porteuses de marché.
51:55Deuxièmement, pas accompagner de fonds généralistes, que des fonds ultra-verticaux.
51:59Et troisièmement, une diligence sur les gérants qui est militaire, Mathieu.
52:04Et donc, à la question de Laurent, je pense qu'on est déjà paré pour ce monde nouveau.
52:09C'est comme ça qu'on a construit Altaroc.
52:11Une diligence et une construction de portefeuille.
52:14Alors, on n'est pas à l'abri d'effets de cycle négatif.
52:17Il y aura des millésimes moins bons que d'autres.
52:19Mais pour quelqu'un qui nous accompagne sur plusieurs millésimes, c'est ce qu'on vend.
52:23Il aura un portefeuille très travaillé, très robuste, avec notre meilleur jugement d'affaires.
52:29Et à la fin, à la fin des fins, Mathieu, parce que qu'est-ce qui a fait un des leviers de succès du PE ?
52:34C'est quoi ? C'est l'alignement d'intérêts.
52:36Qu'est-ce qui fait qu'une boîte PE marche mieux qu'une boîte cotée ?
52:39C'est que les équipes de direction de la boîte PE, le partenaire du PE, on a tous investi dans le deal.
52:44Alors, là, je voulais qu'on s'applique, Maurice et moi, à cette discipline-là.
52:47On investit, chaque année à titre perso, 33 millions à nous deux dans nos fonds.
52:52C'est colossal.
52:53Donc là, on parlait du risque de l'entrepreneur, des moments difficiles.
52:56C'est-à-dire que Maurice et moi, là, sur notre cinquième millésime, on aura engagé 165 millions à nous deux.
53:02Près de 10% de l'AUM.
53:03Exactement.
53:04Je ne parle pas du financement de la société de gestion, qui est un autre truc qu'on a à financer.
53:07Je parle de mettre des billes dans nos fonds.
53:09On est très engagés.
53:11Donc, pour répondre à la question de Laurent, je pense qu'on s'est équipé pour, je ne dirais pas la tempête,
53:15on s'est équipé pour un nombre plus exigeant.
53:17Magnifique.
53:18Et d'ailleurs, je crois qu'on est arrivé.
53:20Oh là, je n'ai pas vu le temps passer.
53:22Ah oui, on est chez nous, là.
53:23On est chez vous.
53:23On va finir l'interview là-bas, dans le hall.
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