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C pas si loin propose de décrypter les enjeux contemporains en France et à l'international depuis les Outre-mer. Présenté par Karine Baste, C pas si loin explore le monde depuis les Outre-mer. Cette France des trois océans, au carrefour de frontières et d'influences croisées, répond autrement aux dynamiques économiques, écologiques, géopolitiques et culturelles. Ce magazine propose un regard singulier sur nos enjeux contemporains et la place des territoires ultramarins dans le monde. Année de Production :
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00:00Générique
00:00Bonjour à tous, je suis très heureuse de vous accompagner pour ce nouveau numéro de C'est pas si loin.
00:14Jean-Marie Théoda, directeur du département de géographie de l'Université Paris 1, Panthéon-Sorbonne,
00:21est notre invitée aujourd'hui.
00:22Ensemble, retour sur plusieurs thèmes abordés cette semaine dans votre magazine,
00:26à commencer par l'enseignement de l'histoire géo en France.
00:30Longtemps dans nos établissements scolaires, les récits n'ont pas vraiment été au plus près de la réalité,
00:36pas partout en tout cas, une version unique, calquée à tous les élèves de la République,
00:41alors même que nos histoires et environnements diffèrent.
00:46Un état aux abonnés absents et une population prise au piège, quel avenir pour Haïti,
00:50presque tout entier aux mains de milices armées, territoire qui officiellement compte plus d'un million de déplacés
00:57dans leur propre pays, regard tout particulier de notre invité, Haïtien, sur cette réalité.
01:03Et puis c'est à 7000 kilomètres de Paris, un lieu où la France et l'Europe tout entière touchent les étoiles,
01:08immersion au centre spatial guyanais de Kourou, cœur de la puissance scientifique européenne.
01:14Bonjour Jean-Marie Théodat.
01:17Bonjour.
01:18Merci beaucoup d'avoir accepté notre invitation.
01:20Vous êtes donc directeur du département de géographie de l'Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne.
01:25Quel regard du géographe, de l'écrivain que vous êtes sur l'état de nos sociétés aujourd'hui ?
01:31Instabilité politique en France, impérialisme américain, appétit chinois, votre regard ?
01:38Le sentiment de vivre une période de bascule,
01:41mais une bascule qui a commencé depuis tellement longtemps
01:46que le simple constat que je peux faire aujourd'hui,
01:49c'est que ce que nous pensions être une simple transition
01:53n'était que les signes avant-coureurs de quelque chose de beaucoup plus important
01:57et qui, depuis deux ans, montrent vraiment que nous sommes entrés dans une autre période.
02:01C'est-à-dire fin de la période d'après-guerre froide, comme on dit,
02:05mais entrer dans quelque chose de tout à fait nouveau,
02:07dont on ne sait pas encore quel concept inventer pour le concrétiser.
02:12C'est une bascule qui vous inquiète ?
02:15Comme toutes les bascules.
02:17Et je pense qu'il faut à la fois être inquiet,
02:20dans la mesure où les signes avant-coureurs laissent augurer des moments très difficiles,
02:25c'est-à-dire la guerre est pour ainsi dire à nos portes en Europe,
02:29le reste du monde est ravagé par des conflits sanglants,
02:32et malheureusement ce n'est pas tout à fait nouveau.
02:36Même pendant ce que l'on appelle la période des 30 glorieuses,
02:40c'était 30 glorieuses pour les uns, mais 30 sanglantes pour d'autres.
02:44Mais seulement, aujourd'hui, ceux qui étaient considérés comme un havre de paix,
02:47l'Europe, voient les fronts la cerner de partout,
02:53et c'est ça la nouvelle inquiétude.
02:54Et comment l'universitaire que vous êtes fait le tri dans tout cela ?
02:59Je fais le tri comme on l'a toujours fait, de façon classique,
03:02c'est-à-dire en me renseignant, en allant à la source,
03:06en allant aussi là où je peux, sur le terrain,
03:09de façon à me faire une idée personnelle
03:11et ne pas me contenter des ondits qui sont toujours alarmistes.
03:14Parce que finalement, Jean-Marie Théodat,
03:16plusieurs crises secouent notre monde,
03:19des crises sanitaires, crises migratoires, climatiques aussi.
03:22Est-ce que vous diriez que les Outre-mer,
03:23qui souvent sont en première ligne dans ces crises,
03:26sont une sorte d'avant-première de ce que connaîtra inexorablement l'Hexagone demain ?
03:32Je pense que nous, Ultramarins, de façon générale,
03:36avons fait l'expérience du basculement dans la modernité,
03:40déjà, avec l'esclavage, avec la colonisation.
03:45L'époque contemporaine s'est concrétisée par aussi l'initiation de la liberté,
03:51la révolution, la libération de l'esclavage.
03:54Et nous avons fait, de façon plus récente,
03:57l'expérience, par exemple, dans les départements français d'Amérique,
04:02de l'épisode de ce qu'on appelle du chlordécone,
04:04qui montre que toutes les grandes thématiques
04:08qui sont aujourd'hui la préoccupation du reste du monde,
04:12ont trouvé une illustration dans l'arc caribéen,
04:15dans l'océan Indien, y compris en Nouvelle-Calédonie,
04:18où les questions aujourd'hui de passage à un nouveau statut.
04:21Donc, le monde ultramarin est une caisse de résonance
04:25des mouvements les plus profonds qui se passent à l'échelle mondiale.
04:28Ah non, pas douté.
04:29Allez, on en vient au premier thème sur lequel vous avez choisi
04:31de vous arrêter cette semaine.
04:33Longtemps en France, l'histoire scolaire a été linéaire, centralisée,
04:37avec une chronologie unique, allant des Gaulois au roi de France
04:41pour en arriver à la République,
04:42école qui ne racontait pas les histoires de France,
04:45mais une histoire de France.
04:48Fort heureusement, les choses évoluent.
04:49On en a parlé cette semaine. Extrait.
04:51Vous vous asseyez.
04:56Qu'est-ce qui veut nous dire ce qu'on avait vu la dernière fois
04:59concernant d'où venaient les Kalinagos,
05:01qui ils étaient et comment ils sont arrivés aux Antilles ?
05:06Depuis 25 ans, la loi d'orientation pour les Outre-mer
05:09permet l'adaptation des programmes scolaires
05:11en histoire et en géographie.
05:14Des thématiques propres à chaque territoire
05:15sont ainsi ajoutées ou substituées au programme national.
05:19Cette adaptation est essentielle parce qu'elle permet aux élèves
05:22déjà de s'approprier leur environnement et l'histoire de cet environnement.
05:26Bien sûr, la colonisation, l'esclavage, c'est ce dont on parle le plus,
05:30mais il y a aussi ces premiers habitants qui nous ont légué des choses.
05:34Donc c'est important de savoir en fait quelles sont les histoires de nos territoires
05:40de façon plus globale.
05:43Elle a dit que les Kalinagos vivaient dans les grandes Antilles.
05:45On est d'accord avec ça ou pas ?
05:47Alors c'est quoi ? Vas-y, Louane.
05:50Les Kalinagos habitent à la petite Antille
05:53et ils ont été aux Antilles à partir du IXe siècle.
05:56Très bien.
05:59Ils sont réceptifs parce qu'on parle de leur environnement proche.
06:03Parce que par exemple, quand j'ai fait avec eux le Néolithique,
06:07où on parle de la grotte de Lascaux, je montre des images,
06:10mais ce n'est pas la même chose.
06:11Alors qu'ici, quand je dis, ben voilà, à la forêt de mon travail,
06:14par exemple, il y a les roches gravées.
06:17Voilà, ça parle aux élèves et ça les intéresse
06:20puisque dans leur vie quotidienne,
06:22ils voient des héritages en fait de ces civilisations amérindiennes.
06:25Vous êtes géographe, agrégé et docteur en géographie.
06:33Lorsque l'on enseigne, Jean-Marie Théouda,
06:35que l'on est chargé de transmettre,
06:37comment perçoit-on ce récit qui, durant des décennies, a été unique ?
06:42Ce récit unique correspondait, je pense, à un impératif du moment.
06:47C'est un héritage de la Révolution,
06:50un héritage de l'époque, on va dire, jacoubiniste,
06:54où il fallait coudre la France.
06:57C'est un travail d'orfèvre.
07:00Il fallait concilier les intérêts des Bretons, des Normands,
07:04des Alsaciens, des Provençaux.
07:06Et la Révolution a voulu rationaliser les relations,
07:11créer une nation en forgeant une histoire unique
07:15et surtout en abolissant les clivages qui avaient trait à…
07:22On ne parlait pas encore de la race à l'époque,
07:25mais entre les nobles, les membres du clergé,
07:29les membres du tiers-État.
07:30Donc, ça partait d'un bon sentiment.
07:32Or, on se rend compte aujourd'hui que c'est une histoire captive.
07:35C'est un narratif qui a placé sous silence
07:39des caractéristiques locales,
07:42des identités parfois douloureuses,
07:44comme c'est le cas dans le contexte ultramarin.
07:47Et je pense que c'est ici que ce travail,
07:51ce documentaire a toute sa pertinence
07:54pour montrer qu'il est important de savoir d'où l'on vient,
07:58mais il est important aussi de savoir où l'on est,
08:00où l'on se situe dans le monde au moment présent.
08:03Coudre la société, elle est étonnante cette image.
08:05En tout cas, il faut amener la société à se questionner,
08:08amener nos élèves à développer leur sens critique.
08:11Et c'est aussi toute la mission que se donnent ces enseignants
08:14qui se mobilisent outre-mer.
08:16Cela vous semble, à vous aussi, très important.
08:19Les enseignants sont une passerelle indispensable
08:21entre ce qu'on appelle les apprenants
08:25et un savoir qui est devenu aujourd'hui
08:28une masse de documentation, une masse de données
08:31qu'il est très difficile à l'échelle individuelle
08:35de faire le tri entre le bon grain et l'ivraie
08:38de l'information.
08:40Le travail de ces enseignants est un travail de dentelière
08:45et qui est très important et qui resitue les élèves
08:49dans le contexte géographique, historique qui est le leur.
08:52Malgré tout, Jean-Marie Théoda, c'est grâce à la volonté d'enseignants
08:55que les choses sont en train de changer.
08:57Ce sont eux qui se forment, qui travaillent avec des historiens locaux,
09:00avec des géographes locaux et qui proposent des supports au rectorat.
09:04Finalement, c'est une démarche militante.
09:06C'est une démarche militante, c'est une démarche, je pense,
09:09où se retrouve à la fois une volonté venue d'en bas,
09:15celle de ces professeurs engagés,
09:17mais aussi une volonté étatique avec la loi de programmation de 2019
09:21qui permet aux programmes, dans les contextes ultramarins,
09:25de s'adapter pour éviter que tout le monde répète
09:27nos ancêtres les Gaulois, ceux qui n'auraient aucun sens.
09:30Oui, mais vous le dites, c'est une loi qui permet.
09:32Ça veut dire que vous avez l'autorisation de le faire,
09:34mais pour autant les manuels n'existent pas, ne sont pas disponibles.
09:37C'est aux enseignants de se mobiliser pour le faire.
09:39C'est-à-dire que la loi vient briser un carcan
09:41qui n'était pas envisageable avant
09:43et c'est en ce sens que c'est une mesure libératrice.
09:46Est-ce qu'on peut se dire qu'aujourd'hui,
09:47la jeunesse française connaît son histoire ou qu'elle vive ?
09:50Alors, il faut faire une différence entre histoire et mémoire.
09:53Elle a une histoire qui est, pour ainsi dire, écrite,
09:58qui est inscrite également
10:00et qui est propagée par un récit, un roman national.
10:05Et puis, il y a une mémoire qui, malheureusement,
10:07est une mémoire à trous, une mémoire cyclique,
10:10une mémoire immédiate.
10:12Et c'est ici qu'il faudrait faire la passerelle
10:14entre mémoire et histoire
10:15pour que les gens soient des citoyens conscients.
10:17On va parler maintenant d'un territoire
10:20que vous ne connaissez que trop bien, évidemment,
10:22Haïti, pays qui, au fil du temps,
10:25est tombé aux mains de milices armées et de gangs,
10:28au point que la vie, notamment dans la capitale
10:30et sa périphérie, ressemble davantage
10:32à de la survie pour les habitants.
10:35Officiellement, Haïti compte plus d'un million
10:37trois cent mille déplacés internes,
10:39des réfugiés qui sont en fuite dans leur propre pays.
10:42Port-au-Prince, lycée Marie-Jeanne.
10:48Ici, plus aucun élève n'étudie depuis plusieurs années.
10:52Des milliers de déplacés logent dans ces locaux
10:54où une communauté s'est construite par défaut.
10:58Pour subvenir à ses besoins,
11:00Roudi apporte régulièrement son chariot
11:02pour vendre des plats chauds à des habitants démunis.
11:07Je vendais dans le bas de la ville qui a été détruit,
11:11puis dans un autre camp, lui aussi,
11:12détruit par les gangs.
11:14Je me suis donc réfugié ici, il y a quelques jours.
11:18Cette nourriture, c'est pour cette population dans le besoin.
11:21Je la leur vends et parfois, je l'offre gratuitement.
11:26Ici, je vois les gens vivre dans l'insalubrité.
11:30Il faudrait les accompagner pour les sortir d'ici.
11:33Comme ça, ils pourront s'occuper de leur famille.
11:42Un homme aperçoit notre caméra et nous demande de le suivre.
11:47Il veut nous montrer comment vit ou plutôt comment survit la population du camp.
11:50Voilà comment on utilise l'eau.
11:59Steve Fleurenphy, c'est en fait le président du camp.
12:02Lui aussi habite ici, mais il est une forme de figure.
12:05Un leader censé porter la voix des déplacés auprès des autorités.
12:08C'est l'eau des toilettes, mais c'est là que vivent les enfants du peuple.
12:16Même un chien ne vivrait pas là.
12:18Vous voyez où vivent les plus pauvres ?
12:20Et pendant ce temps-là, les dirigeants se battent pour le pouvoir.
12:22Vous êtes né à Port-au-Prince, en Haïti, Jean-Marie Théodas.
12:30Ce n'est qu'à l'âge de 17 ans que vous êtes venu vous installer en France.
12:33À quoi ressemblait la vie dans votre pays durant ces 17 années ?
12:37Lorsque j'ai quitté Haïti à l'âge de 17 ans,
12:40j'étais un jeune insulaire fougueux et curieux.
12:44J'allais découvrir le monde avec l'espoir d'y revenir.
12:47Parce que la vie était belle à Port-au-Prince.
12:50J'avais une vie heureuse.
12:52Je n'étais pas d'une famille riche,
12:54mais nous avions suffisamment de moyens pour espérer
12:56augmenter la qualité de vie pour tout le monde.
13:02Et en fait, je me rends compte avec le recul
13:05que j'ai été parmi la dernière génération d'Haïtiens
13:08ayant connu l'espoir d'une vie meilleure.
13:12Aujourd'hui, c'est devenu un trou noir.
13:14Votre visage s'est illuminé, Jean-Marie Théodas,
13:17lorsque j'ai parlé de votre territoire.
13:19On imagine évidemment la peine peut-être qui peut vous traverser,
13:22la douleur qui peut vous traverser.
13:24Il m'arrive d'échanger avec des Haïtiens installés en France
13:26qui, il y a quelques années encore,
13:29rentraient en vacances chez eux,
13:31tranquillement, j'ai envie de dire.
13:32Est-ce que cette réalité-là existe encore ?
13:35Est-ce qu'il y a une réalité parallèle
13:37à ce que vivent ceux qu'on a vus à Port-au-Prince aujourd'hui ?
13:40Oui, bien sûr.
13:42Il ne faudrait surtout pas réduire Haïti
13:44à ce que l'on appelle la République de Port-au-Prince,
13:47même si c'est le centre névralgique du territoire.
13:513,5 millions d'habitants
13:53et plus de 90% des banques, des assurances.
13:59C'est là que l'on trouve les meilleures universités.
14:01Donc, ça reste quand même un symbole fort
14:04dans la vie du pays.
14:06Mais néanmoins, il nous reste le reste du territoire.
14:10Kapaïciens, Jérémy, Ekaï, Jacques Mel,
14:13aujourd'hui, a tendance à refluer une grande partie
14:16de ceux qui peuvent encore se réfugier ailleurs.
14:21Parce qu'on parle de 1,3 million de personnes
14:23déplacées dans la capitale,
14:25qui sont donc dans des abris provisoires,
14:27mais on ne sait pas combien sont reparties
14:30dans leur province d'origine
14:31et qui, aujourd'hui, sont également des déplacés,
14:36finalement, mais non comptabilisés
14:38dans les données officielles.
14:41Évidemment, il y a les chiffres officiels
14:43et les chiffres officieux.
14:44Ce qui est sans doute le plus terrible
14:45dans ce chaos dont on parle aujourd'hui,
14:47Jean-Marie Théoda, c'est qu'on parle là
14:48d'un pays qui est né d'une révolution
14:51pour sa liberté.
14:52On parle de la première république noire,
14:53d'un peuple qui s'est battu pour exister
14:55et qui, aujourd'hui, se réfugie dans des écoles,
14:58dans des établissements qui devraient être sanctuarisés,
15:01empêchant de fait une scolarité
15:04pour les enfants haïtiens.
15:06Alors, dans ce que vous dites,
15:08il y a justement le paradoxe d'un pays
15:11qui s'est libéré de façon héroïque
15:13et le nom du lycée dont il est question
15:16dans ce reportage,
15:17Marie-Jeanne Raoma,
15:18justement, à l'une des grandes figures
15:20de la révolution et de la guerre
15:22de l'indépendance haïtienne,
15:23et que l'on se retrouve aujourd'hui
15:25avec des personnes déplacées
15:28dans le cadre d'un conflit
15:29qui n'est ni un conflit ethnique,
15:31ni un conflit religieux,
15:33ni même un conflit social.
15:34Ce ne sont pas des riches contre des pauvres,
15:36c'est l'état de droit
15:37contre une activité mafieuse de brigands.
15:41On se dit que Haïti présente
15:43les deux faces à la fois
15:45du meilleur de l'histoire de la négritude,
15:48un pays où la négritude
15:50s'est mise debout pour la première fois,
15:51pour paraphraser Césaire.
15:53Mais à l'extrême,
15:55à l'autre extrême,
15:56c'est le pays où aujourd'hui,
15:57le trafic humain est devenu
15:59un commerce juteux
16:01parce que ces gangsters
16:02ont fait leur fortune,
16:04surtout dans le rapte
16:04et le kidnapping des personnes.
16:06On se demande évidemment,
16:07et après, et demain,
16:08qu'est-ce qui va se passer ?
16:09Il y a une échéance politique
16:10avec ce samedi,
16:11la fin du mandat
16:12de la commission présidentielle provisoire
16:14qui est en place depuis avril 2024,
16:16qui, arrêtez-moi si je me trompe,
16:17n'a absolument rien donné.
16:18Il y a parallèlement
16:19dans la rate de Port-au-Prince
16:20un navire de guerre américain
16:22qui est arrivé,
16:22qui est donc aux portes du pays.
16:24Que peut-il se passer demain ?
16:26Est-ce qu'on peut imaginer
16:27que la population haïtienne
16:28se tourne vers Washington ?
16:30Y voit un espoir ?
16:32Alors, avant d'y voir un espoir,
16:34il faut d'abord faire
16:35le constat d'un échec.
16:37L'échec de la tentative
16:41de régulation de la situation
16:43par la mise en place
16:44d'un conseil présidentiel provisoire
16:47qui avait un délai
16:48pour que le 7 février 2026,
16:54il y ait de nouveaux pouvoirs installés.
16:57Or, nous n'avons pas pu tenir
16:58cette échéance.
17:00Et échec, surtout,
17:02parce que s'il faut aujourd'hui
17:04recourir à une intervention étrangère
17:07pour rétablir l'ordre dans le pays,
17:09ça veut dire que nous n'avons pas fait le travail.
17:11C'est, on en vient au troisième thème
17:15de la semaine, Jean-Marie Théoda.
17:17C'est donc un site stratégique,
17:19unique en Europe,
17:21choisi pour sa position géographique exceptionnelle.
17:24À Kourou, en Guyane,
17:25la Terre tourne plus vite qu'ailleurs.
17:27Les fusées consomment moins de carburant.
17:29C'est d'ailleurs la raison de la création,
17:30en 1979, du Centre spatial guyanais.
17:33La question est,
17:34qu'apporte-t-il à la France
17:35et qu'apporte-t-il aux Guyanais ?
17:37Extrait.
17:41Au début, dans les années 60,
17:44c'était une base spatiale exclusivement française.
17:47Dans les années 70,
17:48c'est devenu une base spatiale européenne,
17:50ce qui a permis de garantir aux pays européens
17:53d'avoir un accès indépendant à l'espace,
17:54notamment avec l'arrivée du programme Ariane.
17:59Le premier lancement Ariane,
18:00il a eu lieu le 24 décembre 1979.
18:02Et aujourd'hui, en 2026,
18:09on est arrivé à l'Ariane numéro 6.
18:15Débuté il y a 47 ans,
18:16le programme Ariane a réalisé plus de 300 lancements.
18:20Un succès qui a longtemps garanti à l'Europe
18:22un accès indépendant à l'espace.
18:24Mais les retards accumulés d'Ariane 6,
18:28suivis des échecs du lanceur Vega C,
18:31ont privé le continent de cette autonomie
18:33pendant près d'un an.
18:35En 2024, l'entrée en service de la nouvelle fusée
18:38a permis à l'Europe d'assurer à nouveau ses lancements
18:40et a marqué un tournant pour le CSG,
18:43le centre spatial guyanais.
18:45Le centre spatial est en pleine mutation,
18:48puisqu'effectivement,
18:49nous avons l'arrivée d'Ariane 6 et de Vega
18:51qui sont en pleine montée en cadence.
18:53Mais nous avons lancé des grands chantiers
18:55de modernisation du centre spatial
18:57dont les installations sont anciennes.
18:59Et notamment, un nouveau centre des opérations
19:01qui sera vraiment le bâtiment amiral du centre
19:04dans lequel vont être pilotées l'ensemble des opérations,
19:06que ce soit pour Ariane 6, pour Vega
19:08et puis pour les nouveaux acteurs
19:09qui vont arriver sur la base.
19:11Alors, à ce sujet, nous avons reçu hier
19:16Nolioué Dolanon.
19:17C'est la fille de Christiane Taubira.
19:18Elle est donc guyanaise,
19:20désormais professeure d'université au Canada.
19:22Et à ses yeux,
19:23Kourou est un symbole de la puissance militaire,
19:26certes, mais aussi de la puissance coloniale française.
19:29Quel est votre avis ?
19:30Quel est votre regard, Jean-Marie Théodore ?
19:33Vous savez, la réalité est toujours
19:35protéiforme.
19:38Selon la facette, selon la perspective envisagée,
19:40on peut effectivement dire que c'est le symbole
19:43c'est un prolongement d'une appropriation coloniale
19:48d'un territoire, au sens que les Guyanais
19:50n'ont pas été consultés pour l'installation
19:53de ce centre spatial.
19:55D'ailleurs, c'est pour faire contre mauvaise fortune
19:59bon cœur que la France, étant chassée de l'Algérie,
20:03a dû donc déplacer son programme spatial
20:05vers la Guyane, qui était à l'époque
20:08un territoire très, très peu peuplé.
20:10Et le centre spatial de Kourou
20:12a vu l'afflux de nouveaux habitants
20:15venus du reste du continent sud-américain,
20:18du Brésil, de Colombie,
20:20mais également des Antilles,
20:21de la Martinique, de la Guyane, d'Haïti.
20:24Donc, en ce sens, on peut dire
20:26que nous avons tous les éléments
20:27chronologiques de la constitution,
20:29justement, d'une nouvelle colonie,
20:31avec des populations venues d'ailleurs
20:33pour investir un territoire vierge,
20:36pour surtout investir un local
20:39où il y avait déjà environ 200 familles
20:42qui étaient installées, 200 personnes.
20:45Donc, on les a déplacées manu militari
20:48sans véritablement leur demander leur avis.
20:50Mais le centre spatial de Kourou
20:52présente également, à une autre échelle,
20:55d'autres intérêts.
20:56C'est, pour les territoires ultramarins,
21:00le meilleur accrochage européen possible.
21:02C'est-à-dire que dans l'implication
21:04du reste de l'Europe,
21:05dans le maintien de ce centre
21:07de haute technologie,
21:11cela donne aux pays ultramarins
21:13un rôle central tout en étant périphérique.
21:15Parce que c'est un intérêt stratégique
21:17d'importance planétaire.
21:23L'Europe est, par cet outil,
21:25capable d'être dans le peloton de tête
21:28des territoires dans cette compétition.
21:31C'est un défi scientifique,
21:32mais c'est aussi un défi économique.
21:34Parce que la base spatiale de Kourou
21:35rapporte beaucoup d'argent
21:36lorsqu'un satellite est lancé.
21:39Malgré tout, beaucoup de Guyanais
21:40ont le sentiment de ne pas être associés
21:42justement à ce défi économique
21:45et en tout cas de ne pas en bénéficier
21:46de ces retombées économiques.
21:48Est-ce que c'est aux Guyanais
21:49de tenter de s'intéresser davantage
21:50à ce qui se passe à Kourou ?
21:52Est-ce que c'est à la France, à l'Europe,
21:53de faire en sorte d'impliquer davantage
21:56les Guyanais dans ce centre spatial de Kourou ?
22:00Qui doit faire la démarche et comment ?
22:02Je vais essayer de répondre
22:03à la question du comment.
22:04Je ne sais pas qui en prendra l'initiative,
22:07mais en regardant ce reportage,
22:09je me suis dit,
22:10et si les ingénieurs qui travaillent
22:12dans le centre spatial guyanais
22:14étaient formés sur place ?
22:16Moi, je suis allé à l'université de Guyane.
22:19Je connais des professeurs très chevronnés
22:22qui exercent leur talent,
22:24mais la plupart des ingénieurs,
22:26la plupart des techniciens viennent d'ailleurs
22:27et le personnel guyanais
22:29est essentiellement personnel,
22:31on va dire, de catégorie B,
22:33voire de catégorie C.
22:34Il y a aussi des ingénieurs,
22:35on en a rencontré,
22:36mais pas la majorité, clairement.
22:38Pas assez.
22:39Pas assez.
22:40Et c'est là, je pense,
22:41que se trouve le véritable élément d'ancrage.
22:44Le jour où les ingénieurs du centre spatial
22:46seront en majorité recrutés localement,
22:49je pense que nous aurons des raisons
22:50d'être très fiers.
22:51On va terminer avec votre photo du jour,
22:53Jean-Marie Théoda.
22:54Elle va s'afficher,
22:56on la découvre en même temps
22:57que nos téléspectateurs.
22:58La voici.
22:59Est-ce que vous pouvez nous décrire
23:00ce que l'on voit ?
23:02Alors, vous voyez ici
23:03ce que l'on appelle la statue du marron inconnu
23:06qui se trouve sur la place du Champ de Mars
23:08à Port-au-Pince.
23:10C'est une statue qui date de l'année 1967
23:12du sculpteur haïtien Albert Mangones.
23:15Alors, c'est une statue
23:17qui a une valeur ambiguë,
23:20au sens qu'elle a été installée
23:22à Port-au-Prince du temps
23:23de la dictature de Duvalier.
23:25C'est un symbole quand même d'autoritarisme.
23:29Et puis, du point de vue
23:31de la grammaire des styles,
23:33moi je trouve que c'est l'affirmation
23:36d'une force un peu viriliste
23:38qui aujourd'hui ne serait pas
23:40tout à fait inspirant.
23:42Je pense que s'il fallait refaire
23:44le marron inconnu,
23:46ce serait probablement une maronne,
23:48ce serait probablement une figure féminine
23:50parce qu'elles n'ont pas toujours été
23:51mises à l'honneur.
23:52Et puis, il y a une inspiration,
23:55je dirais, à la Rodin
23:56avec ce côté monumental,
23:59ce côté colossal
24:00qui aujourd'hui évoque un autre registre.
24:05C'est un registre un peu brutal.
24:07Donc, c'est pour ça que c'est une statue
24:09qui s'inscrit dans l'ambiguïté,
24:11mais néanmoins, le symbole reste fort.
24:13C'est le symbole, non pas de l'esclave,
24:15mais de l'homme qui se libère.
24:17Symbole de la liberté universelle.
24:19Que signifie ce mot pour les haïtiens
24:21aujourd'hui, Jean-Marie Théodore ?
24:22La liberté.
24:23La liberté signifie un idéal
24:25qui ne sera jamais désuet,
24:29pour lequel on se bat depuis aujourd'hui
24:31plus de 220 ans.
24:33Et même si aujourd'hui,
24:35le peuple paraît encore dans les chaînes,
24:37je pense que la statue du marron inconnu
24:39inspire au peuple haïtien,
24:42non pas l'espoir,
24:43mais le courage
24:43pour faire face aux difficultés.
24:45Le courage est plus important.
24:47Et je précise qu'en 89,
24:48les Nations Unies ont utilisé
24:49cette statue
24:50comme motif central du timbre
24:52commémorant l'article 4
24:54de la Déclaration universelle
24:55des droits de l'homme.
24:56Nul ne sera tenu en esclavage
24:58ni en servitude.
24:59L'esclavage et la traite des esclaves
25:01sont interdits
25:01sous toutes leurs formes.
25:03Merci beaucoup Jean-Marie Théoda
25:06d'être venu sur le plateau
25:07de C'est pas si loin,
25:09c'est moi.
25:10Merci à vous
25:11d'être toujours fidèle
25:12à votre rendez-vous
25:13C'est pas si loin,
25:14émission qu'évidemment
25:14vous pouvez retrouver
25:16sur la plateforme France.tv.
25:18Également, je vous le rappelle,
25:19en podcast
25:19sur toutes les plateformes audio.
25:21Je vous souhaite
25:22une très belle fin de journée
25:23sur France Télévisions.
25:24Un excellent week-end
25:25et je vous dis
25:25à la semaine prochaine.
25:27Même lieu, même heure.
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