- il y a 9 heures
C'est à un partage du paysage que vous invite cette nouvelle émission d'Au bonheur des livres, en accueillant Marie-Hélène Lafon et Philippe Manevy, pour leurs beaux ouvrages respectifs, Hors Champ (Ed. Buchet-Chastel) et La Montagne ardente (Ed. Le bruit du monde). Ces deux écrivains invités de Claire Chazal ont en commun avec elle des origines auvergnates, qui les ramènent ainsi au souvenir des terres parfois austères du Cantal... Marie-Hélène Lafon en a fait le territoire privilégié de tous ses romans : c'est encore le cas pour son nouveau livre, qui partage avec celui de Philippe Manevy, second volet d'une fiction familiale fortement autobiographique, un souci sensible du monde rural et de ses singularités. Ce monde désormais menacé, qui s'est profondément transformé au fil des dernières décennies, sera au centre d'une conversation littéraire à la fois complice et particulièrement émouvante… ou comment le bonheur des livres peut consoler de la tristesse de la terre. Année de Production :
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00:00Générique
00:00Bienvenue dans l'émission littéraire de Public Sénat.
00:21Je suis ravie de vous retrouver pour un nouveau numéro d'Au bonheur des livres.
00:25C'est une émission hebdomadaire dans laquelle, vous le savez,
00:27nous essayons tout simplement de vous donner envie de lire
00:30et puis aussi de découvrir ou de mieux connaître leurs auteurs.
00:33Alors avec nous, deux romanciers passionnants,
00:37deux romanciers d'ailleurs qui parlent d'eux-mêmes aussi, on va le voir,
00:40qui sont ancrés dans leur région, attachés à cette terre qui a porté leur famille.
00:44Une terre âpre, on va en parler bien sûr, mais très belle,
00:48qui se trouve être l'Auvergne et d'ailleurs précisément c'est aussi maternatal
00:53et j'en suis donc d'autant plus touchée.
00:54C'est là que vont se nouer des histoires de grands-pères, de pères, de frères et de sœurs.
01:00D'abord avec Marie-Hélène Laffont qui nous propose Horschamp,
01:04un très beau livre chez Boucher-Chastel,
01:06et puis Philippe Manvi qui lui, alors exceptionnellement, est à Paris,
01:10bien qu'enseignant à Montréal,
01:12pour ce beau livre intitulé La Montagne ardente aux éditions Le Bruit du Monde.
01:17Alors d'abord, merci infiniment à tous les deux d'être là.
01:20Nous avons beaucoup aimé vos livres, on y a trouvé des points communs,
01:24une espèce d'atmosphère commune, et moi personnellement évidemment,
01:29un attachement tout particulier, un intérêt tout particulier.
01:33Juste, je rappelle Philippe Manvi que vous continuez donc à explorer vos origines dans ce livre.
01:39Il y avait d'abord eu la colline qui travaille, ça c'était le côté maternel,
01:43et puis l'autre versant, le côté paternel, c'est aujourd'hui que nous le découvrons,
01:46avec la montagne ardente, et le portrait donc très émouvant d'un drôle de personnage,
01:50votre grand-père paternel qui s'appelle Joseph.
01:53Alors Marie-Hélène Laffont, vous avez été, parce que vous êtes fraîchement retraitée,
01:57professeure comme Philippe Manvi de Lettres, agrégée,
02:01vous avez enseigné à Paris d'ailleurs,
02:04bien que, bien sûr, né à Aurillac, que je connais bien,
02:08vous avez reçu le concours de la Nouvelle en 2016,
02:11et le Renaudot en 2020, pour Histoire du Fils.
02:14Alors c'était déjà une fresque familiale,
02:16dans une œuvre consacrée à ce Cantal, qui est votre pays d'origine,
02:24et à cette rivière, la Santerre, qui le traverse.
02:27Et on va retrouver tout ça dans ce nouveau récit qui s'appelle Orchamp,
02:31qui est très fort, très intense.
02:33C'est votre onzième roman, je ne me trompe pas, Marie-Hélène Laffont ?
02:35C'est ça, on me le dit.
02:37Voilà, donc on considère que ces deux auteurs que nous avons aujourd'hui
02:39enseignent et écrivent, ce qui n'est pas toujours facile,
02:42mais ce qui donne aussi une très belle littérature.
02:46Nous suivons, grâce à vous, donc une famille de paysans,
02:48mais surtout, j'allais dire, les enfants,
02:52c'est-à-dire le fils, Gilles, et la sœur, la fille, Claire,
02:57sur une cinquantaine d'années.
02:59D'abord, j'ai envie de dire, Marie-Hélène Laffont,
03:01que ce qui frappe dans ce livre, c'est cet univers,
03:04dont, bien sûr, nous allons parler des personnages,
03:07mais c'est surtout cet univers qui, je dirais,
03:09est de labeur et de silence.
03:11Oui, oui.
03:13Travailler et se taire.
03:15Oui.
03:16Donc, les jours sont tissés de gestes,
03:20d'obligations, de contraintes.
03:24Beaucoup d'efforts.
03:25Voilà, qui reviennent.
03:27Voilà.
03:27On peut supposer, en tout cas, pour le père,
03:30pour le fils, c'est plus difficile,
03:32mais pour le père et la mère,
03:33on peut supposer que ce travail apporte aussi
03:35des joies et des satisfactions.
03:37Pour le fils, c'est une question qui reste ouverte.
03:40Bien sûr.
03:40Et de toute façon, on n'entre jamais dans ces considérations-là.
03:43On n'entre pas dans le fort intérieur.
03:47On ne partage pas ce qui est ressenti.
03:50On n'en dit rien.
03:51Et donc, le livre est construit sur dix tableaux.
03:56On alterne le regard de la sœur et le regard du frère.
03:59Et ils sont, comme vous dites, mystérieux l'un et l'autre.
04:03C'était aussi une question de génération qui parlait peu.
04:05On connaît bien ces générations de nos parents.
04:09Enfin, vous êtes plus jeune, Philippe,
04:10mais ça nous concerne.
04:12Est-ce que cette ferme isolée dont vous parlez
04:14ressemblait à celle que vous avez connue vous-même ?
04:17Alors, il y a dans tous mes livres, et dans celui-ci aussi,
04:21une veine autobiographique.
04:25Des éléments, des paysages, des moments, des gestes,
04:28des sensations, des paroles, rares,
04:32mais il y en a tout de même quelques-unes,
04:34qui résonnent, ont été évidemment glanées
04:38au fil des jours qui sont ceux de ma vie.
04:41Et je tisse cette matière.
04:43Mais je la tisse aussi de sensations,
04:46d'échos perçues autour de moi
04:48et qui ne m'appartiennent pas en propre.
04:51La matière de mes textes,
04:53elle est ainsi composée pièces et morceaux.
04:57J'ai coutume de dire que je couds, décous, recous,
05:01et que je suis dans tous mes livres en pièces détachées,
05:03et que je suis la seule à savoir
05:05à quel point j'y suis ou pas.
05:07Voilà, qui a le lien.
05:08Alors, dans ces dix tableaux, bien sûr,
05:09en alternance, on va suivre ces deux personnages,
05:11Claire et Gilles, et on voit bien que,
05:14dès l'enfance, ils ne se ressemblent pas.
05:16C'est ça que vous décrivez.
05:18Ils vont faire, elles, des études.
05:20Lui, il va rester, d'une certaine façon,
05:22le travail de la ferme.
05:25Lui, il est taiseux, c'est ce que vous dites,
05:27parle peu, elle, davantage,
05:28parce qu'elle s'est ouverte sur les études
05:30et l'émancipation.
05:32Comment peut-il y avoir autant de différences
05:34dans une même famille, Marie-Hélène Laffaut ?
05:36Ça existe, nous l'avons tous constaté.
05:38Voilà, il suffit d'ouvrir les yeux,
05:40le réel est inépuisable et beaucoup plus inventif
05:42que je ne saurais l'être.
05:44Donc, on a effectivement deux enfants
05:46qui surcroît sont très proches en âge
05:48et qui sont manifestement très différents
05:51dès la petite enfance et perçus comme tels.
05:53Oui.
05:53Et on a aussi un garçon et une fille,
05:56c'est-à-dire que ce qui est attendu d'eux
05:58n'est pas du tout du même registre.
06:00Bien sûr.
06:01Ce que l'on attend du garçon,
06:03sauf cas exceptionnel d'une personnalité
06:05qui y serait rétive,
06:08on attend du garçon qu'il continue,
06:09qu'il reprenne la ferme.
06:11Et on attend, dans ces années-là,
06:12dernier quart du XXe siècle,
06:14parce qu'il y a une forte historicité,
06:16il y a un contexte très précis,
06:18économique, sociologique, etc.,
06:20on attend des filles qu'elles aillent inventer
06:22leur vie ailleurs, il n'y a pas de place
06:24économiquement pour elles.
06:26Et il y a ces schémas-là qui sont,
06:27même à la fin, c'est ce que vous dites,
06:28même à la fin du XXe siècle,
06:29on raisonne comme ça.
06:30Ah, tout à fait.
06:31J'allais dire Dieu merci pour l'émancipation des filles,
06:33c'est déjà une chose importante.
06:36Ce que l'on...
06:37Et d'ailleurs, on pense que peut-être vous,
06:39vous avez vécu cette émancipation-là,
06:41Marinelle Lafon.
06:42Ah, alors, oui.
06:43Comme Claire, vous êtes partie faire des études.
06:45Tout à fait.
06:45Et ça procède moins d'un choix personnel
06:48et d'une sorte, vous voyez,
06:49d'élan romantique vers Paris
06:52que j'eusse conquis comme une rastignac en jupon.
06:55Ce n'était pas ça du tout.
06:56C'était vraiment une détermination sociologique.
06:58Les filles s'en allaient par les études
07:00si elles apprenaient bien.
07:01Bien sûr.
07:01Et voilà.
07:02C'est ce qu'a fait ma mère, par exemple,
07:04exactement de la même façon.
07:05Est-ce que, Philippe Manvi,
07:06vous êtes sensible à ce désir
07:10d'émancipation sociale de la fille ?
07:12Est-ce que vous avez, autour de vous,
07:15connu des personnages qui lui ressemblaient ?
07:17Oui.
07:17En fait, j'y pensais presque à l'inverse
07:19en songeant au cas de la sœur
07:21de mon grand-père Joseph.
07:23Oui, dont on va parler, bien sûr.
07:24Qui, elle, finalement, n'a pas eu le choix
07:26de se couler dans le rôle de sa propre mère
07:29et d'accomplir les tâches domestiques
07:31parce qu'elle est encore à la génération précédente.
07:33Voilà.
07:34Où les filles sont des aides à la ferme.
07:36Et donc, malgré, je crois, sa grande intelligence
07:38et sa grande sensibilité,
07:39cette femme-là n'a pas pu choisir son propre destin.
07:42Bien sûr.
07:43Et c'est très générationnel, évidemment.
07:45C'est ce qu'on dit.
07:47Alors, je dirais que c'est Gilles
07:48qui est au cœur du récit,
07:49mais je peux me tromper,
07:49mais j'ai plutôt le sentiment
07:50que c'est le personnage...
07:51Ça a raison.
07:52...qui est le plus mystérieux,
07:53le plus sur lequel on s'interroge.
07:56D'ailleurs, il y a un frère
07:57qui est déjà là dans Les Sources,
07:59en 2023, dans votre livre.
08:00Oui, bien sûr.
08:01Il est en filigrane.
08:02Ce sont des personnages récurrents.
08:03Voilà. Et vous avez dit que son destin
08:05est de reprendre la ferme.
08:07C'est son destin de fils,
08:09alors que, pour Claire,
08:10ça va être autre chose.
08:12Et lui, donc, il va supporter
08:13quelque chose de très particulier,
08:15cette atmosphère familiale
08:16qui est la violence du père
08:17et le silence de la mère.
08:18Voilà.
08:18Violence du père, silence de la mère
08:20et impossibilité dans cette famille,
08:23dans cette cellule familiale
08:24qui ne fonctionne pas bien,
08:25qui ne tombe pas rond,
08:26dirait-on, impossibilité de transmettre.
08:29Donc, il est pris au piège
08:32de cette famille
08:34qui va vers le pire
08:37puisque rien n'est transmis
08:39et en même temps,
08:39il doit continuer.
08:40C'est littéralement intenable
08:42comme position.
08:43Bien sûr.
08:43Et il en souffre beaucoup,
08:44on le sait.
08:44Il est donc mystérieux,
08:46on le disait, par le peu,
08:47donc attachant.
08:48Et pourtant, Claire lui dit
08:50et lui répète
08:51« Si tu veux partir,
08:52je serai là pour t'aider ».
08:53C'est-à-dire qu'il pourrait avoir
08:55la tentation.
08:56Il ne l'a pas.
08:56Il ne l'a pas.
08:58En tout cas,
08:59il ne s'autorise pas à l'avoir.
09:00Comme s'il n'avait pas
09:01les moyens psychiques
09:03de l'avoir.
09:04Et la pression
09:06qui est exercée sur lui,
09:07tacitement,
09:08mais d'une manière implacable
09:10et très tôt,
09:11très tôt,
09:12cette pression-là
09:12est trop forte.
09:14Et cette phrase,
09:15il l'entend
09:16sans bien savoir
09:18s'il la comprend.
09:19Et sa sœur
09:20la lui répète
09:21sans bien mesurer
09:22elle-même
09:23qu'elle en ait la portée.
09:25Oui,
09:25parce que ce serait
09:26une responsabilité énorme
09:27que de le faire partir.
09:29Et elle la lui répète
09:30parce qu'elle n'a pas
09:30d'autre choix
09:31devant le sentiment
09:32d'impuissance
09:33qui est le sien
09:33quand elle voit
09:34ce qui est devenu
09:36la vie de son frère,
09:37ce qu'elle en perçoit
09:38du moins.
09:38Oui,
09:39parce qu'elle est très opaque.
09:40Oui,
09:41elle est opaque,
09:41mais cette fille,
09:42cette claire,
09:43peut-être que vous l'avez fait
09:43vous-même,
09:44elle revient régulièrement.
09:45Elle est attirée
09:45par ce pays natal,
09:47par ce frère.
09:48Elle veut.
09:49Et ce qui est très intéressant,
09:50c'est qu'elle revient,
09:51elle fait les travaux du quotidien,
09:52etc.
09:52Mais on sent bien
09:53qu'elle est ailleurs.
09:54Est-ce qu'elle est hors champ
09:55comme votre titre l'indique,
09:56elle,
09:57comme d'autres ?
09:58Alors, toute une part
09:58de sa vie
09:59est totalement hors champ.
10:01Et de surcroît,
10:01le livre étant construit
10:03en dix tableaux,
10:04toute une part aussi
10:05de la vie de Gilles,
10:06des pans entiers
10:07de la vie de Gilles,
10:08demeure hors champ.
10:09C'est un hors champ
10:10que le lecteur habite
10:11ou n'habite pas,
10:12d'ailleurs.
10:13Et cette claire,
10:15on suppose bien
10:16que lorsqu'elle est dans sa vie
10:17à Paris,
10:18etc.,
10:18elle a un tout autre rapport,
10:20par exemple,
10:20au mot,
10:22à la langue.
10:23Mais lorsqu'elle est rendue
10:24à l'espace familial,
10:26au paysage familial
10:27et à la cellule familiale,
10:29elle revient
10:30et elle retrouve le silence.
10:33Et elle s'en arrange.
10:35Et elle est toujours
10:35un peu à côté,
10:36au fond,
10:37de sa vie à Paris,
10:38de sa vie à la campagne.
10:40Lui-même est dans ce mystère,
10:42lui-même hors champ,
10:43comme vous l'avez dit.
10:44L'un de ses amis
10:45va se suicider.
10:45Au fond,
10:46il assiste aussi
10:47au bouleversement
10:49de la vie rurale,
10:50aujourd'hui,
10:50de la vie paysanne.
10:51Bien entendu.
10:53Sa trajectoire de vie
10:54est compliquée,
10:55si vous voulez,
10:55par cette dimension
10:58qui est palpable
11:00à tout le monde
11:01de la mutation énorme
11:03qu'a encaissé
11:04le monde paysan
11:05avec des degrés divers,
11:08parce que les mondes paysans
11:09sont très complexes.
11:10Mais cette mutation
11:10qui n'en finit pas
11:12de ne pas finir,
11:13elle est là
11:14tout le temps.
11:15et donc,
11:16elle met à rude épreuve.
11:17Alors,
11:18vous,
11:18Philippe Van Vy,
11:19vous êtes né,
11:20donc,
11:20clairement,
11:21on n'est pas loin.
11:23Voilà.
11:24Vous avez fait
11:25l'école normale supérieure,
11:28agrégée,
11:29comme Marie-Hélène.
11:31Vous êtes partie,
11:32donc je le disais,
11:32enseigner à Montréal.
11:33Là,
11:33vous,
11:33vous êtes partie.
11:34Bon,
11:34mais votre épouse
11:35est québécoise,
11:38donc je comprends
11:38que vous l'ayez suivie.
11:40Ce n'était pas uniquement
11:41pour quitter la campagne,
11:42c'était pour
11:42rester en famille.
11:44mais vous êtes attachée,
11:47bien sûr,
11:47à cette région d'origine,
11:48puisque vous avez fait
11:51ce portrait
11:51d'une France disparue
11:52dont je parlais,
11:53d'abord,
11:55enfin,
11:56dans un premier livre
11:57et dans un deuxième
11:59qui s'appelle
12:00la montagne ardente
12:01dont nous parlons
12:01aujourd'hui.
12:02Alors,
12:05d'abord,
12:06vous acceptez le deux
12:07d'être,
12:08j'allais dire,
12:09attachée à cette terre.
12:10Vous l'êtes ?
12:11Oui.
12:13J'ai écouté récemment
12:14une émission
12:14de Marie-Hélène Laffont
12:16où elle parlait
12:16de l'écho sonore
12:17entre attachement
12:19et arrachement,
12:20la rime entre les deux.
12:21Pour moi,
12:22ça faisait totalement sens.
12:23C'est-à-dire que
12:24mon lien
12:25avec cette terre
12:27et avec cette ferme
12:27en particulier
12:28qui est la ferme familiale
12:29est d'autant plus fort
12:30que je suis parti.
12:31Et donc,
12:32c'est devenu
12:32une sorte de lieu rêvé
12:33ou de lieu
12:34de refuge mental,
12:36en fait.
12:37J'y pense tout le temps
12:38sachant bien
12:39que je ne pourrais pas y aller.
12:40Vous le décrivez
12:41au début du livre,
12:41ce lieu,
12:42que vous trouvez très beau.
12:43Vous partez sur les chemins,
12:44vous aimez,
12:44vous y promenez.
12:46Oui.
12:46J'y ai séjourné un peu,
12:47quelques étés,
12:48quelques semaines de vacances.
12:50Mais en fait,
12:50depuis quelques années,
12:52la ferme est louée,
12:53donc il est hors de question
12:54qu'on aille embêter
12:55la locataire
12:56qui s'y trouve.
12:58Et surtout,
12:59dans les moments
13:00de doute,
13:01quand on a quitté
13:02son pays,
13:03quand on est ailleurs,
13:03on a toujours un peu
13:04des moments de flottement,
13:05ou dans les moments
13:06un peu d'angoisse planétaire,
13:08vous savez,
13:08avec la situation écologique
13:09qu'on peut vivre,
13:10etc.
13:11Ou même politique mondiale,
13:12ou politique.
13:13On peut avoir des tas de raisons
13:13d'avoir envie de se dire.
13:15Je me suis rendu compte
13:16que dans mon esprit,
13:18ce lieu-là
13:18était le point de stabilité,
13:21que j'y pensais automatiquement
13:23dès lors qu'une angoisse
13:24m'envahissait.
13:24Et qui restera toujours,
13:25ce lieu-là.
13:25Oui, je pense.
13:26Vous pourriez y retourner,
13:27peut-être.
13:27Mais cette beauté,
13:29vous la décrivez très bien,
13:30on est d'accord,
13:31Marie-Hélène Laffont ?
13:31On trouve que cette région,
13:33qui pourtant est rude,
13:38température continentale,
13:40très chaud en été,
13:42très froid en hiver,
13:43la pierre de Volvic
13:44pour Clermont-Ferrand,
13:45c'est une région sombre,
13:46les volcans,
13:47elle est belle aussi.
13:50Oui,
13:50c'est toute la lumière
13:52des paysages,
13:52et ce que vous dites très bien
13:53de cette montagne
13:55qui attire,
13:56et qu'on n'atteint peut-être
13:58jamais tout à fait,
13:58d'ailleurs,
13:59comme un horizon lumineux
14:01qui vous élargit la vie,
14:02vous met au-dessus de vous-même.
14:03Il y a cette dimension
14:04dans votre livre,
14:05le rapport au paysage,
14:07il est très présent
14:08dans votre texte.
14:10Effectivement,
14:10je crois que,
14:11qu'on soit croyant ou pas,
14:13il y a quelque chose
14:14qui se joue d'un rapport
14:15à la transcendance
14:16dans ces paysages-là,
14:17qui sont tellement forts,
14:19me semble-t-il,
14:21qu'il renvoie immédiatement
14:22à quelque chose
14:23qui nous dépasse.
14:24Que certains vont nommer Dieu,
14:26que d'autres vont nommer
14:26la beauté,
14:27que d'autres vont nommer
14:28l'inspiration,
14:29mais il y a quelque chose
14:30qui est plus grand
14:31que l'homme,
14:32je trouve.
14:32Et qui vous permet
14:33de réfléchir,
14:33au fond,
14:34de rentrer en vous-même,
14:34d'être dans une forme
14:37de calme.
14:38Mais pourquoi avoir exploré,
14:39puisque ça fait pas mal d'années
14:41que vous y pensez,
14:42presque 20 ans,
14:43Philippe Anne-Vie,
14:44cette famille,
14:45et les deux versants,
14:46je disais,
14:47celles qui travaillent
14:49dans la ville,
14:50et puis celles qui travaillaient
14:52à la campagne.
14:53On a parlé du labeur,
14:54et c'est ça.
14:55En fait,
14:56c'est un seul et même projet,
14:57et puis toujours.
14:58Oui, c'est vrai.
14:59En fait,
15:00je suis un vieil écrivain débutant.
15:03J'ai commencé...
15:04Mais vous enseignez aussi,
15:05donc...
15:06J'ai commencé la fois tôt et tard.
15:07C'est que j'écrivais
15:08beaucoup à l'adolescent,
15:09et j'écrivais beaucoup
15:10dans un lien très fort
15:12avec mes grands-parents,
15:14et notamment
15:14avec mon grand-père maternel,
15:16qui était l'ouvrier typographe
15:17de la Croix-Rouge,
15:18à Lyon,
15:19et cette partie-là,
15:20et pour lui,
15:21c'est l'aspect typographique
15:22qui est extrêmement important,
15:23la mise en page,
15:24l'orthographe.
15:25Et du côté paternel,
15:27c'est ma grand-mère
15:28que j'ai beaucoup connue,
15:29qui était la conteuse,
15:30celle qui apportait les histoires,
15:31qui était
15:32une formidable conteuse,
15:35et je pense que dans mon esprit,
15:36il y avait vraiment cette idée
15:37que si je voulais écrire un jour,
15:39il fallait d'abord
15:41leur rendre hommage,
15:41il fallait commencer par ça,
15:43ce que j'ai repoussé,
15:44repoussé, repoussé
15:45pendant 20 ans,
15:46et puis vers la quarantaine,
15:48justement quand je suis parti
15:49à Montréal avec ma famille,
15:51j'ai vécu une sorte
15:52de déséquilibre
15:53où je me suis finalement
15:55raccroché à l'écriture,
15:56et ce qui est sorti,
15:58la première chose
15:59qui est sortie,
15:59c'est en fait un manuscrit
16:01où il y avait la vie
16:02de mes quatre grands-parents.
16:03Donc au départ,
16:03les deux livres n'en faisaient qu'un,
16:04c'était
16:04Vie de Joseph,
16:06Vie de Jeanne,
16:06Vie de René,
16:07Vie d'Alice.
16:09Et puis c'est devenu
16:10La colline qui travaille,
16:11ça c'est Lyon,
16:12et La montagne à dente,
16:13ça c'est donc la campagne,
16:14Voilà, finalement,
16:16ces quatre portraits
16:17sont devenus
16:18deux livres bien distincts.
16:19Bien sûr.
16:20Alors là,
16:20on suit donc
16:21ce grand-père Joseph,
16:23donc paternel,
16:24on l'a compris,
16:25mais que vous n'avez pas connu.
16:27Non.
16:27Et c'est donc votre père
16:28qui vous raconte son histoire,
16:29d'une certaine façon.
16:30Oui, et sur le tard.
16:33C'est-à-dire que ce grand-père
16:34est mort dix ans
16:35avant ma naissance
16:36et c'était un homme
16:37dont on ne parlait pas.
16:39Ni mon père,
16:40qui est quelqu'un de très pudique,
16:41donc je peux comprendre pourquoi.
16:42Il est notaire.
16:43Voilà, notaire.
16:44Quand je dis notaire,
16:45ça envoie une image
16:46qui n'est peut-être pas
16:47tout à fait conforme au personnage.
16:48Un peu provinciale.
16:49Oui, mais mon père
16:50est très fantaisiste
16:51et très...
16:52C'est un homme très humble
16:54et très rêveur.
16:55Donc quand on dit notaire,
16:56on n'imagine pas forcément ça
16:58dans le portrait.
16:59et surtout un homme
17:01qui ne parle pas de lui-même,
17:03je pense,
17:03par crainte d'être prétentieux.
17:05Donc il m'a très peu
17:06raconté son histoire
17:07et curieusement,
17:08ma grand-mère
17:09qui me racontait
17:10une multitude de choses
17:10sur une multitude de gens
17:11ne parlait pas
17:13de son mari défunt.
17:14Silence là-dessus.
17:15C'est fait quoi le silence ?
17:17Et donc là encore,
17:18on retrouve ce thème générationnel.
17:20Le labeur et le silence.
17:21C'est très générationnel.
17:22Alors, bien sûr.
17:23Mais on découvre quand même
17:24que ce Joseph
17:24qui est évidemment
17:25très touchant, attachant,
17:27il a été funambule.
17:29Alors, on le voit
17:29sur les toits.
17:30Il marche sur les mains.
17:31Il marche sur les mains.
17:32Passionné de mécanique.
17:35Et qui donc
17:36vit avec cette Jeanne
17:39qui est votre grand-mère.
17:40Et puis aussi,
17:41dans cette famille,
17:42il y a un grand-ongle Victor
17:43qui va devenir prêtre.
17:44Alors, on est vraiment
17:44dans une...
17:45Mais est-ce qu'on peut dire
17:46que c'est une famille ordinaire ?
17:48Oui.
17:48Oui, vraiment.
17:49Parce qu'en fait,
17:50c'était une fratrie
17:51de cinq enfants
17:52et chacun avait un peu
17:54une destinée,
17:56je pense,
17:58assez classique
17:59compte tenu du milieu.
18:00C'est-à-dire, voilà,
18:01l'un reprendrait la ferme,
18:02l'autre éventuellement
18:03irait dans une autre ferme
18:04épouser une héritière.
18:04C'est ce qu'on disait
18:05avec Marie-Anne.
18:05La fille tiendrait la maison,
18:08un autre serait prêtre.
18:09Alors, le problème,
18:10c'est que mon grand-père,
18:11là-dedans,
18:11n'avait pas tellement sa place
18:12parce qu'il était le cadet
18:13et que, à la fois,
18:14les travaux des champs
18:15lui plaisaient,
18:16mais ce n'était pas sa vocation.
18:17Oui.
18:17Il aimait la mécanique.
18:19Voilà.
18:19Lui, c'était les automobiles,
18:20vraiment.
18:21Ce que j'ai découvert,
18:22d'ailleurs,
18:22en écrivant le livre,
18:23je n'avais aucune idée
18:24qu'il avait été mécanicien,
18:26taxi à une époque.
18:27Enfin, voilà,
18:28tout ce parcours-là,
18:29je l'ignorais
18:29parce que, voilà,
18:30moi, je l'imaginais
18:31à partir de mes lectures.
18:32Donc, je l'imaginais
18:32comme un personnage de Balzac,
18:34c'est-à-dire fils de paysan
18:35devenu notaire
18:37par ambition sociale
18:38pour s'élever.
18:40D'ailleurs,
18:41il va équiper en voiture.
18:43Oui.
18:44Lui, il correspond
18:45à ce progrès
18:45dont on parlait tout à l'heure.
18:47En tout cas,
18:47il essaie de l'épouser.
18:48Tout à fait.
18:48Donc, voilà,
18:49il a assisté
18:49à l'arrivée
18:49des premières automobiles,
18:50je pense,
18:51dans le massif du Velay,
18:52dans les monts du Velay.
18:54Je pense que ça l'a fasciné,
18:55que ça correspondait aussi
18:56à son ingéniosité.
19:00Et que, par ailleurs,
19:02quand il est devenu notaire,
19:04l'aspect du métier
19:05qui l'intéressait,
19:06c'est d'être sur les routes.
19:07Comme souvent,
19:07les notaires de campagne font,
19:08c'est-à-dire d'aller
19:09faire des rendez-vous
19:10à la ferme, à domicile,
19:11rencontrer les gens,
19:12savoir où en sont les familles.
19:14Donc, plus cet aspect-là
19:15que l'aspect purement juridique
19:17de recevoir les gens
19:18dans son bureau.
19:19De ce que j'ai compris,
19:20c'est pas ça
19:20qui le passionnait.
19:21Et d'ailleurs, son fils,
19:23votre père,
19:24si j'ai bien compris,
19:24lui aussi est un notaire atypique.
19:26Oui, c'est vrai.
19:26Il laisse parler les gens.
19:27Il laisse parler les gens.
19:28Oui, d'ailleurs.
19:29Le rendez-vous déborde, déborde, déborde.
19:30La mère s'impatiente.
19:31Oui, oui.
19:32Les pouces s'impatientent.
19:33Et c'est vrai que j'ai découvert
19:34à quel point mon...
19:35Enfin, ce qui est idiot, en fait,
19:36ce que j'aurais dû savoir,
19:37mon père ressemble
19:38à son propre père.
19:39Bien évidemment.
19:40Ce que j'ignorais absolument.
19:41Et tout ça est une famille,
19:42il faut le préciser aussi,
19:43surtout dans votre livre,
19:44Philippe Manvi,
19:45marqué par la grande histoire,
19:47parce que ça traverse
19:47la guerre de 14,
19:48c'est ce que nous racontaient
19:50nos grands-parents.
19:50Oui.
19:51C'est...
19:51Évidemment,
19:53on a vécu aussi
19:54avec ces souvenirs-là.
19:55Vous de la chance, d'ailleurs,
19:56pendant la guerre de 14.
19:57Oui, personne n'est mort.
19:58Vous le signalez bien,
19:59vous le dites.
19:59Effectivement.
20:00À part un cousin lointain,
20:02mais sinon, dans la famille,
20:03ils étaient soit trop jeunes
20:04pour aller combattre,
20:06soit trop âgés
20:06ou à la tête d'une exploitation
20:08avec des enfants, etc.
20:09Parce que moi,
20:09je la voyais arriver
20:10avec angoisse,
20:11en me disant,
20:12ça va nous en dégommer
20:14deux ou trois.
20:15Et en fait,
20:15sinon...
20:15Ça t'aurait pu...
20:16Parce qu'on s'attache
20:17au personnage
20:18et au flux du récit, etc.
20:20Donc, moi,
20:2114-18, je me dis,
20:22oh là là là là.
20:23Oui.
20:23Non, et puis...
20:24Ça va décéder.
20:25Les dates de naissance
20:26leur ont...
20:27Vous avez reconstitué
20:28cette vie de Joseph
20:29avec beaucoup de choses,
20:30j'imagine,
20:31des documents,
20:31des photos,
20:32des archives
20:33et pas seulement
20:34le récit de mon parent.
20:36Oui.
20:36Donc, j'ai la chance
20:38d'être en relation
20:39avec les cousins
20:40de mon père
20:41qui vivent encore...
20:42Alors, pas dans la ferme d'origine,
20:44dans une ferme qui est toute proche
20:45et qui sont, en fait,
20:46de formidables archivistes.
20:47Ils ont conservé chez eux,
20:48dans des cartons à chapeau,
20:50tous les documents
20:51de la famille
20:52depuis très, très longtemps
20:53et surtout,
20:54ils en ont une très bonne connaissance.
20:55Donc, dès que j'avais un doute,
20:57je pouvais aller les voir,
20:58leur poser des questions.
21:00Donc, Régine et François,
21:01pour les nommer,
21:02ont été des aides
21:04absolument formidables.
21:05Est-ce qu'il y a des auteurs ?
21:07Là, Hélo,
21:07vous écrivez sur ces familles,
21:08sur ce terroir,
21:09je le disais,
21:10et c'est tout à fait émouvant
21:11et puis je crois que c'est bien
21:13d'aller rechercher ça
21:14et d'aller transmettre
21:15ces savoirs-là
21:16parce que ça peut se perdre.
21:17Est-ce qu'il y a eu des auteurs
21:18qui vous ont influencé,
21:19justement ?
21:20Moi, j'ai lu pour vous
21:21Philippe Menevie-Jean Rouault
21:22ou Annie Ernaud.
21:24Est-ce que pour vous,
21:24Marianne Lafon,
21:25il y a...
21:26Vous disiez
21:26vie de Jeanne,
21:27vie de Joseph, etc.
21:29Pierre Michon,
21:30vie minuscule.
21:30Bien sûr.
21:31Ça, c'est pour moi,
21:33c'est un geste d'écriture
21:35absolument fondamental
21:36et fondateur.
21:38Mais Giono,
21:41mais Ramu,
21:42mais Henri Pourat,
21:44mais Balzac,
21:45mais Flaubert.
21:47Voilà,
21:47donc c'est inépuisable ça aussi.
21:49Absolument.
21:50Mais est-ce que vous n'avez pas
21:51le sentiment,
21:52et j'ai envie de dire
21:52depuis peut-être la...
21:53mais peut-être que je me trompe,
21:55cette rentrée de septembre
21:56où on va vraiment creuser
21:57ces origines
21:59de la France profonde
22:00on a donné le Bré Goncourt
22:01à Laurent Mauvignier
22:02au cours de bien mérité
22:03de magnifiques livres.
22:05Et c'est la même chose,
22:06c'est ce récit balsacien
22:08de nos familles,
22:09de nos...
22:10Qu'est-ce qui se passe ?
22:11Pourquoi on a envie
22:12de creuser ça aujourd'hui ?
22:13Peut-être que les temps...
22:15Plus les temps sont vertigineux,
22:16plus on va chercher des sources.
22:23Mots que je préfère
22:24au mot racine,
22:25des sources,
22:26vous voyez ?
22:26Plus les temps sont vertigineux.
22:27Moi, je pense que c'est
22:28assez instinctif,
22:30c'est pas du tout
22:30un calcul
22:31pour que ça ne se perde pas
22:33aussi pour les jeunes générations.
22:35Des repères.
22:37Une réaction au présentisme,
22:38c'est-à-dire que face
22:39à ce présent permanent
22:41qui défile
22:42et qu'on a l'impression
22:42de ne pas pouvoir saisir,
22:44la mémoire est un lieu
22:45peut-être de stabilité
22:47ou en tout cas
22:48où une quête
22:49à plus long terme
22:49peut se déployer.
22:52Après, ce qui est curieux,
22:52c'est que chaque écrivain,
22:53je pense,
22:53le fait dans son coin
22:54sans imaginer
22:54qu'il est en réseau,
22:56enfin, qu'il travaille...
22:57– Eh bien, il y a un réseau.
22:58– Oui, il y a un réseau.
22:58– Il y a un réseau.
22:59– Il y a un réseau, évidemment.
22:59– Il y a un réseau
23:01qui, bien sûr,
23:03s'aime comme ça
23:04et nous rappelle
23:05d'où nous venons nous-mêmes.
23:07C'est pour ça
23:07qu'on est touchés
23:07parce que ce sont aussi
23:08nos récits, finalement.
23:09et les échos que donnent
23:11les lecteurs au livre
23:12vont exactement
23:13dans le sens
23:13que vous dites.
23:15De surcroît,
23:15le socle paysan,
23:17dans la sociologie
23:18de la population française,
23:20il affleure très tôt,
23:21deux ou trois générations.
23:23Pour vous,
23:24c'est vraiment ça.
23:25Et pour moi,
23:26il se trouve
23:26qu'il est tout proche
23:27puisque je suis
23:29la première génération
23:31à avoir quitté
23:33le socle paysan.
23:34Mais il est là,
23:35indévitablement.
23:36– Même s'il se rétrécit,
23:37même si ce secteur primaire,
23:38ce secteur rural,
23:39mon lieu s'est beaucoup
23:41amenuisé.
23:42Il n'est plus
23:42un secteur économique
23:44aussi important
23:45qu'il l'a été
23:45au début du XXe,
23:46même à la moitié.
23:47– C'est très sensible
23:48dans votre livre.
23:49On voit bien.
23:50Dans cette nombreuse fanguette,
23:52il reste le paysan.
23:53Et ensuite,
23:54il n'en reste plus qu'un.
23:55– Il n'en reste plus qu'un.
23:55– Parce que la vie est rude.
23:56– Et avec des contraintes
23:58aussi de production.
23:59C'est-à-dire qu'à un moment,
24:00on ne peut plus faire
24:00que du lait.
24:01À un moment,
24:01le lait n'est pas suffisamment
24:03rémunéré,
24:04donc il faut revenir
24:04à l'élevage.
24:05Voilà.
24:09C'est simplement choisir
24:10la manière dont il pratique
24:11le métier.
24:12– Non, non.
24:12– Il y a même des drames
24:13parce qu'il y a un suicide
24:14dans votre livre.
24:15– Oui, bien sûr.
24:15– Il y a des suicides
24:16du paysan.
24:17– Cette histoire économique
24:19de ce monde paysan-là,
24:20en tout cas,
24:21Moyenne-Montagne,
24:22cette agriculture-là,
24:23on la retrouve
24:24dans des termes très différents
24:25dans votre livre
24:26et dans le mien.
24:27Elle est là dans les deux.
24:28Et Gilles la vit pleinement
24:30sans pouvoir du tout
24:34en maîtriser
24:35les tenants et les aboutissants
24:37et vos personnages aussi
24:38sont confrontés à cela.
24:40Donc vous avez une manière
24:40différente d'articuler
24:42ces choses
24:43que celles que je pratique
24:44dans mon livre,
24:45mais le terrain est le même,
24:46la matière est la même.
24:47– C'est le même.
24:48– Alors ça, c'est certain.
24:48– Le même détachement,
24:49le même observation
24:50d'un progrès
24:50qui va être sur le côté
24:52de la route,
24:52plein d'énormément
24:54de paysans
24:55et de fermiers
24:56et ce secteur
24:57dont on constate
24:59le déclin
24:59presque inéluctablement.
25:02Je ne sais pas
25:03s'il y a une littérature
25:04québécoise
25:04qui vous a inspirée.
25:05– Oui, alors,
25:06il y a une écrivaine québécoise
25:07que j'aime beaucoup
25:07et qui est assez peu connue
25:08je pense en France
25:09qui est Gabrielle Roy
25:10qui est une magnifique romancière
25:13et qui est l'autrice aussi
25:15d'une série de romans
25:17autobiographiques
25:18sur sa famille
25:19donc notamment
25:20Rue des Chambaux
25:20et alors elle,
25:21ce qui est particulier
25:22c'est qu'elle donc
25:22on dit québécoise
25:23pour raccourcir
25:24mais en fait
25:25elle est née au Manitoba
25:26donc dans un contexte
25:28des Grandes Plaines
25:28avec très peu de francophones
25:30– Et de la nature donc.
25:31– Voilà, donc c'est
25:31ce qu'elle raconte
25:32puis elle raconte aussi
25:33elle a eu tout un parcours
25:34d'institutrice
25:35dans les Grandes Plaines
25:35auprès de communautés reculées
25:37autochtones en particulier
25:38c'est passionnant
25:40et c'est magnifiquement écrit
25:41c'est vraiment
25:42une très très grande plume
25:43de la littérature québécoise
25:44– Et de la nature est présente
25:45– Gabrielle Roy
25:45– Merci de ce conseil
25:48on imagine que vous écrivez
25:49aussi bien dans la ville
25:50qu'à la campagne
25:50vous deux
25:51enfin ou quand
25:52quelle est l'expression
25:53que vous avez employée ?
25:54– Dans le temps arraché
25:55– Dans le temps arraché
25:56– Et en faisant feu de tout bois
25:57donc dans le pays premier
25:59pour moi
25:59et ou à Paris
26:00– Ou à Paris
26:01pareil pour vous
26:02– Oui
26:02– Quand vous courez
26:04on vous en laisse le loisir
26:05– Dès que je peux
26:06– Alors ça nous a
26:08beaucoup intéressé
26:09et tout à fait touché
26:09Marie-Hélène Lafon
26:10s'appelle Hors-Champ
26:11chez Boucher Chastel
26:12un très beau livre
26:12et Philippe Panneville
26:14ça s'appelle
26:15La montagne ardente
26:16là aussi un récit familial
26:17et surtout ancré
26:18dans cette région
26:19que nous connaissons bien
26:20et que nous aimons
26:21l'Auvergne
26:22le centre de la France
26:23alors quelques coups de cœur
26:24vous avez parlé
26:25de cet auteur québécois
26:26c'est important
26:26dans le prolongement
26:28de cette thématique
26:29La montagne Margaret
26:31de Frédéric Décran
26:33c'est un beau premier roman
26:35très intense
26:36chez un éditeur de montagne
26:38qui s'appelle
26:39Guérin Paulsen
26:40personnellement
26:41je ne le connaissais pas
26:42mais je crois que c'est important
26:43de les souligner
26:43un livre de poche aussi
26:45puisque
26:45mais un classique contemporain
26:48d'une écrivaine suisse
26:50Les années bienheureuses
26:52du châtiment
26:52Fleur Gégi
26:53aux éditions Zoé
26:54très beau roman
26:56traduit en 26 langues
26:57et puis aussi
26:58la sortie en poche
26:59d'un livre qu'on a
27:00beaucoup aimé
27:01c'était le deuxième roman
27:02d'un Guillaume Périlou
27:03là ça s'appelle
27:05La couronne du serpent
27:06ça sort en poche
27:07c'est Les destins croisés
27:09de Visconti
27:10Helmut Berger
27:11bien sûr son acteur fétiche
27:12et aussi le jeune
27:13Björn Andrézène
27:14qui avait incarné
27:14le jeune Tadzio
27:16dans Mort à Venise
27:17ce jeune Suédois
27:18choisi quand il avait 15 ans
27:21pour être le héros
27:22de ce film
27:24Il est mort récemment
27:25si je ne m'abuse
27:26Exactement
27:26voilà
27:27tout à fait
27:28et qui était un personnage
27:29qui malheureusement
27:30après a porté
27:31toute sa vie
27:31ce drôle de
27:32cette surexposition
27:34à l'âge de 15 ans
27:35La couronne du serpent
27:37merci infiniment
27:38à tous les deux
27:38d'être venus nous voir
27:39merci
27:40nous nous retrouvons
27:42très vite
27:42bien sûr
27:43pour un autre numéro
27:44de Bonheur des livres
27:45à très vite
27:45Sous-titrage Société Radio-Canada
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