00:00On va parler de l'Iran, de ce que je viens de vous annoncer dans le journal permanent.
00:04Le président iranien qui ordonne d'entamer des pourparlers avec les Etats-Unis.
00:09Écoutez David Rigoleroz qui est rédacteur en chef de la revue Orient Stratégique
00:12et auteur de, je cite, « La République islamique d'Iran en crise systémique ».
00:17Et il a estimé qu'une intervention militaire américaine n'était pas exclue.
00:21Il était au micro de Dimitri Pavlenko ce matin sur Europe 1.
00:24De toute façon, quand on regarde le format du dispositif militaire américain dans la région,
00:28avec un afflux continu de matériel complémentaire, notamment de défense anti-missiles,
00:34on voit que ce n'est pas du tout quelque chose qui est...
00:37L'option militaire n'est pas du tout impossible.
00:42Exclue, absolument.
00:43Même s'il y a des velléités, effectivement, en termes d'affichage, de négociations de part et d'autre qui sont annoncées.
00:50Mais en réalité, on a vu avec les dernières déclarations en miroir entre le président Donald Trump et le guide de la Révolution
00:57que la tension demeure maximale.
01:00Alors, il est trop tôt pour dire que les négociations excluent l'intervention militaire américaine.
01:06Mais est-ce que là, Yvan Yoffel, avec ce que vient de redonner le président iranien,
01:10qui veut donc la reprise des pourparlers avec les États-Unis sur le nucléaire,
01:13est-ce qu'on peut dire que Donald Trump marque un point ?
01:16Et que sa démonstration de force, et Dieu sait qu'elle était grande,
01:19avec toute cette armada qui a été déployée dans le golfe Persique, est-ce que ça a payé ?
01:24– C'est très difficile à vous dire. Ça ressemble beaucoup, malgré tout, à une manœuvre dilatoire.
01:29Et cela est dû, me semble-t-il, à une confusion dans les buts de guerre, si je puis dire,
01:34de Donald Trump qui, dans un premier temps, quand il avait fait un tweet disant
01:38« On arrive », parlant des Iraniens descendant dans la rue,
01:42laissait comprendre qu'il était prêt à abattre le régime des Mollahs.
01:45C'est ainsi qu'on avait compris, en tout cas, son message.
01:47Et aujourd'hui, le discours de la Maison-Blanche, si on le comprend bien,
01:52ce n'est plus tellement d'abattre le régime des Mollahs,
01:55mais de simplement de conjurer cette menace nucléaire.
02:00Donc, c'est deux thèmes totalement différents.
02:02Et donc, il semblerait que le président des États-Unis exclue aujourd'hui
02:05d'avoir à intervenir militairement, ce qui est quand même demandé
02:09par une partie, en tout cas, de la diaspora iranienne.
02:11En tout cas, les Iraniens de France que l'on entend,
02:14moi, je ne peux pas te parler à leur place, bien sûr,
02:17seraient plutôt favorables, effectivement, à une intervention militaire
02:19afin de libérer le peuple iranien.
02:22Et donc, on prend à entendre les Iraniens eux-mêmes
02:24qu'ils verraient ça comme une ingérence étrangère.
02:26On peut comprendre les deux motivations,
02:28mais je rappelle tout de même que nous-mêmes, Français,
02:31avons été libérés par une intervention militaire des Américains,
02:34en l'occurrence, afin de nous libérer du nazisme.
02:38Donc, on peut comprendre que l'utilité d'une intervention militaire,
02:41ce qui serait ma pente, mais en même temps,
02:44c'est vrai qu'il peut y avoir, effectivement,
02:46un message qui soit mal compris par un peuple
02:50qui est extrêmement nationaliste
02:52et qui pourrait tomber dans sa contradiction,
02:53de vouloir rejeter les mollahs d'un côté
02:55et, en même temps, ne pas supporter que ce soit
02:56un pays extérieur qui le libère.
03:01Thomas Bonnet.
03:02Alors, le problème, cher Yvan,
03:04c'est que depuis la libération de la France,
03:05il y a eu le Vietnam, il y a eu l'Irak,
03:07il y a eu l'Afghanistan,
03:08il y a eu la Libye, la Syrie,
03:09avec tous les échecs et les problèmes que ça a posés.
03:12Il se trouve que j'étais correspondant
03:13pendant une partie du mandat de Joe Biden
03:15avant que Donald Trump ne se représente.
03:17L'un des arguments fondateurs de la campagne de Donald Trump,
03:22c'était justement de ne pas reproduire les échecs du passé,
03:26que ce soit donc, en effet, dans les missions en Irak,
03:28notamment, qui ont été évidemment des fiascos,
03:30mais aussi l'Afghanistan et ce retrait des troupes américaines
03:32qui, véritablement, je pense qu'on ne l'a pas mesuré
03:35vraiment à sa juste portée en France,
03:37mais aux États-Unis, ça a été dévastateur,
03:38parce que l'image de ces avions américains
03:41qui s'envolaient de l'aéroport de Kaboul
03:43avec ces Afghans qui essaient de s'accrocher aux avions,
03:46retrait du matériel, a été laissé sur place,
03:49ça a donné l'impression d'une débandade américaine,
03:51ce qui n'était quasiment jamais arrivé.
03:53Jamais les États-Unis avaient donné ce sentiment
03:55de faiblesse aux yeux du monde.
03:56D'ailleurs, certains expliquent que...
03:57Peut-être au Vietnam.
03:58Oui, peut-être, mais ça remontait un peu.
03:59En tout cas, certains expliquent peut-être même
04:01que c'est aussi en partie ce qui a poussé
04:03Vladimir Poutine à agir en Ukraine,
04:05cette faiblesse apparente des Américains.
04:07Donc Donald Trump a évidemment ça en tête.
04:09Il y a toute une partie de son entourage
04:11incarné, on va dire, par J.D. Evans,
04:13qui est totalement hostile aux interventions extérieures.
04:17Donc tout ce qui sera possible pour lui de faire
04:19pour ne pas avoir à intervenir militairement en Iran,
04:21je pense qu'il le favorisera.
04:23L'armada qu'il a mis, c'est déjà une pression énorme.
04:26On se réveille tous les matins en se disant
04:27mais attendez, est-ce que les États-Unis ont frappé l'Iran ?
04:29Il y a cette épée de Damoclès au-dessus du régime iranien
04:32qui va sans doute les pousser à dialoguer, à négocier.
04:35Jusqu'où ?
04:36C'est ce que j'allais vous poser comme question.
04:38Pour quel accord ?
04:38Parce que Donald Trump est revenu sur le traité de Vienne,
04:41l'accord de Vienne en tout cas,
04:43oui l'accord plutôt que le traité,
04:44l'accord en 2015,
04:46il a dit non, non, c'est un mauvais accord,
04:48il n'est absolument pas satisfaisant,
04:49mais qu'est-ce qu'il va pouvoir obtenir ?
04:51C'est toute la question.
04:52C'est une bonne question,
04:53sachant qu'il a déjà frappé au mois de juin dernier
04:55une partie des facilités iraniennes en matière nucléaire.
04:59Donc on se demande encore
04:59qu'est-ce qu'il peut obtenir de plus,
05:01si ce n'est un engagement,
05:02mais un engagement de la part du régime des Mollahs vaut ce qu'il vaut.
05:05Et puis Yvan en a parlé,
05:06mais il faut quand même aussi que nous nous ayons en tête
05:08le sort des milliers d'Iraniens,
05:10des millions d'Iraniens qui vivent aujourd'hui encore
05:11sous le joug de ce régime abominable.
05:13Et en effet, la politique internationale
05:16parfois occulte le sort des populations
05:19qui sont elles en proie à cette répression barbare.
05:22Et qui ont été massacrées.
05:23Oui, vous avez une fois raison, bien sûr.
05:25Le précédent irakien, d'Afghanistan, de Libye, etc.
05:29ne plaide pas pour une intervention militaire.
05:31Mais quand je parle d'une intervention militaire,
05:32je ne parlais pas d'une intervention militaire
05:34avec des soldats off sur place.
05:35Je parlais d'une intervention militaire
05:37afin d'une élimination de toutes les têtes de réseau,
05:41si je puis dire.
05:42Et singulièrement, des frappes ciblées des ayatollahs.
05:45Naturellement, il n'est pas question, bien sûr,
05:47que des soldats américains débarquent en Iran,
05:50ce qui serait saugrenu.
05:51Et si un sale, naturellement, en effet,
05:54les précédents montrent que ce serait une erreur.
05:56Mais je pense, malgré tout,
05:57que cette option d'une intervention militaire ponctuelle,
06:00ciblée, en effet, one shot, pour parler comme eux,
06:03dans le fond d'un coup,
06:05me semble, malgré tout, une hypothèse
06:07qui n'est pas encore totalement levée,
06:08dans la mesure où l'on s'aperçoit aujourd'hui
06:10que le régime, aujourd'hui,
06:12tient tellement par la terreur,
06:14mais est tellement enraciné également
06:15par tous les intérêts convergents
06:17qui permettent, effectivement,
06:19à toute cette nomenclature
06:20de bénéficier de beaucoup d'avantages.
06:24Je ne vois pas que ce peuple désarmé
06:25qui prend des risques considérables,
06:27qui est très courageux,
06:27puisse tout seul, hélas, s'en libérer.
06:30Donc, je persiste à penser
06:31qu'un coup de pouce serait bienvenu.
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