00:0013h-14h, Europe 1 Info.
00:03La suite avec vous Clélie Mathias à 13h32 sur Europe 1 et vos deux chroniqueurs Thomas Bonnet et Yvan Riaufolle.
00:09On va commencer évidemment par le budget, je le disais dans le journal permanent,
00:13un conseil des ministres exceptionnel cet après-midi, Sébastien Lecornu qui va prendre la parole en sortie de ce conseil des ministres.
00:19Alors, normalement, on devrait avoir la réponse sur la méthode pour faire passer ce budget.
00:2649.3 ou ordonnance, écoutez Amélie de Montchalin, ministre des Comptes publics,
00:30elle s'est dit plutôt favorable aux ordonnances plutôt qu'au 49.3, elle était sur BFMTV ce matin.
00:34Le 49.3, c'est un chemin assez périlleux, puisque s'il ne se passe pas bien,
00:39à la fin vous n'avez ni budget, mais vous n'avez même plus de gouvernement pour reproposer un budget.
00:44Donc vous n'avez rien.
00:45Et moi je ne peux pas laisser mon pays s'engager dans une aventure en se disant bon, on y va.
00:50Donc ce qui se joue sinon, c'est les ordonnances.
00:52Les ordonnances c'est un autre système.
00:54C'est un système qui vous dit, au moins vous avez un budget.
00:58Peut-être que vous n'avez plus de gouvernement, mais au moins les armées ont leur budget.
01:01Au moins ce budget tel qu'il serait appliqué ne plairait à personne.
01:05Il devrait être modifié, peut-être déjà par un budget rectificatif,
01:08mais au moins vous auriez une base par rapport à Donald Trump et au reste du monde.
01:12On est une voie crédible.
01:13Alors voilà, Amélie de Montchalin qui a un petit peu clarifié et expliqué le choix.
01:18Donc ordonnance 49.3.
01:20Thomas Bonnet, allez, si on décrypte un peu politiquement, parce que forcément Amélie de Montchalin fait partie du gouvernement,
01:26quels sont les avantages de l'un ou de l'autre pour ces méthodes ?
01:30Ça a été bien expliqué par la ministre des Comptes publics.
01:32Le 49.3, vous prenez le risque, vous vous exposez quand vous êtes le gouvernement à une motion de censure,
01:36et alors vous êtes renversé, c'est vrai, et en plus il n'y a pas de budget.
01:38Donc ça repousse et on recommencerait à zéro.
01:41Je crois que les Français ont envie de tout, sauf qu'on recommence le débat budgétaire à zéro.
01:44Ensuite, il y a les ordonnances.
01:45Les Français et pas que d'ailleurs.
01:46Je crois que nous, on peut se mettre avec.
01:47Les députés aussi.
01:48Et après, vous avez les ordonnances, qui là, en effet, vous protègent du fait de ne pas avoir de budget.
01:53En revanche, ça peut clairement devenir un casus belli pour les oppositions,
01:57et là, vous pouvez être plus probablement renversé.
02:00Ce qui se passe, en fait, c'est que c'est un...
02:01Oui, décryptez-nous, parce que là, on a compris, là, maintenant.
02:04On a eu une très belle chorégraphie ce week-end.
02:05Vous avez eu Sébastien Lecornu, vendredi, qui a parlé à la télévision pour expliquer où il en était dans les négociations budgétaires.
02:12La feuille de route s'est dessinée petit à petit.
02:14Et puis, dimanche soir, Boris Vallaud, chef de file des députés socialistes à l'Assemblée nationale,
02:18a pris la parole, a pris la plume dans le Parisien pour répondre aux questions et pour dire
02:21« la non-censure est désormais envisageable ».
02:24C'était une façon de dire que, effectivement, le PS avait obtenu le gain de cause.
02:27Et comment ?
02:28Puisque le budget tel qu'il nous est présenté est une véritable fabrication socialiste.
02:33Vous avez, par exemple, une surtaxe sur les grandes entreprises à hauteur de 8 milliards d'euros.
02:37Ça concerne 400 entreprises, c'est pas rien du tout.
02:39Vous avez également les impôts de production qui devaient être baissés, qui ne le seront pas.
02:43Donc, en fait, si je devais résumer, le gouvernement, au cours du week-end,
02:47a acheté la non-censure du Parti socialiste avec ces mesures-là.
02:51J'ajouterai dans ces mesures la suspension de la réforme des retraites,
02:53qui a déjà été enterrinée dans le budget de la Sécurité sociale.
02:56Donc, voilà.
02:57On a une co-construction de ce budget entre les macronistes et les socialistes depuis le début.
03:02On a mis 4 mois.
03:02Je pense qu'on aurait pu mettre un peu moins de temps.
03:04On a désormais plus ou moins la certitude culpée, ce ne censurera pas.
03:07Et donc, ça passera.
03:09Il y a 3 motions de censure.
03:10Enfin, 3,493 qui vont être déposées, qui vont être activées.
03:14Le volet recettes, le volet dépenses et le texte entier.
03:17Et le gouvernement devrait normalement, sauf surprise, on ne sait jamais,
03:20mais devrait survivre à ces motions de censure.
03:23Alors, le gouvernement devrait survivre.
03:26Mais la France, j'allais dire.
03:27Non, mais économiquement.
03:28Le gouvernement assure qu'on tient dans la ligne des 5%.
03:30Oui, alors, je crois qu'il table sur 4,9%.
03:34C'est-à-dire que le moindre dérapage, la moindre dérive, vous allez dépasser 5%.
03:37Et en plus, je ne sais pas si on peut se satisfaire de se cantonner, si vous voulez, à 4%, 4,9% des déficits.
03:43Ça reste énorme, surtout quand on compare avec nos voisins européens
03:46qui ont eu la crise Covid comme nous, qui ont eu des difficultés internationales comme nous,
03:50mais qui s'en sortent beaucoup mieux que nous.
03:51Et c'est ça aussi qu'il est important de rappeler, c'est que notre dérive budgétaire,
03:55elle est majeure en France, notamment par rapport à nos voisins européens.
03:58Et ça compte surtout en ce moment de menaces et de tensions géopolitiques.
04:01Il faut pouvoir être souverain, notamment d'un point de vue économique.
04:05C'est aussi important, on va y revenir d'ailleurs, sur tout ce sujet.
04:07Yvan Riaufol, je voudrais avoir votre regard sur ce budget.
04:11Je vous vois sourire.
04:13Non, écoutez, c'est très intéressant parce que là, j'en ai vraiment dans l'illustration
04:16de ce qu'est la crise de la politique, la crise du système, la crise de la démocratie.
04:21Nous voyons que c'est un parti minoritaire, le parti socialiste,
04:24qui a influé, qui a imposé ses désidératas au gouvernement.
04:27Nous voyons que le gouvernement, qui est effectivement habile sur cette question-là,
04:32a été habile parce qu'il a pu éviter effectivement le recours aux urnes
04:35avec l'aval de tous les autres députés.
04:37Parce qu'il savait très bien que si les députés, à travers de nouvelles législatives,
04:42retournaient aux urnes, ils perdraient pour la majorité d'entre eux
04:45leur poste au profit du Rassemblement national très vraisemblablement.
04:49Et donc, on a assisté là, encore une fois, à un jeu de bonnes taux
04:53qui était celui qui a été mené par, en effet, le Premier ministre,
04:56qui, dans son habileté là, a malgré tout joué un peu les abus de confiance.
05:01Parce qu'on savait, en plus on devinait très bien,
05:03qu'à travers cette stabilité recherchée,
05:05c'était une stabilité qui allait feindre une sorte d'immobilisme.
05:09Et cet immobilisme-là a été acquis au prix de 7 milliards d'euros
05:14de dépenses supplémentaires.
05:16C'est ce qui a été à peu près accordé au Parti Socialiste
05:18à travers ce qui a été dit d'une super taxe pour les grandes entreprises,
05:22d'un ticket restaurant à 1 euro, etc.
05:24Et toute une autre série de mesures qui ne sont pas des mesures urgentes
05:29si l'on s'accorde à dire que l'urgence était de réduire l'endettement de l'État
05:33et de réduire le périmètre de l'État-providence
05:36qui s'ouvre pour l'instant à tout un chacun.
05:38Et notamment à une immigration qui ne s'intègre plus.
05:40Donc tous ces problèmes n'ont pas été posés.
05:42Tous ces problèmes restent posés.
05:44Et nous voyons là la grande mascarade politique
05:46qui est celle qui caractérise le macronisme depuis le début
05:48et qui arrive à son terme, me semble-t-il,
05:51parce que les Français ne peuvent pas comprendre ce qui se passe.
05:53Quand on 49.3, je n'ai pas d'expertise.
05:56Non mais je rebondis sur un des mots que vous avez utilisé.
05:58Vous avez dit le mot « habileté ».
06:00Thomas Bonnet, est-ce que Sébastien Lecornu a été plus habile
06:02que ses prédécesseurs, Michel Barnier et François Bayrou ?
06:05Alors si on remet dans le contexte,
06:06Michel Barnier a été le premier Premier ministre
06:09à essuyer les plâtres, si je puis dire,
06:11de la nouvelle composition de l'Assemblée Nationale.
06:13C'était un contexte très particulier.
06:15Je pense qu'il n'avait pas assez
06:16ménagé le Rassemblement National
06:19en oubliant sans doute un peu
06:20de discuter avec eux.
06:22François Bayrou a fait une opération kamikaze
06:24en demandant le vote de conscience
06:25qu'il n'aurait jamais dû demander
06:26et c'est ce qui a provoqué son départ.
06:27De ce point de vue-là, oui, Sébastien Lecornu
06:29tient plus longtemps.
06:30Après, parler d'habileté,
06:32je ne sais pas la nature des discussions
06:33qu'il a avec les uns et les autres.
06:35Je sais qu'il compose avec une réalité politique
06:37très compliquée, très fragmentée.
06:39Si l'habileté, c'est d'augmenter les dépenses,
06:41c'est de taper dans la main
06:42d'un parti socialiste qui a 66 députés
06:45et qui fait moins de 2% à l'élection présidentielle,
06:47je pense que là, on peut être nombreux
06:48à être habiles.
06:49Moi, la question que je soulève aussi,
06:51c'est celle du positionnement des LR.
06:52C'est-à-dire que les LR vont-ils s'abstenir ?
06:54Vont-ils voter pour ce budget ?
06:55À quelques mois de l'élection présidentielle,
06:57s'ils espèrent avoir un avenir politique
06:59pour l'élection présidentielle,
07:00je pense qu'ils auraient intérêt à mesurer
07:01le moindre de leurs votes
07:03dans le cadre d'un budget
07:03qui est objectivement à l'opposé
07:06de ce qu'ils attendent.
07:07Alors, on a bien compris que tout le monde
07:08ne pourra pas avoir un gain de cause
07:09dans cette équation,
07:09mais attention quand même
07:10parce que ça va leur revenir,
07:11en effet, boomerang
07:12lors de la campagne présidentielle.
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