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  • il y a 23 heures
Dans son édito du 27/01/2026, Mathieu Bock-Côté revient sur [thématique de l'édito]

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Transcription
00:00Les réseaux sociaux qui se sont imposés dans nos vies depuis une vingtaine d'années et plus encore depuis une dizaine d'années
00:06ont un effet catastrophique sur bien les aspects de nos sociétés et pour la jeunesse en particulier.
00:12Je dis en particulier, mais pas exclusivement.
00:14Parce que par exemple, quand on se désole de l'effet destructeur sur la capacité de concentration,
00:19sur la capacité d'attention des réseaux sociaux sur les plus jeunes,
00:23ne sous-estimons pas le fait que ça frappe aussi les adultes
00:26qui sont eux aussi frappés de crétinisme numérique avec cela.
00:31Donc point de départ, les réseaux sociaux ont véritablement déstructuré l'imaginaire, la conscience du commun des mortels,
00:39mais surtout de la jeune génération qui est élevée avec les réseaux sociaux,
00:43qui n'aura jamais eu d'autre contact avec le monde qu'autrement que par l'écran.
00:47Donc ça, reconnaissons que c'est un problème.
00:49Élargissons aussi en reconnaissant que l'intelligence artificielle est en train de remplacer l'intelligence humaine.
00:55Et de ce point de vue, puisque je fais le lien entre les deux,
00:58on assiste de plus en plus dans nos milieux, soit dit en passant, dans les milieux intellectuels journalistiques,
01:03de nombre de personnes qui délèguent la tâche élémentaire de rédaction et de réflexion à l'intelligence artificielle.
01:08Je suis sidéré.
01:10Donc reconnaissons qu'il y a là un immense problème.
01:13Le problème du problème, disons-le ainsi, c'est qu'il y a une instrumentalisation manifeste du pouvoir
01:18qui s'empare de la question de la santé des mineurs, la santé mentale des mineurs,
01:23une question de santé publique, nous dit-on, pour plus largement imposer une obsession
01:28qui se laissait deviner depuis un temps, l'obsession du contrôle numérique de la population.
01:34Ce contrôle se laisse deviner dans la question des médias sociaux, dans la volonté de les contrôler.
01:39Dans quelques déclarations récentes, je me permets d'en exhumer deux et de mentionner un événement.
01:44Donc Mme Laura Miller, dis-je, qui est à l'origine du projet de loi,
01:49elle nous dit, parlant des réseaux sociaux,
01:52« Ils avaient promis de relier, d'informer. Ils ont fragmenté, saturé. »
01:59Traduisons, ils ont fragmenté le consensus du pouvoir.
02:03Les réseaux sociaux ne font pas ce qu'on leur dit de faire.
02:05Dès lors, il faut les mater.
02:08Rappelons-nous Mme Chapaz, qui était ministre en janvier 2025
02:10et qui nous avait dit que les plateformes devaient apprendre à chasser les fausses opinions
02:15avant de se corriger pour nous dire qu'elle n'avait pas vraiment voulu dire cela.
02:19Je continue de croire qu'elle avait été sincère à la première déclaration.
02:23Il fallait chasser les fausses opinions.
02:26Plus largement, présidentielle 2027.
02:29Ils sont de plus en plus nombreux chez les macronistes
02:31à nous expliquer que si le camp national l'emporte quelle que soit son incarnation à ce moment-là,
02:37ce sera à cause d'une manipulation sur les réseaux sociaux
02:40portée soit par la Russie, soit maintenant par l'Amérique trumpiste.
02:44Donc, dans les faits, on nous explique que les réseaux sociaux sont un véritable danger démocratique.
02:49Donc, on passe en fait du danger démocratique à la question des mineurs.
02:53Parce que qui va vouloir s'opposer à l'idée qu'il faut protéger les mineurs?
02:56Tout le monde est d'accord.
02:57On est tous d'accord.
02:58Puis vous avez l'air d'un crétin complotiste apparemment
03:00si vous ne croyez pas qu'on doit protéger les mineurs.
03:02Mais il se peut quelquefois qu'on doit aller au-delà du mot complotiste
03:05pour comprendre ce qui se joue.
03:07Dans les circonstances dont il est question,
03:09c'est la création d'une identité numérique pour tous.
03:13Parce que c'est dit à répétition.
03:15Pour être capable de s'assurer que ce soit seulement les 15 ans et moins
03:18qui soient véritablement contrôlés dans leur rapport aux réseaux sociaux,
03:21tout le monde, vous, moi, Marc, son grand-père,
03:25nous allons tous devoir publiquement marquer notre identité.
03:29Donc, si on veut...
03:29Parce que pour être capable de contrôler l'identité des 15 ans et moins,
03:33tout le monde doit y aller de son identité numérique.
03:36Donc, je cite la formule « souviens » utilisée.
03:39Il va falloir vérifier l'âge de 100 % des utilisateurs français
03:42pour permettre de distinguer ceux qui ont 15 ans et ceux qui ne l'ont pas.
03:46Incroyable.
03:46Donc, comprenons bien ce que ça veut dire.
03:48Ça veut dire que le pouvoir, avec cette loi, si elle va jusqu'au bout,
03:52se donne le droit d'exercer une forme de traçage.
03:55Je reviendrai sur ce mot de contrôle numérique, de passe numérique.
03:58Il y a eu le passe sanitaire, il y a maintenant le passe numérique
04:00pour s'assurer d'une traçabilité intégrale des gens
04:03pour voir ceux qui respectent, non, les codes d'entrée sur les réseaux et les autres.
04:08Donc, vous serez tous scannés.
04:10Soyez-en conscients.
04:11Vous utilisez Twitter, où on dit expériment, Facebook, TikTok, les autres.
04:16Vous serez tous scannés.
04:17Donc, officiellement, c'est pour surveiller les mineurs,
04:20pour s'assurer qu'ils ne soient pas mis en danger par les réseaux sociaux,
04:23ce qui est un vrai problème.
04:24C'est un vrai, vrai problème.
04:25Mais à partir de ça, on décide d'imposer à tous un contrôle numérique
04:28et on nous demande de faire confiance au pouvoir
04:31en nous disant que jamais il n'en abusera.
04:33Et à travers cela, petit détail, on laisse de côté
04:36ces acteurs qui, normalement, devraient être responsables devant cela,
04:39les parents.
04:40Les parents ne comptent pas.
04:41Les parents qui devraient être les premiers responsables
04:43du bon usage des écrans par leurs enfants,
04:46ils sont laissés de côté parce qu'ils sont mis en tutelle
04:48par un État qui se veut lui-même parent.
04:51Où sont les parents ?
04:52Vous semblez dire, Mathieu Bocoté, que le pouvoir instrumentalise tout
04:56pour justifier son emprise croissante sur la société.
05:00Est-ce que ça, je ne sais pas, ce n'est pas un petit peu complotiste ?
05:03Vous avez raison de me relancer avec cette formule
05:05parce que je l'ai beaucoup entendu aujourd'hui.
05:07Je l'ai beaucoup entendu.
05:08La réponse, c'est non.
05:10C'est-à-dire que j'entends que les macronistes et l'ERN,
05:12globalement, sont favorables à ce projet,
05:16mais il arrive que deux camps opposés participent à la même erreur
05:20pour des raisons différentes.
05:22D'un côté, les macronistes, par cette volonté explicite
05:26de contrôler les réseaux pour reprendre en main le débat démocratique,
05:30parce qu'ils sont persuadés que s'ils ont perdu,
05:33les macronistes au sens large, en l'extrême centre, partout en Occident,
05:36et persuadés que s'il est contesté aujourd'hui,
05:38c'est parce qu'il a perdu le contrôle du récit médiatique.
05:42Et de l'autre côté, on a une droite nationale
05:44qui est trop heureuse de participer en ce moment au consensus
05:47et qui est tellement heureuse d'être du bon côté de la respectabilité
05:51qu'elle se rallie à cela.
05:53Je note, encore plus loin, que les opposants,
05:56on les trouve souvent chez LFI et chez les Verts.
05:59Alors on se dira, est-ce qu'on peut être d'accord avec LFI ?
06:01Ben oui, si LFI ne se trompe pas, il faut dire que LFI ne se trompe pas.
06:03Donc vous êtes d'accord avec LFI le Vert ce soir ?
06:04Ben sur ce coup-là, oui.
06:05Et je note chez eux, parce qu'il y a une forme de culture libertaire
06:09qui n'est pas mauvaise dans les circonstances libertaires,
06:11dans le bon sens du terme.
06:13Donc cette méfiance envers le pouvoir de l'État,
06:15ce qui les amène aussi à se méfier de la vidéosurveillance,
06:17à se méfier de la reconnaissance faciale.
06:19Et tous ceux qui ne se méfient pas de cela
06:20devraient apprendre à le faire.
06:22Donc j'ai parlé d'une forme de permis numérique.
06:24Pourquoi ? Parce que ce qui va se mettre en place ici,
06:27c'est une infrastructure de surveillance généralisée
06:30pour être capable d'assurer la traçabilité intégrale de la population.
06:34Donc pour qu'on soit capable de la suivre,
06:36que personne ne puisse se cacher derrière l'anonymat.
06:39C'est intéressant, l'anonymat, on peut penser que c'est mal,
06:42mais c'est aussi quelquefois dans une société
06:43où le prix à payer pour dire une opinion interdite moralement est très élevé.
06:47L'anonymat, quelquefois, c'est le dernier refuge de la liberté d'expression.
06:50On a vu à plusieurs reprises dans l'actualité
06:52que c'est grâce à des comptes anonymes qu'on a pu avoir des informations.
06:56Et vous avez raison de le rappeler.
06:58Et je dirais, quant à moi, de la transparence.
07:00On nous casse les oreilles avec la question de la transparence.
07:04J'y vois, quant à moi, une obsession de voyeur
07:07et une obsession de flic.
07:08C'est-à-dire cette idée qu'on doit pouvoir tout voir en toutes circonstances.
07:12C'est le panopticon dont on parle quelquefois.
07:14Parce qu'avec ce système à terme, soyons sérieux,
07:16là, pour l'instant, on nous dit que c'est pour les mineurs,
07:18c'est pour les mineurs, il faut protéger les mineurs.
07:19Dans les faits, chaque like pourrait être retracé.
07:22Chaque commentaire pourrait être retracé.
07:24Et quand on voit ce qui se passe en ce moment au Royaume-Uni,
07:26quand on voit ce qui se passe au Royaume-Uni,
07:28dites-vous, avez-vous vraiment l'intention, le désir
07:30de donner au pouvoir la capacité de tout retracer
07:33en toutes circonstances ?
07:35Et soit dit en passant, puisqu'il va falloir donner nos données
07:38pour être capables d'une forme de permis numérique,
07:40je fais la prédiction suivante.
07:42optimiste, que dans les six mois qui vont suivre,
07:45optimiste parce que pessimiste, je dirais, dans deux mois,
07:47ces données seront hackées d'une manière ou de l'autre,
07:49les pirates informatiques seront capables de s'en emparer,
07:52donc l'État aura récolté directement ou indirectement
07:55l'ensemble de nos données numériques,
07:56et quelqu'un pourra s'en emparer.
07:58Et je vous disais, on instrumentalise,
08:00on parlait de l'enfance, protéger l'enfance et les réseaux sociaux,
08:03on voulait aussi, au nom de la lutte contre le terrorisme
08:05et le narcotrafic, scanner l'ensemble de nos conversations.
08:07C'était l'Union européenne, avec Chat Control.
08:09Vous avez une conversation WhatsApp avec quelqu'un,
08:11l'État devrait être capable de regarder ce que vous dites
08:13à tout hasard, que pourriez-vous dire ?
08:15Et de la même manière, quand l'État veut s'emparer,
08:18veut vérifier ce que vous dites chez vous, dans votre maison,
08:20au nom du contrôle des discours haineux,
08:22mais encore une fois, au nom des plus nobles intentions,
08:24on veut abolir votre vie privée.
08:27Je me permets une question, peut-être un peu philosophique,
08:29pour terminer avec vous, Mathieu Bocoté.
08:31Vous parlez toujours du pouvoir d'une inquiétante manière.
08:34Pourquoi le pouvoir vous inquiète-t-il autant ?
08:37Vous changez de tonalité à chaque fois qu'on aborde ces sujets.
08:39Ah oui ? Non, parce que moi, je ne suis pas de ceux
08:41qui ont une forme de confiance immodérée dans le pouvoir
08:44parce qu'ils se nomment démocratiques ou républicains.
08:47Il peut dire démocratique, républicain, licorne, gâteau au chocolat,
08:51je m'en fiche.
08:52Le fait est que le pouvoir, par définition,
08:54aime abuser de ses prérogatives.
08:57Bertrand Juvenel a écrit un livre magnifique là-dessus,
08:59« Du pouvoir ». Relisons-le aujourd'hui.
09:00C'est un livre qui a 60 ans, mais qui est fondamental.
09:04Toute société génère du pouvoir.
09:06Par définition, vous avez une société,
09:08elle génère des organes de pouvoir.
09:09Le problème, c'est que ces organes de pouvoir
09:11ont une forme de tentation naturelle à vouloir tout réguler.
09:15Dans les sociétés traditionnelles, il y avait les contre-pouvoirs.
09:17La famille, la société traditionnelle, l'Église.
09:20Donc, le pouvoir tombait sur les obstacles.
09:22Aujourd'hui, quand tout ça s'est effondré,
09:24le pouvoir veut tout modeler.
09:25Vos goûts, vos préférences, vos désirs,
09:27vos préférences esthétiques, vos pensées,
09:30vos arrières-pensées.
09:31Et devant tout cela, j'ajoute un élément,
09:32le pouvoir, par définition, veut s'étendre
09:34à la manière d'une entité inquiétante.
09:36Et ensuite, ceux qui ont le pouvoir
09:37ne veulent jamais l'abandonner.
09:39Ça, c'est une certitude que j'ai.
09:41Et pour cela, lorsqu'ils voient les masses numériques
09:43aujourd'hui se lever dans leur esprit,
09:45ils se donnent le droit de les mater,
09:47ils se donnent les droits de les fliquer,
09:49ils se donnent les droits de les encadrer
09:51juridiquement et numériquement.
09:52Et de ce point de vue, ils rêvent aujourd'hui
09:54d'encadrer les réseaux,
09:55ce qui est une manière indirecte de les fermer.
09:56Je confesse ici une très grande inquiétude.
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