- il y a 6 semaines
Dans son édito du 20/12/2025, Mathieu Bock-Côté revient sur [thématique de l'édito]
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00:00Parce que le mot droite est d'abord un mot dans l'histoire des idées, c'est un mot pour faire peur, c'est-à-dire que la gauche nomme droite tout ce qu'elle n'aime pas.
00:08Donc finalement, tout peut se retrouver à droite un jour, selon les humeurs, selon l'évolution de l'orthodoxie, selon l'évolution du dogme progressiste.
00:17Mais le fait est qu'aujourd'hui, il y a effectivement ce qu'on nomme droite, ce qu'on a pris l'habitude de nommer droite, personne ne veut partout en Occident,
00:23et je vais donner quelques exemples qui relèvent de l'actualité de la dernière année globalement.
00:27Aux États-Unis, on le sait avec Donald Trump. En Italie, Mme Mélanie, mais ça c'est que je dis, c'est plus ancien, c'est quelques années déjà,
00:34mais elle s'est imposée comme la figure politique centrale de la vie européenne.
00:38En Grande-Bretagne, le Reform UK, qui est le parti de Nigel Farage, qui pourrait, s'il y avait des élections de demain, balayer le vieux parti conservateur britannique.
00:46Chega au Portugal. En Argentine, le phénomène Milley.
00:51On a parlé du Chili cette semaine, avec une histoire très particulière au Chili, mais le fait est que c'est une droite sud-américaine
00:56qui se montre particulièrement offensive. Donc, on pourrait dire que cette droite qui perce un peu partout,
01:03ce n'est pas exactement la droite dite classique, celle par exemple d'une Valérie Pécresse qui a été rejointe cette semaine
01:08par cette droite par Shannon Seban, par exemple, qui a vu là le créneau porteur d'avenir pour une partie de la droite en France.
01:15Donc, ce qui est intéressant avec cela, c'est que c'est une nouvelle droite qui prend forme dans le contexte de ce que j'appelle
01:20la crise du cycle de 1989. Il est nécessaire, je pense, et ça, c'est l'étape qui n'a pas été faite suffisamment
01:26dans la pensée politique française, mais occidentale en général, il est nécessaire de comprendre que nous terminons
01:32aujourd'hui un cycle. C'est-à-dire, un cycle se termine, le cycle de 1989. Alors, on le sait, c'est la chute du mur de Berlin,
01:39c'est la fin du communisme, ça, c'est très bien. Mais c'est aussi le cycle de 1989, on ne l'avait pas compris
01:44comme tel en temps réel alors qu'on aurait dû, c'est un cycle révolutionnaire.
01:46C'est comme si le flambeau de la révolution passait, au début des années 90, de l'Est à l'Ouest,
01:53et cette révolution, quel visage prenait-elle? C'était globalement la volonté de construire
01:58une gouvernance globale, de construire un monde unifié, homogène, juridiquement, culturellement,
02:05économiquement, construire un monde qui serait une forme d'extension perpétuelle de l'Europe
02:11ou de l'Occident désincarné. Donc, on connaît les composantes de tout cela.
02:15Là, fin des souverainetés nationales, fin de la souveraineté populaire.
02:19Dans la souveraineté nationale, on préfère la gouvernance globale ou l'Europe,
02:21qui n'était qu'une étape. Il ne faut pas oublier à quel point, dans les années 90,
02:24on dit, et 2000, la construction européenne n'est qu'une étape sur le chemin de la gouvernance globale.
02:30Donc, ce n'est pas du tout l'Europe puissance, c'est l'Europe laboratoire du mondialisme.
02:34Dans le même esprit, il y a la fin de la souveraineté populaire,
02:37cette idée qu'il faut de moins en moins consulter le peuple.
02:40La démocratie change de sens. La démocratie, désormais, c'est le déploiement de la révélation diversitaire et progressiste.
02:47Ce n'est plus le peuple. S'il se prononce mal, on appelle ça du populisme.
02:51C'est aussi, bien évidemment, et là, de ce point de vue, je reprends la formule de la Maison-Blanche,
02:56ce sont les migrations globales.
02:58Donc, la migration globale, qui, dans les faits, on le comprend maintenant,
03:01on aurait dû le comprendre depuis longtemps, n'était pas un mouvement naturel.
03:05C'était, en fait, une forme d'expérimentation idéologique à grande échelle de brassage des peuples,
03:11de brassage des populations, ce que j'appelle l'utopie babélienne.
03:15Donc, on passait de la diversité des peuples au mythe de l'interchangeabilité des populations.
03:21C'est aussi une période qui était marquée par un culte de l'ingénierie sociale.
03:26Nos sociétés, est-ce qu'on comprend à quel point tout ce qui semble aller de soi,
03:29aujourd'hui, sur le plan sociétal, normatif, culturel, aurait été inimaginable au début des années 90 ?
03:36Une révolution a eu lieu, dont le point culminant, on en a beaucoup parlé ces dernières années,
03:41était la dissolution de référents même à l'identité sexuelle.
03:44Hommes et femmes devenaient des catégories réactionnaires périmiques, ils allaient laisser de côté.
03:50Donc, devant ce cycle, je l'ai dit, la droite sébanienne est aujourd'hui,
03:55n'est pas la droite qui porte aujourd'hui cette réaction contre ce cycle,
03:59la droite qui prend forme a commencé à prendre forme dès le début des années 90, encore une fois.
04:03Partout, le mondialisme et le régime diversitaire ont engendré, dès le début, des réactions très vives.
04:09Des réactions très vives, mais qui ont été matées.
04:12Le régime qui prenait place, le régime révolutionnaire qui prenait place,
04:15nous disait globalement, il y a deux lectures possibles de ces mouvements populistes,
04:19de ces mouvements identitaires, conservateurs, qu'on va très rapidement nommer extrême droite.
04:23La extrême droite, ça va être la catégorie politique dominante des 30 ou 40 dernières années.
04:27Eh bien, on va nous dire, soit c'est le dernier spasme du monde d'hier,
04:32les dernières reliques, les porteurs de fourches, les malheureux qui n'ont pas compris que le monde évoluait
04:38et qu'il fallait tout simplement balayer le passé.
04:41Ou alors, c'était le retour du fascisme.
04:43Le retour du fascisme, donc là, on se souvient par exemple des slogans dans les années 90
04:47contre le Front National, F comme fasciste, N comme nazi.
04:52Donc là, c'était cette idée que c'est l'éternel retour du fascisme.
04:56La Deuxième Guerre mondiale ne se serait jamais terminée.
04:59Et il y a tout un appareillage intellectuel universitaire qui s'est mis en place
05:03pour discréditer les mouvements qui prenaient forme alors.
05:06Donc par exemple, si vous parliez de l'immigration massive,
05:09tout de suite on tuait le débat en expliquant que c'était la théorie conspirationniste et raciste
05:14du grand remplacement avec des tris d'union avec chacun de ces termes pour bien comprendre
05:17que dès que vous parlez d'immigration massive, vous basculez dans le registre du conspirationnisme.
05:22Quand vous vous inquiétiez du changement démographique des sociétés occidentales,
05:25en rappelant qu'un peuple ce n'est pas simplement une addition d'individus désincarnés,
05:29mais c'est une continuité historique à laquelle on peut s'assimiler bien sûr,
05:32mais on ne s'assimile pas à rien, on ne s'assimile pas seulement à des valeurs,
05:35on s'assimile à un peuple, on vous accusait de suprématie blanche.
05:38Si vous aviez le souci de la défense des frontières,
05:41on vous accusait de fermeture sur le monde.
05:45Et pourtant cette droite perce aujourd'hui, pardonnez-moi, cette nouvelle droite,
05:49je ne le parle pas au sens du courant historique français qui s'appelle la nouvelle droite,
05:52mais une nouvelle droite existe partout aujourd'hui dans le monde occidental,
05:56et elle ne perce pas seulement à cause d'innovations doctrinales absolument remarquables,
06:01elle perce parce que le monde issu de la révolution de 1989 est un désastre.
06:06J'en donne quelques exemples, la submersion migratoire on en a parlé,
06:09l'insécurité est généralisée dans nos sociétés.
06:12On sous-estime, on a oublié ce que voulait dire une vie paisible dans nos sociétés.
06:17J'ai souvenir, j'ai 45 ans, tout jeune, à la maison, je ne sentais pas le besoin de fermer la porte.
06:22Ce n'était pas nécessaire de, on dit barrer la porte, on dit de mon côté de l'Atlantique.
06:26On pouvait aller au parc sans avoir le souci de se faire agresser par qui que ce soit.
06:30Aujourd'hui, rares sont les parents qui disent à leurs enfants,
06:33va te promener librement, il n'y a pas de souci, la vie est belle, la vie est tranquille,
06:35tu ne rencontreras aucun souci. Confiscation de la démocratie, excès de l'écologisme,
06:40un écologisme qui est devenu dans les faits le lieu d'une religion nouvelle,
06:44qui à travers le concept d'empreinte carbone, qui cherche dans les faits à dire
06:47l'Europe est non seulement coupable d'avoir colonisé le monde,
06:50mais aussi à cause de son développement industriel, d'avoir tué la planète.
06:54Donc l'extinction industrielle de l'Europe serait la seule rédemption possible.
06:57L'idéologie du genre, je l'ai dit, les névroses psychiques
07:00qui nous connaissons dans nos sociétés.
07:03Donc qu'est-ce qu'on voit ?
07:04Cette nouvelle droite qui prend forme est une droite qui prend forme
07:07contre la révolution des temps présents.
07:09De ce point de vue, on pourrait dire qu'elle est « contre-révolutionnaire »,
07:12mais pas la contre-révolution de Louis de Bonnald.
07:14C'est la contre-révolution par rapport à la dernière révolution connue
07:18avec son délire, wow, qui en était son point culminant.
07:21Cette droite a d'abord été populiste.
07:23C'est un moment d'insurrection.
07:24Les insurgés sont toujours, d'abord je reprends mon image,
07:28ce sont normalement des paysans qui portent des fourches
07:30sur le mot d'un instant.
07:31C'est la révolte populaire, c'est la jacquerie.
07:34Une mutation doctrinale a néanmoins eu lieu ces dernières années.
07:37Cette droite populiste est devenue nationale conservatrice.
07:40Elle a été capable de trouver des élites,
07:42donc des figures charismatiques fortes,
07:44Nigel Farage en Grande-Bretagne, Mélanie, Trump.
07:47En France, il y en a quelques-unes.
07:49On pourrait en nommer Marine Le Pen, Éric Zemmour, Sarah Knaffo,
07:53Marion Maréchal, des figures comme ça ont émergé
07:55et qui portent aujourd'hui, qui donnent un visage
07:57à cette nouvelle génération.
07:59Et par ailleurs, des gens de tous les âges,
08:01une nouvelle génération de droite, évidemment.
08:03Et elle est parvenue aussi à construire une élite.
08:06Et c'est probablement la grande question des prochaines années.
08:08Est-ce qu'elle sera capable de générer
08:09un personnel politique de telle qualité
08:11qu'elle sera capable de balayer l'ancienne élite
08:13et de s'installer vraiment aux affaires ?
08:15De ce point de vue, l'histoire est inachevée.
08:17Alors justement, dans ce nouveau monde,
08:19que reste-t-il de la vieille droite classique dont on parlait ?
08:22Alors, il s'agit aujourd'hui d'un...
08:25C'est une droite retaille...
08:26Pas une mauvaise, je ne voulais pas faire de jeu de mots.
08:28C'est une droite...
08:29C'est un reste, en fait, aujourd'hui.
08:31C'est un reste politique qui appartient au monde d'hier.
08:35C'est une droite qui est en quelque sorte emportée dans...
08:41qui se laisse aspirer par les derniers restes du système
08:44qui est l'extrême-centre.
08:45Et, je pense qu'il faut le dire et le redire,
08:48l'extrême-centre, c'est-à-dire la convergence des forces
08:51issues de 1989, donc le centre-gauche, le centre-droit,
08:55les sociolibéraux, les libéraux sociaux,
08:57qui se partageaient le pouvoir,
08:58donc c'est une forme d'alternance interne,
09:00mais avec la même idéologie.
09:02Eh bien, pardonnez-moi, cette droite est aujourd'hui...
09:06Cette part de la droite se perd dans l'extrême-centre
09:08et se dit, finalement, n'a plus comme argument
09:11que sa propre compétence revendiquée.
09:13Donc, ils disent, bon, il y a des extrêmes,
09:15oui, on comprend, parce qu'ils appellent ça extrême,
09:16tout ce qui n'est pas eux, c'est des extrêmes.
09:18On comprend que les peuples sont inquiets,
09:20on comprend que les peuples sont...
09:20Mais faites attention aux extrêmes,
09:23alors que nous, nous sommes les vrais compétents.
09:25Alors, premièrement, si je peux me permettre,
09:26le résultat des 40 dernières années,
09:28si ce n'est pas des extrêmes,
09:29faire rentrer des centaines de milliers de personnes
09:31dans des sociétés qui ne sont plus capables
09:32de les accueillir, si ce n'est pas extrême,
09:34qu'est-ce que c'est?
09:36Considérer que la démocratie,
09:37ce n'est plus consulter le peuple,
09:38si ce n'est pas extrême, qu'est-ce que c'est?
09:40Mais quoi qu'il en soit,
09:41la droite d'hier se fédère avec la gauche d'hier
09:44dans ce truc qui s'appelle l'extrême-centre,
09:47et cet extrême-centre est plus autoritaire que jamais.
09:50Cet autoritarisme doit être nommé,
09:52parce que devant la poussée populaire,
09:54on a cette tentation forte de dire
09:56qu'il faut mater les rebelles,
09:57il faut mater les insurgés.
09:58Donc là, on voit les méthodes un peu partout.
10:00En Roumanie, on a eu une élection.
10:02En Allemagne, on cherche à interdire
10:04le principal parti d'opposition, la FD.
10:06En France, certains voudraient liquider
10:08la possibilité même du référendum.
10:10On ne cesse partout d'étendre le domaine de la censure
10:15pour poéneux, des informations, ce qu'on nomme ainsi.
10:17Donc partout, on cherche à mater.
10:18Et de ce point de vue, je me permets de m'arrêter
10:20un instant sur l'Allemagne plus en détail.
10:22C'est en Allemagne qu'en ce moment,
10:23la volonté répressive d'un parti d'opposition
10:25va le plus loin.
10:26Alors, il ne s'agit pas un instant
10:28d'aimer ou non la FD, ce n'est pas le sujet.
10:31Par ailleurs, je note que tous ceux qui nous disent
10:32qu'il s'agit d'un parti néo-nazi,
10:35c'est grotesque, on peut ne pas apprécier ce parti,
10:37on peut se méfier des Allemands lorsqu'ils sont nationalistes,
10:40sans pour autant dire qu'ils sont ouvertement néo-nazis.
10:42La chef Alice Weidel ne cesse de dire
10:44qu'elle conspue le Troisième Reich,
10:47elle conspue Hitler, c'est la moindre des choses, évidemment.
10:49Mais elle marque un rejet profond et viscéral de cela.
10:53Et puis dans ses rangs,
10:55on trouve des gens qui disent
10:56l'histoire de l'Allemagne ne s'épuise pas
10:58dans le Troisième Reich.
10:58Je ne pense pas que c'est du néo-nazisme de dire ça.
11:02C'est cette idée qu'à ce moment atroce,
11:05ce summum de la barbarie qu'a été le Troisième Reich,
11:08avec son entreprise d'extermination,
11:10eh bien, il n'épuise pas l'histoire allemande
11:11et les Allemands cherchent une manière
11:12d'être patriotes aujourd'hui,
11:14au-delà du traumatisme absolu qui était le Troisième Reich.
11:16Il cherche à se délivrer de la fiction abermatienne
11:18du peuple strictement constitutionnel
11:20sans contenu identitaire.
11:22Eh bien, pour reconstituer une forme
11:24de patriotisme culturel allemand,
11:26on les assimile au fascisme et au nazisme.
11:28Ça me semble objectivement faux.
11:30On peut les critiquer sans passer par cette case.
11:32Et en France, parce qu'on ne peut pas l'oublier,
11:34mais la France, c'est quand même ce pays
11:35où la division structurelle des droites
11:37qui est due à la persistance de la mythologie antifasciste
11:40qui permet la fascisation du RN,
11:43ça fait en sorte que la France
11:44est probablement le dernier pays,
11:46aujourd'hui, le pays le plus à la traîne,
11:48si on croit qu'il y a une tendance lourde
11:49vers ses nouvelles droites.
11:51La France cherche à demeurer dans le monde d'hier,
11:54croyant par là qu'il est plus civilisé.
11:55Et alors, pour les gens de droite,
11:57justement, est-ce que la période est à l'optimisme ?
12:00Alors, oui, ils le croient.
12:01Il faut dire que ça se passe bien.
12:02Quand il y a des débats de grosse droite aujourd'hui,
12:03je ne sais pas si vous avez vu cette semaine
12:05sur une autre chaîne,
12:06le débat entre Marion Maréchal et Marine Tondelier,
12:09c'était gênant pour Madame Tondelier.
12:11C'est-à-dire que Marion Maréchal,
12:13sur des questions assez importantes,
12:14n'a pas seulement gagné le débat,
12:16elle a triomphé.
12:18Et ce n'est pas complaisant,
12:19ce que de dire cela,
12:19c'est qu'il faut nommer les choses
12:20quand on les voit.
12:21Ce serait une fausse neutralité
12:22que de dire, ah oui,
12:23il y a des bons coups chacun.
12:25Non, non, c'était assez fort.
12:26Donc, cette droite est conquérante,
12:28elle se sait portée par un avantage idéologique,
12:30historique, politique, circonstanciel,
12:32mais je terminerai sur cela.
12:33Oui, elle peut prendre le pouvoir.
12:34Oui, elle pourrait le prendre demain.
12:36Se pose-t-elle la question du régime ?
12:37C'est la vraie question.
12:39Mais devant, j'y reviens,
12:40le changement de civilisation qui est le nôtre,
12:44et que tous nos débats,
12:45entre la gauche, la droite, le centre
12:47et toutes nos idéologies qu'on aime bien,
12:49mais tout ça se devienne soudainement
12:50complètement secondaire et périphérique
12:52dans un monde où les Occidentaux
12:54et les Européens seraient minoritaires chez eux.
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