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  • il y a 23 heures
Dans son édito du 08/01/2026, Mathieu Bock-Côté revient sur [thématique de l'édito]

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Transcription
00:00Au-delà d'Emmanuel Macron, c'est évidemment von der Leyen qui compte à travers ça, c'est l'Europe qui compte à travers cela.
00:05Alors, on est, moi, ce qui me frappe dans les circonstances actuelles, ce sont les arguments utilisés pour justifier le Mercosur.
00:12Et je peine à ne pas y voir quelque chose comme le baroude d'honneur des mondialistes, en quelque sorte.
00:18Alors, l'argument qui nous est souvent présenté, c'est que ça fait 25 ans qu'on y travaille,
00:22donc c'est comme si on nous dit « tant de travail ne peut aboutir à un avortement,
00:26il nous faut signer ce traité puisqu'on y a tant travaillé ».
00:31Ce qu'on oublie, c'est que c'est le moment où on a commencé à penser au Mercosur et aujourd'hui, on a changé d'époque entre-temps.
00:37Le Mercosur date d'une époque qui est celle de la mondialisation « heureuse ».
00:41Cette époque où on croyait qu'il fallait faire tomber l'ensemble des frontières, les différentes protections nationales,
00:46tout ce qui relevait du protectionnisme devait être liquidé pour qu'elle devienne un monde de la circulation intégrale des biens, des hommes, des matières.
00:56En fait, comme si le monde ne devait être qu'un.
00:59Cet idéal qui remonte, bon, dans les années 90, dans les années 2000, il était très fort,
01:04qu'est-ce qu'on voit aujourd'hui ? C'est un idéal qui est désavoué de partout.
01:08Le monde qui se dessine devant nous, et ça va bien au-delà de Donald Trump,
01:11le monde qui se dessine devant nous est un monde qui redécouvre les frontières,
01:14est un monde qui redécouvre le local, est un monde qui redécouvre l'enracinement.
01:19Et le Mercosur, de ce point de vue, doit moins être pensé comme une entente commerciale qu'à la manière d'un projet politique.
01:26Un projet politique qui nous dit, même si certains doutent de la mondialisation,
01:31nous, Européens, nous, Européistes, nous continuons d'y croire absolument, nous continuons d'y croire malgré tout.
01:38Le monde entier redécouvre aujourd'hui les frontières.
01:41Nous, nous refusons de nous plier à cette époque nouvelle.
01:45On comprend, les élites qui nous dirigent n'ont pas eu la mondialisation ou le mondialisme simplement comme préférence politique.
01:51C'était presque leur identité qui était forgée là-dedans.
01:54Un homme ouvert était un homme sans frontières.
01:57Un homme ouvert était un homme sans racines.
01:59Un homme ouvert n'avait pas de rapport particulier envers sa terre, envers ses paysans, envers son pays.
02:06Un homme ouvert était un monde qui embrassait l'humanité dans son ensemble
02:09et qui traitait comme un accident secondaire son appartenance.
02:12Ce modèle, aujourd'hui, je l'ai dit, fait faillite.
02:16Mais ils ne veulent pas reconnaître nos élites, nos élites, ils ne veulent pas reconnaître que ça fait faillite.
02:19Donc, on les entend toujours tenir les mêmes arguments.
02:23La mondialisation a enrichi les populations des pays pauvres, mais aussi des pays occidentaux.
02:28Quand on voit, objectivement, aujourd'hui, la désindustrialisation,
02:32quand on voit le sacrifice de l'agriculture,
02:34quand on voit la paupérisation des classes moyennes,
02:36quand on voit l'effondrement psychique anthropologique des populations,
02:39néanmoins, on nous dit, vous n'avez jamais été aussi heureux.
02:42Les gens en doutent, mais on leur dit, vous êtes heureux.
02:44Mais vous ne comprenez pas, vous êtes heureux, d'accord, si on est heureux, merci, une pilule, s'il vous plaît.
02:48Dans le même état d'esprit, on est dans une logique où on nous a dit que c'était une croissance globale.
02:53Ce qu'on constate, et c'est une formule qui a souvent été utilisée, elle est un peu limitée,
02:56mais la mondialisation, c'était les pauvres des pays riches qui finançaient les riches des pays pauvres.
03:01C'est limité, ce n'est pas tout à fait exact, mais ça disait quand même quelque chose.
03:06De la même manière, cette espèce de logique mondialiste considérait qu'il fallait sacrifier les activités non productives.
03:12Donc, dès lors que ce n'était pas une activité qui était compatible avec la logique de la mondialisation,
03:17il fallait la sacrifier, elle était dépassée.
03:20Qu'est-ce qu'on voit aujourd'hui ?
03:22Ce système fait faillite, je l'ai dit, mais parce qu'il fait faillite et parce que nos élites continuent d'y croire néanmoins,
03:29vous savez, c'est le propre d'un dogme, on y croit, et plus il est désavoué par le réel, plus il faut l'imposer de force,
03:35le Mercosur est devenu le symbole du « nous l'imposerons malgré tout ».
03:39Et on pourrait dire, on pourrait même aller encore un peu plus loin, c'est même dans le rapport à l'Europe.
03:44C'est-à-dire, Emmanuel Macron va voter contre, ça ne veut pas dire pour autant que le Mercosur ne sera pas imposé.
03:49Donc, qu'est-ce qu'on voit avec ce vote ?
03:51C'est parce qu'il ne remettra pas en question la partenance de la France à l'Europe ensuite,
03:54il ne remettra pas en question la structure de décision fédérale européenne.
03:58Donc, dans les faits, si le Mercosur s'impose, même si la France s'y oppose,
04:01ça veut dire que l'Union européenne, la partenance à l'Union européenne version fédérale est plus importante que les intérêts des agriculteurs français.
04:09Le bien commun, le bien suprême, c'est une Europe toujours plus intégrée,
04:14avec une souveraineté européenne toujours plus affirmée.
04:17Et la France peut protester, peut dire qu'on n'est pas heureux, peut voter contre.
04:21En dernière instance, son vote peut compter, mais il ne sera pas déterminant,
04:25parce que ce qui est le plus important, c'est pousser toujours plus loin la souveraineté européenne dans l'utopie mondialiste.
04:31Et nous y sommes aujourd'hui.
04:32– Mais que faire de la voix des paysans, Mathieu ?
04:36Que faire de la voix des agriculteurs ? Est-ce qu'elle ne doit pas être entendue ?
04:40– Ah bien, elle est entendue. Ne nous trompons pas, les élites entendent ces voix,
04:43mais considèrent que ce sont des lamentations secondaires.
04:46En gros, on se dit, voilà des catégories sociales, des catégories sociologiques déclassées, périmées.
04:52Donc, inévitablement, quand vous êtes périmés, vous protestez, vous préférez ne pas l'être.
04:56Donc, les élites disent, oui, oui, on vous entend, on entend.
04:58Et c'est tout le discours qu'on entend depuis quelques jours.
05:01On dit, oui, on entend la colère des agriculteurs, on entend l'inquiétude des agriculteurs.
05:05Mais l'entendre ne veut pas dire agir en conséquence.
05:07L'entendre veut simplement dire, on vous entend, calmez-vous un peu, démobilisez-vous, s'il vous plaît,
05:12cessez de perturber, rentrez chez vous, et une fois de temps, on aura cessé de vous entendre.
05:17Donc, le « je vous entends », c'est une technique de marketing médiatique pour démobiliser des agriculteurs
05:23qui, aujourd'hui, deviennent une force politique qui fédère, un peu comme les gilets jaunes hier,
05:27qui fédère le peuple français dans un commun rejet d'un modèle.
05:31Alors, on pourrait dire, à la rigueur, ils peuvent obtenir des choses.
05:34Quand le pouvoir a trop peur, il peut faire des concessions.
05:37Il va dire à tel groupe d'agriculteurs, ou encore, dans l'autre domaine, aux petits commerçants,
05:41on va vous faire des concessions, on va peut-être faire des subventions,
05:43on va peut-être faire un chèque pour vous permettre d'assumer la transition,
05:47mais on ne sortira pas du modèle qui vous a conduit à cette détresse.
05:53Donc, qu'on se comprenne bien, la mondialisation n'est pas seule responsable du malheur des agriculteurs
05:57ou des commerçants ou des travailleurs.
05:59On pourrait parler du poids des règles, des normes, on pourrait parler du poids de l'Europe,
06:03de l'étatisme, de toute une série de facteurs.
06:05Mais le fait est que le mondialisme, en plus que la mondialisation,
06:09le mondialisme poussé à l'extrême a, aujourd'hui, engendré cette détresse
06:13de toutes les catégories sociales enracinées.
06:15Et je pense qu'on doit aussi poser une question à travers cela,
06:18parce que l'argument qui nous est souvent présenté, c'est
06:20« Oui, mais s'il y avait telle protection, davantage de protectionnisme,
06:23vous allez payer plus cher vos biens, vous allez payer plus cher,
06:27je ne sais pas moi, telle pièce de viande, vous allez payer plus cher tel vêtement. »
06:30Et là, c'est vraiment le type d'homme qu'a produit la mondialisation
06:32qu'on doit avoir à l'esprit.
06:34On a produit vraiment le consommateur névrotique
06:37qui est toujours à la recherche du plus bas prix possible,
06:39dans une consommation compulsive, mais détachée de tout le contexte de la vie.
06:43Donc, on le voit avec les vêtements, il y a une marque dont je ne me rappelle pas le nom.
06:47C'est une marque, effectivement.
06:48Oui, mais c'est vrai que l'obsession de la consommation...
06:50Consommer à tout prix, j'achète, je jette, j'achète, je jette, je m'en débarrasse,
06:54et ensuite, je veux les produits au plus bas prix possible,
06:57même si, dans les faits, nous sommes de plus en plus condamnés à des produits de basse qualité.
07:01On le voit, les normes d'exigence imposées aux produits d'étrangers
07:03ne sont pas les mêmes que les normes d'exigence imposées aux produits français.
07:07Sur le coup, on dit « Très bien, ça ne coûte pas très cher, je vais en profiter. »
07:10Au final, qu'est-ce qu'on voit ? Le consommateur névrotique devient indifférent à tout sauf au bas prix de ce qu'on lui propose.
07:16Au final, il consente sans le savoir à la destruction de son pays.
07:18Vu l'appui au mouvement des agriculteurs en ce moment, il est possible qu'il n'y consente plus.
07:22Certains parlent des limites de la marchandisation du vivant, Mathieu, n'est-ce pas ?
07:27La question posée implicitement par le Mercosur.
07:30Oui, je crois. Je n'ai jamais été le plus écolo des écolos.
07:33Il y a quelque chose chez eux, quelquefois, on dirait qu'ils préfèrent les moustiques aux êtres humains.
07:36Mais sur le fond des choses, il y a un problème avec cette espèce de production industrielle du vivant.
07:44Comme si, finalement, le bout de viande n'était que bout de viande.
07:47Avant, ce n'était pas un bœuf auparavant. Avant, ce n'était pas un animal, ainsi de suite.
07:50Donc, cette idée qu'on va aller faire pousser, entre guillemets, de la viande en Argentine ou de la viande dans tel pays,
07:56on va la faire transposer en Europe comme si, finalement, il n'y avait aucune spécificité à l'agriculture française,
08:00comme si on allait piger des produits un peu partout sur la planète,
08:03comme s'il s'agissait de tout autant de morceaux de plastique,
08:06il y a quelque chose dans cette vision, on pourrait désincarner du vivant,
08:09une vision désincarnée de la nourriture, une vision désincarnée de l'alimentation.
08:13Il y a quelque chose là-dedans qui, à mon avis, est un peu déshumanisant.
08:17Et de ce point de vue, c'est une forme d'anthropologie où tout doit être marchandisé intégralement.
08:23Et on oublie, pour reprendre une formule qui nous vient encore une fois de certains plus conservateurs,
08:26que le circuit court, le circuit local, le fait d'avoir des produits liés à un terroir,
08:32ça vient avec des saveurs, des traditions, c'est une manière de vivre, une manière d'habiter le monde.
08:36Il se peut que l'enracinement soit une réponse à la crise que nous traversons en ce moment.
08:40Mais ce qui est certain, c'est que nos élites à travers cela continuent de dire néanmoins
08:44« Mercosur, Mercosur, Mercosur », c'est le dernier baroud des mondialistes pourtant désavoués par le réel.
08:49« Mercosur, Mercosur, Mercosur »
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