- il y a 1 jour
Nul ne sait où il vit (ce serait, parait-il, dans un village à la fois reculé et très avancé du Sud-Ouest...), mais tout le monde connait Campagnol, alias Christian Combaz. Mais le connaît-on en toutes ses facettes ? Jeune provincial monté tôt à Paris, dont il a tôt fait de devenir, dans les années 70, une coqueluche littéraire (son "Eloge de l’âge" connait un tel succès qu’il accède immédiatement à la célébrité), il fut longtemps chroniqueur au Figaro comme au Figaro-Magazine ; mais, peu à peu, la liberté de son style comme de ses idées, tranquillement nationales, le rend suspect, comme sont suspectes certaines de ses intuitions ou prédictions, d’autant plus que, bien souvent, elles s’avèrent exactes. Grand voyageur, il se prend d’affection pour Budapest (qui donnera son fameux "Roman de Budapest"), comme de l’Europe de l’Est en général, puis dirige pour le ministère des Affaires étrangères des instituts culturel français, à Milan ou Saragosse. Les années passant, il sent la civilisation française fléchir année après année, lentement submergée par la colonisation du méli-mélo états-unien. Par la plume et par la voix (il faut impérativement le suivre sur ses "réseaux sociaux"), il la pourfend avec une constance qui a davantage nui à sa carrière qu’à sa lucidité, et à sa formidable liberté.
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00:24Eh bien mon cher Christian Courbaz,
00:28je ne suis pas mécontent de vous voir.
00:30C'est gentil.
00:32Et cette fois vous n'êtes pas arrivé en ULM,
00:33parce que c'est votre habitude d'arriver chez les gens en ULM.
00:36Non, c'est plus mon habitude.
00:38Mais à Paris, c'est pas très simple.
00:39Ça a été mon habitude.
00:41À Paris, non, oui, c'est pas facile.
00:44On vous a vu, chose rare pour un écrivain d'un certain âge.
00:50Oui, un âge qui devient certain.
00:53Vous faites du parapente à votre âge.
00:55Mais surtout, j'en fais depuis 1987, 88.
01:01Et non plus, oui, non, non, pardon.
01:03Oui, c'est ça, 87.
01:04Vous vous rendez compte ?
01:05J'ai écrit un manuel de parapente chez Robert Laffont en 1990.
01:10Qu'on trouve d'ailleurs encore sur Internet.
01:13Mais vous êtes très précurseur, techno, techno-précurseur, on peut dire.
01:16Non, mais c'est pas de la technique.
01:17Dans les années 2000, vous avez publié un livre où déjà vous évoquiez...
01:23Oui.
01:25En 2001.
01:27Oui.
01:27Juste avant les événements du 11 septembre, j'ai publié un livre dont la scène finale se déroulait sur le
01:33parvis du World Trade.
01:35C'était assez étonnant.
01:36Et dont la couverture comportait les deux tours.
01:38Voilà.
01:39Et le livre s'appelait Une heure avant l'éternité.
01:43Donc peut-être que j'ai du channeling, comme ils disent.
01:46Ah non.
01:48Mais voilà, vous êtes tellement techno, vous parlez franglais maintenant.
01:50Mais non, le channeling, c'est une notion qui n'est pas techno du tout.
01:53C'est une notion paranormale.
01:55C'est les gens qui ont une chaîne personnelle d'écoute de l'au-delà.
02:00Il n'est pas impossible que ce soit le cas.
02:03Non, mais vous êtes un diable d'homme, ça, c'est sûr.
02:06Enfin.
02:06Vous me tournez la tête.
02:08Mais non, mais non.
02:09Mais je suis bien content de vous voir, parce qu'on se connaît depuis, je ne sais pas combien, 30
02:12ans.
02:12Oui, on se connaît, effectivement.
02:14Et d'ailleurs, je vous rends hommage, parce que vous êtes parmi les rares, avec Renaud Camus, etc.,
02:18avec qui on n'a jamais cessé de se vouvoyer.
02:20Oui, c'est vrai.
02:20Se vouvoyer.
02:21Ah, mais on se vouvoie.
02:22Oui, alors que c'est tellement habituel de se tutoyer à n'importe quelle occasion.
02:27Vous savez, je vous vois m'y mettre, moi.
02:29Oui, mais c'est gentil.
02:30C'est gentil.
02:31Vous êtes trop bons.
02:32Mais alors, c'est-à-dire que je vous ai connu il y a très longtemps, par la radio,
02:35vous étiez invité dans les années 40, 50, 60, je ne sais pas quoi, peut-être 70, 80,
02:42à France Culture, par Philippe de Saint-Robert, une émission qui s'appelle A Voix Nues,
02:51qui perdure toujours, je crois, et qui, Saint-Robert vous a invité pour parler d'un de vos livres sur
02:58l'âge.
02:59Oui, oui, qui est abusant, qui est depuis il y a 32 ans, et donc écrit à 30, et dont
03:06je ne renierai aucune ligne aujourd'hui.
03:08J'ai l'âge maintenant de mes modèles.
03:10Voilà, vous faisiez l'éloge de l'âge, que vous avez un petit peu, maintenant, vous abordez.
03:14Exactement, je disais que la vieillesse n'était pas un moment où on commençait à apprendre le tennis,
03:20c'était plutôt le moment où on cessait d'en faire.
03:23Et d'ailleurs, je ferais bien d'observer mes propres préceptes à propos du parapente.
03:27Vous ne les suivez pas, vous continuez à faire du sport, comme un jeûneau.
03:31Mais un jeûneau qui aimait les messieurs d'un certain âge, enfin l'âge.
03:36Oui, en général, oui, les familles d'un certain âge.
03:38J'ai connu beaucoup de vieux couples dont j'étais un peu...
03:42C'était mon côté François-Marie Bannier, si vous voyez ce que je veux dire.
03:45Ah bon ? Non, c'est ambigu.
03:48J'en ai pas profité autant.
03:50Mais en tout cas, voilà, j'ai adoré en effet...
03:53Comment s'appelait cette éloge de l'âge ?
03:55Ça s'appelait l'éloge de l'âge.
03:56L'éloge de l'âge, c'est ça.
03:56J'avais publié chez Laffont, qui avait très bien marché,
03:59et pour lequel j'avais eu une satisfaction très amusante,
04:01c'est que les gauchistes m'attendaient au coin du bois,
04:04parce qu'il y avait Baudrillard, chez Apostrophe,
04:06qui, normalement, aurait dû m'étrier.
04:09Et en fait, Baudrillard, pendant l'entretien, a dit
04:11« Ah non, je trouve que le livre de combat sur la vieillesse est remarquable, etc. »
04:14Et donc, moi, jeune, droitier, un peu reni par la gauche bien pensante Nouvelle Ops,
04:19j'étais complimenté par Jean Baudrillard sur l'antenne.
04:23Ça a été assez remarqué.
04:25Donc, le livre s'est très bien vendu.
04:26Mais à un moment, vous étiez très...
04:30dans l'air du temps, de toute façon, quand même.
04:32Oui, oui, oui, oui.
04:33Il y a deux vies, il y a deux vies chez vous.
04:35Il y a vraiment deux vies.
04:36Je crois que vous allez nous dire ça.
04:38Ça tombe bien, nous allons faire deux émissions.
04:40Deux conversations.
04:41C'est facile à résumer.
04:42Jusqu'en 2000, grosso modo, j'arrive à vivre de ma plume.
04:48Allez, disons 2001, parce que vous accordez beaucoup d'importance.
04:51Oui, en septembre, absolument.
04:52En septembre, j'arrive à vivre de ma plume.
04:54Jusqu'en septembre, donc.
04:55Et la chute du mur a été très importante aussi.
04:57En 80.
04:58Parce que, voilà, pendant toute une période de ma vie, j'ai...
05:02Non, 89, que dis-je.
05:04Oui, 89.
05:04Mais moi, en fait, j'ai connu plutôt l'Est, je me suis installé en Hongrie pendant assez longtemps, plusieurs
05:09mois, en 91, 92.
05:11Et puis, 94, il y a eu plein de...
05:14J'ai écrit plein de livres sur la Hongrie.
05:15Donc, c'est vraiment, c'était une espèce de passion que j'avais pour ces pays qui étaient un conservatoire
05:20de nos valeurs européennes.
05:21Le roman de Budapest, notamment.
05:23Oui, qui marche très, très bien.
05:23En Rocher.
05:24Je l'ai vendu sous forme de forfait, je le regrette.
05:27Ah bon, vous ne pouviez plus avoir les dividendes.
05:29Ça sort terriblement, c'est incroyable.
05:30Amazon l'a pris sous son aile.
05:32Mais la Hongrie est à la mode.
05:34La Hongrie est à la mode.
05:35Alors, attention, je le disais dans un petit essai que j'ai pu lire en 91, justement, 92.
05:40Je le disais, attention, les Hongrois seront un jour l'honneur de l'Europe.
05:44Voilà.
05:44Encore une prophétie.
05:45Et le livre s'appelait De l'Est, de la peste et du reste.
05:48Bon, alors, à la fin de cette conversation, ou de la deuxième conversation, seconde,
05:52je vous demanderai vos prophéties, puisqu'elles ont l'air de se réaliser.
05:56Absolument.
05:57Alors, donc, deux parties jusqu'en 2001.
05:59La première, très parisienne, très chouchou de Paris.
06:04Tout le monde a une histoire.
06:06La mienne colle un petit peu à l'époque.
06:09Elle colle un petit peu à l'époque.
06:10Oui, vous avez une vaste étendue d'espérance.
06:12Je suis monté de ma province et de mon milieu à ses moyens vers les Jésus de Paris et l
06:18'aristocratie parisienne dans les bonnes et les mauvaises années.
06:20Juste après 68, j'avais 14-15 ans.
06:24Là, j'apprends les usages d'un nouveau monde pour moi, parce que moi, j'étais un provincial, genre très
06:28boy scout, très...
06:29Savoyard.
06:29Oui, puis non, enfin, mon père m'avait élevé à Bordeaux, parce qu'il était en poste là-bas.
06:34Ses origines sont Savoyardes, comme on a testé d'entre nous.
06:37Oui, ses origines sont Savoyardes, absolument.
06:38Mais donc, en gros, j'étais d'une famille de gens méritants, moraux, catholiques, mais assez boy scout, assez un
06:44peu gnangnan, quoi.
06:45Et j'ai découvert, de manière assez abrupte, le monde des enfants des Jésus-Parisens, de l'aristocratie,
06:51des gens qui allaient au château en Bretagne pour les vacances de Pâques.
06:54Et j'ai suivi le mouvement, parce qu'on m'invitait au château.
06:57Et là, il faut apprendre des usages très vite.
06:59Ah oui.
07:00Vous apprenez le blazema très rapidement, vous apprenez tous les codes verbaux.
07:03Vous avez 20 ans, là.
07:05J'avais, non, un peu moins, un peu moins, 16-17 ans.
07:08Vous savez, pour les gens d'un milieu moyen, modeste, disons moyen et modeste à la fois,
07:13par exemple, vous apprenez à ne pas dire un noble, mais un aristocrate.
07:17Vous voyez ?
07:17Oui, c'est aussi bête que ça.
07:19Et à ne pas mettre la particule sans le prénom, sans monsieur devant.
07:22Exactement, enfin, il y a plein de choses.
07:23Chez moi, on ne disait pas « fasse la poste ».
07:25Ah bon ?
07:25Mais c'était tout juste.
07:26Mais vous, il y a des gens qui disent aujourd'hui « Deux villepins va expliquer ».
07:29Oui, absolument.
07:31Mais ça, c'est des codes.
07:33Alors, maintenant, quand on les rappelle, on a l'air d'un pètre sec.
07:36Non, plus personne ne sait, on ne met pas deux.
07:38Oui, oui, absolument.
07:39Mais même les enfants qui sont nés à la Rochefoucauld n'appliquent pas les règles.
07:44C'est ça qui est fascinant.
07:45Ben, ceux-là, ils ont tout liquidé.
07:47Ils votent Mélenchon et à la Rochefoucauld.
07:48Oui, oui, c'est incroyable, incroyable.
07:49Une partie de la famille.
07:50Moi, à l'époque, à l'école, je fréquentais le petit-fils du duc de l'huile,
07:55enfin des gens comme ça.
07:56Oui.
07:56Et donc, c'était assez cru.
07:58Tiens, intéressant.
08:01Alors, mon cher, vous êtes quand même...
08:04Vous allez un peu vite.
08:06Vous avez quand même eu une enfance.
08:07On n'imagine pas.
08:08Une enfance, oui, absolument.
08:09Vous êtes tellement dans le...
08:09Enfance un peu malottée, un père scientifique, etc.
08:12C'est important pour...
08:13Un père scientifique.
08:13Oui.
08:14C'est important pour la suite.
08:15Parce que mon père scientifique avait...
08:16Vous vous serez beaucoup pardonné.
08:17Votre côté techno m'a toujours agacé.
08:19Mon père était scientifique dans le domaine de la recherche du pétrole.
08:22Donc, il était assédié au milieu américain pour ces raisons-là.
08:26Scientifique et le pétrole, ça voulait dire qu'il allait en congrès à Boston ou à Houston
08:31une fois par an ou une fois tous les deux ans.
08:32Il en revenait chargé à la fois de cadeaux et de gloire.
08:35C'est un père pour moi qui avait 10 ans, 12 ans, parce que papa allait aux Amériques.
08:39Enfin, allait en Amérique assez souvent.
08:41Ne dites pas papa, dites mon père.
08:42Et mon père allait...
08:43Excusez-moi.
08:43Non, mais papa, dans la famille, on dit papa.
08:45J'ai assez de familiarité.
08:47Après 5 ans, ne dis pas papa, maman, on dit mon père, ma mère.
08:50Ça voulait dire qu'en gros, avant les autres, avant ceux de mon petit milieu,
08:54j'avais quand même quelques miettes du gâteau américain qui tombait dans mon escarcelle chaque année.
08:59Mon père revenait avec des cadeaux qui étaient introuvables en Europe.
09:02Par exemple, des billes magnifiques qui s'appelaient des amerloques, je me souviens,
09:06qui étaient du splendide, des splendeurs et qu'on ne trouvait pas sur le marché français.
09:09Des billes.
09:09Des billes qui étaient un peu opales, c'était magnifique.
09:12Ah, des agates.
09:13Non, les agates, c'est translucide et c'est très européen.
09:16Mais ces amerloques, c'était des espèces de spaghettis inclus dans une sorte de brouillard opale, opaque,
09:22et c'était très joli.
09:23Et ça, c'était très cher sur le marché des billes.
09:25Et mon père, vous rapportez ça.
09:27Tropisme américain, qui est très accentué, à tel point que lorsque je suis devenu adolescent et un peu rebelle,
09:35comme tout le monde, avec mon premier argent, j'ai payé mon séjour à New York.
09:41Très bien.
09:42À 18 ans.
09:42À 18 ans.
09:43À 18 ans.
09:44Et de là est partie toute une espèce de penchant pour l'Amérique,
09:49qui était un penchant très suspect.
09:51Ça voulait dire qu'on peut faire en Amérique tout ce qu'on ne peut pas faire à la maison.
09:56Tout ce qu'on ne peut pas faire à la maison.
09:58Et par conséquent, pendant plusieurs années, j'ai été familier de ce monde-là,
10:02j'ai parlé la langue assez bien, parce que je suis un peu une éponge.
10:07Et donc, en revenant en Europe, ce qui s'est passé, c'est que, très jeune,
10:11de 23-24 ans, premier livre, premier succès, embauché au Figaro Magazine.
10:17Pourquoi ? Parce que le Figaro Magazine avait besoin de jeunes gens.
10:19Oui, qui soient des nouveaux journalistes.
10:21Les nouveaux journalistes, pourquoi les nouveaux ? Parce qu'il fallait qu'ils ressemblent aux nouvelles méthodes du journalisme de
10:27l'époque.
10:27C'était Louis Powell, c'était R100.
10:29Il fallait qu'on puisse aller faire un petit blitz en Californie chez Boeing.
10:34Et on en revenait avec un reportage double page.
10:36C'est le côté moderniste.
10:37Voilà.
10:38Et donc, le Figaro employait beaucoup des gens qui, comme nous, dormaient dans les halls d'aéroport
10:42et rapportaient une prose très convenable, très rapide, très vite mâchée.
10:48Donc, il y avait un gros turnover, comme on dit.
10:51On l'arrêtait avec vous.
10:51Il y avait beaucoup d'allées-venues.
10:53Attendez, attendez, on va faire une coupure, je vais chercher mon dictionnaire.
10:56Non, non, mais il y avait beaucoup d'allées-venues de...
11:00Un roulement, vous voulez dire ?
11:01Un roulement, absolument.
11:02Beaucoup d'allées-venues avec l'Amérique.
11:05Et c'est là que ça commence à nous intéresser pour la démonstration dont je suis familier
11:09et qui explique une partie de mes mécontes avec le milieu littéraire français notamment.
11:14C'est que cette passion américaine était en fait une passion de naïf, de grand naïf,
11:18puisque nous avons été utilisés à ce moment-là comme des agents de la puissance américaine.
11:23Moi, je ne me rendais pas compte qu'en revenant de chez Boeing,
11:25en faisant une double page dans le Figaro,
11:26j'étais avant tout un agent d'influence au service de l'Amérique.
11:30Et ça, on s'en...
11:31Je ne peux pas empêcher de vous le dire.
11:32Évidemment.
11:33Mais au début, vous avez 25 ans, vous vous dites,
11:35si on me déroule le tapis rouge et je passe une semaine avec un photographe chez Boeing,
11:39c'est parce qu'il trouve que je suis un grand journaliste.
11:41Pas du tout.
11:42J'étais suffisamment maléable pour faire ce qu'il voulait.
11:44Donc ça, c'était très important et pas perçu à l'époque.
11:49Peu à peu, comme j'étais vraiment quand même un romancier,
11:52je me suis aperçu que mon propre éditeur,
11:55en l'occurrence Robert Laffont, assez vite,
11:57puisque le seuil m'a lâché parce que je n'étais pas assez de gauche,
12:00donc Robert Laffont me récupère et fait un gros succès
12:02avec cette éloge de l'âge dont nous parlions tout à l'heure.
12:04Gros succès.
12:05Et qui me propulse un peu, beaucoup même, dans les meilleurs ventes.
12:09Il y avait un gros marché.
12:10Oui, meilleurs ventes, etc.
12:12Et là, Robert Laffont, qui m'avait acheté soi-disant
12:15parce que j'étais un grand bon écrivain de la bonne trempe,
12:19me dit, est-ce que vous ne voudriez pas réécrire tel livre qui est un peu...
12:22Donc en gros, le type qui me disait que j'étais une grande plume
12:26voulait que je réécrive des conneries,
12:29dont d'ailleurs celle de Thierry Breton.
12:31Ah bon ?
12:32Oui, absolument.
12:33Et j'ai refusé tellement il était nul.
12:34Ah bon ?
12:35Je suis allé le rencontrer au café d'en bas.
12:37Je dis à Robert...
12:37On voit bien que ces gens sont...
12:38Je dis à Robert Laffont, mais attendez, c'est lamentable.
12:41Non seulement c'est nul, mais en plus...
12:42Non, c'était un manuscrit.
12:43C'était même pas un manuscrit, c'était une espèce de note.
12:46Et puis au café, il me dit, vous saurez bien me faire ça.
12:48Du fameux breton.
12:49Voilà.
12:50C'était son deuxième manuscrit, qui s'appelait Je ne sais plus comment.
12:53Et donc le type avait même pas eu la politesse de...
12:56Celui qui nous persécute, là.
12:57Oui, il avait même pas eu la politesse de rédiger quelque chose.
13:00C'était un paquet de notes, et il disait, vous ferez bien quelque chose avec.
13:03Vous trouvez un...
13:03Voilà, et je lui dis à Robert Laffont, non, désolé, je ne suis pas un esclave, ni de lui, ni
13:07de vous.
13:08Mais vous avez réécrit beaucoup de livres comme ça ?
13:10Ben non, on me l'a proposé une fois.
13:13En revanche, ce que j'ai fait beaucoup pour vivre,
13:15quand ça a marché un tout petit peu moins bien,
13:17c'est que j'ai traduit des livres.
13:18Et ça, c'est le gros piège.
13:19On en revient au tropisme américain.
13:21Le gros piège, c'est que quand vous parlez l'anglais, vous êtes traducteur de l'anglais,
13:24on vous dit, parce que vous avez une plume de romancier d'aujourd'hui, de romancier moderne,
13:28j'aime bien tes dialogues, etc., est-ce que tu peux nous faire ça ?
13:31Qu'est-ce que c'était ça ?
13:32C'était des livres policiers dégueulasses à l'américaine.
13:34Des serial killers, des filles qui étaient dépossédisantes, etc., tout ça en Californie.
13:39Donc je traduisais ça, que je réprouvais,
13:42et qui se retrouvaient dans la vitrine chez mon propre éditeur, devant mes propres livres.
13:47Mes livres étant consignés au fond.
13:49Ça, c'était chez Robert Laffont, ça a duré un bon...
13:51C'est-à-dire, vous traduisiez et réécriviez un peu...
13:53Oui, parce que vous savez...
13:55Des livres qui n'étaient pris que parce qu'ils étaient états-uniens.
13:59Et puis surtout parce que c'était du sang à toutes les pages.
14:03Et parce qu'ils étaient états-uniens, ils avaient une priorité et les vôtres étaient...
14:06Absolument, absolument.
14:07On voit bien, d'ailleurs, même des gens...
14:09Vous êtes l'agent de votre propre relégation.
14:12Exactement.
14:12Mais même des gens un peu...
14:14J'ai oublié son nom, comment s'appelle-t-il ce type qu'on voit tout le temps au Figaro,
14:17qui était un grand spécialiste de la littérature américaine.
14:20Il a encensé un délitre que j'avais traduit,
14:24tout en ne sachant pas que c'était moi, parce que je le faisais sous le nom de ma mère,
14:28et il débignait le mien juste dans la colonne d'après.
14:32Vous aviez une activité déjà débordante à 20 ans, parce que...
14:35Non, là, c'était 25.
14:3725 ou 30 ans, oui.
14:38Oui, oui.
14:38Non, ça marchait assez bien et j'avoue que j'étais très heureux.
14:40Et vos études, vous les avez faites à Bordeaux d'abord.
14:43J'ai fait...
14:43Non, ça, c'était le secondaire.
14:46Non, le secondaire, le début du secondaire.
14:48Après, troisième...
14:49Quel lycée à Bordeaux ?
14:50Sainte-Marie-du-Grand-Lemoye, le collège de Mauriac.
14:53Oh !
14:53Le collège de François Mauriac.
14:55L'enfant chargé de chênes.
14:58Codérant, d'ailleurs.
14:58Donc, en fait, c'est assez curieux, parce que j'ai quand même été élève
15:02dans tous les grands phares de la formation des futurs écrivains.
15:07Bordeaux, donc Mauriac.
15:08Et puis, les jésuites de Paris.
15:10Là, il y a eu pas mal de gens qui se sont distingués,
15:13pas forcément dans les lettres.
15:14Mais après, j'ai terminé la dernière année.
15:16Les jésuites où, alors ?
15:17De Paris, sur la colline du Trocadéro,
15:19le fameux collège dont Brigitte a été une des profs.
15:22Quelle Brigitte ?
15:25Je ne me parlais pas de...
15:26Bonne question !
15:27Quelle Brigitte !
15:27Je ne parlais pas de Brigitte !
15:29Bon, alors, en tout cas, ce monde-là, je l'ai connu 15 ans avant.
15:33Elle n'a pas appris la politesse, apparemment.
15:34Non, visiblement pas.
15:36Elle n'a rien appris, d'ailleurs.
15:37Parce que quand on entend ses commentaires sur la littérature,
15:40c'est un peu face à face.
15:42C'est quand même une femme qui a dit de son mari,
15:44il n'a de cesse que la France.
15:46Ah oui.
15:47Voilà une belle phrase.
15:48Et vous êtes passée par le même collège qu'elle...
15:51Non, elle était prof à l'époque.
15:54On se demande par quelle opération du Saint-Esprit.
15:56Par quelle opération ?
15:56Moi, j'ai été élève.
15:57Ce qui n'est pas pareil.
15:59Enfin, bref.
16:00Donc, ça s'est bien passé.
16:02Après, Sciences Po, les beaux-arts,
16:04mais je m'ennuyais partout.
16:05Et donc, immédiatement, le journalisme et la littérature
16:08qui m'ont que lit au milieu de mes études, pratiquement.
16:12Et voilà.
16:13Et j'ai démarré très, très, très jeune dans ces conditions-là.
16:16D'excellentes conditions, il faut reconnaître.
16:18Parce que quand vous avez été un peu coincé dans votre province,
16:21vous vous retrouvez à San Francisco tous les quatre matins
16:23avec, en plus, une mission.
16:26Une mission.
16:27Alors, le problème aussi, c'est que les Américains ne sont pas fous.
16:29À un moment, quand ils voyaient que mes petits livres marchaient assez bien...
16:32Attendez, question.
16:33On ne peut pas dire États-Unis, hein, parce que les Chiniens aussi sont...
16:36D'accord, oui, d'accord.
16:37Je pense que vous pensez aux États-Unis quand vous dites ça.
16:39Oui, les Américains du Nord.
16:41Et donc...
16:41Les pauvres Québécois, ils sont...
16:43Enfin, en tout cas, ce qui était fascinant, c'est que ces gens-là,
16:47c'est vraiment le diable, puisqu'à une époque où ça marchait assez bien,
16:50pour moi, à Paris, et des amis parisiens se chargeaient,
16:53enfin, des amis américains ayant un pied à Paris se chargeaient
16:56de montrer les articles du Monde à mon sujet,
16:58disant, tu sais, qu'il est quand même très connu à Paris.
17:00Donc, à ce moment-là, les gens qui étaient un peu dans l'industrie du cinéma localement
17:04m'ont dit, ah bon, c'est marrant.
17:05Et s'ils ne peuvent pas aller voir un tel,
17:07parce qu'on manque de plot makers.
17:09Plot makers, c'est les gens qui faisaient des scénarios au kilomètre, vous savez, pour les...
17:14Vous les accumulez, comme disait ma bonne.
17:16Ben, je suis désolé, c'est du langage, du langage...
17:20Mais si, c'est le langage professionnel.
17:23Un plot maker, c'est en gros, c'est un scénariste au maître.
17:27Et donc, on me proposait de faire ça...
17:28On n'a rien de professionnel.
17:30On peut se payer le luxe de parler français.
17:32À l'époque où je venais pour le Compte du Figaro,
17:35une saison, on m'a proposé de rester et de faire ça pendant une année.
17:37Aux Etats-Unis.
17:38Et là, j'ai compris le piège que c'était.
17:41Je me suis dit, ça y est, l'année prochaine, tu te payes une voiture de sport rouge,
17:43et puis c'est fini, tu deviens un auteur américain.
17:49Et donc, très en vogue à Paris.
17:51Et très en vogue à Paris, oui.
17:52La meilleure façon d'être en vogue à Paris.
17:53Ce qui m'a beaucoup amusé, c'est qu'après, je voyais Philippe Jean,
17:56tous ces gens-là, être la langue pendante devant le monde américain,
17:59mais moi, je l'avais déjà connue cinq ans auparavant,
18:01et ça m'amusait beaucoup.
18:01Ça vous a un peu mitrinatisé, d'ailleurs, justement.
18:04Ça vous a vacciné, non ?
18:05Oui, alors ça, déjà, ça m'a vacciné dans un premier temps.
18:08Et puis après, les choses...
18:08Quand on a vécu aux États-Unis, on déchante un peu, hein ?
18:11Beaucoup, même, beaucoup, beaucoup.
18:13Surtout dans mon milieu, parce que ce qu'il faut voir,
18:15c'est que, comme vous le soulignez,
18:17j'ai une certaine propension à fréquenter des octogènes, même à 25 ans.
18:22En France, c'est très désirable, je veux dire, culturellement, c'est formidable.
18:26Les octogènes, moi, je me souviens du président de société à Paris
18:29qui citait Cyrano par cœur à table.
18:31Vous avez connu des généraux aussi.
18:32Oui, exactement, on ne pouvait pas les arrêter.
18:35Ils citaient Cyrano.
18:36Je signale que vous avez raconté ça dans votre biographie.
18:38Oui, absolument.
18:38Ils étaient copains...
18:40Dans le nom, j'ai oublié d'ailleurs le nom du...
18:42Ça s'appelait Votre serviteur.
18:43Votre serviteur.
18:45Mais le deuxième tome va apparaître dans deux, trois ans.
18:49Alors, on l'attend, on l'attend, on l'attend.
18:50Il va s'appeler Noter mademoiselle.
18:53Pardon ?
18:53Il va s'appeler Noter mademoiselle.
18:57Ah, Noter mademoiselle.
19:08Je magasinait des notes à mon sujet.
19:10Donc, elle me suivait partout pour finalement ne pas faire le manuscrit en question.
19:15Ce que je trouve très littéraire d'être suivie par sa biographe qui finalement ne fait rien.
19:20Parce qu'elle savait qu'il y avait beaucoup de...
19:22Oh, il y avait peut-être des choses qu'elle ne pouvait pas raconter aussi.
19:25Mais, enfin bref.
19:26En tout cas, tout ça pour dire, pour revenir à notre fil directeur.
19:30J'étais un grand naïf.
19:31Ah, parce que nous avons un fil.
19:32Le directeur, ça s'achève en 2001, on l'avait dit.
19:35Ah, voilà. Votre jeunesse.
19:36Voilà. Cette jeunesse un peu pétrie d'Amérique et quand même de grande satisfaction professionnelle
19:44et aussi de grand mépris professionnel, puisqu'il y a un versant...
19:48C'est là que ça commence à s'écrire sérieusement.
19:50Dans toutes ces opérations Figaro, que faisais-je ?
19:52Parce que j'étais vraiment honnêtement un pisseur de copie pour le Figaro.
19:56Dans le domaine notamment de l'audiovisuel.
20:00Que faisais-je ?
20:01Je suivais, pour le compte du Figaro, les opérations spéciales de France Inter en Californie
20:05chez les stars, avec José Arthur à New York, avec Yves Mourouzi.
20:10Le pop club.
20:11Quand il faisait ses directs, Yves Mourouzi, le bonjour du 13h, là.
20:16J'étais là, c'était à 6h30 du matin.
20:19On était là dans un entrepôt à Brooklyn.
20:21À 6h30 du matin, Mourouzi ?
20:23Oui, parce qu'il sortait de boîte.
20:25Il ne s'était pas couché.
20:27J'allais dire, j'avais connu Mourouzi, de vous à 6h30 du matin.
20:32Et Dieu sait que je l'ai connu.
20:32Il ne s'était pas couché en effet.
20:34Il était assez remarquable, puisqu'il prenait son micro, pas de notes, rien.
20:38Si, il regardait un vague conducteur.
20:40Et un prince russe.
20:41Oui, il enchaînait.
20:42Il était quand même un bon improvisateur.
20:44Bref, tout ça pour dire que j'ai vécu cette...
20:46Il était assez dopé, il faut dire.
20:47Oui, oui.
20:48Cette soumission du monde culturel français à l'Amérique, je l'ai vécu de l'intérieur.
20:52C'est là que ma petite histoire a un côté un peu...
20:55Mais de quoi était-elle faite ?
20:57Alors...
20:57Qu'est-ce qu'on aimait ? La puissance ?
20:59Alors, il y a tout.
21:00D'abord, il y avait des vecteurs.
21:03L'un des principaux vecteurs, c'était Lynn Renaud,
21:04qui, de mon point de vue, j'ai le droit d'en être convaincu,
21:07est une sorte d'agent de la CIA depuis le début.
21:10Lynn Renaud nous a vendu le mythe américain de A à Z.
21:13Vous savez, il y a beaucoup d'agents des États-Unis,
21:15de la propagation de la culture ou sous-culture états-unienne,
21:19et qui ne sont pas payés du tout.
21:21Non, mais peut-être que c'est de gré à gré.
21:25Mais une chose est certaine, c'est qu'elle a été l'un des agents d'influence
21:28les plus remarquables, les plus récurrents dans la vie médiatique française
21:34pendant toutes ces années-là.
21:35Elle a quasiment choisi des maisons pour Patrick Buell à Hollywood.
21:40Elle nous a fait visiter ensuite les maisons sur TF1 avec un côté magazine.
21:44Moi, je me souviens de nos reportages où elle allait faire la reportrice
21:49chez les Osman Brothers dans l'Utah,
21:52qui était un groupe qui avait beaucoup de succès,
21:54elle les connaissait.
21:55Elle faisait pendant deux heures un direct sur Europe 1
21:58de chez les Osman Brothers.
22:00Vous savez que le général de Gaulle,
22:02que nous aimons l'un et l'autre,
22:04en quelques accointances politiques,
22:06il me souviendrait toujours de la gentillesse avec laquelle,
22:08j'envoie une parenthèse, ça arrive,
22:11vous m'avez rejoint en 2012.
22:15en Haute-Marne, c'était pas à côté.
22:17Pour vous prêter main-forte pour une campagne électorale.
22:19J'étais candidat pour mon malheur
22:22et pour le rassemblement bleu-marine
22:24dans une circonscription du côté de Saint-Dizier.
22:28Vous partiez pas avec tous les atouts.
22:31J'avais déjà assez peu de...
22:33D'abord, vous n'ayez pas de voiture, pas de permis, pas d'affiche.
22:36Si, si, j'avais...
22:37Non.
22:38Vous saviez pas vous servir de votre téléphone portable.
22:41Ah, c'est pas parce que vous m'avez toujours pris pour...
22:44Bon.
22:45Et moi, je vous prends pour un high techno dangereux.
22:48Non, j'avais peut-être un chauffeur,
22:49mais j'avais une voiture quand même.
22:50Oui.
22:51Mais je savais conduire.
22:53Bref, la campagne n'a pas été couronnée de succès,
22:55mais je me souviens toujours de l'amitié
22:57avec laquelle vous m'avez rejoint en prétant main-forte.
22:59Dans un désert.
23:00Dans un désert absolu, oui.
23:02Bon, enfin, dans un désert magnifique, d'ailleurs.
23:04Oui, oui.
23:04C'est une magnifique région, mais enfin...
23:05Jouinville-le-Pont.
23:07On a fini par faire 20%.
23:08Oui.
23:09C'était quand même pas beaucoup.
23:10Et encore, vous avez fait 20%
23:11parce que vous n'êtes pas énormément activé
23:12en salle, comment dire, polyvalente.
23:16Vous n'avez pas fait beaucoup de meetings.
23:18C'est impossible.
23:19Chaque fois qu'on voulait louer une salle polyvalente,
23:21mon adversaire...
23:22Elle n'était pas disponible.
23:22L'avait déjà louée avant.
23:23Oui, oui, c'est ça.
23:24Je veux avoir une taupe, mais c'était pas vous.
23:26Voilà, bref, je ferme cette parenthèse amusante
23:29sur votre évolution politique.
23:31Vous étiez déjà un peu à l'écart
23:35de la doxa générale à Paris.
23:39Oui, parce que déjà, rien que la façon
23:41dont j'étais recruté,
23:43Mme Hersan a dit, j'aime bien ce que disent garçons,
23:46je suis toujours du même avis.
23:48Et alors, il faut dire que je faisais le repas.
23:51Il y a très peu de jeunes journalistes
23:53qui sont capables de faire ça en ce moment.
23:55Je faisais l'article du lendemain
23:57à 10h30 après la fin du téléfilm.
24:00Je téléphonais le papier
24:02et on le prenait en sténo.
24:03Et ça paraissait le lendemain matin à 7h.
24:05Donc j'avais un quart d'heure, 20 minutes
24:07pour rédiger un papier.
24:08Et vous travaillez très vite aussi.
24:10Non, en tout cas, ça marchait très bien
24:11puisque chaque matin,
24:12je critiquais le téléfilm de la veille
24:14dans le Figaro quotidien.
24:16De la veille, 20h30, oui.
24:16Dans le Figaro quotidien.
24:17Donc j'avais une grande récurrence.
24:19Et ça apprend beaucoup, là.
24:21C'est un peu comme quand...
24:21Mais le Figaro n'était pas bouclé
24:23à 8h du soir comme aujourd'hui.
24:25Non, à l'époque,
24:26on pouvait livrer de l'approche
24:27jusqu'à...
24:28Jusqu'à 11h au minuit.
24:29Jusqu'à 22h à peu près.
24:30Ah oui ?
24:30Juste.
24:31On me laissait juste la colonne qu'il fallait...
24:33Parce qu'après, il faut imprimer,
24:34il faut diffuser...
24:34Entre parenthèses, c'est une grosse responsabilité
24:36parce que sans ça, ça faisait un trou.
24:38Il fallait qu'il me meuble avec quelque chose.
24:39Mais oui, vous vous rendez compte.
24:40Vous avez 25 ou 30 ans.
24:42Et je faisais ça de ma province.
24:44C'était assez drôle.
24:45Il fallait que le téléphone fonctionne.
24:46Ah oui, oui.
24:47Oui, absolument.
24:48Alors, à ce moment-là, votre province,
24:49c'est la Savoie, oui ou non ?
24:50Non, non.
24:51Toujours pas ?
24:52Dès avec mon premier livre...
24:53J'ai acheté...
24:54J'ai acheté...
24:55J'ai été en Savoie, après.
24:56Vous ne vivez pas à Paris, plus...
24:58Non, je ne vis pas à Paris.
24:59J'ai toujours connu en province.
25:00Ce qui s'est passé, c'est que j'avais une existence très mondaine
25:03et que j'ai offert un chien, un ami général de cavalerie,
25:08assez âgé, évidemment, par définition.
25:09Le chien est mort trois ans après.
25:11Et la famille m'a dit, désolé, mais le chien,
25:13tu le regardes ou c'est la SPA ?
25:15Et j'ai dit, mais attends, tu rêves ?
25:16J'habite rue de Prony dans le 17e
25:18et je circule avec une grosse moto.
25:20Elle me dit, ben, je n'ai même pas de voiture.
25:22On te file la voiture aussi.
25:23Et là, j'ai réfléchi un instant...
25:25J'ai pris la voiture et le chien.
25:26J'ai pris la voiture et le chien.
25:27Et vous êtes parti en province.
25:28Et j'ai loué une maison en Normandie au début,
25:30pendant deux, trois ans.
25:31Et c'est là que je me suis aperçu que la vie à la campagne
25:33était quand même très, très désirable.
25:36Et vous êtes resté campagnard et campagnole.
25:40Et alors, en plus, c'était le moment où mon éditeur
25:41commençait à m'entretenir vraiment...
25:42Parce que vous étiez déjà célèbre à ce moment-là,
25:44mais pas autant que campagnole.
25:46Aujourd'hui, la célébrité est bien plus grande.
25:47Là, la célébrité de campagnole, elle est surtout physique.
25:50Formidable, oui.
25:51Les gens me lisent peu, mais ils me reconnaissent beaucoup.
25:53On vous connaît.
25:54En fait, le chien, là.
25:55Il est là, le chien.
25:56D'habitude, vous avez toujours dans les mains un chien.
26:02Ah, ben, le voilà.
26:04Bonjour, jeune homme.
26:05Ce chien a fait pratiquement tout le succès de la chronique.
26:10C'est lui le héros.
26:12Il est sage depuis que les caméras tournent.
26:14Oui, oui, il a l'habitude.
26:16Quand je tourne tout seul, il est dans un panier, il ne bouge pas.
26:19Bon, alors, vos campagnes, pas électorales cette fois,
26:21mais vos provinces, mon cher Lucien Courbaz.
26:25Alors, mes campagnes.
26:26À 24 ans, j'ai un premier gros succès.
26:29Et j'achète, enfin, je prends une option d'achat
26:31sur une maison que j'ai choisie dans les...
26:32Après la Normandie, là, que j'ai choisie tout de suite.
26:3625 ans.
26:37Et puis, voilà.
26:38Je suis encore dans le même pays.
26:40Après, donc, 44 ans après.
26:42C'est-à-dire dans le sud, dans le midi.
26:43Dans le midi, absolument.
26:45On peut dire le sud de l'Aveyron ou...
26:46L'Aveyron.
26:48L'Aveyron.
26:50Grand département, de toute façon.
26:51Avant de vous y retrouver.
26:53Et vous vous y cachez un peu, il faut dire.
26:54Un petit peu, oui, parce que sans ça,
26:55honnêtement, il y a un côté pèlerinage.
26:57Je sais.
26:58Je veux dire, c'est René et Zezette
27:00qui viennent voir si c'est bien la campagne.
27:02Oui, oui, oui, oui.
27:03Il vaut mieux se cacher un peu.
27:05Alors, donc, Paris de moins en moins,
27:09mais quand même un succès tel que vous y vivez à moitié.
27:11Voilà, le Figaro pour...
27:13Et le Figaro et les traductions
27:15pour pallier d'éventuelles méventes
27:20de la littérature officielle.
27:21Mais vous en viviez.
27:22J'en vivais, j'en vivais.
27:24Mais entre Figaro, traduction,
27:25ça allait juste assez bien.
27:27Vous étiez plus écrivain que journaliste.
27:29Bien davantage.
27:30Et je le suis resté, évidemment.
27:32Mais la chose qui s'est passée,
27:34c'est qu'après, vers le...
27:36Grosso modo, la chute du mur,
27:38vers la fin des années 80,
27:41je me prends d'une passion pour l'Europe de l'Est.
27:45Une passion donc très culturelle,
27:47très raisonnée.
27:48Plus que la Hongrie, alors.
27:49Alors, la Hongrie, mais en même temps un peu...
27:51C'est assez étrange.
27:52J'avais un ami, curieusement, localement,
27:54dans l'Aveyron,
27:55j'avais un ami prêtre tchèque
27:59qui était prêtre de la cathédrale
28:02et puis qui s'est ennuyé au bout d'un moment.
28:04Il dit, je m'ennuie,
28:05il n'y a que des vieilles ici.
28:06Alors, je dis, mais attendez,
28:08Antoine, vous n'allez pas faire un caprice
28:10comme ça tous les cinq ans.
28:11L'évêché va s'énerver, ça,
28:12j'ai fait mon affaire.
28:14Et donc, le mec était tellement introduit
28:16qu'il est devenu curé de parouane à Lausanne,
28:18à la chute du mur.
28:19Et puis, ensuite, il a été nommé
28:20dans son propre village natal en Moravie
28:23comme curé.
28:23Et c'est là que je suis allé installer le cosmitère.
28:26Alors, il fallait voir.
28:27À l'époque, on sortait du zéro communiste.
28:31Il n'y avait rien, on ne pouvait acheter rien.
28:33C'est l'ancienne Tchucoslovaquie.
28:35Absolument.
28:36C'était...
28:37La consoeur de la bohème.
28:39Oui, à la frontière polonaise.
28:41Le patelin s'appelait Friedek Mistek.
28:43Et il y avait une cathédrale magnifique,
28:45enserrée par des HLM, évidemment.
28:47Et on a rouvert la cathédrale.
28:49J'ai toutes les images où on voit...
28:51Il faut dire, les communistes ont enserré,
28:53les cathédrales, dans des bars d'immaule.
28:56Absolument.
28:58Et donc, à l'époque, j'étais...
28:59Pourquoi je suis allé...
29:00La mesquinerie de...
29:00Je suis allé l'aider à se réinstaller dans ce presbytère.
29:03Mais il avait 70 ans à l'époque.
29:04Je suis allé l'aider à s'installer dans ce presbytère
29:06parce que j'habitais à Budapest depuis 6 mois.
29:09J'avais loué un appartement à Budapest où j'ai...
29:11Alors, parce que mon père avait un ami hongrois
29:14qui avait un accent à couper au couteau,
29:16qui disait, celui-là, je le tiens pour un con.
29:18L'accent hongrois est très amusant parce qu'il tombe.
29:21Il me dit,
29:24cela, je n'y crois pas beaucoup.
29:27Ça descend toujours.
29:29Un peu les Tchèques font pareil un peu aussi.
29:31Donc, c'est un peu le contraire des Italiens
29:32qui montent tout le temps dans les aigus.
29:34Et alors ?
29:35Oui.
29:36Et les Hongrois, ils tombent...
29:38Et puis, enfin, bref, c'est très amusant.
29:40Moi, j'adore ce pays sur le plan psychologique.
29:42Ils sont très compatibles avec les Français.
29:43Ils adorent la bouffe.
29:44Ils sont très...
29:45Ils sont très galants.
29:47Ils adorent les jolies femmes, etc.
29:49Il y a un côté très charmant dans la vie sociale hongroise
29:52dans les années 20, par exemple.
29:54C'est délicieux.
29:55Alors, d'ailleurs, vous parlez d'Italie.
29:58Vous dites, votre vie a un peu changé après 2001.
30:01Oui.
30:02Mais vous êtes resté en cours, relativement en cours.
30:05Assez, en tous les cas, pour être conseiller culturel.
30:08Non, parce que là, justement, c'est là que ça se passait très mal.
30:10Je vous ai connu conseiller culturel à Milan.
30:12Oui.
30:13Et puis ensuite à Saragosse.
30:14Alors, oui.
30:15Sommes-nous à la fin de la première période ?
30:17Non, peu importe les périodes.
30:19N'allons pas trop vite.
30:21Pourquoi ça se gâte ?
30:22Ça se gâte, à partir du moment où je commence à aimer bien l'Europe de l'Est...
30:26Qu'est-ce qui se gâte ? Votre notoriété ?
30:27Pas la notoriété.
30:28Mon équation au sens, tu vois, tu...
30:32Conformité à l'opinion commune.
30:32Oui, tu es en train de faire des conneries et ça te dessert.
30:36En gros, l'état profond t'aime de moins en moins.
30:39Et donc, à l'époque, en 91-10, je propose à Robert Laffont un livre qui s'appelait
30:44De l'Est, de la peste et du reste, où je racontais que le tronc européen, c'est quand même
30:49bien celui-là,
30:50c'est quand même des familles slovaques, parce que grâce aux prêtres, on est allé plusieurs fois dans les familles
30:54slovaques,
30:55où on jouait de la musique de chambre après le dîner.
30:58C'est-à-dire la culture musicale et picturale, les aquarelles, tout ça, c'était...
31:02De toute l'Europe centrale.
31:03Exactement.
31:04Toute cette Europe centrale est un véritable conservatoire.
31:06Ça m'a beaucoup frappé.
31:08De la dernière Europe, vous l'avez dit.
31:09Voilà.
31:09Je l'ai raconté dans un livre, De l'Est, de la peste et du reste, où je disais à
31:14un ami hongrois,
31:15ne vendez pas votre arbre aux Américains maintenant que la porte est ouverte,
31:18parce que vous serez obligés de la racheter.
31:20Et la racheter est très cher.
31:21C'est exactement ce qui se passe.
31:23À partir du moment où je commence à dire que le système américain est vicié, vicié l'art,
31:27sur le plan culturel notamment,
31:29notamment à cause de tous les livres que je viens de traduire,
31:31qui était vraiment dégueulasse.
31:33Et moi, pour livres, j'étais obligé de traduire des livres.
31:35Vous avez compris ce que c'était, que le colonialisme culturel.
31:38Voilà, des crimes en série, etc.
31:39Et j'ai trouvé quand même que la domination culturelle américaine
31:45sur notamment notre audiovisuel par le biais de TF1 et France 2
31:48et des feuilletons américains dégueulasses
31:51devenait scandaleuse sur le plan...
31:52C'est toute une génération qui a été abîmée par TF1, en fait.
31:56Abîmée.
31:57À 20h30, on vous présentait des feuilletons policiers
32:01policiers où le seul intérêt, c'était ce que pense l'enquêteur,
32:04ce que pensait éventuellement l'assassin,
32:06mais la victime, ce qu'elle pensait, on n'en a rien à foutre.
32:08Et c'est ça, l'anti-humanisme américain, c'est comme ça que je le définis.
32:12Ah oui.
32:13Et donc, voilà, c'est ce que je disais dans ce petit livre.
32:15Et je montrais à quel point, en revanche, en Hongrie, dans tous ces pays-là,
32:19on avait encore cette espèce de raffinement du cœur.
32:22Et j'en faisais tellement d'étonnes que Robert Laffont a fini par le publier du bout de l'air.
32:27Mais au début, il ne voulait pas.
32:28Ça lui avait coûté à peu près l'équivalent de 10 briques.
32:31Il m'avait entretenu pendant une année pour l'écrire.
32:34Et il disait, finalement, je n'ai pas envie de le faire.
32:36Mais il l'a fait.
32:37Il l'a fait quand même.
32:38Mais il l'a fait tout en le laissant laminer par la presse.
32:42Alors, je pense que vous savez qui a dit, en 1963,
32:46nous avons décolonisé l'Algérie et le reste de nos colonies,
32:50et maintenant, nous allons décoloniser la France.
32:53Qui dit ça ?
32:54Je ne sais pas, mais c'est à Eisenhower ou quoi ?
32:58Non, non, je crois qu'il faisait partie.
33:00C'est le général de Gaulle.
33:01Ah ben oui.
33:02Qui dit à Perfit, c'est le 3 janvier, on trouve ça.
33:05C'était de Gaulle.
33:06Ah oui, oui, dans son verbatim.
33:08Alors, nous avons achevé la décolonisation,
33:10au moins celle des autres,
33:11et maintenant, nous allons nous décoloniser.
33:13On peut parler de colonisation culturelle ?
33:14Alors oui, vous allez voir à quel point,
33:17dans ces années 92,
33:19au moment où j'ai publié ce petit livre,
33:22j'ai commis une sorte de crime de l'aise,
33:25influence culturelle américaine,
33:27en chantant les mérites de cette Europe de l'aise.
33:30Pourquoi dis-je que j'ai commis ce crime ?
33:32J'ai deux indices puissants.
33:34Premier indice, deux pages dans The European,
33:39le quotidien de Robert Maxwell,
33:41le père de Guylaine,
33:42à Londres, en anglais,
33:45sous le titre
33:45« Poison that is from the West ».
33:47Ah, c'est le père de la Guylaine.
33:49Et oui, et oui.
33:50Alors, ce journal qui se voulait
33:51le monde européen en anglais,
33:53donc c'est le journal qui devait être
33:54le journal du fédéralisme européen,
33:56que Maxwell avait lancé,
33:58se paye un petit écrivain comme moi,
34:00mais double page, très violent,
34:02sous le nom d'une certaine Marie,
34:05Elisabeth Moutet,
34:05qui continue à sévir un peu partout,
34:07parce qu'elle est bilingue,
34:08on la voit tout le temps sur les médias anglais.
34:10Et cette fille disait notamment
34:12dans l'article en anglais,
34:14il a publié quelques romans
34:15qui n'ont pas du tout eu de succès,
34:17ce qui était scandaleux,
34:19parce que c'était exactement le contraire.
34:21Et donc, elle essayait de me débiner...
34:23Paris, dans les années 90,
34:24vous comptiez beaucoup.
34:26Effectivement.
34:26Et donc, elle me débinait,
34:28parce que, en débinant le bonhomme,
34:29elle débinait la thèse.
34:30Et la thèse, c'était que nous avions...
34:32Nous étions sur le point
34:33d'infecter l'Europe de l'Est
34:36par notre anti-humanisme dégueulasse.
34:39Alors ça, c'était une thèse proscrite.
34:42En tout cas, deuxième indice,
34:44et là, indice marrant pour quelqu'un
34:45qui fait partie comme vous
34:46de la Smala littéraire parisienne.
34:51Dans mon propre journal,
34:52Le Figaro...
34:53On dit de la fleur.
34:53Oui.
34:54Dans mon propre journal,
34:56Le Figaro...
34:56Vous ne parlez pas anglais,
34:57vous parlez arabe.
34:58Le Figaro littéraire,
34:59dont j'étais l'un des chroniqueurs
35:02habituels.
35:03Je ne dis pas vedette,
35:04parce que, surtout,
35:04j'étais une vedette
35:05parce que j'écrivais très souvent.
35:07Et donc, j'étais quand même
35:08un collaborateur régulier de ce journal,
35:10sous la houlette de Jean-Marie Roy,
35:13ou je ne sais pas,
35:13c'était son prédécesseur.
35:14En tout cas,
35:16qui m'envoie-t-on
35:18pour critiquer le petit livre
35:19de l'Est,
35:20de la peste et du reste ?
35:20Un certain Manuel Carcassonne.
35:22Ah, mon Dieu.
35:24Manuel Carcassonne,
35:25qui est devenu quoi,
35:26dix ans après ?
35:28Young leader
35:28of the French American Foundation.
35:30Une machine de guerre anti-française.
35:32Voilà.
35:32Young leader
35:33of the French American Foundation.
35:35Il est très infiltré,
35:36partout, partout.
35:37Incroyable.
35:37Et donc, ce type,
35:39s'est payé ma fiole
35:40dans mon propre journal,
35:41sous le titre
35:42« C'est la faute aux Américains ».
35:44Vous voyez bien le côté,
35:46le même côté que chez Maxwell.
35:47Vous vous ringardisez.
35:48Absolument,
35:48me ringardisez
35:49parce que j'avais osé
35:50toucher au système de pensée.
35:51Mais vous parliez déjà
35:52de la Russie à ce moment-là ?
35:53Je parlais de la Hongrie à l'époque,
35:55pas de la Russie.
35:55Pas de la Russie
35:56comme partie prenante
35:57de la culture européenne ?
35:58Pas de la Russie
35:59parce que c'est venu plus tardivement
36:01parce qu'après,
36:02j'ai été envoyé par le Figaro
36:03pour faire des voyages en Russie.
36:05Je les ai mieux connus.
36:06Et donc,
36:07le troisième indice dont je parle,
36:08qui est un peu plus récent,
36:112010-15,
36:12je reprends un peu,
36:13en revenant de mes séjours
36:16à l'étranger,
36:17pour le compte du gouvernement,
36:19c'est-à-dire
36:20chef de service culturel,
36:22je reprends du service au Figaro,
36:23au Figaro Vox.
36:24Et là encore, pareil,
36:25je prends de la copie
36:26tous les matins
36:27parce que c'est ma nature,
36:28j'adore ça.
36:29Et parmi les copies que je prends,
36:30j'en prends une
36:31qui m'a valu les honneurs
36:32de New York Times.
36:34Pourquoi ?
36:35Parce que j'ai ricané
36:36sur le vagin de la reine,
36:37l'espèce de sculpture à la conde
36:39dans les jardins de Versailles,
36:40vous vous souvenez ?
36:40– Oh non.
36:41– Eh oui.
36:42Et cette affreuse chose...
36:44– Je m'en souviens pas.
36:44– Cette affreuse chose rouillée
36:47qui avait coûté
36:47des millions de francs,
36:48d'euros,
36:50d'euros déjà à l'époque,
36:52dans les jardins de Versailles,
36:53j'ai dit dans le Figaro
36:54que c'était une sorte de selfie
36:56que l'artiste s'offrait
36:58avec les sous-publics français
37:01et la complicité des Américains.
37:03Le New York Times,
37:04ça fait toute une diatribe
37:06à mon sujet,
37:07disant qui c'est que ce mec
37:08qui se mêle de ces histoires
37:10d'art contemporain
37:11et qui prétend voir
37:12un schéma de Ponzi
37:13là où il n'y a que...
37:15– Versailles, ça ne le regarde pas.
37:16– Ouais, incroyable, incroyable.
37:18– Et donc, c'est là qu'on voit
37:20que titiller le système...
37:22– Ah, ça coûte cher.
37:23– La pieuvre américaine,
37:24ça coûte cher
37:25et je dirais jusqu'à présent,
37:27de plus en plus cher.
37:28Là, avec Trump,
37:29peut-être que ça a une chance
37:30de se...
37:31– Je suis très dubitatif.
37:33– On ne sait pas, mais...
37:33– L'Empire reste L'Empire,
37:35mon cher.
37:35Mais enfin, quand même,
37:36je vous ai connu,
37:37racontez-nous pour finir
37:38cette première conversation,
37:40bien qu'il ait tant et tant
37:41à dire,
37:42sur votre adolescence
37:44et votre adolescence.
37:45On est passé très vite
37:46sur votre enfance, d'ailleurs,
37:47et vous n'avez pas...
37:48– Enfance, écoutez...
37:49– Non, si, quand même,
37:50une chose...
37:50– Vous lisiez beaucoup.
37:51– Alors, une chose amusante,
37:52parce que je pense que ça correspond
37:53à peu près à votre propre enfance,
37:54et là, on a l'impression
37:55de vieux cons qui parlent
37:56d'un monde disparu.
37:59Moi, je lisais Balzac
38:00en cachette sous les draps
38:01avec une lampe de poche
38:03et une pile Mazda.
38:05Si vous donnez...
38:05En fait, pour nous,
38:07la littérature,
38:08c'était un plaisir, déjà,
38:09et puis c'était un plaisir
38:10un peu interdit,
38:11parce que c'était la vraie vie.
38:14des courtisades, etc.,
38:15toutes choses qu'on ne pouvait pas lire
38:16dans le Club des Cinq.
38:17Donc, moi, j'adorais lire Balzac.
38:19Zola, Zola, ma mère militait...
38:22Balzac, à la rigueur,
38:23c'est allé,
38:23mais Zola, c'est trop cru.
38:25Zola, on voyait des scènes un peu...
38:27– Un peu réalistes.
38:27– Voilà.
38:28Et donc, c'était quand même
38:30une époque assez curieuse
38:31où on se cachait pour lire.
38:34– T'entends, quand on est à Grand-Lebrun ?
38:39– À Grand-Lebrun,
38:40on lisait surtout Bob Moran.
38:41– Ah bon ?
38:42– Ah bon ?
38:43– Il ne s'agit pas de lire...
38:44Si, à la rigueur,
38:45Montréal, c'était un enfant de la maison.
38:48– Et Montaigne, quand même.
38:50– Oui, Montaigne, c'est plus tard.
38:53Montaigne, j'ai adoré ça
38:54quand j'étais en première.
38:55– Vous avez toujours fait
38:57beaucoup de choses,
38:57Diable de Dom,
38:58l'a lu, écrit beaucoup.
38:59Et alors, comment se fait-il
39:00que je vous retrouve en 2001 ?
39:02– Oui.
39:03– Conseiller culturel...
39:05– Pas en 2001,
39:06un peu plus tard, un peu plus tard.
39:07– 2002 ?
39:09– Juste avant l'élection de Sarkozy.
39:12– Ah, peut-être c'est le cas, oui.
39:14Sous Chirac, conseiller culturel
39:16ou président de l'Institut français de Milan.
39:18– Alors, c'est simple.
39:18– Alors, c'est simple.
39:19Ce qui s'est passé,
39:19c'est que je n'avais plus de quoi vivre,
39:20tout bêtement.
39:21Je faisais des traductions
39:23pour pallier le défaut de contrat...
39:26– Pour américanophobie.
39:27– Oui, c'est ça.
39:28– Absolument.
39:29Peu à peu, la télé ne m'invitait plus
39:32alors que j'y passais mon temps.
39:33Des personnages aussi douteux
39:35que François-Olivier Gisbert
39:36qui sont quand même des agents
39:38de l'influence américaine
39:39dans le paysage audiovisuel français
39:41depuis le tout début.
39:42Là, l'histoire de...
39:44– Bah oui.
39:44– Il y a pléthore, pléthore, pléthore.
39:45– Non, mais son...
39:46Oui, mais ses origines, ce...
39:48– Oui, il est américain.
39:49– Voilà.
39:50Jean-Marc Roberts aussi.
39:52Pareil.
39:53– Ah oui, qui était un grand quelque chose
39:55chez Grasset.
39:55– Jean-Marc Roberts chez Stock.
39:58– Stock.
39:58– Jean-Marc Roberts, à l'époque
40:00où on s'est bien connus,
40:01il avait 17 ou 18 ans, et moi aussi,
40:03et on jouait au Flipper rue Jacob,
40:07en bas de chez...
40:07– Il était bordel.
40:08– En bas de chez l'éditeur.
40:10Eh bien, après, à 40 ans,
40:13il recevait à l'Hôtel Scrib.
40:14– Voilà.
40:15– Voilà.
40:16– Alors, donc, pour vivre, comme vous dites...
40:21– Pour vivre, j'ai été obligé de téléphoner.
40:23Alors, heureusement, ça a coïncidé
40:24avec la période Raffarin.
40:25Donc, comme j'avais plus d'amitié à droite qu'à gauche,
40:28je téléphone à une de mes amies en disant
40:30« Ah, t'as pas une idée ? »
40:31Parce que là, je suis un peu...
40:33Écoute, on va...
40:34Alors, je vous raconte pas la chose...
40:35– Une de vos amies bien placée chez Raffarin.
40:37– Je vous raconte pas la chose telle qu'elle s'est passée,
40:39mais ça prouve bien que le système français
40:41est plein de raccourcis, quoi.
40:43Et donc, voilà, ça s'est fait.
40:45J'ai rempli un dossier à la va-vite.
40:47– Mais vous aviez choisi Milan, non ?
40:48– Alors, j'avais...
40:49– Non, en fait, le type me dit
40:50« Vous savez, Milan, c'est très demandé.
40:52Est-ce que Budapest, ça vous plairait ? »
40:54« Oui, au contraire, je connais très bien. »
40:56Et puis, finalement, il me rappelle en me disant
40:57« Milan, c'est fait. »
40:58– Et donc, vous êtes parti à Milan ?
41:00– Donc, c'était...
41:01– Deux ans, trois ans ?
41:02– Trois ans.
41:03– C'était un joli poste, quand même.
41:04– C'était un très joli poste
41:05où j'ai fait quelques conneries,
41:06dont celle de Boursevoir.
41:08– Ça vous a été compté à mal, oui.
41:10– Oui, évidemment, évidemment.
41:11– C'est vrai, c'est vrai.
41:12– Mais qu'est-ce qu'il vous a pris ?
41:14J'étais à Trasbourg.
41:15– Non, mais attendez, j'ai reçu Camus aussi.
41:17– Oh là là, mon pauvre ami.
41:17– J'ai reçu Camus aussi.
41:18– Vous accumencez.
41:19– Non seulement ça, mais j'ai téléphoné
41:20à Frédéric Mitterrand en disant
41:21« Tu sais, je t'emmène Camus sans problème. »
41:23« Ah oui, oui, pas de problème,
41:25mais alors qu'ils ne fassent pas de conférences, surtout. »
41:27Donc Camus, dans son journal, dit
41:28« Ah ben, si pas de conférences, pas de visite. »
41:32Et donc, oui, oui, c'est ça.
41:33– Moi, j'avais donné une conférence,
41:35c'était pas très dangereux quand même.
41:36Je me souviens que j'avais pris l'avion
41:38de Strasbourg à Milan, c'était très beau,
41:40vous voyez, au-dessus des montagnes.
41:41– Oui, oui, absolument.
41:42– Et vous m'avez accueilli.
41:43– C'était avec grand plaisir, vous savez.
41:44Ce n'était pas uniquement par amitié,
41:46c'était aussi parce que vous aviez un message
41:47à délivrer sur la perte de la francophonie
41:50dans les instances européennes.
41:51– Et en Italie, d'ailleurs.
41:52– Et en Italie, aussi.
41:53– Bon, et comment êtes-vous passé
41:55de Milan à Saragosse ?
41:57– Alors, ça, c'est intéressant
41:59parce que ça, ça mérite d'être raconté.
42:02Je ne sais pas si je l'ai fait,
42:04mais je tiens les documents à votre disposition,
42:05le cas échéant.
42:06– Dans vos bémoins ?
42:07– Je vois arriver chez moi
42:09un type cinglé, un peu italien,
42:11vous savez, tous les gros intellos italiens
42:15sont un peu cinglés.
42:16« Dans la main, la main, la main, la main, la main, la main, la main, la main, la main,
42:18la main, la main, la main. »
42:18Bon, et donc le mec me dit
42:19qu'il a fait un spectacle formidable,
42:21qui a marché très bien à Rome
42:23et que c'est l'ambassadeur qui l'envoie
42:24pour faire monter ce spectacle
42:26dans un endroit à Milan.
42:29« Oh, je vois le type. »
42:31Bon, on me confirme à l'ambassade
42:33qu'on l'a reçue.
42:33Il me donne une cassette
42:35et que vois-je dans cette cassette ?
42:36Le spectacle s'appelait
42:37« Sade, opéra contra nato »
42:41« Une œuvre contre la nature »
42:44et donc ça montrait des religieuses à poil
42:47qui étaient fouettées par des prêtres à poil
42:48ou le contraire, à l'envers, sur des chevaliers de torture,
42:52tout ça dans une prison.
42:53Ça avait été tourné aussi...
42:55Enfin, la vidéo avait été prise au théâtre,
42:58donc ça avait été dans un théâtre romain
43:00et on voulait que je le monte à Milan.
43:02Et l'ambassadeur insistait beaucoup.
43:05Et donc, moi, ce que j'ai fait,
43:06c'est que j'ai appelé Claude Guéant à l'Elysée
43:09et je lui ai dit « J'ai un petit document,
43:11un petit DVD à vous envoyer par e-mail. »
43:13À l'époque, c'était là.
43:14Ça devenait la grande mode.
43:15Et j'envoie des extraits du spectacle par e-mail.
43:18Et il me dit « Je m'en occupe. »
43:20Ah !
43:20L'ambassadeur s'est fait lessiver à ce sujet.
43:24On ne m'a plus rien réclamé
43:26comme spectacle avec le mec en question.
43:28Il s'appelait Frattaroli, je me souviens.
43:31Et donc, évidemment, l'ambassadeur me haïssait
43:33puisque j'avais démonté le système...
43:36Vous n'avez pas doré son blason.
43:37Et vous avez en plus...
43:38C'est simple.
43:39L'ambassadeur me donnait 4% de mon budget annuellement.
43:434%.
43:43Le reste de l'argent pour faire des opérations,
43:46il fallait que je trouve avec des sponsors,
43:48des choses comme ça.
43:49Donc, c'était un gros budget.
43:51Et j'avais donc...
43:52J'étais un petit peu un représentant.
43:54J'allais voir Peugeot, la BNP, tout ça.
43:56Tous les partenaires.
43:58Paul Tourné-Sofra, qui était à l'époque un peu naissant.
44:00Et il me donnait de l'argent pour faire des spectacles.
44:03Et donc, l'ambassadeur...
44:06Bien que ne me donnant pas d'argent,
44:08exigeait que je mobilise l'argent que j'avais
44:10pour faire ces projets à lui.
44:13Donc, voilà.
44:13C'est là que j'ai un peu gueulé.
44:15Et alors, j'ai tellement gueulé
44:16que l'ambassadeur a insisté
44:18pour que je n'ai pas de nouveau poste.
44:19Et on vous a quand même...
44:20Eh bien, j'ai dit à Guéant,
44:22il paraît qu'il a insisté
44:23pour que j'ai pas de nouveau poste.
44:24Et il m'a répondu,
44:24qu'est-ce que vous voulez ?
44:25Et vous avez dit Saragosse ?
44:27J'ai dit Saragosse.
44:27Et pas Budapest ?
44:28Non, parce que les choses étaient libres
44:30ou pas libres cette année-là.
44:31Il y avait de la place...
44:33Alors, deux mots sur Saragosse
44:34et puis on finira sur Budapest.
44:36J'ai adoré Saragosse,
44:37qui est, pour les gens comme moi
44:39qui sont claustrophobes,
44:40c'est un endroit ouvert.
44:41C'est l'Arizona.
44:42Il faut dire que c'est le nord de l'Espagne.
44:44C'est magnifique.
44:44C'est des grandes pleines...
44:45Transplacement de terre,
44:46juste après les Pyrénées.
44:47Les grandes pleines désertiques,
44:48les grandes avenues,
44:49le vent souffre parfois,
44:51des buissons,
44:52vous savez, comme au Far West,
44:53des buissons d'épines
44:54qui traversent les routes.
44:55C'est un pays très joli
44:58et qui est un peu déshérité
44:59sur le plan balnéaire, évidemment,
45:01parce que la mer est loin.
45:02Elle est à 150 bornes d'un côté,
45:03150 de l'autre.
45:06Mais cela dit, j'ai adoré.
45:07J'ai vécu pendant 2-3 ans
45:09avec ma motocyclette
45:12avec une double cylindre en V.
45:14Je m'en suis servi tous les jours,
45:15même au mois de janvier,
45:17parce qu'il ne fait jamais mauvais.
45:18Alors, il n'y a pas le même regard
45:20en Italie et en Espagne
45:21sur la culture française.
45:23Ah non, non, non.
45:24Déjà, les Italiens,
45:25et les Français...
45:26Ça marche.
45:27Non, mais ça marche et ça ne marche pas.
45:29Les Italiens sont nos rivaux.
45:31Les Italiens parlent avec un peu de dédain
45:32de la grandeza francese.
45:34Oui, mais enfin,
45:34ils le disent en français, souvent.
45:35Oui, mais surtout le truc,
45:37ils ne nous aiment pas
45:38à cause de cette grandeur française
45:39qu'on leur envoie à la figure.
45:41Ils y parlaient, c'est beaucoup.
45:42Alors, c'est pour ça qu'ils adorent.
45:43C'est pour ça qu'ils adorent maintenant
45:44l'épisode Macron,
45:45parce que la grandeur française
45:46en a pris un coup.
45:48Et donc...
45:48La terre entière,
45:49c'est quoi tu peux-t-il être
45:50de voir la France ridicule ?
45:51Alors que les Espagnols avaient une démarche
45:54beaucoup moins de rivaux.
45:56Ils nous considéraient
45:57comme complémentaires.
45:59Ils nous considéraient
46:00comme intéressants,
46:01un peu comme des boy scouts,
46:03aiment bien leurs voisins,
46:05sans les prendre pour des rivaux.
46:07Mais je suis sûr que si je vous demandais
46:09où vivre,
46:10s'il faut quitter Paris,
46:11ou la France plutôt...
46:13Alors, Budapest,
46:14parce que la vie sociale est déjà...
46:15Parce qu'il y a beaucoup de paysages
46:16derrière vous.
46:17C'est très petit.
46:19Les paysages sont très variés
46:20dans un petit espace.
46:22Européen.
46:23Ils ont une chose
46:24qu'on ne décrit pas suffisamment.
46:26Ils ont une énorme géothermie.
46:28Énorme.
46:29Ils ont des volcans,
46:30littéralement,
46:30sous Budapest.
46:32D'où les bains.
46:32D'où les bains.
46:33Ils ont de l'eau chaude.
46:34Ils peuvent faire de l'électricité.
46:36Et donc,
46:37c'est un peu comme l'Islande, quoi.
46:39Et puis,
46:40il y a aussi une espèce de chaleur
46:42qui est un peu l'équivalent
46:43de la chaleur terrestre
46:44et qui est une chaleur dans le cœur.
46:45Mais ce n'est pas l'occupation turque,
46:46alors les bains de Budapest.
46:47C'est aussi la géothermie.
46:48Non, parce que
46:49si les armées du roi Isvan,
46:52le premier roi hongrois,
46:54qui a converti son peuple au catholicisme...
46:57Parce que vous connaissez
46:57l'histoire de la Hongrie.
46:58Elle est facile à résumer.
46:59La Hongrie, c'est l'Europe même.
47:01C'est l'idée même européenne
47:02puisque c'est une tribu
47:03de violeurs-pilleurs
47:04qui décident de s'arrêter
47:05en l'an 1000.
47:07Et le roi dit
47:08bon là, c'est fini les conneries.
47:09Maintenant, on se pose quelque part
47:10et on fait une nation.
47:11Et en plus...
47:11Et pour faire une nation européenne,
47:13on devient catholique.
47:14Et il demande à un évêque
47:16de convertir son peuple,
47:17son propre peuple,
47:18au catholicisme.
47:19En quelques années.
47:20C'est fascinant.
47:21Et donc, à ce moment-là,
47:22il marie sa fille à un an jour.
47:25Et à ce moment-là,
47:26ça y est, c'est parti.
47:27Il fait partie du club européen
47:29qui, à l'époque,
47:30c'était sous houlette du catholicisme.
47:32Mais...
47:32Donc, il nous donne bien
47:34le mode d'emploi en l'an 1000.
47:36Et voilà.
47:37Et quel est le charme de Budapest
47:38qui vous attire tant ?
47:40La vie à Budapest.
47:42Alors, c'est un pays du Sud.
47:44Les étés sont caniculaires.
47:46Tout le monde est en...
47:49Comment dire ?
47:49Autre raison pour développer les bains, d'ailleurs.
47:52Oui, c'est fascinant.
47:53Il fait tellement chaud
47:54que tout le monde est torse nu
47:56à partir du...
47:58Ville gigantesque
47:59qui, de temps en temps,
47:59fait penser à New York.
48:00Oui, mais parce qu'ils ont été,
48:02contrairement à...
48:03Immense.
48:03Toute la gauche française,
48:05lorsque...
48:05Bernard-Henri Lévy, le premier,
48:06lorsque le mur est tombé,
48:08toute la gauche française a dit
48:09« Ouais, j'ai des gens
48:09qui vivent dans le repli. »
48:11En fait, quand vous regardez
48:12l'histoire de Budapest...
48:14Budapest, c'était la rivale de New York
48:15à la fin du 19e siècle.
48:17Le Parlement lui-même
48:18est imité de Westminster.
48:20Tout est imité
48:22des fleurons de la culture européenne.
48:24Par conséquent,
48:24c'est des gens qui sont,
48:25par définition,
48:25des grands amateurs d'autrui,
48:28mais qui digèrent bien,
48:29comme tous les gens
48:30qui ont un fort fond personnel.
48:31Ils digèrent les cultures,
48:33ils les invitent
48:34et ils les digèrent.
48:35Mais le principal café,
48:36l'équivalent du café de flore
48:37à Budapest,
48:38s'appelle le Café New York.
48:40Ah, le New York.
48:40J'espère qu'il existe toujours.
48:42Oui, il existe toujours.
48:42Magnifique hôtel.
48:44Il y avait un club littéraire,
48:46d'ailleurs,
48:46où il y avait...
48:46Les salontés.
48:47Oui, tout.
48:47Les quatre derniers poètes hongrois
48:49se donnent des rendez-vous
48:50au Café New York.
48:52Mais j'ai écrit un petit livre
48:54que je vous recommande
48:54parce qu'apparemment,
48:55il a très bonne presse.
48:57Je n'invente rien.
48:58Vous n'avez qu'à regarder
48:59sur Internet,
49:00qui s'appelle
49:01« Le roman de Budapest ».
49:07Le roman de Budapest.
49:08Le roman en partant
49:09sont élogieuses.
49:11Ils disent que ça les a
49:11beaucoup aidés
49:12à comprendre le pays.
49:13Donc, voilà.
49:15Alors, donc,
49:16ça commence à aller moins bien
49:18parce que vous pensez
49:19de plus en plus
49:21indépendamment des autres.
49:22Absolument.
49:22D'ailleurs, je me demande
49:23si la césure de 2001
49:25n'est pas bien trouvée.
49:26Est-ce que vous êtes déjà
49:27sceptique sur la question
49:30dont on ne doit pas parler ?
49:32D'abord, moi, j'étais sur place.
49:34Je n'étais pas sur place
49:35pendant les événements,
49:36mais mon frère,
49:37si, hélas, pour lui.
49:38Moi, j'ai écrit un livre
49:39qui s'appelle
49:39« Une heure avant l'éternité ».
49:41Pourquoi ?
49:41Il avait une société.
49:42Il n'était pas dans la tour,
49:43mais juste à côté.
49:44Il n'a pas pu rentrer chez lui
49:45pendant trois mois.
49:46Son mariage a périclité
49:48juste après.
49:49Enfin, bon,
49:49ça a été quand même
49:50un drame personnel.
49:52Et donc, moi, j'étais chez lui.
49:53J'étais chez mon jeune frère
49:54qui avait 45 employés
49:56dans New Jersey.
49:57Ça marchait très bien.
49:58J'y ai passé donc deux mois
50:00au mois de juin
50:00pour écrire ce livre.
50:02Et puis après,
50:02ils sont arrivés
50:03les événements du 11 septembre.
50:05Ah oui, la même année.
50:08En juin 2001,
50:09j'étais...
50:09La même année, absolument.
50:10Et donc, le livre
50:10était en livrairie encore
50:12avec ses deux tours jumelles
50:13alors qu'elle venait de tomber.
50:14Et tout le monde disait
50:15« Ah, mais quelle préscience ! »
50:16Parce qu'en fait,
50:16la photo que j'avais prise
50:18des deux tours jumelles
50:19pour la couverture du livre,
50:20ça peut se vérifier,
50:22les deux tours étaient cisaillées
50:23par un coup de baïonnette.
50:24Pourquoi ?
50:25Parce que j'avais pris ça
50:26du monument
50:26pour les morts de Katyn,
50:28vous savez,
50:28les morts polonais
50:29de la forêt de Katyn,
50:30le New Jersey,
50:31grosse colonie polonaise.
50:34Et donc, j'avais pris
50:34une photo où on voyait
50:35le type tombant
50:36avec sa baïonnette
50:37et la baïonnette
50:38traversait les tours.
50:39C'était assez curieux.
50:41Vous avez une préscience.
50:42Non, mais il y avait
50:43une espèce d'allitération visuelle
50:45avec les événements
50:46qui a frappé beaucoup le monde.
50:47Et beaucoup de gens
50:48m'ont en fait la remarque.
50:50Mais moi, je suis convaincu
50:51qu'il existe comme ça
50:52des canaux de préscience.
50:57Oui, oui,
50:57je suis très partisan de tout ça.
50:58D'ailleurs, c'est mon sujet.
50:59On dit mentaliste maintenant.
51:01Oui, mentaliste,
51:02c'est différent.
51:02Mentaliste, c'est ce que je vais faire
51:03tout à l'heure
51:04chez Géopolitique Profonde.
51:05Je vais faire le profiling
51:08du couple Macron.
51:09Mais oui,
51:09parce que le profilage,
51:11c'est-à-dire que,
51:12en gros,
51:13comment un personnage
51:16se comporte
51:16dans une tragédie,
51:18c'est visible
51:18pratiquement
51:19dès les premières scènes.
51:21Normalement,
51:21quand vous regardez
51:22un personnage de racine,
51:23c'est rare
51:24qu'on soit vraiment surpris.
51:25Après le deuxième acte,
51:26on sait comment ça finit.
51:28C'est pareil pour Macron.
51:30J'ai compris
51:30comment Macron allait finir.
51:32Alors,
51:32dites-nous que ça va finir mal.
51:34Il y a plusieurs...
51:35Ça finit,
51:36de toute façon,
51:36toujours mal.
51:37Ça finit,
51:38à mon avis,
51:38brutalement.
51:40Il y a plusieurs...
51:42L'épopée Macron
51:42va finir brutalement.
51:43C'est-à-dire qu'il y a...
51:43Ah oui, oui, j'en suis convaincu.
51:46Alors, ça peut être pour...
51:47Ça peut être pour plusieurs raisons.
51:50Moi, je vois une très forte correspondance
51:52entre lui et Andreas Lubitsch,
51:54le type qui a précipité son avion
51:55sur la montagne
51:56pour le compte
51:57de la German Wings
51:58avec ses 300 passagers.
51:59Dans les Alpes.
51:59Oui.
52:00Je trouve qu'il y a
52:01une grosse correspondance.
52:03Le type mal dans sa peau,
52:04qui a été moqué
52:05pour une homosexualité rampante,
52:09qui était appelée
52:10par les autres pilotes
52:10de la Lufthansa
52:11« Tomato Andy »,
52:13ce qui veut dire
52:13« la grande honteuse ».
52:15Ça, ça ne trompe pas.
52:16Le mec qui a été vraiment
52:18très, très suivi psychiatriquement,
52:20il rangeait ses petits pois.
52:21Je ne crois pas
52:22qu'Emmanuel Macron soit suivi.
52:24Il n'est pas suivi,
52:24mais hélas, hélas, hélas.
52:27Sauf par un psychiatre italien.
52:29Oui, par un psychiatre italien.
52:30Oui, par un psychiatre italien.
52:31D'ailleurs, c'est assez marrant
52:32parce qu'il y avait
52:32une espèce de contre-attaque.
52:33Tout le monde a prétendu
52:34qu'il était mort.
52:35En fait, il n'est pas mort du tout,
52:35le Segatori.
52:36Et il continue d'ailleurs
52:37à diagnostiquer le pire.
52:39Et pour finir là-dessus,
52:42on va aborder
52:43dans une deuxième conversation
52:44un aspect absolument complotiste.
52:49Mais c'est de l'ordre de la prescience,
52:50d'ailleurs, notamment,
52:51nous allons parler
52:51de votre dernier livre,
52:53« À l'endroit ».
52:54Petit livre,
52:55c'est comme du café,
52:57du café bien serré.
52:59Pas très grand, mais fort.
53:02Ça, c'est votre période
53:03de complotisme
53:04qui va s'ouvrir
53:04à peu près dans ces années-là.
53:06Mais vous aviez dit quelque chose.
53:07À mon retour,
53:09le vrai complotisme,
53:11c'est à mon retour
53:11d'Espagne,
53:13où je deviens
53:14pré-retraité.
53:17Je deviens Figaro,
53:19Figaro quotidien,
53:20Figaro Vox,
53:21c'est-à-dire
53:21c'est le Figaro télévision.
53:23Pas télévision,
53:24le Figaro internetien.
53:25Donc, je produis beaucoup
53:27et évidemment,
53:28je désigne des anomalies
53:30dans la société.
53:31Donc, les choses
53:31sont perçues de plusieurs...
53:33Et là, ça tourne mal.
53:33En 2001,
53:34vous aviez complotisé un peu ?
53:37Non, pour être franc,
53:38j'ai été surpris,
53:39comme tout le monde,
53:39par l'irruption dans les tours.
53:41Aujourd'hui.
53:41En revanche,
53:42moi, je ne me suis pas interdit
53:43de lire les livres
53:44de Thierry Messant
53:45et je ne le prends pas
53:46pour un fou.
53:48Thierry Messant
53:48est un type assez remarquable.
53:50En plus,
53:50il y a une grande vertu,
53:51contrairement à moi,
53:52il est très calme.
53:54Thierry Messant,
53:54en fait,
53:55plus il a des choses
53:55lourdes et importantes
53:56à dire,
53:57puis il parle doucement.
53:59Et donc,
53:59ce qui fait qu'on l'écoute,
54:01il y a un côté...
54:02Il y a une componction.
54:03Il y a un côté vieux sage,
54:04un peu genre Yoda
54:05dans La Guerre des Étoiles.
54:07Alors,
54:08merci de rester
54:10pour une deuxième conversation.
54:12Cette fois,
54:13c'est un autre versant
54:14du personnage,
54:15de ce diable d'homme
54:16qui s'appelle Christian Koumban
54:17et qui s'appelle Compagnol
54:18et que les auditeurs
54:21ou les spectateurs
54:22de TVL
54:22aiment beaucoup,
54:24affectionnent beaucoup
54:24et je pense
54:25qu'ils sont très contents
54:26de savoir
54:27qui est derrière Compagnol.
54:29Mais nous n'avons pas fini.
54:30Nous n'avons pas fini.
54:31Et c'est donc,
54:32en gros,
54:33ce deuxième épisode
54:34pourrait s'appeler
54:34La monnaie de sa pièce.
54:36Eh oui,
54:36vous allez payer cher
54:37votre anticonformisme.
54:38Et c'est cher.
54:39Anticonformisme.
54:39Voilà, absolument.
54:40Cette conversion morale
54:43que je ne renie pas du tout
54:45de la fin des années 90,
54:48où je commence à comprendre
54:50que la vérité de l'Europe
54:51se trouve à l'Est,
54:53que la vérité de l'Europe
54:54se trouve en nous,
54:55se trouve dans la culture européenne
54:56proprement dite
54:57et que tout ce qui nous est imposé,
55:00c'est-à-dire que ça va
55:00du satanisme de Lady Gaga
55:03au groupe de rock dégueulasse
55:06qui se produisent sur la Terre entière,
55:08qui font des world tours.
55:10Et donc, là,
55:11j'ai trouvé une correspondance
55:12très étroite
55:13entre, en gros,
55:14la tentation sataniste,
55:15c'est-à-dire
55:16la confusion des valeurs,
55:18la beauté du crime,
55:19la beauté du sang,
55:20la beauté du crime.
55:21Le monde à l'envers.
55:22Voilà, le monde à l'envers,
55:23absolument.
55:23Il s'agit de remettre à l'envers.
55:24Et c'est pour ça
55:24que j'ai écrit ce petit livre
55:25qui dit que l'endroit
55:27a forcément un avenir
55:30et nous allons le vivre.
55:32Je pense que l'endroit
55:33va se manifester de nouveau.
55:36Et alors là,
55:36c'est là,
55:37se manifestera-t-il
55:39de manière naturelle
55:41ou paranormale ?
55:42Ça, moi,
55:43je suis convaincu
55:43qu'il y a un aspect paranormal
55:45dans ce que nous vivons
55:45et dans ce que nous allons vivre.
55:47Bon, eh bien,
55:48nous l'allons voir tout à l'heure.
55:49Merci.
55:49Merci de rester avec nous.
55:50Christian Kombas.
55:51Nous sommes très impatients
55:52d'entendre la suite.
55:53Merci beaucoup, Christian.
55:56Merci.
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