00:00Bonjour Boris Ancel, vous êtes endocrinologue, nutritionniste, notamment à l'hôpital Bichat à Paris.
00:07Des restaurants de burgers, de tacos, de kebabs qui se multiplient un peu partout,
00:12avec un chiffre qui nous a particulièrement marqué quand on a préparé cette interview.
00:1642% des restaurants en France sont carrément des fast-foods, c'est du jamais vu.
00:22Oui, et ça c'est une moyenne, parce que quand on regarde la répartition,
00:25on a des zones où c'est plus de 70% qui sont des fast-foods.
00:30Et ce qui est grave, c'est l'évolution.
00:32Quand on compare, parce qu'on a des chiffres au fur et à mesure du temps,
00:36on voit qu'il y a une augmentation régulière de la proportion des fast-foods parmi les restaurants.
00:44Et donc oui, ça inquiète, parce que ça veut dire qu'on est exposé de plus en plus,
00:48on appelle ça l'exposome en médecine, ça a un sens.
00:50On est exposé de plus en plus à une alimentation qui n'est pas la plus favorable pour la santé,
00:57même si évidemment, ce n'est pas interdit de manger au fast-food de temps en temps.
01:00On va regarder une carte des endroits de France qui sont le plus concernés par l'installation des fast-foods.
01:06Dans certaines communes, près de 8 restaurants sur 10 vendent de la malbouffe.
01:10Pourquoi ces territoires-là sont particulièrement concernés ?
01:13Ce n'est pas une carte d'ailleurs, mais c'est une précision sur ces villes,
01:16Argenteuil, Marseille, Évry ou Corbeil-Essen.
01:19Oui, alors il y a beaucoup de facteurs.
01:21Quand on regarde précisément, on a l'impression que ce sont des zones qui sont un peu plus densément peuplées,
01:29plus d'habitants dans ces zones.
01:31Deuxièmement, sur le plan socio-professionnel, des zones où on est un peu moins favorisé,
01:36parce que souvent, il faut rentrer même dans les quartiers,
01:39et on se rend compte qu'à l'intérieur même d'une ville, les zones diffèrent, effectivement.
01:44Deuxièmement, et puis troisièmement, souvent, des territoires qui sont un peu plus jeunes,
01:50c'est-à-dire ceux qui sont les plus, entre guillemets, vulnérables à la proposition fast-food.
01:56Et ça devient le repas par défaut pour beaucoup de Français, en tout cas chez les plus modestes.
02:02Est-ce qu'on voit déjà les effets sanitaires, justement, de cette explosion des fast-foods ?
02:06Oui, alors ça, c'est un des facteurs.
02:08Le fast-food n'est pas le seul facteur, mais on voit bien qu'il y a une augmentation de la fréquence de l'obésité,
02:13et une augmentation de la fréquence de la malbouffe.
02:16Et ce qu'on sait depuis des dizaines d'années, c'est qu'on suit les États-Unis.
02:20En fait, on est derrière, on est quelques années, entre guillemets, derrière les États-Unis,
02:25mais on va inexorablement dans le sens de les États-Unis.
02:28À ce point-là, c'est-à-dire qu'on suit la courbe des États-Unis ?
02:31Depuis des décennies, on suit la courbe, et je vous dirais même que ça se rapproche.
02:34Ce n'est pas tout à fait parallèle, parce que vous voyez ce que je veux dire,
02:36mais avant, c'était parallèle, on avait à peu près 15-20 ans de retard,
02:39et maintenant, on a quelques années de retard.
02:41Donc, si on ne fait rien, on va aller manger, comme là-bas.
02:47Parce qu'on a triplé déjà le nombre de jeunes adultes en 20 ans, ça a triplé.
02:51Absolument, ça a triplé, en particulier chez les adolescents.
02:56Mais qu'est-ce qui les séduit, les jeunes ?
02:58Il y a les réseaux sociaux sans doute, le marketing, la publicité.
03:01On a vu Victor Wembanyama...
03:03Le basketteur français.
03:04Exactement, manger un sandwich au poulet frit,
03:07il n'hésite pas à le dire que c'est son sandwich préféré.
03:09Tout cela explique cette explosion ?
03:11Je crois qu'il faut être très clair.
03:13La publicité, le marketing alimentaire et pour la malbouffe,
03:16c'est une véritable pollution de notre environnement.
03:20Ce qui est encore pire, c'est que c'est devenu tellement banal
03:23que c'est devenu aussi invisible que les microparticules auxquelles on est exposé.
03:28Et donc, quand on est exposé à cette pollution,
03:31et sans vouloir, parce que c'est une intrusion dans notre vie quotidienne,
03:35eh bien, nos choix individuels ne sont plus libres.
03:39Ça, c'est ce qu'il faut comprendre.
03:41Ce n'est pas une question de volonté.
03:43Vous savez, l'exposition...
03:43Quand même un peu, la volonté politique, c'est important.
03:45Oui, oui, politique, individuelle, je parlais.
03:47D'accord, d'accord.
03:48Ce n'est pas une question de volonté individuelle.
03:49Quand on est exposé en permanence à cette pollution,
03:53la volonté ne joue pas.
03:54Encore une fois, c'est comme les microparticules.
03:56Vous pouvez dire, je ne vais pas respirer,
03:57mais vous ne pouvez pas ne pas respirer.
03:59Vous ne pouvez pas ne pas manger.
04:00Vous ne pouvez pas ne pas être exposé à ça.
04:01Alors, oui, il y a une volonté politique,
04:04et là, on est vraiment au tout début.
04:07Regardez les chiffres.
04:08La publicité, le marketing,
04:11ce sont des milliards d'euros qui sont investis.
04:14Les campagnes de prévention,
04:15c'est quelques dizaines de millions d'euros.
04:17Le Nutri-Score, par exemple.
04:18Alors, on a des mesures, effectivement, qui sont...
04:19Le Nutri-Score pour les fast-foods, je ne sais pas si ça...
04:21Alors, il faut savoir.
04:23C'est un élément,
04:24et d'ailleurs, certains fast-foods l'affichent.
04:25Il faut dire les choses.
04:26Mais ça ne suffit pas.
04:27Le Nutri-Score, ce qui est sûr,
04:29c'est qu'il a montré une efficacité,
04:31pour mieux faire comprendre aux personnes
04:35ce qu'elles mangent,
04:37et pour mieux orienter les choix.
04:38Alors, on peut le critiquer dans tous les sens.
04:40On entend énormément de critiques.
04:42Mais il y a des critiques, il y a des croyances,
04:44mais il y a aussi de la science.
04:45Et la science a montré, par des dizaines d'études,
04:47que c'est utile.
04:49Donc, on est passé à deux doigts,
04:51je dirais à trois doigts,
04:52de rendre obligatoire le Nutri-Score en France,
04:55puisqu'il y a eu un vote au Parlement,
04:57il y a trois voix près.
04:59Ça a été rejeté.
05:00Ça a été rejeté. Je ne dis pas que ça suffira.
05:02Nutri-Score ne résume pas tout,
05:04mais c'est un élément,
05:05et surtout, c'est un élément scientifiquement prouvé.
05:07Donc, arrêtons de donner des mesures,
05:10de faire la morale aux gens,
05:12alors qu'il y a des choses, déjà,
05:14qui peuvent marcher.
05:15Alors, justement, sans faire la morale aux gens,
05:16mais peut-être pour ceux qui nous regardent,
05:18un conseil.
05:19On sort du travail,
05:19on a passé une mauvaise journée,
05:21il y a la tentation du fast-food.
05:22Comment on peut, très simplement,
05:25faire face à cette tentation ?
05:26Moi, avant de parler juste de la sortie du travail,
05:29je voudrais dire aux gens,
05:30de se détoxifier de cette pollution.
05:34Vous savez, les réseaux sociaux y contribuent,
05:36ce que vous voyez dans la rue,
05:38ça y contribue.
05:38Quand vous voyez sur un abribus,
05:42une publicité pour une barre chocolatée,
05:43on vous dit, pour les petites faim,
05:45manger ça, qui est une bombe calorique,
05:47ou quand on expose ses enfants,
05:49et on n'y est pour rien,
05:50mais on peut essayer de les aider
05:52à des produits céréaliers
05:53où la mascotte, c'est une superbe abeille,
05:57qui vous dit, ah, c'est super.
05:59Déjà, un, arrêter l'exposition.
06:02Deuxièmement, effectivement,
06:04mettre un peu d'organisation dans sa vie.
06:06Et ça, le mot-clé, c'est l'anticipation.
06:08Voilà.
06:08Ce n'est pas une question de volonté,
06:11de culpabiliser.
06:12Il ne faut pas culpabiliser.
06:14Un peu d'organisation.
06:15Un peu d'organisation,
06:15un peu de riz blanc,
06:16un peu de poisson frais.
06:17C'est parti.
06:17Le tour est joué.
06:18Merci, Boris Ancel.
06:19Merci.
06:19J'appelle que vous êtes endocrinologue,
06:21nutritionniste à l'hôpital Bichat, à Paris.
06:23Merci.
06:24Merci.
06:24Merci.