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Pierre Lellouche, ancien ministre et spécialiste des questions internationales, nous éclaire sur l’actualité de la semaine dans #FaceAPierreLellouche, tous les jeudis à 16h30, présenté par Nelly Daynac.

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Transcription
00:00Nous voici de retour, c'est le face à l'elouche que vous attendiez.
00:03Bonjour Pierre !
00:04Bonjour.
00:04Ravi de vous retrouver après cette petite pause hivernale et de fête, et meilleur vœu.
00:10Voilà, ça va me permettre de vous souhaiter une très bonne année,
00:12et puis de la souhaiter aussi à tous ceux qui nous regardent.
00:15Et aux agriculteurs, meilleur vœu aux agriculteurs.
00:17De tout cœur.
00:18Tout à fait.
00:18Et aux agriculteurs aussi, dont certains ont beaucoup souffert pour arriver à parler aujourd'hui.
00:22Et qui sont fatigués, on l'a entendu tout à l'heure à travers les témoignages.
00:25On va précisément parler de cette colère agricole dans notre émission,
00:28colère ancestrale, c'est l'histoire aussi de renoncements français,
00:33qui ont sans doute connu une accélération sous Emmanuel Macron.
00:37Tiens, je voulais quand même qu'on parle de votre édition,
00:40la nouvelle édition Poche, en édition actualisée d'engrenage,
00:45où vous parlez de la guerre d'Ukraine et le basculement du monde.
00:48Ça tombe bien, on est en plein dedans.
00:49On aura l'occasion d'y revenir, parce que chaque semaine, évidemment,
00:52on se consacre aux différentes déclarations sur l'Ukraine, et notamment Emmanuel Macron.
00:56Ça n'a pas manqué cette semaine encore.
00:58C'est paru chez Odile Jacob, en forme à poche.
01:00Pour ceux que ça intéresse, c'est toujours pratique pour voyager, notamment.
01:04Donc, parlons de cette colère agricole qui ne date pas d'hier,
01:07mais aujourd'hui, c'est un peu l'acmé du problème,
01:11renforcé par la perspective de la signature du Mercosur dans quelques jours.
01:17Sans oublier derrière, un sujet dont on ne parle pas,
01:21mais qui est pourtant au cœur de l'actualité, c'est l'Ukraine.
01:24C'est l'Ukraine aussi.
01:25Et l'entrée de l'Ukraine, éventuelle, dans l'Union Européenne, car c'est ça qui est prévu.
01:28Ça aussi, ça va créer des sombresauts.
01:30Ça va être...
01:32Alors, comment on en a rêvé là, aujourd'hui ? Racontez-nous ça.
01:35Je crois que, d'abord, il faut comprendre que, dans les années gaullistes,
01:39il y a eu un grand remembrement, une modernisation de l'agriculture,
01:43et la France a fait le pari de la politique agricole commune,
01:46de la PAC, de la PAC qui garantit, ou garantissait, un revenu minimum pour les agriculteurs.
01:53Et ce qui se passe, et pardon d'expliquer ça un peu comme un prof,
01:57mais il faut commencer au début du début.
02:01Membre de l'Union Européenne, il y a deux domaines qui sont fédéralisés,
02:07qui relèvent de la Commission, et presque plus de la France,
02:10c'est l'agriculture, justement, et le commerce extérieur.
02:14Avec Mercosur, on est exactement à la jonction des deux.
02:18Alors, qu'est-ce que c'est que Mercosur ?
02:21Mercosur, c'est un accord douanier entre quatre pays d'Amérique latine,
02:26les grands, Brésil, Argentine, Uruguay, Paraguay,
02:30et puis toute une série d'États qui sont observateurs,
02:34mais qui ont vocation à rejoindre.
02:36Donc, c'est un marché de plusieurs centaines de millions de personnes.
02:40qui se caractérisent par un développement beaucoup moindre qu'en Europe,
02:44et des gens dont le métier, c'est plutôt tourner vers l'agriculture.
02:49Les très grandes fermes en Argentine, au Brésil et ailleurs,
02:52c'est des fermes de milliers d'hectares, avec des milliers de bovins, etc.
02:56Donc, c'est une autre échelle.
02:58Nous, en Europe, en dehors de la France, qui est un pays agricole,
03:02de la Pologne qui vient de nous rejoindre, de l'Espagne,
03:05le gros des pays européens, c'est plutôt de l'industrie.
03:10Qu'on vend des machines, des voitures.
03:13Et encore de moins en moins.
03:14Oui, mais bon, ça c'est un marché qui est encore ouvert et à conquérir.
03:18Même si les Chinois, ils sont très très présents.
03:21Donc, l'accord avec le Mercosur,
03:24donc Mercosur est fondé par les latino-américains en 1991,
03:27et en 1999, tenez-vous bien, il y a donc 27 ans,
03:33commence la négociation avec l'Europe d'un grand marché de libre-échange
03:37entre l'Europe d'un côté et l'Amérique latine de l'autre.
03:4099.
03:41Qu'est-ce qu'on a fait en 25 ans alors ?
03:43Alors, qu'est-ce qui s'est passé ?
03:44Il s'est passé qu'il y a eu un accord signé en 2019,
03:51donc 10 ans après, Macron était déjà au pouvoir,
03:54il a été élu en 2017.
03:5520 ans après.
03:5620 ans après, pardon.
03:572019-2019.
03:5820 ans après, l'accord est signé en 2019,
04:02sous Macron donc.
04:03Et il va capoter sur le fait qu'au Brésil,
04:10Bolsonaro, élu, fait de la déforestation à tout va,
04:16plus il conduit le droit de l'homme et autres.
04:19L'accord est interrompu.
04:21Il reprend avec l'élection de Lula,
04:23et on a un accord en 2024,
04:26signé en 2024,
04:27qui doit rentrer en vigueur en 2025.
04:30Alors, qu'est-ce qu'il fait cet accord ?
04:32Il fait que les produits industriels que nous fabriquons,
04:36surtout les Allemands,
04:37c'est-à-dire la chimie, les voitures,
04:40mais aussi le textile,
04:42d'autres choses, la pharmacie,
04:44les droits de douane que nous mettaient les latino-américains
04:47vont passer de 35 à 0 ou 3 dans les 15 années qui viennent.
04:51Donc c'est très bien pour l'industrie.
04:54Mais de l'autre côté, de l'agriculture,
04:56c'est qu'on va devoir nous importer ce qu'il produit,
04:59c'est-à-dire 99 000 tonnes de bœuf chaque année,
05:0360 000 tonnes de riz, etc.,
05:05à des conditions également préférentielles.
05:08Problème,
05:10les entreprises brésiliennes, argentines et autres
05:13ont des surfaces énormes,
05:16le foncier n'a pas le même prix,
05:17le coût du travail n'a pas le même prix,
05:20et leur mode de nourriture des animaux,
05:22les antibiotiques,
05:24les phytosanitaires,
05:26souvent utilisés là-bas,
05:28sont interdits en Europe.
05:29Donc là, on est dans un décalage
05:32de concurrence qui est problématique.
05:35Donc depuis le début,
05:37l'agriculture, c'est le point dur de cette affaire.
05:39Quand j'étais au commerce extérieur,
05:41la négociation avait déjà commencé.
05:44Et le point dur, c'était comment expliquer,
05:46comment essayer de protéger l'agriculture française
05:49de l'arrivée de ses produits.
05:51Mais est-ce qu'on a réellement essayé,
05:53tout au long de ces décennies,
05:54de la protéger ?
05:56On a cédé au profit, effectivement,
05:58de nos industries ?
05:59Parce qu'on comprend bien dans l'affaire
06:01que pour que ce soit gagnant-gagnant...
06:03C'est là que je reviens sur le mot « fédéraliser ».
06:05À partir du moment...
06:07La fédéralisation, ça veut dire que
06:08le commissaire européen chargé du commerce extérieur,
06:12c'est lui qui a la main.
06:14Pas le ministre français ou allemand.
06:15C'est à partir du moment où la France signe le mandat.
06:19L'affaire est entre les mains de Bruxelles,
06:21qui fait ses arbitrages entre les Mercedes allemandes
06:25et le blé ou je ne sais pas quoi,
06:27ou le bœuf français.
06:28Et c'est là que ça dérape.
06:31Et les moyens de contrer ça,
06:33c'est à la fois extrêmement technique et difficile.
06:37On a dit depuis le début,
06:38on va mettre des clauses de sauvegarde.
06:40Mais les clauses de sauvegarde,
06:41elles existent dans tous les accords de libre-échange,
06:43sauf qu'elles sont utilisées
06:44qu'à des moments exceptionnels,
06:46en cas de grande déstabilisation des cours, par exemple.
06:49Et elles ne règlent pas le différentiel de concurrence
06:52dont je vous parlais tout à l'heure,
06:53sur le foncier, le coût du travail,
06:55les modes d'élevage des animaux.
06:58Donc, il fallait d'autres moyens de contrôle
07:01sur que mangent les animaux,
07:04comment ils sont soignés,
07:05dans quel état ils arrivent.
07:07Et ça, on l'a promis,
07:09mais on ne l'a pas fait.
07:11Et c'est là qu'on a commencé à mentir.
07:15En disant, on va y arriver, on va y arriver.
07:17En fait, les niveaux techniques
07:20où ce genre de choses existent
07:22ne se sont pas réalisés.
07:24L'accord, il a été signé en 2024
07:26sans les mécanismes de protection.
07:29Donc, tout ce que nous dit Emmanuel Macron,
07:31avec toutes ces agitations depuis deux ou trois semaines,
07:34de dire qu'on tapera du poing sur la table,
07:36qu'on va passer...
07:37Pipo et Mario.
07:38Donc, c'est une arnaque, tout ça.
07:39Pipo et Mario.
07:40La vérité, c'est qu'une fois que le traité est signé,
07:43il est signé.
07:44Après, vous pouvez dire,
07:44ah oui, oui, mais attendez,
07:45j'ai besoin de clauses miroirs,
07:47j'ai besoin de clauses de sauvegarde.
07:50Sauf que le traité, il est signé.
07:51Et alors, je vous renvoie un document tout à fait officiel
07:55fait par le Sénat,
07:57qui est sorti en septembre dernier,
08:00avec une analyse très précise de ce traité,
08:03et qui dit, il n'y a pas les moyens de contrôle.
08:06On ne les a pas.
08:07Il faudrait des contrôleurs,
08:09il faudrait des inspecteurs qui aillent là-bas,
08:11vérifier les exploitations.
08:13Déjà qu'en France, ce n'est pas évident.
08:16Déjà qu'en France, ce n'est pas évident de contrôler.
08:20Il y a plein de problèmes autour de ces choses.
08:22Qu'est-ce qu'on contrôle, etc.
08:24Donc, en réalité, l'accord, il était signé.
08:27Ce qui s'est passé, c'est que le président de la République
08:30s'est rendu en Amérique latine il y a un mois ou deux
08:32pour dire, bon, moi, ça le fait, je peux vivre avec ça.
08:34Il est revenu ici, il est tombé sur la colère agricole
08:38augmentée par cette affaire d'épizotique
08:42qui a créé, en plus extraordinairement mal géré
08:46avec des hélicoptères, c'était Apocalypse Now,
08:48enfin, tout ça a été terriblement mal géré.
08:51Et du coup, ça a mêlé les colères
08:53entre les éleveurs qui subissent ce drame
08:56qui est une épizotique,
08:57et puis l'arrivée de matières, de produits
09:01d'Amérique latine qui devait,
09:03l'accord devait être signé le 20 décembre.
09:07Et Mme von der Leyen, elle avait déjà ses bagages
09:10parce qu'elle, elle est présidente de tout, n'est-ce pas ?
09:12Présidente de commission, elle se présente comme la patronne.
09:15Et donc, elle avait déjà son avion prévu
09:17pour aller au Brésil.
09:19À la toute dernière minute,
09:21Macron a dit, je ne peux pas signer
09:22et il a été sauvé par Mélanie
09:25qui a basculé, vous savez qu'il faut
09:28une minorité de blocage, vous ne savez pas,
09:30mais pour stopper le train,
09:32il faut une minorité de blocage.
09:33C'est 30% de l'Union Européenne.
09:37Alors, le problème, c'est que Mélanie et l'Italie,
09:39entre-temps, ont retourné leur veste.
09:40Parce qu'elle a empoché l'argent qu'elle voulait
09:42pour ses agriculteurs.
09:43Du coup, Mme von der Leyen a trouvé 45 milliards.
09:47Donc, elle, elle a bien négocié son affaire.
09:49Elle, elle a bien négocié son affaire.
09:50Elle avait aussi un problème
09:52avec ses propres agriculteurs.
09:54Mais nous, là, on est totalement isolés.
09:57Sauf peut-être la Pologne.
09:59Donc, l'accord, il va être signé.
10:01Et alors, ce passage en force
10:03de Mme von der Leyen, depuis le début,
10:06continue dans la phase de ratification.
10:09Car pour rentrer en vigueur,
10:10l'accord doit être ratifié.
10:12Sauf que, et normalement ratifié
10:14par les parlements nationaux,
10:15donc le nôtre, où il n'aurait aucune chance
10:17d'être ratifié.
10:18N'est-ce pas ?
10:19Or, qu'est-ce qu'elle fait, Mme von der Leyen ?
10:21Elle coupe.
10:23On appelle ça la scission.
10:24Elle coupe l'accord.
10:26Entre la partie dite politique,
10:28qui, elle, va être ratifiée
10:30par les parlements nationaux,
10:31ça tombe bien, il n'y a rien dedans,
10:32et la partie commerciale, où il y a tout,
10:35qui, elle, va être uniquement ratifiée
10:36par le Parlement européen.
10:38Et qui c'est le Parlement européen ?
10:40C'est l'Allemagne qui contrôle
10:41et la droite, et la gauche,
10:43et le parti socialiste.
10:44Et qui aura la majorité.
10:45Et donc, ça passera comme une être à la poste.
10:47Alors, c'est une domaine à...
10:48Donc, nos pauvres gens, là, qui sont là,
10:50et moi, ils me font de la peine, vraiment.
10:52Je suis consterné de voir cette souffrance.
10:54Ils sont sacrifiés, en fait.
10:55C'est vrai que...
10:56Mais ils sont sacrifiés...
10:57C'est un sacrifice.
10:58...par ce jeu où, en fait,
11:00c'est une...
11:01Comment dire ?
11:02C'est une variable d'ajustement
11:03d'une affaire qui les dépasse,
11:05qui, même nous, dépasse,
11:07puisque, malheureusement,
11:08on est en train de se désindustrialiser.
11:11Ce sont les pays les plus forts,
11:12donc l'Allemagne,
11:13qui tirent le jeu.
11:14Et à ce stade,
11:17on voit un président de la République
11:19qui fait des moulinets,
11:21Mme Gennevard,
11:22qui explique que non, non,
11:23il y a encore temps,
11:24on va se battre,
11:25le train est parti.
11:27À supposer même
11:28qu'ils inventent 3000
11:29clauses miroirs
11:31et je ne sais combien
11:32de contrôles sur tel et tel type,
11:33parce que c'est en plus
11:34extrêmement technique,
11:36en fonction de quel phytosanateur, etc.
11:38À supposer même
11:39que ce boulot soit fait maintenant,
11:40alors qu'il n'a pas été fait
11:41depuis des années,
11:43les autres, ils disent
11:44« Attendez, monsieur,
11:45moi j'ai un accord
11:46qui va être signé
11:47la semaine prochaine,
11:49et donc, désolé,
11:50on ira à un arbitrage,
11:52on ira... »
11:52Ce qui nous emmène
11:53à la deuxième hypocrisie.
11:54Et ça, si vous voulez,
11:55c'est très grave,
11:56parce que c'est le coquillage
11:58du peuple, en réalité.
11:59C'est le problème, ça.
12:00C'est qu'on va vers une Europe
12:01dont les gens ne voient plus l'intérêt,
12:03une Europe qui vous empêche
12:04de contrôler l'immigration,
12:06qui vous empêche
12:07de gérer votre agriculture,
12:09et ça coûte,
12:10alors qu'on met quand même
12:1130 milliards par an
12:12dans la caisse commune,
12:14nous, les Français.
12:16Nos gouvernants, au fond,
12:17considèrent-ils,
12:18et j'allais dire,
12:19c'est ça la deuxième hypocrisie
12:20peut-être dans ce dossier,
12:22que ça reste,
12:23et on l'a entendu
12:23de la part de certains aussi,
12:25que ça reste un bon accord,
12:26ce Mercosur ?
12:27Est-ce que c'est un bon accord en ce sens ?
12:28Alors, ça dépend de qui vous êtes,
12:30qui vous représentez.
12:31Si vous représentez la pharma,
12:33l'industrie pharmaceutique,
12:35oui,
12:35parce que les droits de douane
12:36au Brésil ou en Argentine
12:37vont baisser.
12:38Si vous vendez des voitures allemandes,
12:40oui, c'est très bien.
12:41Si vous vendez des produits de luxe,
12:44des champagnes de qualité,
12:46des vins de très haut de gamme,
12:48les droits de douane vont baisser.
12:49Si vous vendez du vin bas de gamme,
12:52qui a du mal à se vendre en France,
12:53on arrache des vignes,
12:54quand même,
12:54dans le sud de la France,
12:56et que vous êtes en compétition
12:57avec du vin chilien ou argentin
12:59qui va baisser.
13:02Les droits de douane vont baisser aussi.
13:04Et c'est du vin qui est convenable,
13:05du vin de table convenable,
13:06au même type que les vins de table français.
13:08Ceux-là vont souffrir, encore plus.
13:10Donc il faut être sur des produits de niche,
13:12si je puis dire.
13:13Oui, alors après,
13:13on tombe sur les vrais sujets
13:15qui sont,
13:16c'est quoi les orientations
13:17de la politique agricole française ?
13:19Qu'est-ce qu'on veut comme agriculture ?
13:21Est-ce qu'on doit viser
13:22des grandes propriétés,
13:23très grandes,
13:24pour faire concurrence
13:25aux Brésiliens ou aux Ukrainiens demain ?
13:28Ou bien est-ce qu'il faut viser vers le haut,
13:29une agriculture de qualité,
13:31avec moins de phytosanitaires,
13:33qui soit beaucoup plus bio,
13:34mais qui soit un produit de luxe ?
13:37Et c'est quasi des produits de qualité
13:40dans vos assiettes,
13:41plutôt que des choses
13:41où il y a des produits chimiques,
13:43et qui soient fabriqués
13:45par des grandes coopératives,
13:46qui sont en fait plus
13:47des entreprises financières
13:49que des représentants des paysans.
13:51C'est pour ça d'ailleurs
13:52que les syndicats agricoles
13:54ont explosé.
13:55Vous avez vu que la FNSEA,
13:57qui représentait aussi
13:58les grandes coopératives,
14:00et les grands du bassin parisien
14:04qui fabriquent du blé,
14:05du maïs,
14:06ça tout va,
14:07on voit aussi apparaître
14:08des petits agriculteurs.
14:10Vous savez,
14:10la moyenne d'une ferme
14:12qui fait de l'élevage en France,
14:14c'est à peine une centaine d'animaux.
14:16Au Brésil et en Argentine,
14:18c'était par dizaines de milliers.
14:19Oui, c'est parce qu'on dit
14:20qu'il y a aussi chez nous
14:21maintenant deux agricultures
14:22qui s'opposent.
14:23Celle qui tente de survivre
14:25grâce aux aides aussi de la PAC
14:26et puis celle qui prospère.
14:28Mais elle touche beaucoup de la PAC
14:30parce qu'elle est payée aussi
14:31au rendement.
14:31Bien sûr.
14:32Donc ça, c'est un choix
14:34que depuis Chirac,
14:36les gouvernements n'ont pas
14:38voulu regarder vraiment en face.
14:39Quel genre d'agriculture on veut ?
14:41Est-ce qu'on sort ou pas
14:42de la dépendance de la PAC ?
14:43Moi, ce que je peux vous dire
14:44d'expérience,
14:45c'est que la plupart
14:46de nos partenaires européens
14:47n'en ont rien à faire de la PAC.
14:48D'abord, ils n'ont pas d'agriculture,
14:50la plupart d'entre eux.
14:51Et deuxièmement,
14:52ils pensent que cet argent
14:53est mal dépensé
14:54et qu'on devrait l'utiliser
14:55pour de la recherche,
14:56pour les sciences,
14:57pour l'industrie,
14:57mais pas pour l'agriculture.
14:59Donc on est de plus en plus isolés.
15:01Et sur un dossier comme ça
15:02où on ne négocie pas nous-mêmes,
15:05mais quelqu'un d'autre
15:06négocie à notre place
15:07et échange de l'industrie
15:09contre des produits agricoles,
15:11là, on n'est pas bien.
15:12Ce que vous voulez dire,
15:13c'est que si on continue comme ça,
15:14la PAC elle-même
15:14sera vouée à disparaître
15:15d'ici quelques années ?
15:16Ah ben, il y a plein de gens
15:16qui veulent la faire disparaître en Europe.
15:19Et vous avez vu
15:20qu'une des choses
15:21que Mme Genva
15:22ou Macron,
15:23je ne sais plus quelle,
15:24a dit,
15:24non, non,
15:25on vous garantit
15:26que la PAC sera
15:27dans le prochain budget
15:28parce que ce n'était même pas évident.
15:30Cette affaire fait que quand même
15:31Mme von der Leyen
15:32a lâché un peu d'argent
15:33parce qu'elle se rend bien compte
15:35qu'il va falloir ajuster
15:36les revenus.
15:37Donc il y avait 6 milliards.
15:39Avant cette crise,
15:40ils avaient mis de côté
15:416 milliards
15:42pour justement
15:43en cas de dérapage
15:45des prix
15:46aider les agriculteurs
15:48à survivre,
15:48surmonter l'obstacle.
15:49Là,
15:50ils viennent de débloquer
15:5145 milliards d'hôtes
15:52mais alors
15:52où va aller cet argent ?
15:54Comment il va être réparti ?
15:55Mystère et boule de gomme,
15:56on ne sait pas encore.
15:57Donc tout ça
15:58se présente assez mal
15:59pour un pays
16:00qui n'a pas préparé
16:01cette échéance.
16:03Je rappelle,
16:04premier accord
16:042019,
16:05Macron élu
16:062017.
16:07Nous sommes en 2026.
16:09L'accord a été signé
16:09il y a 2 ans
16:10en 2024.
16:12Il devait être signé
16:13par Mme van der Leyen
16:16officiellement
16:17là,
16:18le mois dernier.
16:18Il a été repoussé
16:19de quelques semaines
16:20mais là,
16:21on est au pied du mur
16:22et la messe est dite
16:23avec ces gens
16:24et j'en suis malade
16:25pour eux
16:26qui sont pris
16:27dans cet étau
16:28qui les dépasse
16:29complètement
16:30et à qui on a raconté
16:31des salades
16:32parce que
16:32les mesures de contrôle,
16:34les mesures de sauvegarde,
16:36les fameuses
16:37clauses miroir
16:37et tout ça,
16:38rien de tout cela
16:39n'existe aujourd'hui.
16:40Rien.
16:40Deux petites questions
16:41sur un plan
16:42peut-être un peu plus politique.
16:43Vous n'êtes pas grand devin
16:44mais vous connaissez
16:45suffisamment la chose politique
16:46pour avoir votre avis
16:47sur la question.
16:49On a beaucoup dit
16:49qu'on attendait
16:51que le cornu tombe
16:52potentiellement sur le budget.
16:53Est-ce que
16:54le Mercosur
16:56ou l'agriculture
16:56pourrait faire tomber
16:57le cornu
16:59via une motion de censure ?
17:01Est-ce que ça peut être
17:02une possibilité
17:03si la grogne
17:04des agriculteurs
17:05devait prendre
17:05plus d'ampleur
17:06et que les députés
17:07étaient forcés
17:08de choisir leur camp ?
17:10Je ne sais pas
17:11quel parti politique
17:12prendrait ce dossier
17:14pour en faire
17:14une motion de censure.
17:15Je ne sais pas.
17:16D'abord,
17:17je ne suis plus
17:17à l'Assemblée
17:18et puis c'est un tel
17:19cafarnahome
17:19que je ne risquerai pas
17:20à faire des prédictions
17:22sur le comportement
17:23de tel ou tel.
17:24Ce qui est sûr,
17:24ça fait une bombe sociale
17:25quand même pour vous
17:26aujourd'hui ?
17:27Disons que c'est
17:27quelque chose
17:28de très identitaire
17:29pour les Français.
17:30Les Français respectent
17:31leur pays,
17:33la beauté du pays.
17:35Ils comptent sur les agriculteurs
17:36pour les nourrir,
17:37pour entretenir le pays.
17:38Donc il y a un lien.
17:40Tous les citadins
17:41qu'on voit à Paris,
17:42leur famille,
17:42bien souvent,
17:43vient de la campagne.
17:44Moi la première.
17:45Voilà.
17:46Sud-ouest,
17:47Aveyron,
17:48Lotte.
17:49Donc on sait la souffrance
17:50et la vie difficile
17:52et souvent modeste
17:53que vivent les agriculteurs.
17:56Moi ça me fend le cœur
17:57de voir la situation
17:58où nous sommes.
18:00Aujourd'hui,
18:01la seule option
18:02qui reste à Macron,
18:03c'est de créer une crise.
18:06Et la chaise vide,
18:07enfin une méga crise.
18:08Sauf qu'on est tellement faible
18:09et tellement endetté
18:11qu'on a besoin,
18:14voilà,
18:15je ne sais pas si on est
18:15dans un rapport de force
18:16qui le permettrait
18:18mais ça c'est le choix
18:20du président.
18:21Mais compte tenu
18:22de la gaga
18:23dans laquelle il nous a mis
18:24avec cette affaire,
18:26je crois que la seule façon
18:27d'en sortir aujourd'hui
18:28c'est la crise.
18:29Autre question
18:30et là on sort un peu
18:31du Mercosur
18:32à proprement parler.
18:35Pourquoi ce mal français
18:36de toujours faire du zèle
18:37par rapport aux autres pays ?
18:38Je pense à la transposition
18:39des normes
18:40et ces normes
18:41qu'on a créées,
18:41supplémentaires,
18:42qu'on n'a d'ailleurs
18:43pas vu disparaître
18:44parce qu'on a eu
18:44trois représentants
18:45de la coordination rurale
18:46qui se sont tous dit
18:47mais non seulement
18:48il n'y en a pas moins
18:49mais parfois même
18:49il y en a plus.
18:50Mais absolument
18:51et qui fait par exemple
18:52que, j'aime bien
18:53les espagnols
18:54mais il faut quand même
18:54dire les choses,
18:56tout le maraîchage,
18:57tous les fruits et légumes
18:58c'est l'Espagne.
18:59Vous allez dans un supermarché
19:00vous allez voir
19:01Espagne, Espagne, Espagne
19:02dans un pays
19:03où il y avait tout.
19:04Il y a tout.
19:05Il y a les fruits,
19:06il y a des amandiers,
19:08il y a des noisettes,
19:08il y a tout ce qu'on veut
19:09en France.
19:10Des mandarines,
19:11des légumes,
19:13excellent.
19:14Mais vous allez
19:15dans un supermarché,
19:15le marché est complètement
19:17cornerisé par l'Espagne.
19:18Alors comment ça se passe
19:19en Espagne ?
19:20Vous savez ce qu'ils ont fait ?
19:21Ils ont couvert
19:22la totalité du sud
19:23de l'Espagne,
19:24une grande partie
19:25du sud-est de l'Espagne,
19:27avec du plastique.
19:29Sous ce plastique
19:30il y a des serres
19:30et des fruits
19:31qui poussent
19:32en vertical
19:32dans une toute petite
19:33quantité d'espace
19:35alimentée par de l'eau
19:37mais ils ont un gros
19:38problème d'eau en Espagne
19:39puisque à force de faire
19:40cette agriculture intensive,
19:42même au goutte à goutte,
19:44ils ont pompé
19:44toutes leurs réserves d'eau.
19:46Donc on a laissé passer
19:48tout ce marché.
19:50Quand je suis arrivé,
19:50une des choses
19:51qui m'a le plus marqué
19:52dans ma vie professionnelle
19:54comme ministre,
19:55j'arrive à Bercy
19:56et je me fais donner
19:57les balances commerciales
19:59avec tel ou tel pays
19:59pour mesurer
20:00ce qu'il fallait faire,
20:02quelles étaient les priorités.
20:03Je regarde France-Allemagne
20:04et je vois qu'on est déficitaire,
20:08non seulement en matière industrielle,
20:10mais en matière agricole
20:11avec l'Allemagne.
20:12J'ai dit à mes gars
20:14comment on fait ?
20:16C'est très simple.
20:17On a une économie
20:18de pays sous-développés
20:19donc on va nourrir les porcs,
20:22surtout en Bretagne,
20:23on va prendre les nuisances
20:24qui vont avec,
20:26c'est-à-dire le lisé,
20:26etc.
20:28Les Allemands,
20:28ils viennent acheter les porcs,
20:29ils les font découper
20:30par des ouvriers ukrainiens
20:32et ils nous renvoient
20:32les saucisses.
20:34Idem pour les veaux,
20:35on a des magnifiques veaux
20:37en Corée.
20:37Qu'est-ce qu'on fait ?
20:38On fait l'engraissage,
20:39on prend les petits veaux
20:41qui ne voient jamais le jour
20:44d'ailleurs malheureusement
20:45et on les envoie se faire
20:47engraisser en Italie.
20:48Malheureusement,
20:49la concurrence est loyale
20:50et surtout intra-européenne
20:51aujourd'hui.
20:51Beaucoup.
20:52Beaucoup.
20:53Parce qu'autant que le reste.
20:54Beaucoup.
20:54Mais aussi,
20:55il y a un côté très gaulois
20:57en France
20:58qui est que
20:58les filières ne s'entraident
21:00pas vraiment.
21:01Si vous faites du vin
21:02de très haute qualité,
21:04ce que j'appelais
21:04les Ferrari
21:05ou les Lamborghini,
21:06les grands crus,
21:07les gars qui vendent
21:09ce genre de vin
21:09n'ont pas besoin de moi
21:10comme ministre
21:11mais ils ne s'occupent pas
21:12non plus des plus pauvres
21:13qui n'arrivent plus
21:14à vendre leurs vins.
21:14Donc il n'y a pas d'union
21:15de la filière viticole
21:18de même qu'il n'y a pas
21:18une filière cochon
21:19qui fonctionne
21:20alors qu'il faudrait le faire.
21:22Je vais vous donner
21:22un exemple.
21:23Je ne sais pas
21:24si on a encore
21:24le dernier exemple.
21:27Au Japon,
21:29à cause de la vache folle,
21:31qui remonte à quand même
21:3215 ans,
21:33je crois,
21:34au moins,
21:35on ne vend plus
21:36un seul cochon
21:37parce qu'ils n'ont pas confiance,
21:39il n'y a pas de traçabilité.
21:41Sauf un.
21:41Il y a un type
21:42qui s'appelle Pierrotesa
21:43qui est basque
21:44qui vend du très bon cochon
21:46alors que les Espagnols
21:48gagnent des centaines
21:49de millions
21:50avec leur patanegra
21:52espagnol
21:53au Japon
21:54parce qu'eux,
21:54ils sont capables
21:55de donner aux inspecteurs
21:56japonais
21:56la totalité
21:58de la traçabilité
21:58entre l'animal
21:59et le mandail.
22:00On n'est pas aussi bien lotis.
22:01Mais non,
22:02mais aussi,
22:03il faut s'y mettre.
22:04Merci encore,
22:05Pierre,
22:06je crois que ça a été
22:06très didactique aujourd'hui.
22:07On parlera aussi
22:08évidemment du Vénénie,
22:09de l'Ukraine
22:10dans nos prochaines éditions.
22:11Je rappelle votre livre.
22:12Merci.
22:12Paru en forme à poche.
22:14Engrenage.
22:15La guerre d'Ukraine
22:16et le basculement du monde.
22:17C'est une édition
22:18actualisée évidemment
22:19avec tout ce qui s'est passé
22:20ces derniers temps.
22:21Merci, je vous dis
22:21à vous Nelly.
22:22Bonne semaine
22:23et à la semaine prochaine.
22:23Et à vous aussi.
22:24Merci.
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