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  • il y a 9 mois
Chaque week-end, Emilie Broussouloux vous accompagne de 22h à 00h dans BFM Grand Soir.

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00:00Cran-Montana, le récit d'une nuit d'horreur, c'est un document à revoir évidemment sur nos plateformes RMC-BFM.
00:06Et cette image qui nous parvient il y a quelques instants de la station de ski en deuil,
00:11regardez, elle diffuse ce soir cette vidéo en hommage aux victimes.
00:30– Sous-titrage ST' 501
01:00Pour rejoindre l'une de nos équipes déployées sur le terrain, bonsoir Clémence Renard.
01:05Vous êtes avec William Guay à Cran-Montana, tout près du lieu du drame.
01:09Le bilan côté français s'est alourdi ce soir, c'est le Quai d'Orsay qui a pris la parole aux alentours de 20h.
01:16– Oui exactement, c'est même dans le détail alourdi à deux reprises.
01:20D'abord aux alentours de 18h30, le Quai d'Orsay annonçait un bilan de 8 morts côté français.
01:25Et puis effectivement aux alentours de 20h, le bilan s'est de nouveau alourdi à 9 français décédés.
01:31La police locale du Valais a de son côté donné quelques informations en ce qui concerne ces français
01:36qui ont donc perdu la vie au bar Le Constellation dans la nuit du 31 décembre au 1er janvier.
01:42On sait qu'ils sont âgés entre 14 ans et 39 ans.
01:47Et il y a aussi plusieurs familles qui ont confirmé auprès de BFM TV
01:51que leurs proches font bien partie de ces français qui ont perdu la vie parmi eux.
01:55Il y a par exemple Sian, cette serveuse du bar qui était âgée de 24 ans
01:59et qui était originaire de 7 dans le sud de la France.
02:02Ou encore Mathéo, le DJ de la soirée qui lui était âgé de 23 ans.
02:06Voilà donc pour ce bilan qui n'évoluera plus.
02:09Il s'agit d'un bilan définitif puisque l'identification des 40 personnes décédées dans cet incendie
02:16a donc pris fin ce soir.
02:18En ce qui concerne les blessés, désormais 23 français ont ou sont toujours hospitalisés,
02:24ont été pris en charge dans différents hôpitaux, que ce soit en France ou ailleurs en Europe.
02:30Et 11 d'entre eux sont d'ailleurs en ce moment même hospitalisés en France.
02:34Merci beaucoup Clémence Renard pour ce point très précis.
02:38On va refaire aussi un point sur les victimes françaises avec vous Pierre-Olivier Dantan.
02:42Un bilan qui s'alourdit, on l'a dit, c'est le cas d'Orsay qui l'a annoncé tout à l'heure.
02:47Oui Émilie, on apprend d'abord dans un premier temps ce soir que l'ensemble des personnes décédées ont pu être identifiées.
02:53C'est la police cantonale suisse qui l'annonce.
02:56Parmi ces 40 morts figurent d'ailleurs 20 mineurs.
02:58Il faut le rappeler, il y a dans ce bilan 9 Français dont le corps a pu être identifié après l'incendie.
03:04Voilà ce qu'on peut vous dire maintenant sur l'identité de ces victimes françaises.
03:09Il y a d'abord Giovanni Poutelli, père de deux enfants.
03:11Il avait 39 ans, était originaire des Vosges.
03:14Sa sœur avait partagé un avis de recherche à la suite de l'incendie.
03:18Et c'est sa famille qui finalement a annoncé son décès sur les réseaux sociaux.
03:23Autre victime française, Sianne, 24 ans.
03:26Elle était serveuse aux Constellations la nuit du drame.
03:29Elle était originaire de Sète dans le sud de la France.
03:32Elle travaillait à Grand-Montana comme saisonnière de très jeunes victimes.
03:36Donc vous le constatez, car parmi elles, il y a aussi le DJ de la soirée, Mathéo, 23 ans.
03:42On l'aperçoit d'ailleurs sur plusieurs vidéos le soir du drame, alors que le feu est en train de ravager le plafond de la discothèque.
03:49Mathéo était originaire d'Angers.
03:51Pierre-Olivier, on sait aussi que plusieurs Français sont toujours hospitalisés.
03:55Que sait-on sur ces ressortissants ?
03:57Oui, le dernier bilan communiqué par le ministère des Affaires étrangères fait état de 17 ressortissants qui sont toujours hospitalisés et soignés.
04:06Parmi ces Français blessés, on en a beaucoup parlé ces dernières heures.
04:09La rédaction de BFMTV a pu l'identifier.
04:11C'est le joueur de football du FC Metz, Théris Dos Santos, 19 ans.
04:16Il a de lourdes brûlures.
04:17Il est hospitalisé en ce moment même en Allemagne.
04:19Son agent le qualifie d'ailleurs de héros, car il serait retourné dans les flammes pour sauver sa compagne.
04:26Il y a enfin dans ses dizaines de blessés le barman du Constellation, Gaëtan Thomas.
04:31Il est saisonnier.
04:31Il est aussi barman dans le sud de la France durant l'été.
04:34Lui, il est hospitalisé en Suisse.
04:36Et sa famille a d'ailleurs lancé une cagnotte pour l'aider lors de sa convalescence.
04:40Merci beaucoup Pierre-Olivier pour toutes ces informations.
04:43Évidemment, on va pouvoir décrypter tous ces derniers événements avec vous sur ce plateau.
04:49Je voudrais d'abord vous faire réagir Catherine Bertrand.
04:51Bonsoir.
04:52Vous êtes présidente de la Société française de médecine de catastrophe.
04:56Merci beaucoup d'être avec nous.
04:58On l'a vu, et c'est l'information qu'on a appris ce soir, notamment, les 40 personnes décédées ont été identifiées.
05:05Ça aura pris 4 jours.
05:06Est-ce que c'est beaucoup ou c'est relativement court pour vous, au vu des blessures ?
05:11Non, c'est très habituel.
05:13Enfin, au vu de ce qui s'est passé.
05:14Donc, en 4 jours, je pense qu'il y avait des moyens très conséquents.
05:23Et cet événement, c'est une gestion quand même de l'humain.
05:29C'est une gestion de crise.
05:31C'est un drame que l'on redoute aussi.
05:35Donc, les blessures, le type de patient, c'est quelque chose qui marque et qui a rendu aussi les identifications difficiles.
05:48D'autant plus qu'il y avait des nationalités différentes.
05:52Donc, je pense qu'il n'y a pas de réflexion à faire dans un sens ou dans un autre.
06:00Je pense que tous les moyens ont été mis pour faire ces identifications le plus rapidement possible.
06:04Mais on comprend parfaitement la douleur, l'attente de tout le monde.
06:10Et on va l'évoquer dans un instant.
06:11Mais d'abord, on sait que les personnes décédées ont été identifiées.
06:15En revanche, parmi les blessés, on attend encore.
06:18Il y a ce travail d'identification qui est toujours en place.
06:22Sur quoi est-ce qu'on peut s'appuyer pour essayer d'identifier des blessés ?
06:25On sait qu'il y a des blessures effroyables en ce moment.
06:28Alors, ce n'est pas complètement ma spécialité.
06:30Mais il y a des indices corporels.
06:33Tout dépend aussi de l'âge des personnes.
06:37Et puis, l'ADN.
06:39Vous pouvez avoir des personnes qui sont asphyxiées, qui seront intubées et inconscients.
06:45Donc, c'est difficile de les identifier dans un premier temps.
06:49Et puis, des brûlés très graves que l'on va au contraire endormir pour pouvoir les traiter.
06:56Donc, même chez des blessés qui ne sont pas décédés, chez des blessés très graves,
07:01l'identification peut prendre aussi un peu de temps.
07:04Anne Sénéquier, vous êtes psychiatre.
07:06C'est vrai que ça s'est fait en deux temps.
07:09D'abord, la stupeur avec cet événement effroyable.
07:12Et aussi, cette attente insoutenable qui a duré quatre jours pour les familles.
07:18C'est vrai.
07:19Là, on est dans le temps de la catastrophe.
07:21Le temps de l'attente des résultats.
07:23De retrouver ses proches.
07:25Mais il faut penser, finalement, on pense aussi à ces personnes blessées.
07:28La blessure par le feu, c'est quelque chose de très particulier qui s'inscrit aussi dans le temps très très long.
07:33Pourquoi est-ce que c'est si particulier la blessure par le feu ?
07:35Parce qu'en fait, la peau prend du temps à se cicatriser.
07:39Et en fait, elle ne cicatrise pas véritablement en fonction du type de brûlure.
07:44Il y a trois types de degrés de profondeur de brûlure.
07:48Et la peau va perdre de son élasticité.
07:50Et c'est toute la problématique, justement, d'éviter les cicatrisations qui vont entraîner des raideurs,
07:55des pertes de mobilité.
07:57Et puis, ça va toucher aussi à l'image de soi, l'image du corps, le regard de l'autre sur soi.
08:01Donc, aujourd'hui, tout le monde est présent autour d'eux, c'est vrai.
08:04Mais parce que ça vient de se passer.
08:06Mais je pense qu'il va falloir les accompagner véritablement tout au long quasiment d'une vie, en fait.
08:11Parce que pour certains d'entre eux, malheureusement, ça les marquera à vie.
08:15Et c'est là où il va falloir jouer aussi en tant que famille, mais aussi en tant que société,
08:19changer le regard de l'autre sur les grands blessés, sur les blessés par brûlure.
08:26Parce que, véritablement, aujourd'hui, on a besoin de soins très spécifiques dans des réanimations.
08:33Les centres de traitement débrûlés, c'est quelque chose de très spécifique.
08:36Mais au fur et à mesure du moment, après, il va y avoir la rééducation.
08:40Et le suivi psychologique, véritablement, est très, très important.
08:44Autant du patient, mais aussi autant de l'entourage par la suite.
08:47Pour ceux qui vont réussir à survivre, en tout cas parce qu'on sait qu'il y a encore de nombreux blessés,
08:54comment est-ce qu'on peut se remettre d'un tel drame ?
08:57Est-ce que ça va être particulièrement difficile, vous le disiez justement, du fait de cet incendie ?
09:04C'est compliqué. Il n'y a pas une seule réponse.
09:07Parce que, finalement, ce qui va résulter de ce drame va être différent pour chacun.
09:13Parce qu'il y a le vécu, mais aussi le ressenti du vécu.
09:15Et c'est ça qui est important et qui va faire qu'il y aura cette différence entre tous.
09:19Ça dépendra de la gravité des blessures.
09:21Ça dépendra de l'enquête aussi.
09:25De la compréhension de ce qui s'est passé.
09:28Du sens qu'on va donner à ce drame et ce qui va se passer.
09:31Et ce qui va être changé vis-à-vis des normes.
09:34Vis-à-vis, justement, de ces lieux qui accueillent des jeunes, du public, des gens vulnérables.
09:38Parce qu'à 13 ans, finalement, on n'a pas la capacité de prendre sa sécurité en jeu lorsqu'on va fêter le 31 décembre avec ses amis.
09:49Et aussi, l'entourage et le sens qu'on va donner aussi à sa vie.
09:53Parce qu'encore une fois, quand vous avez 13, 14, même 25 ans et que vous êtes jeune et que vous êtes beau et que vous avez la vie devant vous,
09:59eh bien, vous jouez beaucoup sur votre jeunesse, que vous renvoyez au monde.
10:04Et là, véritablement, dans la brûlure, tout ça vole en éclats et peut être vraiment impacté.
10:10Alors, on n'a pas le détail des blessures, mais le feu vient du haut.
10:15Il est fort probable qu'en coulant ce plastique, il est plutôt brûlé les zones hautes du corps, le visage, les bras.
10:22Tout ça, c'est très visible.
10:23Et c'est vraiment quelque chose sur lequel il va falloir travailler vraiment sur le long terme pour qu'il puisse se reconstruire.
10:28et se réinventer un projet.
10:31C'est vrai que c'est le choc dans cette station de ski que vous connaissez bien, Richard Verly,
10:36parce que vous êtes journaliste suisse notamment et vous nous le disiez.
10:40C'est le choc sur place parce qu'on n'a jamais vécu un tel événement.
10:44C'est plus qu'un choc.
10:45Là, vous savez, vous appelez n'importe qui aujourd'hui dans le canton du Valais,
10:49qui est un grand canton, un canton montagneux.
10:52Tout le monde est littéralement scotché aux dernières nouvelles.
10:55C'est une catastrophe qui touche d'abord ce canton,
10:58qui touche toute la Suisse.
11:00Et puis, moi, je suis très frappé par ces images avec ce cœur qui est dessiné.
11:04C'est-à-dire que c'est cette idée que la Suisse n'est pas, disons-le,
11:09un pays qui naturellement génère la compassion,
11:11pour des raisons que vous pouvez imaginer.
11:13Ce n'est pas le pays qui, spontanément, fait vers lequel on va se tourner.
11:17Et là, ce que dit ce cœur, c'est que la Suisse est faillible, d'abord.
11:23C'est un pays qui a plutôt une réputation de faire bien les choses.
11:26Eh bien, il arrive aussi que les choses ne se passent pas bien.
11:29Elles ne se sont pas du tout bien passées ce jour-là.
11:32Et la Suisse est là et veut de la compassion.
11:35Elle a besoin, je pense, de compassion.
11:37Je crois que le 9 janvier, il y aura une journée de deuil nationale
11:40qui a été décrétée en Suisse.
11:42Et moi, je suis très frappé par ça.
11:44Parce que, vous savez, Grand-Montana, c'est une grande station.
11:46En France, il y a aussi de grandes stations alpines.
11:48Mais c'est un village.
11:51Tout le monde se connaît.
11:52C'est une société assez maillée.
11:55Il n'y a pas tant d'étrangers que ça,
11:57contrairement à ce qu'on pourrait penser qu'ils possèdent des affaires,
11:59notamment dans la restauration ou dans l'hôtellerie.
12:02Et donc, il va falloir faire preuve de résilience ensemble.
12:06Et j'imagine que la station, je crois qu'on peut compter sur les Valaisans,
12:10dans les années, justement, qui viendront,
12:12pour ceux qui survivront,
12:13ils seront toujours là pour les accueillir.
12:15Au milieu de cette soirée cauchemardesque,
12:17il y a eu aussi des héros du quotidien.
12:19Je voudrais vous faire écouter les témoignages de Gianni,
12:22qui est étudiant et qui a réussi à sauver plusieurs vies ce soir-là.
12:27Quand j'arrive, je vois une scène d'horreur.
12:30À ce moment-là, on cesse de penser.
12:32L'adrénaline prend le dessus énormément.
12:36La différence, avec beaucoup de monde,
12:37c'est que j'étais conscient qu'à l'intérieur se trouvaient de très jeunes enfants,
12:41des enfants qui avaient 14, 15, 16 ans.
12:43Je savais qu'ils étaient en train d'y laisser leur vie.
12:47Donc, sans réfléchir, j'y suis allé,
12:49sans savoir ce qui m'attendait à l'intérieur par la suite,
12:54avec des images qui, aujourd'hui, me restent toujours en tête
12:58et que, je pense, me suivront pendant un certain temps encore.
13:02Nous, on ne descend pas par les escaliers.
13:04On ne peut pas, pour la simple et bonne raison,
13:06que la fumée est très dense et très noire.
13:09On ne voit rien.
13:10On ne peut uniquement avancer un mètre dans les fumées.
13:15Mais déjà là, on se retrouve avec énormément de personnes à terre,
13:19des personnes inconscientes.
13:21Donc, on ne peut pas rentrer.
13:24On ne peut pas rentrer très, très loin.
13:26Il faut savoir aussi que nous sommes des civils.
13:28Nous ne sommes pas des professionnels.
13:30Donc, l'on tente de s'y aider comme on peut.
13:32Laurent Valdiguet, c'est vrai que ces drames sont souvent marqués
13:35par ces héros qu'on n'avait pas vus venir.
13:38Oui, enfin, Gianni et son père.
13:40Son père, il est asthmatique.
13:42Son père, il n'aurait jamais dû rentrer dans ce nuage de fumée noire.
13:45Parce qu'eux, ils arrivent après la boule de feu,
13:48après le phénomène de feu décrit aujourd'hui par les enquêteurs.
13:52Donc, c'est complètement opaque.
13:54C'est noir.
13:55Il se cogne.
13:56Il faut imaginer qu'on entre comme dans un four, en fait,
13:59quand on entre dans cet endroit.
14:01Dans un résidu de four.
14:02Puisqu'il n'y a plus de flammes, vraiment.
14:05Il y a une espèce de fournaise et de noirs et puis de corps
14:09qui ont été brûlés presque instantanément
14:13par un phénomène de feu d'une très grande violence.
14:18Alors, c'est vrai qu'ils sauvent.
14:19Ils ont sauvé des gens.
14:20Ils ont sauvé des vies.
14:21Puisque c'est vrai que maintenant,
14:23le temps de la sidération et du deuil va commencer pour les 40,
14:28mais pour les 123 blessés.
14:29Alors, on sait que certains, si français, ont sorti de l'hôpital,
14:32mais pour les blessés graves, c'est le temps du combat.
14:35Parce que, pour rebondir sur ce que vous disiez,
14:37c'est des gens qui vont littéralement changer de corps,
14:40changer de peau.
14:41C'est des gens qui ne seront plus jamais les mêmes
14:43et qui ont une nouvelle vie devant eux,
14:45une vie de combat et de lutte.
14:48On le sait, il y a eu des reportages bouleversants
14:52de médecins suisses au chevet de ces blessés graves.
14:56C'est déjà des grèves de peau qui ont commencé, etc.
15:00C'est un combat qui va durer des vies entières.
15:03C'est des gamins.
15:04Et avec lequel, au fond, on va vivre.
15:08Puisque c'est des gens dont on va être proche,
15:11d'une certaine façon.
15:12Vous le disiez, je vous entendais dire,
15:13ce sont des gamins.
15:14Justement, est-ce que ça peut être une chance
15:16dans ce drame, Catherine Bertrand,
15:18le fait qu'ils soient jeunes ?
15:20Est-ce qu'on peut espérer qu'ils se remettent plus facilement
15:22qu'un adulte qui a plus de 30 ans, par exemple ?
15:26Alors, ce sont des équipes pluridisciplinaires,
15:29très sophistiquées, qui s'occupent de ces brûlés.
15:32Et effectivement, quelqu'un de jeune
15:35qui n'a pas de pathologie supplémentaire
15:38est quelque chose qui est favorable.
15:40parce que déjà, il faut regarder
15:43quels sont les organes, surtout sur les poumons.
15:45Vous parliez de la fumée.
15:47Il faut quand même savoir que la fumée,
15:49c'est ce qui tue en premier.
15:50Et ce qui complique beaucoup après,
15:52quand il y a des brûlures des poumons,
15:55ce qui complique beaucoup, beaucoup
15:56les soins de réanimation.
15:59Mais les patients sont entourés
16:01d'équipes pluridisciplinaires.
16:03Et c'est vrai que si ce sont des jeunes gens
16:06sans pathologie surajoutée,
16:08c'est quand même quelque chose qui est favorable.
16:11Mais je suis frappée quand même
16:12par ces témoignages et quand même
16:14ces actes de solidarité.
16:15Quand je parlais de l'humain,
16:17c'est vraiment ce qui frappe dans ces drames.
16:20Et d'ailleurs, les pays ne sont pas seuls,
16:22parce qu'aucun pays ne peut faire face
16:24à un tel drame tout seul.
16:26Donc, il y a cette coopération européenne
16:29avec des équipes qui viennent de partout,
16:32qui est vraiment un plus.
16:34Et ce sont d'ailleurs des procédures
16:38qu'on partage, qu'on travaille,
16:40notamment avec la Société française
16:42de médecine de catastrophe.
16:43On se souvient du drame qu'il y avait eu aussi,
16:46c'était dans une boîte de nuit aussi,
16:48en Roumanie, en 2015,
16:50avec à peu près le même bilan.
16:52Et c'est là qu'on a commencé,
16:54on n'a pas commencé à ce moment-là,
16:56mais on a vraiment amélioré
16:58nos moyens de coopération internationale.
17:02Et maintenant, avec la cellule
17:03qui est mise en place en Belgique,
17:06le RCC, cette cellule de réaction,
17:08ça permet vraiment de coopérer.
17:11Et donc, ça donne beaucoup de chance
17:12à tous ces blessés,
17:14parce que dans un premier temps,
17:16il y a un temps de stabilisation
17:17des lésions vitales.
17:19Ensuite, il faut évaluer
17:20quelle est effectivement
17:22la gravité des brûlures.
17:23Ça ne se voit pas au premier jour.
17:26Il faut regarder quelle est la profondeur,
17:28etc.
17:28Évaluer si ces blessés ont besoin
17:31d'un service spécialisé
17:32pour des brûlés.
17:35Et là, le nombre de lits
17:37est contraint dans chaque pays.
17:39Donc, il faut vraiment être sûr
17:40que ces patients,
17:41ces tels patients,
17:42vont bénéficier de ces moyens.
17:45Et là, dans ces services-là,
17:47les patients sont très, très entourés.
17:49C'est vraiment des soins sophistiqués.
17:51Je voudrais qu'on fasse le point
17:52sur l'enquête,
17:54puisqu'on le rappelle,
17:55une enquête a été ouverte
17:56pour homicide par négligence,
17:58lésion corporelle par négligence
17:59et incendie par négligence.
18:01Au même moment,
18:02les témoignages se multiplient
18:03à l'encontre des gérants.
18:05Je voudrais vous faire écouter Sarah.
18:07C'est le dernier témoignage en date.
18:09Une ex-employée
18:10qui est très critique
18:12envers la direction.
18:13Écoutez ce qu'elle raconte.
18:15Les conditions de sécurité,
18:16on n'a pas été formés.
18:17Il faut savoir que moi,
18:18je logeais dans l'appartement
18:20qui appartenait au propriétaire,
18:21qui était juste au-dessus
18:22du Constellation.
18:23Dans cet appartement,
18:24il y avait une issue
18:25en face des toilettes
18:26entre le Cigar Lounge
18:28et l'étage du bas.
18:29Il y avait une issue de secours
18:30qui est condamnée,
18:31qui s'ouvrait avec une clé,
18:33mais qui menait directement
18:34au bâtiment d'en haut,
18:35puis ensuite après
18:35à une sortie extérieure.
18:38Et cette porte, du coup,
18:39s'ouvrait avec une clé.
18:41Je n'ai jamais vu de présence
18:42d'extincteurs, etc.
18:43J'en ai vu dans les bureaux.
18:44Il y avait un bureau
18:45en bas des escaliers à gauche
18:48qui s'ouvrait avec une clé.
18:50Il n'y avait pas de lumière.
18:51Il fallait mettre le flash du téléphone
18:52et les extincteurs étaient dedans.
18:54Sinon, il n'y avait aucune présence
18:55même d'alerte incendie,
18:57d'alarme incendie.
18:58À ma connaissance,
18:59il n'y avait rien de tout ça.
19:01Alors évidemment,
19:02on le rappelle,
19:02il y a toujours une enquête en cours.
19:04Néanmoins,
19:04Ludovic Pingano,
19:06il y a beaucoup d'éléments
19:07qui nous sidèrent,
19:08notamment quand on regarde
19:09les vidéos
19:10et le départ de feu.
19:13Il n'y a rien qui va,
19:14c'est ce que vous nous disiez
19:15quand on voit les vidéos.
19:16En fait,
19:17c'est une succession
19:18de dysfonctionnements
19:19qui font qu'on arrive
19:21à un tel drame.
19:22C'est jamais un problème isolé.
19:24On a beaucoup parlé
19:25ces derniers jours
19:25de ces bougies scintillantes,
19:29mais il y a tellement
19:31de dysfonctionnements.
19:32Pour moi,
19:33le vrai élément aggravant,
19:35c'est cette mousse de polyuréthane.
19:38C'est clair,
19:39sans cette mousse de polyuréthane
19:40qui s'enflamme quasi instantanément
19:42et qui favorise
19:43une propagation du feu
19:44et qui génère des fumées
19:46bourrées de monoxyde de carbone
19:48et de cyanure
19:49et qui va commencer
19:50par asphyxier
19:51toutes les personnes présentes,
19:52c'est un élément clé.
19:53Le deuxième élément,
19:55c'est ce qu'on constate,
19:55il y a énormément de victimes.
19:57Toutes ces victimes
19:57n'ont pas pu sortir.
19:59Et on voit aussi
19:59que le feu s'est très rapidement propagé
20:01à une vitesse incroyable.
20:03On voit bien que ça brûle,
20:04c'est un produit
20:05qui s'enflamme
20:06et qui brûle
20:07à une vitesse incroyable.
20:08Les gens n'ont pas pu sortir
20:09pour deux raisons.
20:10Il n'y a pas assez
20:11où la largeur
20:12des issues de secours
20:13n'est pas suffisante
20:14et où il y a trop de monde
20:16à l'intérieur.
20:17En tout cas,
20:17à un moment donné,
20:18si vous voulez faire passer
20:19tant de personnes
20:20sur un seul escalier,
20:21on a immédiatement
20:22un effet en tonnois.
20:25Ça, c'est encore
20:25un élément aggravant.
20:26Après, on parle
20:27d'issue de secours
20:27et on parle de largeur.
20:28Il y a cette issue de secours,
20:29cette deuxième issue de secours
20:30dont on ne parlait pas au début,
20:32qui de toute évidence existait,
20:33mais qui s'ouvrait à l'intérieur,
20:34qui était fermée à clé
20:35et dont personne ne connaissait.
20:39Je crois que vraiment
20:40cette enquête,
20:40elle doit d'abord
20:41dans un premier temps
20:42permettre d'avoir
20:42une vision globale
20:43sur tout ce qui s'est passé
20:44et puis ensuite reprendre
20:45ces points un à un.
20:45Mais là, on va effectivement
20:46lever un certain nombre
20:47de responsabilités.
20:48Mais parmi ces responsabilités,
20:50on parle beaucoup
20:50des gérants qui,
20:51bien entendu,
20:53seront à un moment donné,
20:54leur responsabilité
20:55sera mise en cause.
20:57Par contre,
20:57il y a d'autres niveaux
20:58de responsabilités
20:59et il va falloir
21:01que la justice
21:02s'y intéresse également.
21:03Les visites de sécurité
21:04doivent être organisées
21:06par l'échelon communal.
21:08Est-ce qu'elles ont
21:08correctement été organisées ?
21:09La commune pourrait être
21:10dans le viseur des enquêteurs.
21:12Organisées et réalisées.
21:13parce que cette fameuse
21:16mousse de polyurethane
21:17aurait été installée
21:18directement par le gérant
21:19en 2015.
21:20Si depuis 2015,
21:21il y a eu trois visites,
21:22ce qui est déjà insuffisant,
21:23en attendant,
21:23pourquoi est-ce que
21:24lors des trois visites,
21:25on n'a pas vu
21:25cette mousse de polyurethane ?
21:26Concrètement,
21:27est-ce que,
21:28Gilles Rex,
21:29les enquêteurs
21:29s'appuient sur ces vidéos
21:31au-delà d'aller sur les lieux ?
21:33Est-ce que ces vidéos-là
21:33sont très précieuses
21:34pour avancer dans l'enquête ?
21:36Oui, bien sûr,
21:36elles sont très précieuses.
21:37Elles ont déjà été versées
21:38au dossier,
21:39vraisemblablement.
21:40Toutes les vidéos,
21:41les photos qu'on voit,
21:42les témoignages
21:43des personnes
21:43qui étaient à l'intérieur
21:44de l'établissement
21:45ont déjà contribué
21:46à bien faire avancer
21:47l'enquête
21:48pour qu'elle s'approche
21:49au plus près de la vérité.
21:52Et là,
21:52il va y avoir
21:53un chronométrage
21:54très précis
21:55du départ de feu
21:57en tenant compte,
21:59eh bien justement,
22:00de la programmation
22:01des photos,
22:03du numérotage,
22:05vous savez,
22:05qu'on peut retrouver
22:06dans tous les...
22:07très précisément
22:08dans les téléphones.
22:09Et on va voir
22:10à quelle vitesse
22:11ce feu a progressé
22:12et la cause
22:14de cette progression
22:15fulgurante
22:16qui, comme dit Ludovic,
22:18est due
22:18à la base
22:20à cette mousse
22:21expansée
22:22qui est collée au papier.
22:22Oui, et c'est ce que vous disiez,
22:23Laurent Valdiguet,
22:24ce lieu
22:25assez intimiste,
22:26finalement,
22:27petit,
22:27s'est transformé
22:28en mur de feu.
22:29En mur de feu.
22:30Alors c'est vrai
22:30que quand on essaye
22:31de se pencher sur les...
22:33Il y a un site
22:34et puis on discute
22:34avec Ludovic
22:35sur les normes.
22:36Ça paraît compliqué,
22:37les normes,
22:38la largeur de l'escalier,
22:39combien d'instincteurs.
22:41Mais là,
22:42il y a une espèce
22:42de bon sens.
22:44Il y a 149
22:45ou 159 personnes
22:46qui ont été piégées
22:47dans cet établissement.
22:48Alors évidemment,
22:49ça ne va pas
22:50puisque justement,
22:50les normes,
22:51si on prend un peu
22:53de hauteur
22:53sur à quoi ça sert
22:54des normes incendies,
22:55c'est fait en sorte
22:56pour que les gens
22:57puissent évacuer rapidement.
22:58Et puis là,
22:58on voit bien
22:59que personne ne peut
23:00évacuer rapidement.
23:01D'abord,
23:02il n'y a pas d'alarme,
23:02la musique ne cesse pas
23:03alors que le feu
23:04a démarré.
23:05Cet escalier
23:06a été rétréci,
23:07ça paraît beaucoup
23:07trop étroit.
23:08Il y a une porte
23:09de secours derrière
23:10qui,
23:11comme le dit Ludovic aussi,
23:12a été construite
23:13dans le mauvais sens
23:14puisque justement,
23:15elle est très vite obstruée
23:16par des gens
23:16comme elle est fermée
23:17à double tour,
23:18par des gens
23:18qui s'asphyxient
23:19devant la porte
23:20sans parvenir
23:21à l'ouvrir.
23:22Alors quand il y a
23:22des gens de l'extérieur
23:23qui veulent l'ouvrir
23:24de l'extérieur
23:24qui arrivent,
23:25notamment Gianni
23:26de tout à l'heure
23:27avec son papa,
23:28la porte,
23:29elle est bloquée
23:29par les corps.
23:30Donc en réalité,
23:31il n'y a rien qui va.
23:33Indépendamment
23:33de ce qu'est
23:33qu'il y a à l'enquête
23:34sur les responsabilités
23:35individuelles,
23:36dans ce cas de figure,
23:38il n'y a absolument
23:39rien qui va.
23:40Tout cloche.
23:41Il faut revoir
23:41tout de fond en comble
23:42de ces normes.
23:43Et d'ailleurs,
23:44en France,
23:44il y aura des conséquences.
23:45On le voit,
23:46il y a le préfet de police
23:47de Paris
23:47qui a déjà écrit
23:48à tous les professionnels.
23:50Il y a évidemment
23:51plein de sites
23:52aujourd'hui,
23:54notamment au Festif,
23:55en sous-sol,
23:55etc.,
23:56avec une seule sortie
23:56de secours,
23:57qui devraient tous
23:58se poser la question
23:59avant de revoir
24:00le livre des normes,
24:02etc.
24:02Est-ce que,
24:03oui ou non,
24:03je peux faire évacuer
24:04les gens que j'ai là
24:05rapidement ?
24:06Parce que c'est du bon sens.
24:08Anne Sénéquier.
24:09Oui, mais en fait,
24:10ces normes,
24:10elles sont justement
24:11là pour fonctionner
24:12quand tout va mal.
24:13Et elles vont anticiper
24:14la panique,
24:15mais elles vont anticiper
24:16la sidération,
24:17la désorganisation,
24:19le fait qu'on n'ait pas
24:20des individus réfléchis
24:23et cohérents
24:23à ce moment-là.
24:24Vous prenez un moment
24:25où tout va bien,
24:26les 159 personnes,
24:27vous les faites sortir
24:28assez rapidement.
24:29Mais là,
24:30dans cet état de sidération,
24:32en fait,
24:32les normes,
24:32elles sont là
24:33pour cadrer,
24:34justement,
24:35pour faire face
24:35à cet état de sidération.
24:37Donc,
24:37le problème d'une norme,
24:38c'est que quand elle marche,
24:39finalement,
24:40on n'en a pas besoin,
24:42on ne les voit pas.
24:43Donc,
24:43elles sont considérées
24:44comme contraignantes.
24:45Le problème,
24:46c'est qu'on va les oublier
24:47du fait que ce sont
24:48contraignantes
24:49si on ne gère pas les choses.
24:50Juste, Anne,
24:51je suis juste un peu modéré
24:53par rapport à cela,
24:53puisqu'en France,
24:55le règlement de sécurité
24:56s'appelle
24:56le règlement de sécurité
24:57contre le risque
24:58d'incendie et de panique.
24:59C'est-à-dire que
25:00le législateur français
25:01a déjà pensé,
25:02suite à des événements dramatiques,
25:03notamment à l'incendie du 5-7,
25:05a déjà pensé
25:06à cette altération
25:07de la conscience.
25:08Oui,
25:08mais c'est le but,
25:09justement.
25:09Et en fait,
25:10le nombre
25:10et la largeur
25:12des sorties de secours,
25:13pour prendre juste
25:14cet exemple-là,
25:15est déjà dimensionné
25:16très largement
25:16au-dessus des besoins
25:17qu'on pourrait avoir
25:18quand tout va bien.
25:19Mais quand on voit
25:20la largeur
25:20de l'escalier
25:21aux constellations,
25:23concrètement,
25:24là, clairement,
25:25on n'est pas dans ce qu'il faut.
25:26C'est clair.
25:26On a travaillé
25:27avec la société
25:28sur les mouvements
25:29de foule,
25:30justement,
25:30et comment une foule,
25:32dans un moment
25:33de panique
25:34ou de sidération,
25:35peut se déplacer.
25:36Il y a même
25:36des modèles mathématiques
25:37qui précisent
25:39à quelle vitesse
25:39il faut être,
25:40quelle est la densité
25:41de personnes autour.
25:43Ça veut dire
25:43qu'il faut faire
25:43des exercices
25:45et qu'il faut travailler
25:45là-dessus.
25:46SS,
25:47c'était des choses
25:47dans la prévention,
25:49dans la préparation
25:50qui sont tout à fait importantes.
25:51J'aimerais que ça...
25:52Oui, mais là,
25:53on voit que
25:54tout au début
25:54de l'incendie,
25:55tout au début,
25:56les gens ne sont pas
25:57paniqués du tout.
25:57Ils sont jeunes
25:58et ils n'ont pas du tout
25:59conscience du danger
26:00qui les guette,
26:01en fait,
26:02puisqu'ils font des photos.
26:04S'ils partaient tous
26:05en courant,
26:06peut-être,
26:06à ce moment-là,
26:07il y aurait...
26:07C'est peut-être
26:08un petit peu facile
26:09à dire aussi après coup
26:10parce que sur le moment,
26:11on ne réalise peut-être
26:11pas le danger
26:13qu'ils guettent.
26:14C'est du fait
26:14de leur grande jeunesse
26:14et personne ne peut
26:16avoir conscience
26:17d'un danger comme ça.
26:19On ne peut pas imaginer
26:20un instant
26:20qu'en trois minutes,
26:21l'établissement va...
26:23Enfin, quand je dis
26:24trois minutes
26:24ou cinq ou six...
26:26Mais c'est pour ça
26:27que cet établissement-là
26:28doit pouvoir être
26:30en capacité
26:31de mettre des jauges
26:32et de les tenir aussi
26:33parce que parfois,
26:35il y en a,
26:35mais elles ne sont pas
26:36forcément tenues
26:36et de dire
26:37qu'on a la capacité
26:38de pouvoir évacuer
26:39rapidement ces personnes-là.
26:41Au-delà de ça,
26:42on ne prend pas.
26:43Et ça, c'est compliqué.
26:44Merci.
26:44Merci beaucoup
26:46d'avoir été avec nous
26:47pour évoquer ce drame.
26:49Évidemment,
26:49il en sera encore question
26:50sur BFM TV.

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