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  • il y a 6 semaines
Chaque week-end, Emilie Broussouloux vous accompagne de 22h à 00h dans BFM Grand Soir.

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00:00Je voudrais qu'on évoque cette double colère, évidemment liée à la gestion du gouvernement de cette crise sanitaire de la dermatose nodulaire,
00:06mais aussi sur cette possible entrée en vigueur du traité du Mercosur.
00:10C'est de ça aussi dont il va être question, de ce double bras de fer que nos équipes ont suivi toute cette semaine.
00:17J'en profite pour remercier Chloé Berthaud pour ses images en direct.
00:21Mais d'abord, regardez ce reportage saisissant de nos équipes sur place.
00:25Crise agricole au cœur des colères, c'est un reportage de nos envoyés spéciaux BFM TV, Raphaël Rodon et Pauline Sarafi.
00:37Dans son exploitation, nichée au cœur des Pyrénées-Orientales, comme chaque jour, Guillaume eut son saffaire auprès de son troupeau.
00:48Mais depuis un mois, le cœur n'y est plus et ses étables sonnent plus vite que d'habitude.
00:55Le 12 novembre, j'ai perdu 18 vaches sur les 46 que j'avais, abattues à cause de la DNC.
01:03Dans le groupe, il y avait une vache malade et la conséquence, c'est celle-là, c'est que ça a condamné les 17 qui étaient avec elle.
01:11Une partie de son cheptel décimée, pour éviter la propagation de la dermatose nodulaire, une maladie bovine contagieuse.
01:18Un crève-cœur, d'autant que tout est allé extrêmement vite, trop vite à son goût.
01:25Les services de l'État tenaient tellement à abattre ces animaux le plus vite possible qu'ils n'ont même pas attendu le fait qu'on arrive.
01:32Donc moi, je me suis retrouvé avec mon fils et ma compagne, devant les animaux qui venaient d'être sédatés, qui commençaient à tomber par terre.
01:44Regardez-les, les pauvres bêtes !
01:48C'est une honte !
01:50C'est une honte !
01:51On devait venir leur dire un dernier au revoir pendant l'estimation.
01:59Et voilà, ça ne s'est absolument pas passé comme prévu.
02:03Elles ont été abattues à la carabine, quoi.
02:05Donc voilà, ça crée aussi des images et un contexte un peu compliqué, quoi.
02:13Un monde agricole plongé dans un sentiment d'abandon face à cette maladie bovine.
02:18Mais aussi, avec l'ombre inquiétante du Mercosur,
02:24l'accord de libre-échange entre l'Amérique du Sud et l'Europe,
02:27aux contours menaçants pour les exportations de certains exploitants français.
02:33Une double colère revendiquée toute la semaine de nos autoroutes au Parlement de Bruxelles.
02:39Une révolte qui trouve ses racines au début de l'été dernier.
02:51Le 29 juin, un premier cas de dermatose nodulaire est détecté dans une exploitation en Savoie.
02:57Depuis, plus de 100 foyers se sont déclarés.
03:03Contre la maladie, la vaccination est efficace.
03:07Mais dans un premier temps, quelques milliers de doses seulement sont administrées.
03:12Le gouvernement a-t-il trop tardé à lancer cette campagne de vaccination massive ?
03:18Depuis le mois de juin, on pouvait démarrer ça.
03:21On a perdu 6 mois, il n'y a aucune reconnaissance d'erreur.
03:24Le discours aujourd'hui est toujours le même sans dire qu'on aurait pu démarrer plus tôt.
03:27La politique d'abattage systématique portée par le gouvernement enflamme une partie du monde agricole.
03:36Dans la rue ou sur les autoroutes, le retour des points de blocage deux ans après la dernière crise,
03:43comme sur le bord de la 63.
03:47Installé ici depuis dimanche soir, il bloque une partie de la chaussée en direction de Bordeaux.
03:53Mais ce matin-là, à bord de leur tracteur, ils décident d'aller plus loin
03:59et d'investir à l'autre côté de la voie sans s'encombrer des règles du code de la route.
04:05Vous avez vu des évolutions, vous, en ce moment-là ?
04:08Nous, du gouvernement, on n'a aucune évolution.
04:10Donc nous, on évolue.
04:11Là, on bloque dans les deux sens, maintenant.
04:12Et puis le gouvernement ne comprend pas que là, ça chauffe dans les campagnes.
04:17Un peu partout dans le sud-ouest, les éleveurs se mobilisent.
04:23Toujours en Haute-Garonne, ces manifestants ont installé des bottes de paille
04:28et des palettes en bois sur la voie ferrée, désormais impraticable.
04:32On a bloqué la voie ferrée qui fait Toulouse-Narbonne.
04:37Et après, voilà, l'objectif, c'est qu'on rentre sur l'autoroute
04:40pour rappeler les manifestations de 2024, où aujourd'hui, on attend toujours des réponses.
04:46On aime bien passer du temps ensemble, mais on a autre chose à faire.
04:50Vous voyez ?
04:50Donc il faut qu'on soit écoutés.
04:53Il faut que ce pays redevienne une démocratie.
04:57Aujourd'hui, c'est fini.
04:58On n'a plus confiance à ce gouvernement.
04:59Le gouvernement, mis sous pression face à la gronde,
05:05décide en début de semaine de se réunir en urgence
05:08autour du Premier ministre Sébastien Lecornu.
05:11Réunion de crise pendant plusieurs heures à Matignon.
05:14Et en fin de journée, une décision.
05:27La ministre de l'Agriculture, Annie Gennevar,
05:30pointée du doigt par certains syndicats durant cette crise,
05:33ouvre la voie à des moyens massifs.
05:36Une nouvelle commande de vaccins supplémentaires a été réalisée la semaine dernière.
05:42Elle est en cours de conditionnement aux Pays-Bas.
05:44Une première livraison de 400 000 doses sera acheminée.
05:48Pour ce faire, pour accéder très rapidement à cette commande supplémentaire,
05:54le ministère des Armées va nous prêter main-forte.
06:00Ce jeudi, de la parole aux actes,
06:03l'armée se mobilise à son tour sur la base militaire de Rennes.
06:08Catherine Vautrin, ministre des Armées,
06:10vient en personne superviser l'acheminement.
06:14Bonjour, colonel. Merci à vous d'être là.
06:17Le gouvernement se sait observer et écouter par les agriculteurs.
06:21Alors, les journalistes ont été invités à filmer ces caisses chargées de 400 000 vaccins
06:27contre la dermatose nodulaire.
06:30Ils vont rejoindre par les airs, Toulouse, étape finale d'un long voyage.
06:37Nous avons 25 personnes qui sont mobilisées entre les personnes qui ont coordonné l'opération,
06:43les personnes qui ont conduit les véhicules pour aller aux Pays-Bas,
06:45revenir des Pays-Bas.
06:47Et puis maintenant, le relais de l'armée de l'air.
06:49Il y a une crise dans notre pays.
06:51L'ensemble des moyens de l'État sont mis à disposition pour répondre dans les meilleures conditions.
06:56Les vaccins embarquent à bord de l'A400M.
07:00Un appareil récemment utilisé dans le ravitaillement de l'Ukraine.
07:04Indispensable par sa vitesse et sa capacité de stockage.
07:08On est dans une opération qu'on appelle logistique.
07:12Donc on est en zone de paix.
07:14On vient juste transporter du fret d'un point A à un point B.
07:17La seule particularité, c'est qu'on le fait dans des délais contraints.
07:20Ça, c'est vraiment la spécificité du militaire où les ordres tombent tard.
07:22Et nous, on s'adapte et on rend la mission possible dans le plus bref délai.
07:26On va vite, on fait les choses bien, précisément, efficacement.
07:29Il ne faut qu'une petite heure au capitaine Antoine pour allier Rennes à Toulouse,
07:34hier dans la journée.
07:34À l'arrivée sur la base militaire de Haute-Garonne, pas de temps à perdre.
07:40Les caisses sont chargées dans des camions prêts à acheminer.
07:44Toujours sous les objectifs des caméras et le regard d'un préfet spécialement nommé
07:50pour superviser la vaccination des bovins.
07:53Tous les cabinets vétérinaires de la zone du sud-ouest auront 400 000 doses de plus.
07:56On aura la totalité des doses pour satisfaire les besoins et attendre l'objectif du gouvernement,
08:00à savoir une vaccination de la totalité des bêtes du sud-ouest.
08:04La plupart de ces vaccins prennent la direction des Pyrénées-Atlantiques,
08:10où 200 000 bovins doivent être vaccinés d'ici la fin de l'année.
08:15Dans cette petite exploitation, à 20 kilomètres de Pau, la menace de la maladie plane au-dessus du cheptel de 91 bêtes.
08:28On est à moins de 50 kilomètres d'un foyer dans les Hautes-Pyrénées.
08:34La vaccination a donc démarré dans cette zone-là de façon prioritaire.
08:39L'arrivée du vétérinaire et de son équipe dans cette petite exploitation est un soulagement pour l'éleveur.
08:45Même si ces bêtes se montrent agitées face aux égouilles du vétérinaire.
08:52Hier, on a été contactés pour la vaccination.
08:59Et comment on voulait vacciner, voilà, on a dit oui de suite.
09:04C'était inespéré pour vous ?
09:05Inespéré, on s'y attendait.
09:07On savait, depuis la semaine dernière, on savait qu'on allait y passer.
09:11Oui, c'était un soulagement, oui.
09:12Nous, franchement, on est super bien accueillis par les éleveurs.
09:15On est remerciés de venir aussi vite.
09:17Ils se doutent bien que si on est là, qu'on les convoque pour vacciner, c'est pas aussi...
09:21Nous, on préférerait aussi passer des bonnes vacances pour Noël.
09:24Donc si on accélère le mouvement, c'est aussi pour qu'on ait plus de 95% des cheptels vaccinés le plus vite possible.
09:31Chaque jour, 150 vétérinaires seront sur le terrain, lancés dans une course contre la montre et contre la maladie.
09:42De l'Hérault jusqu'Hollande, 750 000 bovins attendent le vaccin d'ici janvier pour assurer un cordon sanitaire autour des récents foyers détectés.
09:53La vaccination contre la dermatose nodulaire suffira-t-elle à apaiser la colère des agriculteurs, alors qu'un deuxième front s'ouvre dans les campagnes ?
10:04Cet autre cri de colère est cette fois dirigé contre Bruxelles et le Mercosur.
10:12En pleine nuit, mercredi, des dizaines de tracteurs s'installent sur cette voie rapide, proche de Valenciennes.
10:21On a pris la possession de l'autoroute, donc on est déterminé à rester une paire de jours comme dans le bois de la France.
10:28On s'est foutu assez de notre gueule, les gendarmes nous ont voulu nous bloquer, on a trouvé une piste pour pouvoir les contourner.
10:34Alors maintenant, moi j'ai mon tracteur ici, on bloque ici, jusqu'à temps qu'on a des nouvelles informations du gouvernement.
10:41Les deux axes de circulation paralysés, la tension s'installe avec certains automobilistes.
10:48Demain on travaille, on rentre chez nous.
11:17Donc soit ils bloquent à gauche, soit ils bloquent à droite.
11:20Mais ils ne bloquent pas les deux, ils laissent passer.
11:23Certains automobilistes prennent la décision de faire demi-tour.
11:27D'autres jouent la carte de la patience.
11:30Je suis coincé l'homme, ils font ce qu'ils ont à faire.
11:34Moi j'attends.
11:35J'ai pas le choix de rester là d'attendre, vous voulez que je fasse quoi ?
11:38Pour faire entendre leur colère au-delà des autoroutes françaises, certains agriculteurs décident de la porter jusqu'à Bruxelles.
11:52Jeudi matin, ces tracteurs français prennent la route, direction la capitale belge.
11:57Klaxon grondant, ils sont près de 4000 agriculteurs à faire le déplacement.
12:05Comme une longue procession jusqu'au pied des institutions européennes.
12:12Parmi eux, Thomas Schneider.
12:15Il est éleveur de bovins.
12:16Ce matin-là, il a quitté son exploitation pour faire entendre ce qu'il considère comme une contradiction insupportable.
12:23On n'est pas respecté parce que la France nous importe de plus en plus de lois pour l'environnement, pour le bien-être des animaux.
12:30On accepte de jouer le jeu, on fait tout ce que la France nous dit de faire, entre guillemets.
12:35Et de l'autre côté, ils veulent importer des milliers de tonnes de viande.
12:39Pour cet exploitant du barin, l'accord incarne une concurrence qu'il juge déloyale et un sentiment d'abandon.
12:45S'il arrive encore à vivre de sa profession, les veaux qu'il engraisse, qu'il appelle Broutard, lui rapportent de moins en moins chaque année.
12:55En France, on n'a pas le droit aux OGM, on n'a pas le droit à certains antibiotiques, aux hormones de croissance, que dans les autres pays, ils ont le droit à tout ça.
13:03Donc le Broutard prend le double de poids, ce qui les stimule avec les hormones, alors que nous, on n'a pas le droit.
13:09Et du coup, la bête pousse plus vite. Donc nous, on n'a pas tout ça.
13:14On respecte l'environnement, on essaie de tout respecter. Et c'est de la concurrence déloyale.
13:23Au fil des heures, ce qui s'annonçait comme une mobilisation pacifique change peu à peu de visage.
13:30Au milieu des départs de feu, la tension s'intensifie. Face aux bâtiments européens, les lignes de gendarmes se figent.
13:45La distance avec les manifestants se réduit.
13:47La place du Luxembourg se transforme alors en terrain de confrontation.
13:58D'un côté, des manifestants, pour certains le visage masqué, n'hésitent plus à cibler les forces de l'ordre.
14:04Avec pour projectiles, ces pommes de terre ou des mortiers d'artifices.
14:09De l'autre côté, les gendarmes répliquent à coups de gaz lacrymogènes et de canons à eau.
14:21En marge des cortèges, des casseurs s'en prennent à ces vitrines.
14:26Immédiatement repoussés par les forces de l'ordre.
14:29Certains manifestants sont blessés, plusieurs sont arrêtés.
14:32Le message agricole est effectivement entaché, puisqu'on n'a pas pour habitude de casser, dégrader.
14:41Et du moins, ce n'est pas la volonté portée par la FNSEA et les gestionnaires agriculteurs de dégrader notre outil et nos villes et nos villages.
14:51Oui, c'est dommageable.
14:55Au même moment, à quelques centaines de mètres de là, dans les bureaux du Conseil européen,
15:00une intense bataille diplomatique fait rage autour de cet accord en négociation depuis 25 ans.
15:07La France plaide pour que le traité ne soit pas adopté.
15:12Pour cela, il faut à Emmanuel Macron une minorité de blocage.
15:16Un pays peut encore tout faire basculer.
15:19L'Italie, qui cultive l'ambiguïté sur le sujet.
15:22Alors, à des milliers de kilomètres de Bruxelles, le président brésilien met la pression pour la signature de cet accord, crucial pour son pays.
15:32Mais aussi, ils vont dire, nous allons être durés d'ici à l'avenir, parce que nous cédons à tout ce que c'était possible pour la diplomatie cédée.
15:43Et je vous avais à l'avenir, si nous ne faisons pas maintenant, le Brésil ne ferait pas d'accord en ce que je suis président.
15:51Mais hier soir, coup de théâtre.
15:54Ursula von der Leyen fait volte-face et offre un court sursis à la France.
15:59Un répit qui permet à la France de revoir sa stratégie et reprendre le dialogue avec ses partenaires européens.
16:22Je redis aujourd'hui, nous avons besoin d'avoir ces avancées pour que le texte change de nature, pour qu'on parle d'un autre accord.
16:31Et qui permette de protéger nos agriculteurs, de protéger notre souveraineté alimentaire.
16:38Le traité sera-t-il alors finalement adopté en janvier ?
16:41La mobilisation s'essoufflera-t-elle d'ici là ?
16:45Combien de temps le gouvernement tolèrera-t-il les blocages ?
16:49Dans le sud de la France, de nombreux agriculteurs sont toujours mobilisés ce vendredi soir
16:54et font craindre des fêtes de fin d'année perturbées sur les routes.
16:59En attendant, une éclaircie se dessine au-dessus des exploitations du sud-ouest
17:03puisqu'en cette fin de semaine, plus aucun cas de dermatose nodulaire n'est signalé sur le territoire.
17:10Sous-titrage Société Radio-Canada
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