00:00Retour de la matinale de l'économie. Raphaël, on va revenir sur le Mercosur sous pression du monde agricole.
00:05Emmanuel Macron a choisi la voie du bras de fer avec Bruxelles. Pas sûr qu'on gagne.
00:09Non, effectivement. Alors après avoir envisagé un feu vert à l'accord sur libre-échange il y a quelques semaines,
00:14c'était début novembre au Brésil, Emmanuel Macron a fait volte-face en durcissant brutalement le ton face à la Commission européenne.
00:22C'était dimanche soir. L'Elysée a formellement demandé à Bruxelles de reporter la signature du Mercosur à 2026.
00:30Officiellement, pour trois raisons. Un, s'assurer de la mise en place de clauses de sauvegarde des filières
00:35qui permettraient en réalité de rétablir des droits de douane si les importations sud-américaines
00:41venaient à concurrencer excessivement la production européenne.
00:45Deux, des mesures miroir. On doit faire la même chose des deux côtés de l'océan.
00:50Et puis trois, la mise en place de mécanismes de contrôle sanitaire stricts.
00:53Vous savez qu'il y a des craintes sur notamment la viande bovine.
00:56Officieusement, cette volte-face, c'est évidemment pour ne pas rajouter de lui sur le feu de la colère agricole
01:04qui gronde du fait de la crise de la dermatose.
01:07Mais aussi, éviter de voir partir tout un pan de l'électorat agricole vers le Rassemblement national
01:14à 18 mois des élections présidentielles, évidemment.
01:16Mais hier, Raphaël, on était avec la Fédération nationale bovine.
01:19Ils étaient toujours sur la même ligne.
01:21Cet accord est dangereux sur le plan sanitaire et sur le plan économique.
01:25Oui, effectivement. Cet accord a été surnommé l'accord des voitures contre des vaches.
01:29Donc c'est vrai que ça devrait amener de la concurrence, notamment sur la filière bovine
01:33qui est très active pour lutter contre le Mercosur, sur la viande, sur le soja ou encore sur les céréales.
01:38Et en même temps, il permettrait de vendre des automobiles énormément, des machines-outils européennes,
01:45tout en garantissant à l'Europe l'accès à des matières premières critiques,
01:50ce qui permettrait de réduire la dépendance, notamment vis-à-vis de la Chine.
01:54À la fin, c'est un peu l'Allemagne contre la France.
01:56Oui, quand on voit agriculture d'un côté et voiture et machine-outils de l'autre,
02:00on se dit que c'est un peu l'économie allemande contre l'économie française.
02:04Et bien souvent, comme au foot, c'est l'Allemagne qui gagne à la fin, économiquement et symboliquement.
02:12Car la France risque de subir coup sur coup de camouflet sur la scène européenne.
02:17On va avoir le fin mot aujourd'hui sur l'interdiction des moteurs thermiques en 2035.
02:24Finalement, l'industrie automobile allemande aura la peau de cette interdiction qui va être assouplie.
02:30Et sur le Mercosur, le Parlement, on le sait, va adopter aujourd'hui le texte.
02:35Et le Conseil, très probablement lui aussi, puisque le vote est à majorité qualifiée.
02:40Ça dépendra notamment de la position des Italiens, de Giorgia Meloni.
02:44Mais la France risque bien de se retrouver cornerisée.
02:47Les opposants politiques d'Emmanuel Macron pourront alors s'en donner à cœur joie pour lui tirer dessus.
02:52Et ce n'est pas fini pour le président français, parce qu'on a ouvert des discussions sur la PAC,
02:57la politique agricole commune sur la simplification de la PAC.
03:00Qui pourrait déboucher sur une baisse des aides aux éleveurs français.
03:04Qui sera beaucoup plus impactante d'ailleurs que le texte du Mercosur.
03:10Qui lui permettra à beaucoup de filières agricoles, comme la filière viticole par exemple,
03:14de profiter du marché sud-américain.
03:17Alors je rappelle simplement pour terminer quelques chiffres sur l'agriculture.
03:21L'agriculture européenne, qui est une super puissance mondiale, qui exporte 235 milliards d'euros par an pour un excédent commercial de 39 milliards d'euros.
03:32Ça c'est la situation européenne qui est à mettre en miroir de la situation française.
03:37L'agriculture française était extrêmement exportatrice.
03:41Il y a encore 3 ans, en 2022, on avait enregistré un record de plus de 10 milliards d'euros d'excédent agricole.
03:49Cet excédent est tombé à 6 milliards et demi en 2023, à 4,9 milliards en 2024.
03:54Et sur les 9 premiers mois de l'année, cette année, nous sommes sur un déficit cumulé de 353 millions d'euros.
04:00Ça va mal, ça va mal, on n'a pas fini d'entendre la colère de nos agriculteurs.
04:05Merci beaucoup Raphaël Lejean.
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