00:00Raphaël, on va revenir sur le discours de Mario Dagli, prononcé hier à l'université catholique de Louvain,
00:06un peu dans le pendant de celui de Marc Carnet, le premier ministre canadien à Davos.
00:11Quel est-ce que le message ? En mieux carrément.
00:13En mieux. Le message c'est que face à Trump et Xi Jinping, l'ancien président de la BCE,
00:19a défendu un fédéralisme pragmatique pour que l'Europe émerge enfin comme une vraie puissance.
00:25Son constat, c'est que le monde de l'après-guerre est mort, ça on l'a tous bien fait, notamment à Davos,
00:32et que les interdépendances entre les États qui étaient garants de la paix auparavant,
00:37mais désormais sont au contraire un outil de domination des grands sur les petits.
00:42Mais ce n'est pas un drame, nous explique Mario Draghi,
00:45parce que nous, Européens, avons les ressources nécessaires pour faire partie des grands.
00:52On l'écoute.
00:52Mais collectivement, nous avons quelque chose de plus important.
01:02L'échelle, la richesse, la culture politique.
01:04Et 75 ans passés à construire les institutions d'un projet commun.
01:08Parmi tous ceux qui sont aujourd'hui pris en tenaille entre les États-Unis et la Chine,
01:12seuls les Européens ont la possibilité de devenir eux-mêmes une véritable puissance.
01:16Alors tout ça, c'est super, ça fait beaucoup de bien, mais il appuie aussi là où il y a un problème,
01:26c'est-à-dire l'Europe politique qui n'existe pas.
01:28C'est la condition sine qua non d'une Europe puissance, nous dit-il.
01:32Il fait un constat simple, où est-ce qu'on est fort en Europe dans les compétences fédérales ?
01:37Le commerce, la concurrence, le marché unique et la politique monétaire avec l'euro.
01:42Où est-ce qu'on est faible ? Là où on reste confédéral en matière de défense,
01:46de politique industrielle ou d'affaires étrangères.
01:49Donc sa solution, c'est un saut fédéraliste, mais pas n'importe comment.
01:53Il parle d'un fédéralisme pragmatique.
01:56Qu'est-ce que ça veut dire ?
01:57En fait, c'est un moyen de contourner toute la lourdeur de la machine européenne.
02:02L'idée, c'est de construire des coalitions de volontaires autour d'intérêts stratégiques clés
02:07comme la défense, la sécurité énergétique ou les technologies de pointe,
02:12comme les semi-conducteurs par exemple.
02:14Viennent qui veulent, viennent qui veulent, viennent qui veulent.
02:17Les autres restent en dehors.
02:18Mais finit surtout la règle de l'unanimité qui permet à un pays de bloquer tous les autres.
02:25Et pour les domaines sensibles comme la défense ou la politique étrangère,
02:28on met en place des processus démocratiques beaucoup plus forts.
02:32Il le réclame évidemment.
02:33Ça me fait penser aux lois d'exception qu'on a fait passer, vous savez,
02:36pour les Jeux olympiques ou pour la rénovation de Notre-Dame.
02:40On a fait passer des lois d'exception pour contourner tout le poids des normes et de la réglementation
02:44qui fait que tout va trop lent, trop lentement et tout coûte trop cher.
02:49Pour l'Europe, c'est pareil.
02:50Si on veut qu'elle avance et qu'elle retrouve sa puissance,
02:52il faut accepter que tous les pays européens n'avancent pas au même rythme.
02:57Une Europe à plusieurs vitesses mais qui s'adapte plus vite au monde,
03:00qui change, voilà, qui promet un beau débat par exemple pour la présidentielle.
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