00:00Il est 8h22 sur BFM Business et sur RMC Live. On continue ce matin à décortiquer ce palmarès 2025 de l'Institut Choiseul sur les ETI les plus agiles.
00:09On est avec Mickaël Fribourg. Bonjour, PDG de la compagnie Chargeur Investissement.
00:13Vous êtes notamment dans la protection temporaire de surface, l'entoilage pour l'habillement, les textiles techniques.
00:17Mais c'est un groupe assez complet.
00:20Ici les musées et le luxe, donc on a effectivement un éventail assez large.
00:23En face de vous, Daniel Harari, le PDG de Lectra. On est dans la découpe automatique de cuir et de textiles.
00:28J'avais deux optimistes auparavant avec moi qui croient dans la réindustrialisation, qui pensent qu'en France on a des atouts considérables.
00:34Mickaël Fribourg, vous êtes dans une ambiance un petit peu différente.
00:37Nous, nous sommes réalistes. D'abord, on trouve fantastique d'établir ce classement des conquérants qui est l'initiative de Pascal Loh,
00:44qui est une initiative brillante et qui contraste avec finalement une classe politique française qui est assez désolante,
00:50avec une ambiance bureaucratique, notamment bruxelloise, qui est très paralysante,
00:54et qui contraste également avec finalement une ambiance médiatique souvent décroissante.
00:59Mais d'abord, nous, nous sommes, et sur BFM c'est important de le souligner,
01:06on veut d'abord rendre hommage aux conquérants à l'international.
01:08Nous faisons 95% de notre activité hors de France.
01:12Et les conquérants à l'international, on y pense souvent assez peu,
01:15ce sont les près de 2 millions de Français qui sont établis hors de France,
01:18qui nous représentent, qui plantent le drapeau français à l'international,
01:20qui sont souvent insuffisamment considérés aussi.
01:23Nous, chargeurs, nous sommes à l'international depuis 1872,
01:27donc ce n'est pas une novation,
01:29mais ces conquérants qui finalement font la fierté aussi du développement commercial international,
01:34il faut penser à eux, nous en avons beaucoup au sein de notre maison,
01:38et ce sont eux qui font les succès des entreprises comme les nôtres,
01:41qui, nous nous sommes beaucoup engagés dans ce qu'on appelle l'économie émotionnelle,
01:46qui est l'économie de l'intelligence émotionnelle et qui offre un complément à l'intelligence artificielle,
01:53notamment tout ce qu'on fait dans les musées, dans les savoir-faire,
01:55dans le développement d'un certain nombre d'expertises.
01:58Notre métier, c'est de créer des champions mondiaux,
02:00on a 4 champions mondiaux dans notre portefeuille,
02:02mais je le redis, il est important de penser à ces Français qui sont hors de France,
02:06qui se sont levés encore plus tôt que nous,
02:08pour aller vendre nos produits, nos services à l'international.
02:12Daniel Harari, vous êtes un conquérant à l'international aussi,
02:14c'est une nécessité d'être présent à l'international pour faire du chiffre d'affaires,
02:19parce que là-bas, la demande est quand même plus forte que chez nous.
02:22Alors, nous sommes présents à l'international depuis 1981,
02:24la société a 50 ans, avec une présence dans plus de 100 pays.
02:28Notre premier marché, c'est la Chine, le deuxième, c'est l'Italie,
02:31le troisième, c'est les États-Unis,
02:33sachant que nos clients américains fabriquent surtout au Mexique aujourd'hui,
02:38et pas aux États-Unis.
02:39Donc, quand vous dites que votre premier marché, c'est la Chine,
02:42vous avez quand même aujourd'hui là-bas des concurrents aujourd'hui
02:44qui, dans le luxe notamment, commencent à se structurer.
02:46On disait tout à l'heure, la Chine n'est plus le pays de la copie.
02:48C'est clair, là-bas, désormais, on a des groupes qui concurrencent LVMH.
02:52Alors, tout d'abord, nous avons 100% du luxe comme client,
02:54avec des présences très fortes dans tout le luxe français, italien, international,
02:59même chinois maintenant, puisque ça commence.
03:01Nous avons une position de marché dans l'automobile,
03:03notre deuxième marché qui est très forte.
03:05Deux tiers des intérieurs de voitures et deux tiers des airbags dans le monde
03:08sont fabriqués avec nos technologies.
03:10Plus d'un vêtement sur quatre dans le monde est conçu avec nos logiciels,
03:13puisque vous parliez de notre savoir-faire en matière de découpe,
03:16mais en réalité, notre force, c'est le logiciel.
03:19Nous faisons de l'intelligence artificielle depuis maintenant plus de 35 ans,
03:22avec un niveau technologique très fort,
03:25et nous sommes numéro un mondial sur tous nos marchés.
03:27– Bravo, et quand on parle de réindustrialisation,
03:31quand on a tenté, tout à l'heure, nos deux invités y croire,
03:34vous pensez que c'est possible en France ?
03:35C'est quoi votre point de vue à vous ?
03:36– Non, je pense que ce n'est pas possible dans la majorité des cas,
03:39parce qu'étant présent dans tous ces pays,
03:40nous sommes des observateurs de ce qui s'y passe,
03:43et par exemple, quand on prend l'automobile,
03:44l'avantage en Chine, ce n'est pas les subventions,
03:47c'est le niveau de technologie et d'industrialisation.
03:51Par exemple, on conçoit une BYD en trois mois,
03:53on conçoit une voiture européenne en trois ans.
03:55À partir de là, on est complètement dépassé,
03:58et il faut qu'on rattrape ce retard technologique.
04:01Et si on regarde les grandes technologies mondiales,
04:04sur les 31 premières technologies,
04:05sur 17 d'entre elles, ce sont les Chinois qui sont numéro un mondial aujourd'hui.
04:10– Mais est-ce qu'on peut rattraper un retard technologique,
04:12à un moment donné, ce n'est pas entier de l'économie qu'il faut lâcher,
04:15peut-être pour se concentrer sur d'autres, mais…
04:17– Alors d'abord, moi je pense qu'il faut l'envie,
04:19je partage tout à fait l'analyse du président de l'Ektra,
04:24qui est un succès fantastique d'ailleurs,
04:26qui fait la fierté française.
04:28Nous, nous pensons, et nous l'avons souvent dit,
04:30que Bruxelles et tous ces bureaucrates
04:33sont devenus une arme de destruction massive
04:35contre l'industrie européenne.
04:35– Pour vous, c'est là le problème ?
04:37– Oui, le problème est là.
04:38Il y a un mépris bruxellois contre l'industrie,
04:41il y a finalement un vrai problème.
04:42La présidente de la Commission européenne,
04:44au lieu de jouer les Winston Churchill obsédés par l'Ukraine,
04:47ferait beaucoup mieux de faire finalement
04:49sa perestroïka bureaucratique,
04:53d'alléger fondamentalement le fonctionnement
04:55des instances bruxelloises.
04:57Vous savez, à Bruxelles, il y a quelque chose qui se passe
04:59qui est absolument formidable,
05:00c'est chaque matin que vous semez un fonctionnaire,
05:02il se produit des normes.
05:03Et ces normes démotivent les investisseurs,
05:05et nous sommes investisseurs en Europe.
05:07Nous avons des sites en France,
05:08mais nous avons des succès des sites en France,
05:11malgré cet empilement fou bureaucratique
05:14qui est, je le redis, une arme de destruction massive
05:17contre notre industrie, contre nos emplois européens.
05:21Quand on voit aujourd'hui finalement
05:22qu'on finit de découvrir qu'il y a une concurrence chinoise,
05:25vous l'avez dit, il y a des technologies chinoises
05:27qui sont extrêmement puissantes.
05:28Nous avons fait des transferts de technologies énormes.
05:31– On attend désormais la même chose des Chinois.
05:33– Mais vous croyez qu'ils vont le faire ?
05:34– Je ne sais pas, on leur demande en tout cas.
05:35– C'est une naïveté française,
05:38les europhiles français n'alimentent pas cette naïveté,
05:42car, je le dis encore,
05:44l'Europe est devenue, pour l'économie française,
05:47un jeu à somme négative.
05:49– Daniel Harari, le problème est à Bruxelles ?
05:51– Alors le problème, il est partout.
05:53Il est à Bruxelles, il est en France aussi.
05:55Quand on se bat pour avoir un budget
05:57qui rattraperait 40 milliards de déficits,
05:59on se trompe de combat,
06:00parce qu'il faudrait rattraper 100 milliards.
06:01les engagements pris à Bruxelles
06:04par Ursula von der Leyen vis-à-vis des États-Unis,
06:08c'est 1000 milliards en plus des droits de douane,
06:10c'est 1000 milliards, il va falloir les sortir.
06:12Ils ne sont nulle part dans les budgets aujourd'hui.
06:14Et on est en train d'avoir des discussions
06:15qui sont purement démagogiques.
06:17Tous les partis politiques n'ont pas de courage
06:19en France aujourd'hui.
06:21Évidemment, la bureaucratie européenne est un vrai problème.
06:24Les Américains et les Chinois ont un plan économique,
06:26nous avons un plan de normes.
06:28Et on discute d'écologie, c'est très bien.
06:32Nous sommes dans les premières entreprises françaises
06:35en matière d'écologie,
06:35classées dans les 4 premiers pourcents.
06:38Mais néanmoins, je crois qu'on se trompe de combat.
06:41– Vous êtes pessimiste ce matin ?
06:43– Non, alors je ne suis pas pessimiste.
06:45Vous avez parlé de relocalisation.
06:47Nous, on fabrique en France.
06:49En France, on a les meilleurs ingénieurs du monde,
06:51on a un très grand savoir-faire.
06:52Je pense qu'aujourd'hui, il y a des entreprises
06:54qui peuvent réussir en France et d'autres non.
06:57Et que de passer le message qu'on peut réindustrialiser
06:59dans ces conditions, c'est une erreur.
07:01Il faut s'appuyer sur les champions
07:02et les métiers qui fonctionnent aujourd'hui.
07:04– Merci beaucoup à tous les deux
07:05d'être venus sur ce plateau ce matin
07:07pour parler de ce palmarès.
07:09Je vois que chacun a les meilleurs ingénieurs du monde.
07:11En France, il y a lui dans son entreprise,
07:13il y a une bagarre sur le recrutement,
07:14notamment des ingénieurs.
07:16Dans un instant, mais oui, je sais bien que c'est vrai.
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