- il y a 6 mois
DB - 04-12-2025
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00:30Maïté Legrand, vous connaissez l'existence de ce testament ?
00:34Oui, bien sûr.
00:35Veuillez me suivre au commissariat, madame.
01:00Merci.
01:30Asseyez-vous, madame.
01:42Alors, vous êtes bien, madame Maïté Legrand, célibataire sans profession, née à Serré le 9 septembre 1964.
01:54Oui, monsieur le juge.
01:56Depuis combien de temps viviez-vous en concubinage avec la victime ?
02:01La victime ?
02:02Monsieur Ponce.
02:04Dix ans. Enfin, il y aurait eu dix ans dans quinze jours. On devait aller fêter ça à Paris.
02:09Ouais. Et il n'avait jamais parlé de vous épouser ?
02:12Non.
02:13Pourquoi ?
02:13Il avait été déjà marié une fois. Il n'en avait pas conservé un très bon souvenir. De toute façon, je m'en fichais.
02:20C'est un point de vue.
02:22Permettez.
02:23Oui.
02:27Dites-moi.
02:28Comment l'avez-vous connue ?
02:33J'étais entrée au salon de coiffure pour les shampoings.
02:36Mais après, il n'a plus voulu que je travaille.
02:39Après quoi ?
02:42Après que je sois devenue sa maîtresse.
02:48C'est-à-dire au bout de combien de temps ?
02:50Trois jours.
02:55Dites-moi, vous n'avez pas perdu de temps.
02:56Ben non.
02:59On ne sait plus tout de suite.
03:02Était-il jaloux ?
03:03Non.
03:05D'ailleurs, il n'avait pas de raison de l'être.
03:08C'est pas ce que tout le monde dit.
03:10Oh, vous savez, les petites villes, les voisins.
03:13Madame, le rapport d'autopsie est formel.
03:16Monsieur Pont, barbiturique.
03:18Quelqu'un d'autre que vous se trouvait-il dans la maison la nuit de sa mort ?
03:20Non, j'étais seule avec lui.
03:22Alors, qui lui a fait absorber ce barbiturique ?
03:24Il s'est suicidé, monsieur le juge.
03:28Comment le savez-vous ?
03:30Il n'y a pas d'autre explication.
03:31Je vous ai dit, j'étais seule avec lui et personne n'a pu l'empoisonner.
03:35Si.
03:37Vous.
03:37Comment pouvez-vous dire une chose pareille ?
03:45C'est une hypothèse.
03:47Mais c'est une des deux seules possibles.
03:51À quelle heure vous êtes-vous couché ce soir-là ?
03:53Onze heures.
03:55Il a brusquement éteint la télévision et il m'a dit, va s'y rigoler, on monte.
03:59Je l'ai accompagné jusqu'à sa chambre.
04:02Je lui ai dit bonsoir.
04:05Et quand je suis revenue le lendemain, il était mort.
04:12Vous faisiez chambre à pain ?
04:14Oui.
04:17Depuis combien de temps ?
04:19Depuis son accident d'auto, il y a deux ans.
04:22Ça lui avait donné des insomnies.
04:23Au cours de la soirée, pendant que vous regardiez la télévision,
04:27vous lui avez servi quelque chose à boire ?
04:30Non, non, je ne me rappelle pas.
04:33Vous êtes sûre ?
04:35Pas même un petit café.
04:36Il avait assez de mal à dormir.
04:39Pas de cognac, de whisky, de...
04:41Mais il avait horreur de l'alcool.
04:43Il n'y en avait jamais une goutte à la maison.
04:45Et des barbituriques, il y en avait ?
04:48Oui, pour ses insomnies.
04:50Il avait essayé un peu tout.
04:51M. Ponce avait la réputation d'être un joyeux vivant,
04:55un optimiste.
04:56Ses affaires étaient florissantes.
04:59D'après ce que vous me dites,
05:00il était heureux en amour.
05:02Tout ça ne pousse pas spécialement au suicide.
05:04Mais avant son accident, il était comme ça,
05:05il riait tout le temps.
05:08Mais depuis, sa blessure le faisait horriblement souffrir.
05:13Je suis sûre que c'est pour ça qu'il s'est tué.
05:17Il vous avait parlé de suicide ?
05:19Souvent, mais à sa manière, en plaisantant.
05:22Je ne l'avais pas pris au sérieux.
05:24Je n'aurais jamais cru qu'il me laisserait seul.
05:28Ce que je trouve étrange, c'est qu'on ait retrouvé près de son lit
05:30ni verre, ni tasse, ni tube de barbiturique.
05:33Rien.
05:35Comment expliquez-vous ça ?
05:37Il a dû le prendre dans la salle de bain et tout ranger.
05:40Ensuite, il avait la manie de l'ordre.
05:42Fâcheuse précaution.
05:45D'autant plus fâcheuse que sa mort survient le 23
05:48et que le 22, il a rédigé un testament
05:52vous laissant tous ses biens.
05:55Le salon de coiffure, le pavillon, un immeuble de rapports
05:58et un portefeuille de valeur mobilière
06:01qui me semble représenter une somme considérable.
06:05La coïncidence est tout de même un peu troublante.
06:08Ce n'est pas une coïncidence, monsieur le juge.
06:10C'est logique.
06:12C'est parce qu'il avait décidé de se tuer
06:13qu'il a fait son testament.
06:14Il ne voulait pas que ses neveux aient rite.
06:16Il voulait que j'ai tout.
06:17Il fallait bien qu'il écrive avant de mourir.
06:19Il est bien dommage que monsieur Ponce
06:20n'ait pas également mis par écrit
06:21son intention de se donner la mort.
06:24Ça a eu simplifié les choses pour tout le monde.
06:27Et surtout pour vous.
06:33Écrivez.
06:38Je sors de chez le juge.
06:54Tu ne sais pas ce qu'il s'est mis dans la tête ?
06:55Que c'est moi qui aurais tué Marcel.
06:58Ah, alors ?
06:58Oui.
07:01Mais très bien, il touche.
07:08Tiens, c'est-à-dire la voilà.
07:32Assieds-toi, je t'en prie.
07:33Ah ben, j'espère qu'on va la condamner au maximum, celle-là.
07:39Madame, vous avez menti dans vos déclarations.
07:44Je viens de recevoir le rapport du professeur Languillome
07:47de l'Institut médico-légal de Marseille.
07:49Il a pratiqué l'examen toxicologique des lycères de monsieur Ponce.
07:52Et voici quelles sont ses conclusions.
07:55Monsieur Ponce est mort empoisonné
07:56par une absorption massive de gardénal.
07:58Mais avant de sombrer dans le commun,
08:00il a absorbé une quantité d'alcool équivalente
08:03à 150 cm3 d'alcool pur,
08:05c'est-à-dire 300 cm3 d'alcool à 50 degrés.
08:09Monsieur Ponce se trouvait donc sans aucun doute
08:11en état d'hiver.
08:12Et ceci est en contradiction formelle
08:14avec vos déclarations.
08:17Pourquoi avez-vous prétendu
08:18que la victime ne buvait jamais d'alcool
08:20et qu'elle n'avait rien absorbé de toute la soirée ?
08:22Mais c'est vrai, monsieur le juge.
08:24C'est vrai.
08:26C'est impossible qu'on ait trouvé ça.
08:27Mais où l'aurait-il pris, l'alcool ?
08:29Il n'allait pas chez nous.
08:30Il n'y est pas l'évidence, madame.
08:32C'est un moyen de défense
08:32qui ne fera que se retourner contre vous.
08:35Voyons, d'après les renseignements que j'ai eus,
08:37monsieur Ponce s'était grippé
08:38dans les dernières journées
08:39qui ont précédé sa mort.
08:40C'est exact ?
08:41Oui, il toussait.
08:42Il avait de la fièvre depuis deux jours.
08:44Racontez-moi comment ça s'est passé.
08:47Je vais vous aider.
08:49Si monsieur Ponce avait voulu se suicider,
08:52il aurait pris ses comprimés de gaz
08:53avec de l'eau, tout simplement,
08:54ou encore avec rien du tout.
08:56Alors, pourquoi l'alcool ?
08:58Je vais vous le dire.
08:58Parce que le gardénal n'est pas soluble dans l'eau
09:01et qu'il est soluble dans l'alcool.
09:03C'était le seul moyen de lui en administrer
09:05une dose mortelle à son insu.
09:07Vous le saviez.
09:09Et c'est ce que vous avez fait.
09:09Ce n'est pas vrai, monsieur, je ne sais pas vrai.
09:11Pourquoi ?
09:12Pourquoi aurais-je fait ça ?
09:13Ce n'est malheureusement trop facile à comprendre.
09:18Maït et le Grand,
09:19je vous inculpe d'homicide volontaire
09:21sur la personne de monsieur Ponce.
09:23Et je vous mets sous moi-là de dépôt.
09:25À partir de maintenant,
09:26vous aurez droit à l'assistance de votre avocat.
09:29Vous voudrez bien me dire le nom de votre défenseur
09:31quand vous l'aurez choisi ?
09:33Maître Fréné.
09:35Maître Fréné ?
09:37Vous le connaissez ?
09:38Non, mais j'ai souvent entendu parler de lui.
09:40Je pourrais lui écrire de la prison.
09:42Bien entendu.
09:43Garde.
09:56C'est simple comme bonjour ce qui s'est passé.
10:00Monsieur Ponce était grippé.
10:01Elle lui a carabiné.
10:03Et le malheureux n'a pas senti
10:04le gardénal qu'elle lui avait mis.
10:10Pas de photo, monsieur, s'il vous plaît.
10:12Pas de photo.
10:17Jamais, monsieur le juge.
10:18Jamais, pensez-vous.
10:19Jamais il aurait fait ça.
10:21L'oncle Marcel était beaucoup trop catholique
10:23pour se suicider.
10:25Monsieur Ponce était très pratiquant.
10:27C'est peut-être beaucoup dire,
10:29mais je crois qu'il était profondément croyant.
10:31Quels étaient vos rapports avec votre oncle ?
10:35Mais qu'est-ce qu'on vous a dit ?
10:36Qu'ils étaient mauvais ?
10:37C'est pas vrai.
10:38C'est cette fille.
10:39Non, il faut dire la vérité.
10:42La liaison de mon oncle avec Madame Legrand
10:43avait posé quelques problèmes
10:45qui, peu à peu, se sont obnimés.
10:48Il y a déjà plusieurs années que nous avions cessé.
10:50Très bien.
10:54Pourriez-vous me dire, monsieur,
10:56si votre oncle aimait l'alcool ?
10:59Enfin non, pas spécialement.
11:02Il buvait l'apéritif comme tout le monde.
11:05Un peu de vin à table, comme ça.
11:07Je n'ai jamais vu vivre.
11:09Mais j'entends bien.
11:10Enfin, vous l'avez bu en bois ?
11:12Bien sûr.
11:13Bien voyagé ?
11:18C'est pas très amusant, non ?
11:22Alors ?
11:23Oui, oui, je vais t'emmener.
11:25Tu la défends, Maït Elévant ?
11:26Comment est la presse locale ?
11:28Personne n'a pas occupé d'ici.
11:30Dites-toi.
11:32Si c'est toi qui la défends,
11:34je vais essayer vite.
11:36Tu vas voir, c'est tout.
11:37C'est très, très, très bien.
11:39C'est bon.
11:39C'est vraiment un taxi.
11:40C'est bon.
11:43Si vous aussi,
11:48qu'est-ce que je vais devenir ?
11:49Comment voulez-vous que je vous défende
11:50si vous n'avez pas confiance en moi ?
11:53J'ai confiance en vous, Maître.
11:55Alors pourquoi vous obstinez-vous
11:56à me raconter que la victime
11:58n'a pas pu ingérer d'alcool ?
12:00Enfin, ça ne tient pas debout.
12:01C'est pourtant la vérité.
12:02Je ne vous comprends pas.
12:04Et pourquoi être allé raconter au juge
12:06que M. Ponce avait horreur de l'alcool
12:08et qu'il n'en buvait jamais une goutte ?
12:11Ça aussi, c'est vrai.
12:12Mais l'ennui, c'est que les témoins,
12:13ses neveux, par exemple,
12:14disent l'avoir toujours vu,
12:15voir du vin ou de l'apéritif,
12:17enfin, comme tout le monde.
12:18Ses neveux ?
12:20Il y a trois ans qu'il ne l'avait pas vu.
12:22Seulement après son acquittement,
12:23il y a deux ans,
12:26il avait pris l'alcool en horreur.
12:28Marcel avait un peu trop bu le jour,
12:29ça lui est arrivé.
12:31Alors pour lui,
12:32l'alcool était responsable de sa jambe coupée.
12:35Il disait,
12:35jamais plus je reprendrai cette saloperie.
12:37Vous auriez dû préciser au juge
12:39qu'il dit avec deux ans.
12:40Il est persuadé que vous mentez
12:41sur tous les plans.
12:44Reste pas moins que M. Ponce
12:46avait bu de l'alcool la nuit de sa mort,
12:48environ un tiers de litre à 45 degrés,
12:51comme du whisky ou du rhum.
12:53Le professeur Languillot,
12:54mais l'expert le plus sérieux que je connaisse,
12:56il a trouvé cet alcool,
12:57c'est qu'il y est.
12:58Il s'est trompé.
12:59Je sais pas comment ça se fait,
13:02mais je vous jure qu'il s'est trompé.
13:06Ta cliente te raconte des histoires.
13:09Y'a pas de problème.
13:10Les choses ont été faites très sérieusement.
13:12On m'a envoyé les prélèvements de viscères
13:14de M. Ponce dans un bocal,
13:16qui est arrivé en camion,
13:17par transport rapide.
13:19Je les ai pesés.
13:20Il y avait 50 grammes de foie,
13:22100 grammes de rate
13:23et 10 grammes de dodenum.
13:26J'ai fait la recherche
13:26de la quantité d'alcool qui s'y trouvait.
13:29Je te précise que j'ai effectué
13:30cette recherche moi-même
13:32et que devant l'importance du résultat,
13:35j'ai recommencé pour être sûr
13:37de ne pas me tromper.
13:38Tu me connais depuis assez longtemps
13:39pour savoir que je n'exerce pas
13:40mon métier à la légère.
13:42J'ai jamais dit ça, tu penses bien.
13:44Seulement toi aussi, tu me connais.
13:47Et quand j'ai l'impression
13:48qu'il y a un trou dans un dossier,
13:50je creuse.
13:54Cela m'a permis d'en sortir
13:55quelquefois la vérité.
13:57Oui, alors creusons.
13:59Je t'ai donc dit que j'avais déterminé
14:01avec beaucoup de précision
14:02et le poids des échantillons de viscères
14:05et la quantité d'alcool qui s'y trouvait.
14:08Le rapport d'autopsie m'indiquait
14:09le poids exact de la victime.
14:12Muni de ces trois données mathématiques,
14:15j'ai appliqué la règle de Balthazar Lambert.
14:17Tu la connais ?
14:17Ah oui, je la connais.
14:19Elle m'a déjà fait condamner trois clients.
14:20On prend une quantité minime de viscères,
14:24on note la quantité d'alcool
14:26qui le multiplie par le poids total du corps.
14:29C'est une simple règle de trois.
14:31L'application de cette méthode
14:32m'a permis de déterminer que,
14:34dans le cas qui nous intéresse,
14:36la quantité d'alcool qui se trouvait dans les viscères
14:38correspond à l'absorption
14:40de 150 centicubes d'alcool pur,
14:42c'est-à-dire environ un demi-litre d'alcool du commerce
14:45à 45 degrés.
14:47C'est énorme.
14:49C'est bien ce qui me chiffonne.
14:51Un homme qui n'a pas bu d'alcool depuis longtemps
14:53n'en absorbe pas un demi-litre d'un seul coup,
14:57même pour soigner sa grippe.
14:59Il y a là quelque chose qui ne colle pas.
15:01Ça, c'est ton affaire.
15:03Moi, je te livre mes données scientifiques, c'est tout.
15:05J'entends bien.
15:08Des données scientifiques impliquent
15:10qu'il n'y a pas eu d'erreur au départ.
15:12Pas bien entendu.
15:14Si on m'a envoyé les viscères d'un autre type,
15:16il n'y a rien de fait.
15:17Mais ça me semble exclu.
15:18Le docteur Mignot, qui a fait le rapport d'autopsie,
15:21n'est pas un fumiste.
15:23Un médecin légiste ?
15:24Non, mais il a un diplôme de médecine légale.
15:27D'ailleurs, son rapport d'autopsie est très bien foutu.
15:29Tu me connais, je sais apprécier un boulot sérieux.
15:42Ah, vous savez, je ne fais pas que ça.
15:52Je travaille aussi dans un laboratoire, dans le privé.
15:55Parce que ce n'est pas que je touche à l'hôpital que...
15:57Justement, c'est ça qui m'intéresse.
16:01Je fais une enquête pour mon journal sur les gens qui travaillent dans les hôpitaux
16:04et dont on ne parle pas.
16:06Comme les infirmières, les filles de sable.
16:07Des gens comme vous, quoi.
16:08Ah, ben pour une fois, il y aurait peut-être quelque chose d'intéressant dans votre canard.
16:12Parce que, je ne voudrais pas vous vexer, mais entre nous,
16:15en dehors du tiercé, il n'y a pas de quoi se lever la nuit pour le lire, votre truc.
16:19Vous remarquez que les articles, moi, je ne les lis pas, alors, vous savez.
16:22Moi non plus, mon vieux.
16:24Mais vous me disiez tout à l'heure que vous étiez très mal payé par l'hôpital.
16:28Je trouve ça d'autant plus scandaleux que vous avez certainement suivi,
16:30avant d'avoir ce poste, une longue formation professionnelle.
16:34Ben, j'ai travaillé 20 ans dans les insecticides,
16:37mais pour l'hôpital.
16:40Mais je n'ai rien fait de particulier.
16:42Le docteur Mignon m'a demandé comme ça pour l'aider, quoi.
16:45C'est tout.
16:45Vous d'accord, mais c'est quand même un travail qui demande de grandes responsabilités.
16:50Oh, il ne faut pas exagérer.
16:52Les morts, ils sont morts.
16:53Même si vous faites des conneries, il ne peut rien leur arriver de spécial.
16:57Ce n'est pas comme les malades.
16:59Vous savez, dans le métier, ce qu'il faut, c'est la décontraction.
17:02Sinon, on deviendrait d'arriver, mon vieux.
17:07Ah, tu me vois un sacré gueuleton.
17:16J'ai cavalé toute la matinée pour ta petite enquête.
17:20Je suis désolé de t'avoir demandé ça, mais tu sais bien que moi,
17:23je ne pouvais pas la faire.
17:24Oui, tandis qu'un journaliste est bien connu,
17:26c'est fait mêler de ce qu'il ne regarde pas.
17:28Moi, j'espère que ta cliente te paie bien,
17:30parce qu'elle va te coûter cher ton enquête.
17:32Monsieur ?
17:34Et un foie gras,
17:36un perporeau, c'est une ouverture,
17:39une salade aux truffes,
17:41et après, on verra.
17:43Et puis...
17:46Un aliboté pour commencer.
17:48Un aliboté.
17:50Et vous, monsieur ?
17:51Un steak sans sel, une salade avec huile d'olive et citron.
17:54Et un peu d'eau minérale.
17:55On prendra bien l'apéritif, mais volontiers.
18:00Un blanc cassiste, s'il vous plaît.
18:02J'ai vu ton docteur Mignot.
18:04Il est très bien.
18:05En tout cas, fort prospère.
18:07Il ne m'a pas dit grand-chose.
18:08Secret professionnel.
18:10J'ai tout de même appris comment il faisait ses autopsies.
18:13Ça se passe à la morgue de l'hôpital,
18:15quand ça se passe, parce qu'ici, ça n'a pas lieu très souvent.
18:17C'est fait aider par un garçon de laboratoire
18:19qui travaille dans une usine d'insecticides pour l'agriculture
18:22et qui vient quand on a besoin de lui à la morgue.
18:24Ça, ça m'intéresse beaucoup, figure-toi.
18:27J'avais compris.
18:29J'ai vu le garçon en question.
18:30Il s'appelle Auguste.
18:31J'ai bu un verre avec lui.
18:32Il est très gentil, mais il ne semble pas avoir inventé l'eau chaude.
18:36Qu'il se soit mélangé les pieds avec ses viscères et ses bocaux
18:39ne me paraît pas impossible.
18:41À ta place, c'est de ce côté-là que j'essaierai de creuser.
18:44C'est ce que je vais faire, bien sûr.
18:46L'ennui, c'est que je n'ai pas le droit d'aller voir moi-même ce garçon.
18:48Ah, si je pouvais lui parler, ça, j'arriverais bien à lui tirer les verres du nez.
18:54Merci.
18:56Qu'est-ce que tu peux faire ?
18:58Aller voir le juge d'instruction,
19:01le convaincre d'entendre cet employé de laboratoire.
19:04Non, c'est lui qui va poser les questions.
19:09Ce ne sont peut-être pas les questions que moi, j'aurais eu envie de lui poser.
19:12Tu les lui poseras aux assises ?
19:15Non.
19:17J'aimerais bien ne pas arriver jusque-là.
19:19Alors là, je crois que tu rêves.
19:21Tout le monde la croit coupable, ta cliente.
19:24Oui, ben ça, ça ne veut strictement rien dire.
19:27T'es bien placé pour le savoir.
19:29C'est bien que les apparences sont contre elle.
19:31Le métier de juge d'instruction, c'est justement d'aller plus loin que les apparences.
19:35Je sais que c'est pas bon.
19:38À le fil de la justice, c'est quelquefois difficile à démêler.
19:42Ah, oui.
19:49J'ai été voir le professeur Landiot.
19:53Il m'a confirmé que l'alcool dans cette affaire, son travail, comme toujours, est impeccable.
19:58Il a utilisé la méthode de Balthazar Lambert.
20:03Seulement, le prélèvement des viscères ont été effectués ici.
20:06Ben oui, mais enfin, le docteur Mignon est un excellent praticien.
20:08Oui, c'est ce que m'a dit mon ami Languillot.
20:12Martement, ou Dieu soit loué, il se commet fort peu de crimes.
20:17Et je me demande dans ces conditions si le docteur Mignon est un personnel parfaitement qualifié.
20:23Ah ben, il faut tout de même être sûr que tout a été fait régulièrement.
20:26Ne serait-ce que par le garçon de laboratoire.
20:30Je suppose que la mise en bocal et l'empaquetage n'ont pas été faits par le médecin lui-même.
20:37Non, bien sûr.
20:39Vous vérifiez, c'est mon métier.
20:42Et je vous appellerai aussitôt après.
20:46Oui, à l'hôpital, monsieur le juge.
20:49Le docteur Mignon m'a indiqué que c'était vous qui vous étiez chargé de la préparation des viscères de monsieur Ponce.
20:53Alors, avez-vous pu commettre une erreur au moment de la mise en bocal pour une erreur d'étiquette, par exemple ?
20:58Ça, ça peut arriver, hein ?
21:00C'est impossible, monsieur le juge.
21:02Vous pouvez vous renseigner.
21:03Tout le monde vous le dira que je suis un vrai maniaque de l'ordre et de la propreté.
21:07Bon. Alors, comment avez-vous procédé ?
21:10Ben, j'ai commencé à laver le bocal à l'eau, d'abord.
21:14Et puis après, à l'alcool, à 90.
21:17L'alcool ?
21:18Ben oui, l'eau, ça ne nettoie pas suffisamment.
21:21Mais enfin, vous l'avez essuyé bien sérieusement, après.
21:24Ben non, l'alcool, c'est pas sale.
21:26Et puis ça conserve les viscères pendant le voyage.
21:29Oui, mais enfin, dans une expertise de médecine légale, ça peut entraîner une erreur judiciaire.
21:33Non, multipliez par le poids du corps.
21:36Votre dose d'alcool nous donnait une absorption d'un demi-litre d'alcool.
21:40Vous vous rendez compte ?
21:40Gréffier, faites préparer une feuille de mise en liberté.
21:57Vous permettez que je vous embrasse, maître.
22:00Je n'oublierai jamais ce que vous avez fait.
22:02Mais si, mais si vous l'oublierez.
22:03Non.
22:04Comme les autres.
22:05Non.
22:10C'est une histoire rigoureusement authentique
22:16qui s'est passée dans des circonstances et dans un milieu très différent.
22:22Nous avons déjà évoqué devant vous l'histoire de ce malheureux bûcheron
22:26qui avait été injustement condamné pour avoir soi-disant assassiné un de ses camarades.
22:33Et vous vous souvenez que le médecin légiste qui avait fait l'autopsie
22:37était pour une grande partie responsable de cette grave erreur judiciaire.
22:43Ici, la faute va être commise par l'auxiliaire du médecin légiste.
22:48C'est sûrement un très brave garçon, mais lui non plus n'avait aucune expérience.
22:54Et il est bien évident que jamais le préposé d'un institut médico-légal
23:00dans une ville importante n'aurait commis une erreur semblable à celle qu'il avait lui-même commise.
23:06Seulement, il y a une question qui se pose, et c'est celle-là qui nous intéresse.
23:11Que se serait-il passé si cette erreur n'avait pas été découverte
23:16et elle aurait très bien vu ne pas l'être ?
23:19Eh bien, la femme serait restée en prison.
23:22Et vraisemblablement, on l'aurait renvoyée devant la cour d'assises.
23:26Et on l'aurait renvoyée avec les risques que cela comporte et qui n'étaient pas minces.
23:32On lui aurait déclaré, mais vous aviez intérêt à voir disparaître votre concubin,
23:39car grâce à cette disparition, vous entriez immédiatement en possession de ses biens.
23:43Il est tout de même curieux que cet homme, ayant pris la précaution de faire un testament,
23:50n'ait pas jeté quelques lignes sur le papier pour indiquer qu'il allait se supprimer.
23:55Ce n'est pas ça qui suffirait pour vous faire condamner, mais vous avez menti.
23:59Vous avez affirmé solennellement que cet homme n'avait jamais bu d'alcool
24:04dans les moments qui ont précédé la mort,
24:05alors que l'expertise nous démontre, sans discussion possible,
24:10qu'il en avait incurgité une très grande quantité.
24:13Et on voit bien pourquoi vous dissimuliez la présence de cet alcool.
24:18C'est parce que ce gardénal que vous vouliez faire absorber par surprise à votre amant
24:23n'était soluble que dans l'alcool chaud.
24:27Vous voyez à quel point un petit grain de sable dans la mécanique judiciaire
24:31peut tout fausser et provoquer la plus grave des erreurs.
24:35C'est parti.
25:35...
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