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  • il y a 3 mois
Tous les jours, une personnalité s'invite dans le monde d'Élodie Suigo. Mardi 2 décembre 2025, le navigateur Loïck Peyron. Il publie son "Dictionnaire amoureux illustré de la voile", aux éditions Grund.

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Transcription
00:00Bonjour Loïc Perron, vous êtes ce navigateur français qui nous a déjà tant fait rêver et qui nous a rendu fiers aussi.
00:07Vous avez remporté trois fois la Transat anglaise, quatre fois le championnat du monde Orma, deux fois la Transat Jacques Vabre, une fois la Barcelona World Race et la Route du Rhum.
00:14Et huit fois le trophée Clairefontaine quand même. Alors oui, vous avez tout affronté contre vents et marées, parfois avec angoisse, mais principalement avec ce plaisir incommensurable
00:24qui est vôtre depuis vos premiers pas à bord d'un bateau depuis 79. Donc depuis presque 50 ans, vous êtes avant tout un coureur de large, à la fois marin et compétiteur, un skipper dessinateur.
00:35C'est aussi comme ça que vous vous définissez, amoureux de cet espace indomptable formé par les mers et les océans. Vous avez toujours été là où le vent vous a mené, parfois totalement emporté.
00:45Aujourd'hui, à 60 ans, vous publiez votre dictionnaire amoureux illustré de La Voile par l'audition Plongronde. La Voile est donc votre femme, votre maîtresse, votre meilleure amie, votre plus beau coup de foudre ?
00:56Ça fait beaucoup de définitions, mais c'est pas loin de tout ça. Il en manque certainement. Ma folie, on pourrait prendre plein de jolies chansons sur la passion et essayer de retrouver des beaux mots.
01:07C'est pas forcément que La Voile. Quoique c'est un univers, on va en parler, j'espère, mais qui est tellement large qu'on peut mettre beaucoup de choses là-dedans.
01:15Mais il y a la mer aussi. Il y a l'eau, en fait. C'est peut-être plus ça. L'eau et la manière d'aller sur l'eau. Les outils, les bateaux, depuis toujours, tout ce qui flotte,
01:26tout ce que le génie humain a fait depuis des millénaires pour, non pas seulement traverser, pour découvrir, pour transporter, pour se bagarrer.
01:34Un coup de canon, et encore aujourd'hui, malheureusement, mais un coup de régate, ce qui est un peu plus pacifique, théoriquement.
01:41Très tôt, vous avez eu envie de naviguer. Très tôt, vous avez eu envie de construire votre bateau.
01:45Tout petit, oui.
01:46C'est rigolo, d'ailleurs. Vous avez pris un morceau de lambris pour faire le mât. Vous avez pris un drap de votre maman pour faire la voile.
01:53Ils étaient très fiers de vous. Il faut dire que vous aviez de qui tenir avec un papa, justement, pour le coup de tes oeufs.
01:59Oui, une autorité naturelle assez intéressante. C'était le commandant Perron. Des sourcils dont j'ai irrité.
02:08Vous voyez, quand ça bouge, on peut faire parler des trucs. On peut faire parler des choses un peu.
02:12Et surtout, il était commandant d'un des plus gros pétroliers du monde. A l'époque, dans les années 70-80, ça faisait 500 mètres de long, enfin 414 exactement.
02:20Je connais les codes par cœur. Quand on était petit, on était passionné. Parce que souvent, les enfants, heureusement, j'espère, sont fiers de ce que font leurs parents.
02:26Mais là, particulièrement. Par contre, on était moins fiers quand on avait les carnets de notes à lui montrer et quand il rentrait de moi de promenade pour aller chercher du pétrole.
02:35Parce qu'à l'école, on n'a pas forcément beaucoup brillé, ni les uns ni les autres. On est cinq frères enfants, frères et soeurs. Et aucun des cinq n'a eu son bac.
02:42Je répète souvent l'histoire depuis pas mal de temps. Mais enfin, c'est quand même assez symbolique.
02:45À l'époque, le bac était assez difficile, certes, mais ce n'est pas une excuse. Et on a eu, à tour de rôle, en tout cas mes deux frères et moi-même,
02:53on a eu, à tour de rôle, le choix entre rester à la maison pour retenter une terminale ou un coup de pied au cul et aller faire du bateau.
03:00Enfin, je vais expliquer un peu mieux que ça. Notre papa nous a demandé, à chacun, je me souviens, moi c'était un été 78, je n'ai pas eu mon bac.
03:08On est dans le port du Pouligan, dans le petit bateau familial, puisque l'appartement n'est pas disponible, parce qu'il est loué pour payer le bateau.
03:14Et mon père me dit, tu veux refaire quoi en septembre ? Une terminale ou tu veux aller faire du bateau avec tes copains-là ?
03:21Je veux bien, c'est ce qu'il me dit. Si tu repars avec tes copains faire du bateau, tu n'as plus le soutien parental.
03:27Et ça, c'est un choix intéressant. C'est un deal génial qui a été proposé par lui.
03:31S'il avait à le refaire aujourd'hui, je ferais le même choix.
03:35Et je suis parti avec ma petite pommelette et un baluchon et rien d'autre.
03:38Et aucune espèce de garantie d'avenir dans ce qu'est la voile aujourd'hui.
03:43Il y a 40 ans, ce n'est pas tout à fait pareil.
03:46Mais par contre, je l'ai souvent dit, ce qu'il nous avait légué auparavant, avant le coup de pied au cul, c'est 18 ans de bonne éducation.
03:53Désolé du terme désuet, mais on a eu cette chance, dans cette petite ville de province qui est le Pouligan,
03:58d'avoir eu des valeurs, des valeurs de croisière et la chance d'avoir des parents qui avaient déjà les moyens de nous emmener sur un petit bateau.
04:05Mais qui nous ont inculqué une certaine indépendance, un certain respect de la valeur des chevaux.
04:11C'est un peu désuet, un peu bête de dire ça, mais ça sert étonnamment.
04:15Ces fameuses valeurs dont on ne sait pas à quoi elles correspondent m'ont servi.
04:19Il n'y avait pas besoin de plus.
04:20Je n'avais pas besoin qu'on me lègue un château ou une voiture, si, une mobilette, que j'avais achetée moi-même d'ailleurs.
04:25Vous démarrez avec la lettre A, mais vous y associez immédiatement le mot abri.
04:30Vous dites que la croyance terrienne, c'est vrai que c'est comme ça qu'on l'imagine,
04:34pourrait laisser entendre que le marin cherche absolument à s'abriter.
04:37En cas de grosses tempêtes.
04:38Mais est-ce que justement, la voile pour vous, le fait de naviguer, a représenté ça, une sorte de refuge ?
04:46Parce que vous étiez enfant attiré par la terre, mais donc en même temps, cette terre,
04:51on a le sentiment qu'elle vous a toujours un peu fait peur et que c'était un moyen pour vous de vous évader, de naviguer ?
04:58Vraisemblablement.
04:59Quand je fais ma première transat tout seul à 19 ans, je m'évade.
05:02Mais c'est parce que je veux aller sur l'eau, bien sûr.
05:05Être tout seul parce que c'est l'un des moyens en France, une fois de plus, de démarrer la course en solitaire,
05:09pour les raisons évoquées précédemment.
05:11C'est un peu le passage obligé.
05:13Mais je reviens à cette notion d'abri.
05:15C'est intéressant.
05:16C'est vrai qu'on peut imaginer que le terrien imagine que le marin dans la tempête doit chercher un port à tout prix.
05:23Certes, c'est vrai.
05:24Ou bien il est déjà dans le port et tout va bien.
05:27Mais c'est vrai que l'approche, maintenant c'est un peu plus facile,
05:29mais le plus gros danger de la mer, c'est la terre.
05:31Et tout ce qui vient de la terre.
05:33C'est la terre parce qu'il y a des rochers.
05:35C'est la terre parce qu'il y avait des naufrageurs qui imitaient des phares en mettant des feux sur les îles
05:39pour faire en sorte que les bateaux fassent naufrage juste à côté et s'échouent.
05:42C'est vraiment un grand classique des îliens et d'ailleurs.
05:47Et ça s'est un peu amélioré en termes d'approche.
05:49Mais regardez les tempêtes qu'il y a en ce moment.
05:52Il ne vaut mieux pas être proche de la terre.
05:53Il vaut mieux affronter une tempête en pleine mer avec de l'eau à courir.
05:56On appelle ça.
05:57Pour autant que le bateau ne chavire pas.
05:59Mais après, quand on a une telle anticipation sur la météo maintenant,
06:05depuis quelques années, depuis de nombreuses années,
06:06la météo devient de plus en plus précise.
06:08On en a l'exemple en ce moment sur une transat, la transat Café-Lor.
06:11qui est partie du Havre, l'extranger de Jacques Vabre.
06:15Le comité de course a décidé d'arrêter une partie de la flotte
06:17avant même qu'il ne soit parti.
06:19Vous allez vous arrêter en Espagne, puis vous repartirez après.
06:22Ils ont raison de le faire, c'est vrai.
06:25Juste évolution des choses, mais...
06:28Mais ce n'est pas comme avant.
06:29Mais ce n'est pas comme avant.
06:30Mais c'est bien.
06:32C'est comme la limite des icebergs.
06:33Vous savez, le Vendée Globe, ce fameux tour du monde
06:35qui part des sables de l'Aune pour y revenir.
06:37Grande promenade touristique, certes,
06:38mais la première édition, on n'avait pas de limite de glace.
06:42On était coincés dans les glaces avec mon copain VDH.
06:44Il y avait des icebergs partout.
06:46Fort heureusement, maintenant, il y a une limite de glace
06:47parce qu'on sait où elles sont par les satellites
06:49et que les bateaux vont tellement plus vite
06:50que ce serait encore plus dangereux.
06:52Mais ça enlève un peu de piment.
06:54Je voudrais qu'on parle d'un homme très important pour vous,
06:57Jean-Yves Terlin.
06:58Oui.
06:59Votre Jim Morrison de la voile.
07:00Qui vous a fasciné très tôt et à plusieurs reprises, d'ailleurs.
07:03Il avait effectivement ce côté très...
07:07Il avait une gueule à la France à ce vert, un peu.
07:10Et puis, il y avait un côté aventurier
07:12qui vous fascinait quand il revenait de ses périples,
07:15notamment Katmandou, par exemple.
07:17À 12 ans, vous avez assisté à la mise à l'eau du volier vendredi 13
07:20et qu'il a barré pour la transat anglaise.
07:23À ce moment-là, ça bascule dans votre tête.
07:25Un peu.
07:26Avec cet esprit de liberté.
07:28J'en fais un moment fondateur, c'est vrai,
07:29mais c'est une anecdote intéressante.
07:32Jean-Yves Terlin, c'est donc le frère de ma maman,
07:34c'est mon oncle,
07:36qui est un garçon marin des années 70
07:38qui va naviguer contre Tabarly,
07:40qui a fait les Beaux-Arts,
07:41qui jouait du turlis siphon
07:43avec la fanfare des Beaux-Arts,
07:45qui avait dessiné les premiers stands intelligents
07:48qui mettaient les bateaux en valeur
07:50justement lors des salons nautiques
07:51pour le chantier de Dufour,
07:52qui était un grand chantier naval des années 70-80.
07:56Et il va faire la Trans-Pacifique,
07:57il va faire la Transat, contre Tabarly d'ailleurs.
08:00Et puis, il rencontre un jour Claude Lelouch,
08:04le réalisateur, le fameux d'un homme et une femme,
08:06à faire beaucoup de bateaux.
08:08Et justement, suite au Festival de Cannes,
08:10de beaucoup de films, entre autres,
08:12et ce Claude Lelouch,
08:14après avoir fait un homme et une femme,
08:16décide de faire un homme et un bateau.
08:19On est en 70, un truc comme ça.
08:21Et il rencontre Jean-Yves,
08:22et ce Jean-Yves Terlin décide de construire
08:24le plus grand monocoque du monde,
08:26énorme pour l'époque,
08:27un grand, grand tube,
08:28un grand cigare de 39 mètres de long,
08:30ce qui était colossal.
08:30Il n'y avait pas un bateau qui faisait plus de 12 ou 15 mètres à l'époque.
08:33Avec trois mâts.
08:34Le fameux Vendredi 13,
08:36des films 13 de Lelouch,
08:37puisque c'est la compagnie de...
08:39C'est la boîte de production de Lelouch.
08:40Et j'ai donc 12 ans.
08:41Il y a un jeune équipier qui aide,
08:43mon tonton Jean-Yves,
08:45qui est là,
08:46dans une méhari,
08:47qui s'en bonde patchouli,
08:48à 4 heures du matin,
08:49en février 72.
08:51Le patchouli est d'autres herbes un peu illicites.
08:55Ils sont habillés en astraquant,
08:58avec des trucs, des broderies de partout.
09:00C'est pour ça que je parle de Catmandou,
09:01parce que c'est ce qui m'est resté,
09:03non pas les effluves du patchouli,
09:04mais...
09:05Et puis, je me retrouve dans une méhari,
09:07parce que ma maman a demandé à son frangin,
09:08mais est-ce que tu pourrais m'emmener le petit
09:10à la mise à l'eau du vendredi 13 ?
09:11Et ce bateau est mis à l'eau
09:13dans la brume matinale,
09:14au pied du pont de Saint-Nazaire,
09:16qui n'existait pas à l'époque.
09:18Donc, évidemment, fondateur.
09:19Et je vous ai dit, oui,
09:19l'équipier à côté de mon tonton,
09:21c'était Olivier de Clerceau.
09:23Pour terminer,
09:23vous avez traversé 50 fois l'Atlantique.
09:26Je ne compte plus.
09:26À partir de 50, je ne compte plus.
09:27Couru 4 éditions de La Solitaire du Figaro,
09:30la dernière fois en 2019,
09:31tourné 4 fois autour du monde.
09:33Vous avez triomphé 3 fois de la Transat anglaise,
09:35disputé 3 Coupes de l'Amérique,
09:36pour une défaite, d'ailleurs,
09:38avec les Suisses d'Alangui.
09:40Remporter la route du Rhum
09:41à 54 ans,
09:42un âge où les skippers solitaires,
09:44normalement, c'est vos mots,
09:45de votre génération,
09:46souvent raccrocher les bottes.
09:49Qu'est-ce qui fait que
09:50ça ne s'arrêtera jamais ?
09:52Même si vous n'êtes plus
09:53dans ces courses-là,
09:54qu'est-ce qui fait que
09:54ça ne s'arrêtera jamais ?
09:55Que vous aurez toujours ce besoin
09:57d'aller sur l'eau,
09:59de sentir,
10:01de voir l'écume des vagues,
10:02d'entendre le bruit de ces vagues-là,
10:04justement, le silence,
10:06le bruit du vent.
10:07La manière de l'approcher
10:09devient différente.
10:12Je suis toujours
10:12avec mon analogie planeur.
10:15Toujours pas de train d'atterrissage ?
10:16Toujours pas.
10:17Je n'ai toujours pas sorti le train.
10:18Je ne vois toujours pas.
10:19Il y a quelques ascendants,
10:20je vous le disais tout à l'heure,
10:20qui me permettent
10:21d'aller naviguer en équipage,
10:22d'apprécier la rigate pure,
10:24de rentrer au bistrot
10:25tous les soirs,
10:26de ne pas forcément faire
10:27deux transats de par an
10:28en moyenne,
10:28mais d'en faire une.
10:29Je vais en faire une encore
10:30dans très peu de temps
10:30sur un trimaran,
10:31mais en équipage.
10:33J'ai qu'une envie,
10:34c'est de repartir beaucoup
10:35en croisière, si je peux,
10:36ou au moins une fois
10:38en croisière avec mes enfants,
10:39ou mes petits-enfants,
10:41évolution familiale récente.
10:44Ce qui donne envie
10:47d'y retourner,
10:47c'est qu'on n'est pas obligé
10:49d'avoir des grandes oreilles
10:50pour entendre bien,
10:52tout comme on n'est pas obligé
10:53d'aller vite sur l'eau
10:54pour se sentir bien,
10:56bien au contraire d'ailleurs,
10:57sincèrement,
10:57c'est surtout quand ça ralentit
10:59que ça devient plus agréable.
11:00On n'est pas obligé
11:01d'être sur le plus grand bateau
11:02du monde pour être
11:02le meilleur marin du monde,
11:04du tout.
11:04La voile est un sport
11:05avec un spectre ahurissant,
11:07extrêmement large,
11:08dans lequel c'est pas...
11:10Il y a tellement moyen
11:12de s'exprimer.
11:14Là, je fais depuis deux ans,
11:15je fais de la régate pure,
11:17de la vraie régate
11:17sur des TP52.
11:19Vous ne les voyez jamais
11:20à l'image,
11:20c'est un regret d'ailleurs,
11:21parce que c'est très bien produit.
11:22Je vous conseille
11:23d'aller voir ça.
11:23Super Series TP52
11:25ne sont que des bateaux
11:25de propriétaires.
11:26On est 14 à bord,
11:27des bateaux de 16 mètres.
11:28Je ne suis pas le barreur,
11:29je suis le tacticien,
11:31ce qui est un rôle
11:32extrêmement grave,
11:33du moins avec une pression
11:34considérable.
11:35C'est-à-dire que quand on gagne,
11:36ce qui est rare,
11:37c'est grâce à l'équipage.
11:37Quand on perd,
11:38c'est toujours à cause de moi.
11:39Donc vous voyez
11:39le genre de truc,
11:40et j'adore.
11:41La remise en question
11:42est intéressante,
11:42la redécouverte
11:43de moyens de navigation.
11:45Et puis c'est à la fois
11:46un petit village,
11:48un peu consanguin
11:50ou presque,
11:50mais c'est passionnant
11:51de conseiller des chantiers navals,
11:52comme le chantier CDK
11:53qui fabrique à Lorient,
11:55qui fabrique les plus grands,
11:56trémarons du monde,
11:57les fameux ultimes
11:57qui volent au-dessus de l'eau,
11:59ou des chantiers navals
11:59de croisière.
12:02À tout âge,
12:02en fait,
12:03on peut s'exprimer,
12:03c'est une bonne nouvelle.
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