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  • il y a 3 jours

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00:00Les entreprises sont devenues au fil des ans des acteurs centraux parce que c'est le lieu de travail, de signalement et parfois des uniques espaces de refuge.
00:18Donc c'est très important, les entreprises, les entreprises qui s'engagent. J'appelle à me rejoindre sur cette petite scène. Stephen Daines, j'appelle Karine Croce, Margaret Johnston Clark. Voilà. Venez, rejoignez-moi, s'il vous plaît. Asseyez-vous.
00:36Donc Stephen Daines, vous êtes directeur Global Affairs et public engagement du groupe Accor. Merci d'être là. On est très contents. Moi, on est très contents et contentes parce qu'on se dit que, comme le disait tout à l'heure Bérangère Couillard, c'est très important que les hommes s'impliquent.
00:57Et je suis sûre, au fond, que les hommes ont envie de s'impliquer mais qu'ils ne savent pas trop comment. Ça sera sûrement l'objet d'un prochain moment de réflexion du think tank.
01:07Karine Croce, vous êtes directrice exécutive de l'engagement du groupe Carrefour. Et Margaret Johnston Clark, vous êtes directrice Monde, diversité, équité chez L'Oréal.
01:17Tout un tas de nouveaux titres qui font qu'on comprend par ces titres-là que les entreprises s'intéressent à ce qui se passe hors les murs, disons.
01:27Stephen Danes, on commence par vous, à tout seigneur, tout honneur. On a évidemment tous en mémoire l'affaire Nafisatou Diallo et de ces femmes invisibles, en fait, de la cuisine aux chambres.
01:41Comment vous faites pour protéger vos collaboratrices du sexisme et de la violence ? Parce que ça a été beaucoup invisibilisé.
01:50Alors d'abord, merci de m'avoir invité. Je représente ici effectivement Accor et Sébastien Bazin,
01:56qui ne pouvait pas lui-même venir, mais il serait venu, puisque notre patron mène ses combats pour l'égalité des femmes
02:03et puis contre la violence aux femmes depuis qu'il est CEO du groupe Accor.
02:07Alors je dois dire qu'en entreprise, quand même, je suis assez surpris ici, parce qu'en entreprise, ce n'est pas le combat des femmes.
02:13Je trouve qu'en entreprise, véritablement, les hommes participent de manière égalitaire à ces combats.
02:19Alors effectivement, l'hôtellerie-restauration, traditionnellement, n'était pas forcément une industrie reluisante en la matière pour deux raisons.
02:30D'abord, une culture patriarcale avérée, et notamment en restauration, dans les cuisines, mais aussi en hôtellerie,
02:38où pendant longtemps, véritablement, les directeurs généraux d'hôtels étaient pratiquement toujours des hommes.
02:42Et puis, deuxièmement, effectivement, l'hôtellerie, au fond, qu'est-ce que nous offrons comme service ?
02:48Nous offrons une cellule comme ça, un peu inviolable.
02:53Et d'ailleurs, les clients, et notamment les clientes, ont toujours la hantise que quelqu'un entre dans leur chambre
02:59dans des moments d'intimité où on dort, où on se lave.
03:04Mais donc, du coup, effectivement, c'est aussi des espaces...
03:07Ça, c'est vrai ?
03:07Ah oui, ah oui, ah oui.
03:09Vous avez fait des études là-dessus ?
03:10Oui, oui, oui, oui, les clientes...
03:13Ah, c'est pour ça qu'il y a plein de petits trucs sur Instagram où on vous apprend comment mettre une fourchette dans la serrure ou je ne sais pas quoi.
03:20On n'est quand même pas là.
03:22Ça ne m'était jamais venu à...
03:23Non, mais c'est vrai que les femmes, à juste titre, je peux l'imaginer...
03:28Effectivement, une chambre, c'est un moment où on se dénude, où on va être dans un moment de vulnérabilité animale, je dirais, maximum.
03:35Un animal, quand il dort, il essaie de se cacher aussi, et c'est pareil.
03:39Et donc, effectivement, s'il y a un agent de maintenance ou même une femme de chambre entre inopinément,
03:44ou un autre client à qui on a donné par mégarde la clé erronée d'une autre chambre,
03:50effectivement, ça cause une frayeur presque animale aussi, très, très, très forte.
03:56Mais du coup, dans cet espace inviolable, peuvent malheureusement se produire effectivement des excès.
04:01Alors, effectivement, il y a eu cet exemple au Sofitel à New York.
04:04Mais ça peut être aussi de la violence domestique,
04:08ou ça peut être, par exemple, parmi des jeunes, dans certains hôtels de banlieue de grandes agglomérations,
04:13des choses épouvantables, des tournantes qui se produisent, enfin, voilà, dans les hôtels.
04:19Alors, effectivement, nous, dans le groupe Accor, on avait commencé, dans les années 2000,
04:24avec des politiques de parité très puissantes.
04:27Et aujourd'hui, donc, le leadership des hôtels est à peu près égal.
04:32On est entre 40 et 50% de femmes GM, même dans des pays comme l'Arabie Saoudite, par exemple.
04:39Maintenant, nous avons les premières femmes GM, donc nous progressons partout en la matière.
04:44Et puis, effectivement, depuis quelques années, et notamment en France, nous nous sommes attaqués à la violence aux femmes.
04:50Et en entreprise, nous avons choisi tout de suite, et notamment avec l'initiative Stop E, française,
04:59menée d'abord par, je crois que c'était Accor, L'Oréal et EY, 300 entreprises aujourd'hui y adhèrent,
05:05à lutter contre le sexisme ordinaire.
05:07C'est-à-dire quelque chose d'un peu sournois comme ça, qui est perçu peut-être par les hommes au départ comme n'étant pas de la violence,
05:15mais étant parfois même de l'humour, mais qui, finalement, mène une pente glissante,
05:21parce que si ça se reproduit et ça se reproduit, eh bien, la personne, finalement, se sent stigmatisée et harcelée pour son sexe.
05:30Donc, nous nous sommes attaqués à ça, parce que, dans une entreprise, les cultures d'entreprise sont très puissantes.
05:38Donc, il faut commencer à la tête, et il faut commencer, donc, avec des formations, des sensibilisations,
05:43donc ce que nous avons fait pendant de nombreuses années, et maintenant, dans les hôtels.
05:48Ce que nous avons aussi fait, c'est d'offrir, effectivement, des refuges,
05:53c'est-à-dire que c'est un espace inviolable, une chambre,
05:57et ce que nous avons décidé de faire, d'abord, pour les collaboratrices qui se sentaient en danger,
06:02c'est d'ouvrir des espaces, des chambres pour elles et leurs enfants pendant quelques nuits,
06:09le temps de trouver un refuge.
06:12Et puis, maintenant, en fait, nous sommes dans une phase où nous communiquons ça de manière plus ample à nos clientes.
06:19Donc, nous cherchons à communiquer sur le fait, dans un hôtel, une cliente qui se sent agressée,
06:27qui se sent en danger, nous formons le personnel à certains signaux d'alerte.
06:32Alors, je pense que vous connaissez le signal d'alerte qui se développe dans le monde,
06:36qui est un signal discret pour une femme pour exprimer le fait qu'en fait,
06:40elle est en danger avec un compagnon qui la harcèle.
06:43De la même manière, au bar, vous savez que maintenant, si vous demandez un angel drink, un angel short,
06:48c'est un signal d'alerte, mais il faut former tout le monde à ça.
06:51C'est quoi ?
06:52Un angel short ou un angel drink.
06:55In our case, oui, c'est un angel drink, mais il y a un terme angel short.
06:59Donc, si une femme, mais vous voyez, peu de femmes le savent encore.
07:02Il y a un énorme travail de formation à faire pour que tout le monde soit, et notamment les jeunes,
07:08donc il y a certainement des programmes sur les réseaux sociaux à faire pour...
07:12Vous allez au bar, vous êtes avec quelqu'un qui vous embête,
07:15et vous demandez un angel short, le barman doit comprendre que, en fait, la cliente est en danger,
07:21et très discrètement, parce qu'il ne faut pas que le compagnon s'en aperçoive
07:26et sorte précipitamment avec sa compagne.
07:30Donc, il faut alerter le management qui doit prendre les dispositions.
07:34Enfin, voilà, donc il faudra former le management.
07:35Donc, en plus, il y a cette notion dans l'hôtel, effectivement, de refuge.
07:42L'hôtel, loin d'être un lieu, justement, de danger, doit être un havre, évidemment.
07:49Alors, à vos côtés, Karine Croce.
07:51Bonjour.
07:53Alors, vous, c'est le commerce du quotidien, c'est-à-dire que c'est un lieu familier.
07:58Carrefour, qu'est-ce que vous faites pour protéger ?
08:01D'abord, votre personnel, et puis ensuite, peut-être, vos clientes ?
08:06C'est ça, l'action ?
08:07Exactement.
08:08Bonjour à tous et à tous.
08:10Nous, la première question, c'est pourquoi l'entreprise se mobilise sur le sujet des violences sexuelles ?
08:15Ce n'est pas un sujet forcément intuitif, parce que les violences sexuelles, généralement, c'est plutôt dans la sphère privée, la sphère domestique.
08:22À domicile, c'est donc moins, généralement, sur le lieu de l'entreprise.
08:26Donc, pour nous, ça a été une vraie question, comme sur tous les sujets de diversité et d'inclusion, pourquoi l'entreprise est légitime à aller sur le sujet ?
08:32On fait partie d'un réseau qui s'appelle One in Free Women, le fameux chiffre qu'on connaît tous, une femme sur trois, avec d'autres entreprises qui sont présentes aussi.
08:42Et il y a une étude qui est très intéressante, mais qui est évidemment très intuitive, mais c'est souvent, il faut repartir des choses intuitives.
08:47Une femme sur deux qui a été victime de violences sexuelles, évidemment, a des difficultés au travail.
08:52C'est assez évident, mais elle arrive en retard, elle a des absences, elle a du mal à se concentrer.
08:57Donc, il y a un impact évident sur l'entreprise.
09:00Une femme quasiment sur deux, 40% aussi, quand elle est victime de violences, on parle à très peu de monde, mais on parle à une collègue, quand elle a la chance d'avoir un travail,
09:08parce que généralement, on en parle un peu plus facilement à ses collègues.
09:11Et une femme sur deux aimerait que l'entreprise l'accompagne.
09:14Voilà, donc c'est pour ces raisons que nous, chez Carrefour, on s'est dit, il faut qu'on se saisisse du sujet,
09:18d'autant plus que dans la grande distribution, on est en effet des commerces de proximité.
09:23Et surtout, on est des grands employeurs.
09:25Chez Carrefour, on a 500 000 salariés dans le monde.
09:27Donc, dans tous les pays où on est présent dans le monde, et j'ai bien aimé la présentation sur l'Espagne,
09:31parce qu'évidemment, Carrefour est présent en Espagne, il y a plein de choses qui nous ont inspirées.
09:35Dans tous nos pays, on se dit, on a un rôle à jouer à la fois pour nos collaboratrices, pour les protéger, et pour nos clientes.
09:41Parce que là aussi, quoi qu'on en dise, on a 100 millions de clients dans le monde,
09:45mais ce sont encore souvent des femmes qui viennent faire des courses en magasin.
09:48Donc déjà, nous, il y avait cette question un peu de pourquoi on est légitime,
09:50parce que si après, on embarque tout le corps social, ce qui est le cas chez Carrefour,
09:54on a formé tous les managers, tous les RH, il faut que les gens soient convaincus de la justesse de la cause.
09:59Donc ça, c'était un peu notre prérequis.
10:01Et ce qu'on fait ensuite, c'est une action en trois volets.
10:04Le premier, c'est d'informer et de sensibiliser, à travers justement notre force de frappe, notre maillage de magasin.
10:11Donc ça, on a essayé d'avoir des actions innovantes, parce qu'il faut être visible.
10:15Pour nous, c'est vraiment le nerf de la guerre.
10:17Donc il y a deux ans, on a imprimé sur tous nos tickets de caisse, au mois de novembre,
10:20le numéro d'appel du 3919, ce numéro qui gagne à être encore plus connu.
10:25Donc on a 10 millions de tickets de caisse qui ont été imprimés avec le numéro 3919.
10:29Et ça a été très bien perçu.
10:31Le 3919 nous a dit qu'il y avait eu un afflux d'appel.
10:35Donc ça, c'était une des initiatives qu'on a lancées.
10:37Depuis, on a arrêté, parce que comme vous le savez, on n'imprime plus nos tickets de caisse,
10:40pour des raisons de transition écologique.
10:43Et cette année, on lance une nouvelle initiative.
10:44C'est sur les protections hygiéniques pour les femmes, de la marque Carrefour, les tampons, les protections périodiques.
10:50On met le QR code de l'application Appel, que vous connaissez peut-être,
10:54qui est une application qui a été faite sous l'égide de plusieurs ministères,
10:58où les femmes peuvent signaler une situation de danger.
11:01Elles peuvent enregistrer ce qui se passe.
11:03Elles peuvent appeler des proches.
11:05Et donc ça aussi, voilà, c'est un peu notre contribution à la cause.
11:08Donc ça, c'est le premier sujet, informer et sensibiliser.
11:10Le deuxième, c'est financer, parce qu'on a quand même toujours besoin d'argent sur ce sujet,
11:14pour faire de la pédagogie, pour être présent.
11:16Donc chaque année, on fait des opérations de produits partage.
11:19Si vous achetez un gel douche de la marque Carrefour,
11:22c'est 10 centimes qui sont reversés à la Fédération nationale Solidarité Femmes.
11:26Donc ça aussi, c'est un peu notre contribution à la cause.
11:29Et puis la dernière, à laquelle on croit beaucoup, ce sont des partenariats pour l'emploi.
11:33C'est-à-dire qu'une femme qui a eu la chance de sortir de ce parcours de violence,
11:38généralement, elle a été obligée de quitter son conjoint,
11:40elle a été obligée de changer de domicile, parfois de changer de ville.
11:43Et là, elle se retrouve toute seule, avec un nouveau départ.
11:45Et la vie est parfois un peu compliquée.
11:47Et donc là encore, on a la force de frappe de Carrefour.
11:49On a énormément de jobs sur tout le territoire.
11:51Et donc, on fait des partenariats pour l'emploi pour qu'elles puissent venir toquer à la porte de Carrefour
11:56et qu'on leur dise tout de suite ce qui est disponible dans un rayon d'emploi assez proche.
11:59Et donc voilà, ça aussi, c'est un geste qu'on fait pour les femmes.
12:03Mais voilà, donc nous, c'est vraiment une initiative à laquelle tout le corps social adhère chez Carrefour,
12:06parce que c'est une belle cause.
12:07Et voilà, on est donc ravis d'accompagner de cette manière.
12:09Merci beaucoup, Karine.
12:11Je me tourne maintenant vers vous, Margaret Johnson-Clark.
12:17Chez L'Oréal, c'est un sujet qui est adressé, comme on dit maintenant, depuis un paquet d'années.
12:24C'est quoi le socle de votre politique contre les violences sexistes et sexuelles ?
12:30Bonjour à toutes et à tous.
12:32Merci beaucoup.
12:32Notre socle, très concrètement, aujourd'hui, on a 95 000 collaborateurs et collaboratrices.
12:41On a deux tiers de nos effectifs qui sont des femmes.
12:45Ça n'a pas toujours été le cas, mais ce qui est sûr, c'est que c'est un engagement qu'on a pris depuis plus de 20 ans.
12:51Donc on a démarré avec une charte éthique, déjà pour être sûr de partager les mêmes valeurs en interne,
12:58la façon de manager, donc par rapport à l'égalité, par rapport à l'équité, par rapport à la lutte contre les discriminations.
13:04Ensuite, on a créé en 2008 une plateforme Speak Up pour permettre en interne, mais aussi auprès de nos fournisseurs,
13:13de pouvoir faire part d'un propos sexiste ou raciste avec énormément de conséquences suite à ça.
13:24Donc ça, c'était vraiment une première dès 2008.
13:27Par contre, ça s'est vraiment accéléré depuis 2017 avec MeToo.
13:32Plusieurs d'entre vous en ont parlé.
13:34Donc ça, c'est vrai que cette mobilisation, elle existait depuis de nombreuses années aux États-Unis,
13:39mais le fait qu'elle devienne si internationale et qu'elle puisse vraiment finalement libérer la parole,
13:46en tant qu'entreprise, on a souhaité à ce moment-là, justement, co-créer en France Stop E, dont vous parliez,
13:53à rejoindre dès le démarrage One in Three Women, cette coalition inter-entreprise pour lutter contre les violences conjugales.
14:04L'objectif étant de, à plusieurs, en coalition, aller encore plus loin et plus vite sur des sujets qui restaient quand même très tabous.
14:12Donc ça ne faisait pas partie du socle, mais on était légitimes en interne pour prendre ce sujet.
14:20Néanmoins, il a vraiment fallu expliquer pourquoi l'entreprise rentrait dans la vie dite privée de ses collaborateurs ou de ses collaboratrices,
14:27ce qu'on fait en permanence pendant un congé maternité ou d'autres moments de la vie.
14:32Mais là, bizarrement, il y avait énormément de précautions.
14:35Donc voilà, ça, c'est vrai qu'on a commencé comme ça.
14:38Et aujourd'hui, grâce à toutes ces coalitions, on peut aller encore plus loin sur la sensibilisation,
14:44non seulement, évidemment, sur les violences physiques, sexuelles, mais aussi économiques.
14:51Je crois que vous avez des référents, n'est-ce pas, par service des gens à qui les personnes...
14:56Sur l'éthique, oui, et pareil sur la diversité, l'équité, l'inclusion.
14:59C'est pareil dans vos entreprises, chez Accor, chez Carrefour, à chaque fois un référent à qui on peut aller parler de façon anonyme et raconter un peu...
15:07Absolument.
15:07Ça, c'est assez récent, finalement, dans la vie des entreprises, non ?
15:13Oui, alors, nous, on a développé, évidemment, comme d'autres grandes entreprises, des systèmes de lignes d'écoute
15:20qui vont, d'ailleurs, au-delà parfois de la violence seulement de genre.
15:26Il y a toute autre forme de violence, malheureusement, parfois en entreprise.
15:31Et donc, les lignes d'écoute anonymes, effectivement, se sont développées.
15:35Et notamment pour des hôtels, c'est-à-dire des unités qui sont un peu décentrées,
15:38certainement comme des supermarchés ou des unités qui ont des usines.
15:43Merci à tous les cas.

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