00:05Je vais essayer d'être un peu rapide, mais quand même, je vais transmettre un message.
00:11D'abord, vraiment merci à vous, mesdames les coprésidentes du Think Tank, Marie-Claire,
00:17chère Gwenaëlle Thébaud, chère Choupa Régnier, et puis bonsoir à toutes et tous.
00:23Et merci vraiment au Think Tank pour son travail nourri, que je suis effectivement depuis longtemps,
00:29son action inlassable pour le progrès des droits des femmes, et ses analyses, bien souvent précurseurs sur les grands enjeux
00:37en la matière.
00:38Alors c'est vrai que l'accueil de cette cérémonie par le Conseil constitutionnel est particulièrement symbolique.
00:44En tant que gardien du respect de notre Constitution, le Conseil constitutionnel est un pilier essentiel à la stabilité de
00:53notre État de droit,
00:54si souvent malmené ces derniers temps, est rempli d'un rôle fondamental de protection des droits des femmes.
01:02Et si l'exemple le plus récent en la matière est l'introduction dans notre Constitution le 8 mars 2024
01:08de la liberté de recourir à l'intervention volontaire de grossesse,
01:13une avancée majeure et inédite, la Constitution française consacre également la notion de parité.
01:20Elle garantit en son préambule l'égalité des droits reconnus aux femmes et aux hommes dans tous les domaines.
01:27Par deux révisions constitutionnelles de 1999 et de 2008, la loi se doit désormais de garantir le respect du principe
01:37de parité
01:38en matière d'accès aux mandats électoraux, aux fonctions électives ainsi qu'aux responsabilités professionnelles et sociales.
01:45Et en fait, la France a fait le choix d'une approche par le droit afin de garantir l'émancipation
01:52des femmes.
01:53Et si vous faites un petit tour d'horizon de tout ce qui s'est passé depuis la fin de
02:00la Seconde Guerre mondiale
02:01et de toute la moitié du XXe siècle, eh bien on se rend compte que toute cette deuxième moitié du
02:07XXe siècle
02:08a été marquée par une succession de droits, de lois qui ont permis aux femmes de jouir d'une plus
02:15grande liberté et autonomie.
02:17En matière de parité, là où la société seule était parfois trop lente à progresser,
02:24la loi a permis d'accélérer et de faire entrer dans les esprits et dans les pratiques
02:30la nécessité de garantir un égal accès des femmes et des hommes à l'ensemble des secteurs d'activité,
02:37y compris au plus haut niveau de décision.
02:40J'aime bien dire que... En plus, c'est vrai que je suis magistrate,
02:44donc peut-être j'ai une approche particulière du rôle de la loi,
02:48mais que la loi, parfois, contrairement à ce que Montesquieu,
02:54qui est pourtant, j'allais dire, notre maître quand on est magistrat,
02:58avec l'esprit des lois, qui disait que finalement, lorsqu'on veut changer les mœurs et les manières,
03:03on ne les change pas par les lois.
03:05Je pense qu'il a en grande partie raison,
03:07mais qu'en matière des droits des femmes, c'est un peu différent.
03:10C'est-à-dire que lorsque les mœurs tardent à évoluer,
03:15eh bien, la loi, elle peut les booster.
03:17Et ce fut le cas des lois sur la parité,
03:21qu'il s'agisse des lois sur la parité en politique
03:23comme des lois sur la parité dans les conseils d'administration.
03:28Et on voit très bien que, quand on parle des quotas,
03:33et il en a été beaucoup question, ces quotas fonctionnent.
03:36Et pourtant, un certain nombre d'entre vous sont assez jeunes,
03:41mais je me souviens des premières lois sur la parité en politique dans les années 2000,
03:47puis la loi Copé-Zimmermann dans les années 2010-2011.
03:52Eh bien, je veux dire, il y avait un débat qui animait vraiment la société.
03:57C'est-à-dire qu'on pensait qu'en instaurant ces quotas,
04:02on allait justement mettre de l'incompétence au pouvoir.
04:04Et on nous disait, en fait, il faut privilégier la compétence
04:09comme si, finalement, mettre les femmes au pouvoir,
04:13c'était instaurer de l'incompétence.
04:15Et je pense que tout cela a été dit.
04:17Je crois que le contraire a été largement démontré.
04:22Et cette année, puisqu'on est bien en 2026,
04:25ça comptait du 1er mars,
04:27eh bien, l'obligation d'atteindre au moins 30 % de femmes et d'hommes,
04:314 dirigeants et au moins 30 % de femmes et d'hommes membres d'instances dirigeantes
04:35au sein des grandes entreprises,
04:36qui a fixé la loi RICSA,
04:38eh bien, entrera pleinement en vigueur.
04:41Grâce aux lois sur la parité en politique,
04:44on a vu aussi la progression.
04:46C'est-à-dire qu'en 1997,
04:49c'est-à-dire avant les lois sur la parité en politique,
04:51on avait 11 % de femmes à l'Assemblée nationale.
04:55Aujourd'hui, on en a 36 %.
04:57C'est encore insuffisant.
04:58Mais je pense que si on n'avait pas eu les lois sur la parité en politique,
05:03on ne serait pas à ce chiffre de 36 %.
05:06On pourrait parler aussi de la fonction publique
05:08avec la loi Souvadec, qui est intervenue en 2012,
05:12qui exige, j'allais dire, une parité dans les primo-nominations
05:17aux postes les plus élevés de la fonction publique.
05:19Et cette loi, nous l'avons renforcée
05:22lorsque j'étais ministre en charge de l'égalité femmes-hommes,
05:25en élevant justement le seuil minimal
05:28de représentation de sexe à 50 %.
05:32Alors voilà, effectivement, on a toutes ces avancées,
05:35mais pour autant, peut-on dire que la parité est pleinement atteinte ?
05:40Non.
05:41Et certains domaines restent encore peu ouverts aux femmes.
05:45Je ne vais pas revenir,
05:46parce que ça a été longuement évoqué
05:49sur la place des femmes dans les sciences,
05:52mais simplement, je vais revenir quand même sur les stéréotypes,
05:55c'est-à-dire qu'ils nous plombent.
05:58C'est-à-dire que je pense qu'à force,
06:00et tout à l'heure, on a parlé des femmes
06:02qui se disaient nulles en maths,
06:04voilà, vous l'avez dit,
06:06c'est-à-dire qu'à force de dire aussi aux filles
06:10qu'elles sont nulles en maths,
06:11aujourd'hui, on a plus de 20 % de femmes
06:14dans les écoles d'ingénieurs
06:16et très peu de filles, très peu de femmes
06:18dans la tech.
06:19Donc, en fait, c'est vrai qu'il faut commencer vraiment
06:21tout petit, à la maison, à l'école.
06:24Et puis, je crois que le rôle des médias
06:27est aussi extrêmement important
06:29pour changer ces modèles de représentation.
06:32D'ailleurs, avec Elisabeth Borne, donc, en 2023,
06:37nous avions aussi identifié ce phénomène
06:40et nous avions lancé le programme Tech pour toutes,
06:44un programme, donc, qui a pour objectif
06:46d'accompagner 10 000 jeunes femmes
06:48qui souhaitent commencer ou poursuivre
06:51des études supérieures dans le numérique.
06:53Et ce programme est venu, donc, compléter
06:56les nombreuses mesures, donc, du plan
06:58Toutes et tous égaux,
07:00que j'avais eu, donc, l'honneur de coordonner
07:03en tant que ministre.
07:03Alors, peut-être pour résumer,
07:05je pense que tout ce qui a pu être dit,
07:09nous avons besoin de politique volontariste.
07:12C'est important.
07:13Peut-être que, quand même, on n'a pas parlé
07:15et vous êtes là, Nathalie Azoulay.
07:19Je pense que c'est important
07:20parce que je pense qu'il faut parler aussi
07:22beaucoup de la pensée.
07:23Et je pense aussi qu'on a besoin de la pensée
07:25pour faire évoluer la société.
07:27Et n'oublions pas, justement, de rendre hommage
07:29à toutes ces femmes, comme Simone de Beauvoir,
07:32qui est quand même emblématique,
07:33qui ont aussi donné un déclic.
07:36Et ensuite, sur cette pensée,
07:38sont aussi venus les mouvements féministes,
07:41les mouvements féministes qui ont interpellé
07:43le pouvoir politique,
07:44lequel pouvoir politique a pu prendre aussi
07:46des politiques volontaristes,
07:48modifier les lois, en prendre de nouvelles,
07:50et aussi une société qui se mobilise
07:54à travers, notamment, les entreprises,
07:56les grands groupes, toutes les sociétés.
08:00Et je pense que, vraiment, nous avons besoin
08:02de tout cela.
08:03Et je pense que ce qui est très important aussi,
08:06c'est que, justement, la société civile
08:09interpelle le politique,
08:10que la loi et la société dialoguent.
08:13Et je crois que c'est comme ça que, finalement,
08:16on arrive à faire évoluer les choses,
08:19donc des politiques volontaristes qui dialoguent
08:21avec l'ensemble de la société, des coalitions,
08:24des coalitions privées, publiques, ONG, associations,
08:31pour sensibiliser, former à tous les niveaux.
08:34Ça a été dit plusieurs fois, mais pour moi,
08:36c'est fondamental.
08:37Nous avons besoin de compter.
08:39Ceux qu'on ne compte pas, ne comptent pas.
08:41Donc, oui, il faut compter.
08:43Parce que partout, on vous dit,
08:44mais chez moi, il n'y a pas de problème.
08:46Les femmes, de toute façon, il y en a 80 %
08:48dans mon entreprise, donc elles sont bien représentées,
08:50sauf qu'elles sont 3 % peut-être dans les postes de direction.
08:55Donc, il faut compter.
08:56Nous avons besoin de rôles modèles.
08:58Cela a été dit.
09:01Lutter contre les stéréotypes.
09:03Je pense, et pour avoir présidé des cours d'assises,
09:11jugé de nombreux viols, de nombreux féminicides,
09:15je ne peux pas m'empêcher aussi de rappeler chaque fois
09:18qu'il faut lutter contre le sexisme,
09:21qui est pour moi l'antichambre de la violence.
09:24Hier, d'ailleurs, avait lieu cette journée nationale
09:31de lutte contre le sexisme,
09:32qui a été adoptée, je crois que c'est en 2023.
09:37C'est important.
09:39Et puis, la lutte contre les violences sexuelles.
09:41Je crois qu'il ne faut jamais, jamais lâcher sur ce sujet.
09:49Et je maintiendrai toujours,
09:51je sais que les avis sont parfois partagés sur la question,
09:54mais en tout cas, moi, j'ai la conviction profonde
09:56que tant qu'on n'éradiquera pas les violences faites aux femmes,
10:00on n'aura jamais d'égalité réelle.
10:02Donc, je pense qu'il ne faut jamais l'oublier.
10:04La lutte contre les violences sexuelles,
10:07ça doit toujours être dans l'agenda.
10:09Quand on parle de parité,
10:11quand on parle d'égalité professionnelle,
10:13il faut aussi toujours parler de la lutte
10:15contre les violences sexuelles.
10:19Et puis, peut-être, j'aimerais terminer,
10:21parce qu'aujourd'hui, en tant qu'ambassadrice
10:24pour les droits de l'homme,
10:25je voyage un peu partout dans le monde.
10:28Et ce qu'on constate aussi beaucoup,
10:30c'est que les femmes sont actrices de la paix
10:33et que les processus de paix,
10:36lorsqu'ils associent les femmes autour de la table,
10:39eh bien, sont plus durables et plus solides.
10:41On dit qu'ils ont 30% de chances de plus
10:44de s'inscrire dans la durée.
10:47Et donc, nous avons besoin des femmes aussi pour la paix.
10:52Dans ce monde, je vais dire,
10:53qui est bousculé par les guerres,
10:56presque dans un chaos,
10:57nous avons vraiment besoin des femmes autour de la table
11:00pour la paix.
11:01Et donc, s'il faut le répéter,
11:03nous le répéterons autant qu'il le faudra.
11:06Nous souhaitons la parité,
11:07non pas par principe, par idéologie ou par caprice.
11:11Nous souhaitons la parité,
11:12car chaque fille et chaque garçon
11:14qui naît dans notre pays
11:16a droit à poursuivre son destin librement.
11:19Nous souhaitons la parité,
11:20car nous savons qu'elle est nécessaire au progrès,
11:23à la croissance et à la paix.
11:24La parité ne représente pas seulement
11:28un enjeu pour les femmes,
11:30mais bien une opportunité pour chacune
11:32et chacun d'entre nous.
11:34Et enfin, je pense que la parité permet
11:37tout simplement de doubler
11:39l'intelligence du genre humain.
11:41Alors soyons intelligents ensemble.
11:44Voilà, je vous remercie.
11:46Sous-titrage Société Radio-Canada
11:52Abonnez-vous !
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