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  • il y a 3 jours

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00:00Isabelle, Rome a posé un cadre juridique et on essaye là de plonger dans la réalité sociale, comment la société réagit aux violences sexistes et sexuelles, c'est difficile à dire, en ligne, hors ligne.
00:21On va essayer d'éclairer ses comportements, les résistances, les angles morts. Bérangère Couillard, vous êtes la présidente du Haut Conseil de l'égalité entre les hommes et les femmes.
00:29Vous avez publié un rapport sur l'état du sexisme en France et cette étude met en avant une polarisation grandissante, on n'arrête pas d'en entendre parler, de la société entre les hommes qui sont plus masculinistes et les femmes qui font ce qu'elles peuvent. C'est inquiétant ?
00:45Merci pour l'invitation. Alors oui, c'est inquiétant parce qu'en fait il y a très clairement une montée des masculinismes.
00:53Nous réalisons en fait ce rapport chaque année au sein du Haut Conseil de l'égalité et nous nous basons sur un baromètre qui est réalisé auprès des Français.
01:04On a une différence de perception du sexisme entre les femmes et les hommes de 5 à 20 points sur les questions politiques, les questions d'évolution professionnelle,
01:16mais également aussi sur les sujets familiaux. Et donc il y a une polarisation qui est très nette entre les femmes et les hommes.
01:24Ce qui nous a le plus alertés sur les résultats du rapport que nous avons publié en début d'année, c'est qu'il y a un différentiel très important chez les jeunes hommes et jeunes femmes.
01:39Sur la tranche des 15-24 ans, en fait 94% des jeunes femmes considèrent qu'il est plus difficile d'être une femme qu'un homme.
01:47C'est un bond de 14 points par rapport à l'année précédente. Seuls 80% des femmes le disaient l'année précédente.
01:57Alors ce qui est quand même réjouissant, parce qu'il y a quand même des points réjouissants et je tiens à les signaler, c'est que 67% des jeunes hommes pensent la même chose,
02:05qu'il est plus difficile d'être une femme qu'un homme. Par contre, des chiffres que nous n'avions pas jusqu'alors, c'est que 13% des jeunes hommes pensent qu'il est plus difficile
02:13d'être un homme qu'une femme. Et là, pour le coup, ça change la donne, parce que ce sont des jeunes qui vont avoir tendance à se radicaliser
02:22sur la question de l'émancipation des femmes et qui, du coup, vont plutôt embrasser des thèses masculinistes.
02:28Et donc, nous avons mis notamment en exergue l'amanté des masculinismes et un certain nombre d'influenceurs sur les réseaux sociaux
02:36qui, du coup, gagnent leur vie sur ces sujets-là. Là où il y a des solutions qui, au Haut Conseil à l'égalité,
02:48nous pensons que c'est vraiment des solutions qui peuvent changer la donne, une première chose, c'est déjà que les hommes doivent s'engager
02:55dans ce combat. Pour toutes celles et ceux qui interviennent dans des colloques ou des réunions sur le sujet de l'égalité,
03:05on voit et on peut constater que le public est essentiellement féminin. Et donc, du coup, nous devons convaincre aujourd'hui
03:13les hommes, et merci à ceux qui sont présents aujourd'hui, de participer à cela. Donc ça, c'est un indispensable.
03:20Et vraiment, 9 Français sur 10 pensent qu'il est indispensable que les hommes s'engagent dans la lutte contre le sexisme.
03:27Et en référence, on va dire en écho à l'affaire Mazan que vous avez citée dans vos propos introductifs,
03:35c'est que 65% des Français pensent que les hommes ont une responsabilité directe, tous les hommes,
03:41sur les violences sexistes et sexuelles en France. Donc les hommes doivent s'engager sur ces sujets.
03:46Et je finirai par dire aussi qu'il faut absolument qu'on ait des campagnes de sensibilisation et également la mise en place des Évars.
03:53Ça a été annoncé par la précédente ministre, première ministre et ministre en charge de l'éducation nationale.
04:00Nous devons absolument sensibiliser notre jeunesse. On ne peut pas en vouloir aux jeunes, aux jeunes enfants,
04:07quand ils deviennent adultes, avoir une répercussion et donc de reproduire ce qu'ils ont appris à la maison.
04:18L'éducation des jeunes filles et des jeunes garçons n'a pas vraiment changé, en réalité, depuis des années.
04:25Et il faut absolument que ça change pour que, du coup, ce soit des adultes qui ne reproduisent pas ce qu'ils ont appris à la maison.
04:32Je pense qu'il y a un gros travail à faire chez nos jeunes pour qu'on puisse vraiment changer de société.
04:36Merci beaucoup, Béangère Couillard.
04:38Rachel Florepardot, justement, Béangère Couillard parlait des réseaux sociaux, des influenceurs.
04:45Et vous, vous éclairez une violence massive, mal comprise encore.
04:49C'est en fait le numérique comme scène de crime, finalement.
04:54Expliquez-nous ce que c'est ça, la violence qui monte sur les réseaux sociaux.
04:59Alors, la violence a évolué ces dernières années parce que de nouveaux outils sont apparus,
05:03qui sont des outils qui peuvent parfois être merveilleux parce qu'ils nous permettent de nous engager,
05:08de nous rencontrer, de nous informer, de nous distraire.
05:11Et parfois, ces mêmes outils peuvent être détournés de ces usages pour commettre des violences.
05:16Et en effet, l'espace numérique est devenu un nouveau lieu de commission des violences sexistes et sexuelles.
05:23A la fois, il a permis aux auteurs de ces violences-là de trouver de nouveaux moyens de toucher leurs victimes.
05:29Je pense aux auteurs de violences conjugales pour lesquelles le téléphone, l'espionnage numérique
05:35sont des outils supplémentaires de contrôle de leur conjoint ou de leur conjointe et de leur conjointe le plus souvent.
05:42Mais aussi, on a vu apparaître dans ces espaces de nouvelles formes de violences.
05:46Je pense aux dynamiques de cyberharcèlement, je pense aux dynamiques de diffusion de contenu à caractère sexuel sans consentement.
05:53On aurait pu se dire, mais d'accord, mais sur Internet, il n'y a pas besoin de la force physique qu'il faut
05:59pour commettre des violences physiques précisément ou même des violences sexuelles parfois.
06:04Et en réalité, sur Internet aussi, ce sont encore les femmes qui sont le plus victimes
06:10et les hommes qui sont le plus auteurs.
06:12Ce sont les mêmes dynamiques que l'on retrouve.
06:13Et en réalité, quand des dynamiques de cyberharcèlement s'enclenchent, de cyberharcèlement sexiste ou sexuel notamment,
06:20eh bien ce qu'il se passe, c'est que ce que recherche l'auteur, c'est un petit peu comme avec le harcèlement de rue,
06:26c'est d'écarter les femmes de cet espace de débat public, d'écarter les femmes de cet espace d'échange démocratique
06:33et de les mettre un petit peu au banc de la société.
06:36Et donc là, quand on regarde vraiment ce que recherchent les auteurs et les effets de ces violences sur les victimes,
06:44on se rend bien compte qu'en fait, il est absolument déterminant de se doter de davantage d'outils
06:49pour lutter contre ces cyberviolences sexistes et sexuelles qui sont en pleine croissance.
06:54Et là-dessus, le Haut Conseil à l'égalité nous donne des éléments intéressants, des études intéressantes,
07:00parce qu'il nous dit que c'est quoi une des conséquences pour les victimes,
07:04outre évidemment les préjudices psychologiques, les séquelles qu'ils peuvent en rester
07:08parce que ces violences peuvent avoir de véritables conséquences.
07:11Eh bien l'une de ces suites, c'est l'autocensure.
07:15C'est le fait qu'on va se dire qu'on ne va pas s'exprimer comme on se serait exprimé
07:20si on n'avait pas peur ou si on n'avait pas été soi-même victime de ces faits-là.
07:25Et donc, on met les femmes un petit peu plus à l'écart.
07:28Et moi, j'entends souvent, en gros, les responsables de ce qu'on appelle géants numériques outre-Atlantique
07:34nous donner des leçons ici en France de liberté d'expression.
07:38Mais j'aimerais juste te dire une chose, c'est que quand il n'y a pas de régulation,
07:42c'est la loi du plus fort qui règne au détriment de la liberté d'expression des plus vulnérables
07:48et donc notamment des publics davantage sujets à discrimination et donc notamment des femmes.
07:54Mais c'est possible d'ordiguer la violence en ligne ?
07:57J'y crois et je crois que ce serait très dangereux que de jeter les bras et de ne rien faire.
08:03On a vu ces dernières années la France être pionnière dans la régulation numérique,
08:07porter des textes qui sont des premières mondiales.
08:10Je pense au Digital Services Act au niveau européen.
08:14Et je crois que la France doit continuer à être à l'initiative de mouvements de régulation importants
08:21parce qu'il en va là de notre vie démocratique et il en va là de la capacité des femmes à porter une voix, à prendre la parole.
08:29Et vraiment, on peut faire des choses.
08:33Il y a eu des améliorations ces dernières années.
08:35Des lois ont changé.
08:36On a vu des condamnations importantes dans des dossiers emblématiques français de cyberharcèlement.
08:41On a vu des mises en cause de responsables de ces géants numériques et notamment du responsable de Telegram en France.
08:47Peut-être que d'autres viendront.
08:49Et je crois qu'il faut vraiment qu'on ait davantage et qu'on aille davantage rechercher la responsabilité de ces plateformes
08:57parce qu'elles en ont une et qu'elles ont, si elles ont eu les outils et la capacité de nous donner parfois
09:03ce qui a permis la libération de la parole et de l'écoute des femmes avec le mouvement MeToo parce que c'est aussi,
09:09et c'est toute l'ambiguïté, par ce prisme-là que sont nés ces grands mouvements militants et féministes,
09:14eh bien je crois qu'aujourd'hui, elles doivent être davantage responsabilisées pour s'assurer qu'en fait,
09:20leurs espaces d'échange restent des espaces de liberté et pas des espaces de silenciation de certains et certaines plus que d'autres.
09:28Merci beaucoup. Vous avez quand même une petite note d'espoir à la fin de notre discussion.
09:33Merci beaucoup à toutes les deux.

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