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  • il y a 7 mois
🎙️ Quel rapport les journalistes et producteurs de Radio France entretiennent-ils avec la langue française ?
William Gay Costa, journaliste et présentateur du 5h-6h à Franceinfo, nous parle de son rapport à la langue.

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Transcription
00:00Bonjour, c'est le mot qui plante le décor, c'est le mot dans lequel on met du sourire,
00:04c'est le mot dans lequel on espère obtenir un sourire de l'auditeur, ou en tout cas de se dire
00:08« Allez, la journée commence, on est là ! »
00:15Je ferai une réponse un petit peu entre les deux, je dirais qu'ils sont éclairants les messages d'auditeurs.
00:21Moi, il m'arrive d'aller assez souvent les consulter sur le site de la médiatrice,
00:24et éclairant, car les auditeurs sont assez doués pour repérer ce qui est tic de langage dans notre manière de parler,
00:31des choses dont on ne se rendrait pas compte de nous-mêmes.
00:34Ils sont éclairants aussi sur le traitement de l'information, l'importance que l'on peut donner une information par rapport à une autre.
00:40Parfois, les messages sont un petit peu excédés, on sent qu'il y a de la colère,
00:44mais on ne se met en colère que pour les choses que l'on aime,
00:47ça prouve que les auditeurs sont attachés à leur chaîne et donc ça nous oblige un petit peu.
00:50Alors, c'est un impératif, car on est une antenne publique et que forcément, il faut qu'on défende la langue française.
01:00C'est un impératif aussi pour notre plaisir de journaliste aussi, à nous, d'utiliser toute la richesse de la langue française.
01:06On a la chance en radio de ne pas être enfermé dans le registre écrit,
01:11et on peut élargir au sens où notre écriture doit être orale,
01:15donc on peut aller puiser dans ce qui fait les discussions de tous les jours,
01:19on peut parfois avoir un langage peut-être un poil plus familier que quand on est écrit,
01:24aller même piocher parfois dans l'argot.
01:27Et donc, tout cela fait que la richesse, il faut qu'on la défende,
01:30parce que c'est notre impératif d'antenne publique,
01:32et parce que c'est aussi un plaisir pour nous de l'utiliser tous les jours.
01:38Il y a beaucoup de choses que j'essaye de m'interdire.
01:40Il y a les formules toutes faites.
01:42J'ai entendu plusieurs journalistes dans cette série de vidéos le rappeler,
01:47être vent debout, tout ça, évidemment, toutes ces expressions toutes faites,
01:50ce sont des automatismes, ce sont des béquilles, ça nous aide, évidemment, dans l'écriture,
01:53surtout à France Info, où le rythme est un petit peu effréné.
01:56Les raccourcis, il y en a certains contre lesquels je fais la guerre dans mon écriture,
02:00c'est de dire, par exemple, les agriculteurs sont en colère,
02:04les seniors veulent, les jeunes disent.
02:06Non, il y a des agriculteurs, il y a des jeunes.
02:08Il y en a un, c'est Notamment, je l'utilise assez fréquemment,
02:14puisque on a un impératif de concision, surtout sur France Info,
02:18la radio, c'est évidemment un temps à respecter,
02:21sur France Info, c'est sans doute encore plus resserré,
02:23donc Notamment, ça évite de se lancer dans un inventaire à l'après-verre,
02:27de juste choisir un élément dans la liste,
02:29et faire comprendre qu'il y en a d'autres, mais qu'on ne les citera pas.
02:32Donc Notamment, j'essaye de l'utiliser avec un peu plus de parcimonie,
02:35même si, à mon avis, il est assez incontournable.
02:39Alors, je dirais que le mot que je préfère dans la langue française,
02:42il a déjà été cité, mais je ne vais pas faire l'original,
02:45c'est le mot « bonjour ».
02:47Je fais partie de ces gens qui ont l'immense privilège
02:49de pouvoir le dire à beaucoup de gens le matin,
02:51sans doute peut-être même en premier.
02:53« Bonjour », c'est le mot qui plante le décor,
02:56c'est le mot dans lequel on met du sourire,
02:58c'est le mot dans lequel on espère obtenir un sourire de l'auditeur,
03:01ou en tout cas de se dire « allez, la journée commence, on est là ».
03:03Donc « bonjour », je pense que c'est le plus beau.
03:06Je pense qu'on est tous d'accord,
03:10s'il y a un équivalent qui est compris de tous
03:12et qui a exactement le même sens,
03:14évidemment, on est une radio en langue française,
03:16donc il faut utiliser le mot français quand c'est possible.
03:21Après, il y a peut-être 1% du temps
03:23où le mot anglais est plus riche de sens.
03:27« Deepfake », par exemple, c'est apparu il n'y a pas très longtemps.
03:30Si on le traduit par « vidéo truquée »,
03:31on perd une partie du sens « deepfake ».
03:34Pour ceux qui connaissent le terme, en tout cas,
03:35voient tout de suite que l'on parle d'intelligence artificielle,
03:38qu'on parle de l'ère de la post-vérité,
03:40donc ça revêt beaucoup plus de sens
03:41que simplement « vidéo truquée ».
03:43Donc « deepfake », c'est un mot qu'on ne peut pas éviter
03:46et qu'il faut ensuite traduire pour ceux qui ne le connaissent pas, évidemment.
03:49Et puis après, il y a des anglicismes qui sont rentrés dans le langage courant.
03:54« Selfie », personne ne dirait « je vais prendre un autoportrait photo ».
03:56Donc « selfie », on utilise « selfie », c'est devenu le mot français.
04:02C'est le compagnon de tous les jours,
04:04celui qu'on met sur la table du petit déjeuner,
04:06celui qu'on a dans la voiture, dans les transports.
04:08Dans les oreilles, c'est le compagnon qui nous relie à l'intégralité du monde,
04:12c'est ça qui est beau dans la radio,
04:13c'est qu'on peut se connecter très rapidement,
04:16il n'y a pas toutes les lourdeurs d'autres médias
04:18et donc ça permet à tout le monde,
04:20juste avec son petit poste, avec quatre piles à l'intérieur,
04:22de pouvoir se connecter au reste du monde.
04:24La radio, c'est le compagnon qui fait barrage aussi
04:27et qui fait rempart face à l'horreur du monde tout en nous la montrant.
04:31Et puis, c'est un des rares, la radio, que l'on emmène sous la douche.
04:36C'est un privilège qu'on n'accorde pas à grand monde, en tout cas pas moi.
04:38Alors, dans les voix de radio qui m'emportent, évidemment,
04:43je vais commencer par ceux qui, forcément, nous emportent par leur voix
04:45et par leur récit, ce sont les conteurs.
04:47Il y en a plusieurs en ce moment à la radio.
04:49Je citerai Fabrice Rouel, notre voisin du cinquième étage,
04:53de l'étage du dessus, à France Inter.
04:55Il y a Jean-Aphonse Richard, il y a aussi Christophe Ondelat.
04:58Côté infos, moi, j'aime beaucoup les voix qui, encore une fois, nous informent,
05:05peuvent nous livrer des informations qui sont toutes plus déprimantes les unes que les autres,
05:09mais qui nous enveloppent, qui nous protègent avec un côté un petit peu espiègle parfois.
05:14Donc, chez nous, je pense à Nicolas Teilhard, je pense à Marie Bernardo,
05:18à Hercine Lebovitch ou à Augustin Arrivé avec un ton très british,
05:23en tout cas dans sa manière d'exprimer.
05:25Et donc, quand j'écoute la radio, j'ai les informations les plus déprimantes du monde,
05:29mais je me suis un peu moins déprimé à la fin.

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