00:00Bonjour Falkertürk.
00:01Bonjour, plaisir d'être de retour à Paris.
00:04Et bienvenue sur l'antenne de Radio France Internationale.
00:06Je voudrais qu'on évoque d'abord la situation au Soudan depuis 2023,
00:10depuis le début de la guerre qui oppose l'armée aux paramilitaires des FSR.
00:14Vous ne cessez d'alerter, vous ne cessez d'appeler à agir.
00:17Il y a 17 jours maintenant, le 26 octobre dernier, les milices FSR ont pris le contrôle d'El Facher, la capitale du Darfour Nord.
00:24Que savez-vous précisément de ce qui se passe dans la ville ?
00:28Alors il faut tout d'abord commencer avec le fait qu'il y avait un état de siège de 18 mois.
00:3318 mois.
00:3318 mois, ça veut dire que la population a souffert énormément.
00:38La commission d'experts a déjà déclaré la famine en septembre.
00:42Alors il y a des enfants qui sont morts à cause de cette insécurité alimentaire.
00:49Maintenant que les troupes, les milices sont entrées,
00:52on a des rapports qu'on avait pu vérifier, des exécutions sommaires.
00:58Des viols en masse.
01:00Alors on a vraiment un cataclysme pour la population qui a tellement souffert déjà pendant 18 mois.
01:07Vous avez des preuves de tout cela ?
01:09Des preuves qui seraient exploitables d'un point de vue judiciaire peut-être à l'avenir ?
01:13Alors on est en train de documenter tout ça.
01:15On a toujours besoin de trois sources indépendantes,
01:19mais on est en train de justement faire cette augmentation.
01:23Et j'espère que justement tous qui commettent maintenant des crimes, des atrocités,
01:28vont être mis à la justice à un moment donné.
01:31Donc il est question, on peut le dire, de graves violations des droits de l'homme.
01:33Il y a des atrocités qui sont commises.
01:36On parle des atrocités.
01:37Possible crime de guerre, possible crime contre l'humanité.
01:41Est-ce que ça, vous êtes déjà, si je puis dire, en mesure de le confirmer ?
01:46On peut déjà parler des crimes de guerre absolument,
01:50mais aussi des crimes contre l'humanité,
01:51parce qu'on voit aussi un élément ethnique dans la façon dont on s'est exercé.
01:56Le fait qu'il y avait un état de siège contre la population civile montre tout ça.
02:02Crime de guerre, crime contre l'humanité, vous dites oui.
02:05Est-ce qu'on peut dire aussi génocide ?
02:08Ça c'est beaucoup plus difficile, mais il ne faut pas attendre...
02:12Quand il y a des crimes de guerre, quand il y a des crimes contre l'humanité,
02:15il faut agir immédiatement et il faut les prévenir.
02:19Volker Turc, est-ce que vous êtes en mesure, pour le moment,
02:22de livrer un bilan chiffré des exactions et des atrocités dont vous nous parlez ?
02:28On parle des centaines de personnes qui étaient exécutées.
02:31En fait, on n'a pas toute l'ampleur, parce qu'on n'a pas accès directement.
02:35Moi, je viens de déployer une équipe au Tchad,
02:40mais on a aussi des possibilités d'aller au Soudan pour voir les nouveaux arrivés.
02:46Et voilà, ça va nous donner les preuves beaucoup plus détaillées.
02:49Vous vous basez, pour l'instant, si je puis dire, sur les témoignages de personnes réfugiées ?
02:54Exactement. Et des personnes déplacées à l'intérieur du pays,
02:57il y inclut des personnes avec lesquelles on est encore en contact.
03:00Oui. On voit à présent, sur les réseaux sociaux, vous l'avez peut-être vu,
03:03des vidéos dans lesquelles les paramilitaires se présentent en fait comme des bienfaiteurs.
03:07Ils se mettent en scène en train de distribuer de la nourriture.
03:10Qu'est-ce que ça vous inspire, Volker Turc ?
03:12Alors, c'est la propagande.
03:13Et moi, je crains aussi pour la situation au corps de fond.
03:17On voit une logique d'escalade et on est extrêmement préoccupés que ça va se reproduire.
03:24Le ministre soudanais des Affaires étrangères dénonce le silence international.
03:29Vous feriez le même constat ?
03:31Je trouve que le monde doit se réveiller à cette crise.
03:36Et on n'en parle pas assez, je suis content que vous me parlez de ça.
03:40Mais je ne pense pas que les gens réalisent comment les Soudanais et les Soudanaises souffrent actuellement.
03:46Oui, parce qu'on va quand même rappeler, on le dit souvent sur Arafi,
03:49puisque nous savons cette actualité au quotidien,
03:51mais qu'on parle d'une guerre qui dure depuis plus de deux ans et demi,
03:54qui a fait des dizaines de milliers de morts,
03:56plus de 12 millions de déplacés,
03:58la plus grande crise humanitaire au monde.
04:02C'est vrai que l'on s'interroge sur l'inaction, disons-le, de la communauté internationale.
04:07Oui, malgré le fait que nous, et moi j'ai fait sur Alpha Cher seulement,
04:12j'ai publié 18 communiqués de presse pour alerter la communauté internationale là-dessus.
04:19Maintenant on aura une session extraordinaire du Conseil des droits de l'homme à Genève ce vendredi,
04:26mais je pense qu'on est un peu en retard.
04:29On est en retard, oui.
04:31Une autre crise majeure qui vous préoccupe, évidemment, c'est ce qui se passe à Gaza et ce qui s'est passé.
04:36Est-ce que le cessez-le-feu obtenu par les États-Unis est un motif de satisfaction,
04:41de soulagement pour le haut commissaire aux droits de l'homme que vous êtes ?
04:44Alors, je peux vous dire, après avoir suivi et fait tout pour qu'on puisse mettre fin à cette tragédie au Gaza,
04:55mais aussi en Cichordanie, c'est clair que l'annonce de ces plans de 20 points du président Trump était un soulagement.
05:05Bien sûr.
05:05Mais c'est le début.
05:06Sur quel point êtes-vous particulièrement vigilant, Falkertier ?
05:09Alors, l'accès humanitaire, bon, on a vu que ça s'est amélioré, mais il faut encore beaucoup plus.
05:15La protection des civils, parce qu'il y a aussi, on en a eu des rapports à nouveau, des civils qui étaient tués,
05:21même après le cessez-le-feu a commencé.
05:25On a des préoccupations aussi pour le futur, parce qu'il faut trouver une solution à tout cela.
05:31Et c'est la solution de deux États.
05:34Une solution viable, une solution politique ?
05:36Une solution politique, et il faut négocier là-dessus.
05:39Est-ce que vous-même, vous comptez vous rendre en Israël ou dans les territoires palestiniens ?
05:45Alors, j'espère qu'on va encore, une fois, faire les démarches pour que je puisse me déplacer au Gaza, en Cichordanie, en Israël.
05:54Ça veut dire que, pour l'instant, on vous refuse cet accès ?
05:57Pour le moment, je n'ai pas d'accès.
05:59Pas d'accès.
06:00Volker Turc, est-ce que vous pourriez être le dernier haut-commissaire de l'ONU aux droits de l'homme ?
06:06Absolument pas.
06:08Non.
06:09Vous ne le souhaitez pas.
06:10Non, non, non, non.
06:11Les trois humains, c'est quelque chose qui est totalement fondamental.
06:15Bon, derrière la petite provocation de cette question, il y a la question du budget.
06:18Pour le dire simplement, vous n'avez pas assez d'argent pour remplir vos missions.
06:22Oui, ça c'est vrai, et on est confronté à un affaiblissement énorme de notre mandat.
06:28On a perdu presque un quart de notre budget cette année, et ça a affecté notre capacité de déployer des commissions d'enquête, en RDC par exemple,
06:39de financer des missions importantes du sous-comité pour la prévention de la torture.
06:45Alors, tous qui veulent torturer aujourd'hui vont être ravis parce qu'il y aura moins de surveillance.
06:50Les États-Unis ont suspendu leurs contributions financières à l'ONU, ça pèse lourd pour vous ?
06:55C'est 22% du budget régulier. Vous pouvez vous imaginer que ça a affecté énormément notre travail.
07:03Mais il y a aussi d'autres pays, d'autres bailleurs de fonds qui ont soit diminué leurs contributions ou en attend encore qu'on reçoive quelque chose.
07:13Vous attendez de la France ?
07:15Alors, j'espère que la France va aussi nous donner encore de l'argent cette année.
07:20Bon, ils payent bien sûr pour le budget régulier, mais on a besoin aussi des contributions volontaires.
07:25Ça veut dire que, pour parler clairement, la France n'a pas fait de contributions volontaires jusqu'à aujourd'hui ?
07:32On attend encore. Nous, on ne demande pas beaucoup d'argent à la fin.
07:35Et c'est essentiel pour que le monde soit meilleur ?
07:40Écoutez, moi, je vois des victimes presque chaque jour. Ils attendent de nous qu'on est là pour eux.
07:48Et ça, c'est quelque chose qui méprise le cœur.
07:51Même en Europe, quelquefois, on est très loin de toutes ces crises, mais il faut que les gens sachent que tout est connecté,
08:00que la crise dans l'Est du Congo, par exemple, affecte aussi nous, ici en Europe.
08:07Et le sort de quelqu'un qui souffre dans une guerre civile, au Sud-Soudan ou ailleurs, est connecté avec notre vie.
08:17Et je pense qu'il faut reconnecter avec notre humanité qui est globale.
08:22Merci Volker Turc.
08:23Merci beaucoup.
08:24Bonne journée.
08:25Bonne journée.
Comments