00:01David Rigoulet-Rose, bonsoir. Vous êtes rédacteur en chef de la revue Orient Stratégique, spécialiste du Moyen-Orient.
00:07Est-ce que le spectre d'une intervention américaine en Iran s'éloigne après la tenue de ses premiers pour parler ?
00:14Pas définitivement, loin de là. Parce qu'on a vu que d'abord, ce n'était pas des négociations en tant que telles.
00:21C'était une séquence préparatoire pour définir les conditions d'une future négociation.
00:27Et on a vu que les positions des deux parties étaient inchangées, puisque Teheran a réitéré le fait qu'il n'était pas question de transiger sur la question de l'enrichissement et des missiles balistiques, qui constituent une ligne rouge.
00:40Et du côté américain, les conditions n'ont pas changé.
00:43Donc, effectivement, ça a été présenté par le ministre Araqchi iranien comme globalement positif.
00:50Mais ça, on va dire que c'est le narratif iranien.
00:52À chaque fois qu'il y a des négociations, notamment avec les Américains, il s'agit de montrer que les choses se passent correctement, même si, sur le fond, il n'y a pas d'avancée particulière.
01:03Le fait que les États-Unis aient décidé d'imposer de nouvelles sanctions pétrolières quelques heures après la fin de ces pourparlers, c'est justement pour maintenir la pression ?
01:10Ah oui, c'est incontestable, puisque justement, c'est une réponse d'une certaine manière à la formulation du ministre Abbas Araqchi, qui qualifiait les entretiens de plutôt positifs.
01:26La réponse est venue, il n'y a pas de déclaration officielle, mais en réalité, la réponse est venue avec une accentuation des sanctions sur une quinzaine d'entités,
01:34et notamment sur les pétroliers de la flotte fantôme, qui permettent effectivement à l'Iran d'avoir un minimum de ressources financières, qu'il s'agit du point de vue de Washington d'assécher.
01:47Et puis par ailleurs, le pont aérien, la logistique américaine militaire n'a pas cessé en réalité.
01:55Et c'est ça le paradoxe par rapport à la négociation actuelle.
01:57C'est qu'en ce moment, il y a des avions lourds, des transports lourds C5M Supervac Galaxy, qui amènent des tonnes de matériel indéterminé dans les différentes bases américaines du Golfe.
02:08Donc on voit bien que l'option militaire est loin d'être invalidée.
02:15Les négociations, selon Téhéran, portent uniquement sur le nucléaire.
02:21Pour quel réseau exactement l'Iran refuse d'entendre parler de tout autre sujet ?
02:24Ah oui, de toute façon, depuis le début, Téhéran a une cohérence dans sa position.
02:30C'est que Téhéran considère que le périmètre de négociation doit être exclusivement la problématique nucléaire.
02:38Ce qui a d'ailleurs été à l'origine du fameux JCPOA, l'accord sur le nucléaire de 2015.
02:45Il n'est pas question pour les Iraniens de négocier quoi que ce soit d'autre.
02:47Et surtout pas la problématique des missiles de longue portée, puisque les Iraniens considèrent que c'est une ligne rouge.
02:54Dans la mesure où il s'agit pour eux de l'arme de dissuasion qui est privilégiée, dont ils disposent, pour assurer la sécurité du pays.
03:06Effectivement.
03:06Et donc, or, c'est précisément une demande explicite des États-Unis.
03:10Ça fait partie des trois conditions avec la fin de l'enrichissement.
03:12La réduction, donc, effectivement, de la production des missiles balistiques de longue portée.
03:18Et puis, la fin du soutien aux proxys.
03:20Donc, on ne voit pas très bien comment les choses...
03:23En réalité, l'agenda n'a pas été déterminé.
03:26C'est pour ça que je parlais de phase préliminaire pour établir des conditions de négociation.
03:30Mais pour l'instant, l'agenda est indéterminé.
03:33Je voudrais en profiter pour vous faire commenter la dernière déclaration du chef de la diplomatie française, Jean-Noël Barraud.
03:38Il était en visite au Liban aujourd'hui.
03:41Il a déclaré que l'Iran devait renoncer à être, je cite, une puissance déstabilisatrice.
03:46Est-ce que le pays a toujours un pouvoir de nuisance actuellement à l'étranger ?
03:50Oui, il l'a, mais effectivement, de manière beaucoup plus relative qu'auparavant.
03:56D'abord, parce que ses proxys régionaux ont été considérablement affaiblis
03:59dans le prolongement, effectivement, du 7 octobre 2023,
04:04avec les opérations militaires israéliennes à la fois contre le Hamas, le Hezbollah, l'Eouti,
04:10voire ailleurs, avec notamment la chute d'origine de Bashar al-Assad.
04:15Donc, les relais régionaux sont affaiblis.
04:16Effectivement, il y a d'autres relais ailleurs, plus loin à l'étranger,
04:20mais la capacité de nuisance, qui est toujours effective, a été à moins de risque,
04:26ce qui ne veut pas dire qu'elle est insignifiante, loin de là.
04:28Et là, il y a un moment, un contexte particulier qui fait que les Européens,
04:32et la France en particulier, accentuent une forme de pression
04:35qui est conjointe avec l'énorme pression militaire américaine.
04:40Merci beaucoup, David Rigouleros, pour votre éclairage.
04:43Merci.
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