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  • il y a 9 mois
Les États jouent un rôle de régulateur envers les entreprises afin qu’elles limitent leur impact environnemental. Mais dans le monde fragmenté dans lequel nous vivons, ce n’est pas simple d’embarquer l’ensemble des pays vers cet objectif. Nos invités nous expliquent si selon eux, les États sont à la hauteur face aux enjeux climatiques.

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Transcription
00:00Et c'est maintenant l'heure du pour ou contre ce que nous dit Thomas.
00:09C'est que face au dérèglement climatique, les États ne sont plus les piliers majeurs de l'action.
00:14Alors, pour ou contre cette affirmation, les États ne parviendront pas à se mettre à la hauteur de l'enjeu climatique.
00:22Rachel ?
00:23Alors, je suis d'accord dans le sens où tous les États, dans un monde fragmenté, qu'est le nôtre, on n'y arrivera pas, très clairement.
00:34En revanche, il y a une grande partie des États qui sont aujourd'hui déjà interconnectés parce que leur économie, leur business, etc.
00:42Donc, c'est le régulateur ultime, en fait, ces États dont on parle.
00:48Et je pense qu'il y a cette majorité d'États qui y arriveront.
00:50Donc, tous les États, évidemment que non, parce qu'on vit dans un monde fragmenté et il faut faire le deuil de vouloir embarquer certains pays qui émettent encore beaucoup.
01:02Mais la majorité de ce qui reste, je pense qu'on va y arriver.
01:06Et cet État doit comprendre que c'est quand même le grand agent du changement ultime, que les entreprises, etc. peuvent faire leur part,
01:14doivent le faire pour des raisons de compétitivité et de souveraineté économique dont tu parlais, dont vous parliez, Thomas.
01:18Mais le régulateur, en fait, est le grand agent du changement sur lequel il faut compter et continuer de faire pression.
01:30Baptiste, pour ou contre ?
01:32Contre aussi, parce qu'on n'a pas le choix que de croire encore au multilatéralisme.
01:36Alors, bien sûr, on est dans ce monde fragmenté dont parlait Rachel.
01:38Et moi, je crois beaucoup à des clubs de pays.
01:41Et finalement, l'Union européenne, c'est un de ces clubs qui a une masse critique suffisante pour quand même peser dans les négociations,
01:47pour peser aussi dans la course technologique.
01:51Donc, on n'a pas le choix.
01:52Il faut croire au multilatéralisme.
01:54Parce qu'à la fin des fins, c'est quand même le régulateur qui fixe les règles du jeu.
01:57Si on veut donner de la valeur à ce qu'il n'en a pas, le prix du carbone notamment,
02:01il faut que ce soit une politique publique.
02:03Et donc, il faut que les États se mettent d'accord.
02:05Au moins qu'une partie des États se mettent d'accord.
02:06Alors, Cédric ?
02:08Je suis contre aussi, alors on va finir après, tous d'accord.
02:11Alors, je suis pour et contre en même temps, parce que si la question est de savoir si les États sont à la hauteur,
02:17pour l'instant, la réponse est non.
02:18De là à dire que ça ne marche pas, il faut essayer autre chose, je ne suis pas d'accord.
02:22Le changement climatique, le GIEC nous le rappelle, c'est un commun.
02:26Il y a un climat sur l'ensemble de la planète, qui se décline géographiquement, d'accord,
02:30mais il y a un climat et on est en train de le dérégler.
02:33Et donc, on a un problème de tragédie des communs.
02:35On a évoqué le coût de l'inaction, le coût de l'action.
02:37On sait qu'au niveau de la planète, le coût de l'inaction est bien supérieur au coût de l'action.
02:42Donc, il va falloir agir.
02:43Mais individuellement, ou même au niveau d'une entreprise, si j'agis tout seul contre le climat,
02:47qu'est-ce que ça va faire pour moi ?
02:48Est-ce que ça va changer le climat dont je bénéficie ?
02:51Ben non, puisqu'il est global.
02:52Donc, c'est quelque chose qui est un commun.
02:55On est face à une tragédie des communs et on ne peut le régler que par des mesures politiques.
02:59Et c'est pour ça que ça se situe forcément au niveau des nations et des États.
03:03Donc, on n'a pas d'autre choix que de faire en sorte que les États jouent leur rôle.
03:07Et après, en effet, au niveau international, ça ne va pas être très simple.
03:10Parce qu'on a aussi un problème de tragédie des communs entre les États et de freeriders entre les États,
03:18de passagers clandestins.
03:19Mais ça aussi, il faut le dépasser.
03:23Et c'est pour ça que Baptiste a raison de parler de club d'État.
03:25Donc, l'Europe, c'est déjà une zone suffisamment importante pour influencer pas mal le reste du monde.
03:29Et puis, gardons en tête que la Chine, qui représente un tiers des émissions de CO2,
03:35est le seul État à être capable de faire le raisonnement,
03:37que le coût de l'inaction sera supérieur au coût de l'action, juste pour elle-même.
03:42Donc, la Chine, de manière égoïste, peut enclencher une transition très forte
03:45parce qu'elle est le seul État qui verra les conséquences sur son propre climat.
03:49tellement elle émet de CO2.
03:51Donc, la Chine qui est, entre nous, déjà en train de commencer à montrer l'exemple sur un certain nombre de sujets.
03:57L'Europe, qui a en plus eu l'habitude, dans le passé, d'éclairer le reste du monde,
04:02peut aussi jouer un rôle d'exemple.
04:05Et donc, oui, bien sûr que les États doivent jouer un rôle.
04:08On n'a pas le choix.
04:09Il va falloir aller vers ça.
04:09Et c'est à ça que servent les copes.
04:11Face à l'urgence, l'État est celui qui tient les montres aussi.
04:15Donc, c'est l'État qui a la capacité de faire agir tout le monde le plus vite possible.
04:18Et parce qu'on a ce timing-là.
04:21Oui, néanmoins, d'après le rapport de la Convention 4 des Nations Unies sur les changements climatiques,
04:24la majorité des contributions nationales à l'accord de Paris reste insuffisante
04:28pour atteindre les objectifs fixés en tant qu'acteur de la transition écologique.
04:34Qu'est-ce que ce constat vous évoque ?
04:36Moi, je veux juste aussi revenir sur, là, il n'y a encore pas très longtemps,
04:40dans les news, on nous dit en fait que la couche d'ozone, elle s'est quasi reformée.
04:47Le fait, c'est quand même un groupe d'État, c'est quand même une décision internationale
04:53qui, à un moment donné, a mis tout le monde d'accord pour dire qu'on a un énorme problème.
04:58Il faut qu'on s'adapte pour résoudre ce problème.
05:00Et ça a fonctionné.
05:01Et je trouve qu'on ne parle pas assez de la mécanique qu'il y a eu à l'époque
05:04sur ce sujet de la couche d'ozone, qui aujourd'hui est un succès,
05:08et qu'on ne se le redit pas assez.
05:09Donc peut-être qu'en fait, il faut un petit peu le remettre dans les têtes de chacun
05:11pour dire qu'en fait, ça peut marcher de s'entendre sur ces sujets.
05:15Et peut-être une bonne nouvelle aussi, et je reviendrai sur ce que vous disiez, Cédric, sur la Chine.
05:19Parce qu'en réalité, la Chine, si elle agit très fortement,
05:21c'est pour plein d'autres raisons que le climat global.
05:23C'est aussi pour la qualité de l'air chez elle.
05:24Donc c'est pour tous les co-bénéfices, les investissements qu'on va faire sur le climat,
05:28et les co-bénéfices en particulier sur la santé,
05:31qui justifient une action vigoureuse en Chine pour décarboner l'économie.
05:36Et en Europe, on a la même chose.
05:38Il y a Lineris qui vient de publier une étude
05:40qui montre que les bénéfices sanitaires de l'action climatique
05:44couvriraient presque la moitié des coûts de l'action climatique en Europe.
05:48Donc les États peuvent encore être les arbitres de la transition ?
05:53Ils doivent, oui.
05:54S'ils tiennent à leur souveraineté, oui.
05:56Baptiste, aujourd'hui, comment est-ce que vous évaluez la contribution de la France ?
06:01Elle est souvent critiquée chez nous.
06:04Mais finalement, quand on regarde à l'international, elle reste plutôt bien placée ?
06:08En général, quand on se compare, oui, on se console.
06:10Parce qu'en réalité, on a la législation environnementale la plus vigoureuse au monde,
06:16que ce soit sur le climat ou sur les enjeux d'économie circulaire, de biodiversité.
06:21On a quand même une législation qui va très loin.
06:23Et aujourd'hui, la question n'est pas tant de « est-ce qu'il faut augmenter la barre de la régulation »
06:27que de rentrer dans le travail concret d'atteindre les résultats qui sont fixés dans la loi.
06:32Aujourd'hui, c'est vraiment ça, c'est ce sur quoi on attend l'État.
06:36Et l'ADEME, par exemple, est un bras armé de l'État pour atteindre ses objectifs.
06:40Cédric, quant à la contribution de la France, au regard de ce qui se fait ailleurs, on n'est pas si mal ?
06:44Oui, je crois qu'on n'est pas si mal.
06:45On aime bien s'autoflageller en France, mais on est quand même bon sur le climat.
06:52Et je pense que ce que j'ai perçu par rapport à d'autres pays, c'est un très très fort réseau associatif
07:01et des initiatives qui n'existent pas ailleurs.
07:04Ça, c'est une spécificité française ?
07:06Alors, j'ai l'impression, parce que moi, via la fresque du climat, j'ai eu l'occasion de voyager
07:10et d'aller rencontrer des animateurs de la fresque dans d'autres pays.
07:13Est-ce que vous pouvez rappeler ce que c'est, brièvement, la fresque du climat ?
07:14La fresque du climat, qui est donc un atelier pédagogique qui permet de bien expliquer le changement climatique
07:19en une demi-journée, à travers un jeu de cartes et des discussions qu'on a entre les participants.
07:24C'est un atelier qui est animé par des animateurs, qu'on appelle des fresqueurs et des fresqueuses.
07:28Et donc, en discutant avec des animateurs des autres pays, je leur ai demandé
07:32« Mais est-ce que, chez vous, il y a l'équivalent de la Convention citoyenne pour le climat,
07:37de la fresque du climat, de l'avenir climatique, de tout un réseau d'associations qu'on a chez nous ? »
07:42Ou la Convention des entreprises pour le climat, par exemple.
07:44Et ils m'ont dit « Non, il n'y a pas. »
07:46Et franchement, si ça existait, on serait au courant.
07:48Donc, je pense qu'il y a vraiment quelque chose qui est spécifique à la France.
07:52Je pense, quelque part, qu'un certain M. Jean-Marc Jancovici y est pour quelque chose,
07:56parce que lui, ça fait depuis 2000 qu'il a son site web de pédagogie.
08:00Il a ajouté le bilan carbone.
08:01Il a créé le bilan carbone, exactement, pour l'ADEME, exactement.
08:04Il a déclenché la sensibilisation d'énormément de monde, moi y compris,
08:10des gens qui ont, par la suite, eux-mêmes, fait leur bonhomme de chemin
08:14et déclenché d'autres mouvements, etc.
08:15Donc, je pense que d'avoir cette personne qui, depuis 2000, parle du sujet,
08:20ça a dû faire une différence par rapport à d'autres pays.
08:21Et on lui doit beaucoup, en termes de mobilisation, des acteurs, des forces vives de la société.
08:26C'est ce que Disserik montre à quel point nous sommes outillés
08:29pour réussir à basculer dans un système plus soutenable.
08:34Tout ce tissu associatif, et puis ces compétences associées,
08:36ces outils co-construits, notamment par l'ADEME, avec des acteurs de référence,
08:41sont là pour aider les entreprises.
08:43Mais si on est pragmatique, en fait, aujourd'hui, d'ailleurs,
08:46Baptiste le rappelait sur le cas de la Chine,
08:48qui, si elle investit massivement, c'est peut-être pas tant pour sauver le climat du monde entier
08:51que pour garantir les conditions d'habitabilité de son propre pays,
08:54par exemple sur la qualité de l'air,
08:56c'est que les entreprises, elles y iront définitivement
08:58si elles prennent la mesure et si elles matérialisent
09:01la valeur ajoutée économique de ces actions-là.
09:03Si les produits et services qu'elles proposent
09:06sont beaucoup plus pérennes économiquement,
09:09si elles résistent mieux à des fluctuations dans les chaînes de valeur,
09:12y compris parfois pour cause climatique.
09:14Et l'espoir que j'ai pour ce qui est du monde économique,
09:16parce que, bon, les États, je pense qu'on en a largement assez parlé pour l'instant,
09:20c'est que les catastrophes qui se multiplient
09:24et qui percutent directement des modèles d'affaires
09:26commencent à faire comprendre à tout le monde,
09:28y compris aux financiers et aux assureurs,
09:29on en a déjà parlé ici dans l'émission,
09:31qu'il faut vraiment y aller.
09:32C'est une condition de pérennité.
09:33C'est pour ça aussi que l'édito se termine là-dessus.
09:35Et je pense que c'est tout le jeu qu'il faut qu'on arrive à mettre en place.
09:38Et en concrétisant les dégradations,
09:41rendre beaucoup plus activables les transitions
09:43pour que les modèles d'affaires soient soutenables.
09:45La transition est toute faite.
09:47Qui paraît.
09:47Au débat.
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